‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 226 sur 239 · CHAPITRE LXXVIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVIH

DE LA DÉTERMINATION £T DE LA DISTRIBUTION DE LA CHALEUR ANIMALE. Des Inatmment* propres it déterminer la température des aMimaïUK.

— On se sert, pour mesurer la température de l'homme et des animaux, soit de thermomètres ordinaires très-sensibles, marquant au moins les dixièmes de degré, soit de thermomètres métastatiques à maxima et à échelle arbitraire, soit, enfin, d'appareils thermo-électriques d'une grande sensibilité.

Les thermomètres ordinaires, gradués sur lige, à réservoir très-petit et à tube presque capillaire, conviennent parfaitement dans un grand nombre de circonstances. Ils se mettent très-vite en équilibre de température avec les parties explorées sans leur enlever beaucoup de calorique, et indiquent, s'ils sont un peu sensibles, des cinquièmes, des dixièmes, môme de plus faibles fractions de degré. Ils peuvent, s'ils ont une tige assez longue, être portés dans les cavités naturelles, sous la peau, dans les muscles, les viscères, le cœur des petits animaux, et permettre à l'observateur de lire leurs indications^ pendant qu'ils sont en place; mais il est impossible de s'en servir, sans les briser, pour prendre la température des parties profondes sur les grands animaux; d'ailleurs, leur tige est généralement trop courte pour que leurs indications soient lisibles dès que leur boule parvient à une certaine profondeur.

C'est pour les observations à faire sur les grands animaux et dans les cavités viscérales que les thermomètres métastatiques à maxima, imaginés par M. Walferdin,

Ûfi<if!*i;ill

l>,$^|Aft et UD tube ï peu près capil-

lir, et le toni est disposé pour

DE LA GHALBUA ANIMàLB.

une noQTetle obeervatioD. Cet instrnment est très-coiiYeiiable encore pour obtenir la température des cavités nasales, de la trachée, du rectum, du vagin, de Tutérus, de la vessie.

Lorsque l'appareil conducteur est composé de deux parties, Tune, a, qui reçok le thermomètre, Fautre, e, qui fait l'office de simple prolongement, la partie a se meut angulairement sur Tautre, en b, à Taide d'un fil métallique rigide étendu depuis le bouton (/jusqu'à Tarticulation. Avec cette modification, la boule du thermomètre peut être arrêtée dans la veine cave antérieure, poussée dans la postérieure, tenue dans l'oreillette, ou descendue dans le ventricule.

FiG. 215.

FiG. 216 (♦).

Pour déterminer la température des viscères tels que l'estomac, le cxcuiii, les diverses parties de l'intestin où le thermomètre ne peut être porté qu'à travers des ouvertures artificielles, je me suis servi d'un autre appareil (fig. 216) ressemblant, quant à la forme, au précédent, et constitué par deux tubes jouant à frottement

(*) Fig. 216. — A. j^pareil ditpoflé pour porter le thermomètre dans les organes; a, pointe de trocart; 1», feii&b« fermée eu regard de la boule du thermomètre; d, ris de preasion mainteDant immobiles les diverses («.irtics de l'appareil; e, poignée. — B. Appareil disposé pour l'obserration : 6, fenélrc ouverte.

Fan dans l'aulre, tubes dont l'interne est terminé par une pointe de trocart. On l'enfonce dans les organes, comme on le ferait d'un trocart ordinaire; puis, en imprimant un léger mouvement semi-circulaire au tube interne, on masque la pointe et l'on ouvre la fenêtre qui correspond à la boule du thermomètre. Une fois qu'il s'agit de retirer ce dernier, on ferme la fenêtre par un léger mouvement circulaire du tube interne, et dès lors on ne court aucun risque de lai^r l'air s'introduire dans l'organe.

C'est à l'aide de ces appareils très-simples que j'ai pu expérimenter sur les grands animaux, en conservant pendant longtemps des thermomètres précieux construits par M. Walferdin, et pour l'emploi desquels ce savant physicien a bien voulu me donner toutes les instructions nécessaires.

Les appareils thermo-électriques employés par M. Becquerel, pour obtenir, ^oit la température absolue d'une partie, soit les différences de température entre des parties plus ou moins éloignées, se composent d'aiguilles formées d'un segment de cuivre et d'un segment de fer soudés bout à bout. Par l'une de leurs extrémités, elles sont unies au moyen d'un ûl métallique spirale; par l'autre, elles sont mises en rapport avec le Gl d'un galvanomètre.

Lorsqu'on veut mesurer la température d'une partie, on y enfonce une des aiguilles, et l'on tient l'autre dans un milieu à température connue et constante, très-voisine de celle qu'il s'agit de préciser. C'est par l'étendue de la déviation de l'aiguille du galvanomètre que l'on juge du degré de chaleur. S'il s'agit d'apprécier les différences de température qui peuvent exister entre deux parties plus ou moins éloignées, on implante une aiguille dans chacune, puis on note le sens et l'étendue de la déviation de l'aiguille du galvanomètre. Comme les aiguilles prennent trèsvite la température des parties, et qu'elles peuvent être introduites sans lésions notables dans les cavités naturelles, dans les organes et les vaisseaux, elles indiquent non-seulement les températures avec précision, mais encore leurs variations les plus brusques, telles que celles résultant de la contraction musculaire. Mais ces appareils d'une grande sensibilité, que l'es physiciens seuls savent bien diriger, ne sont point commodes pour les physiologistes. Le milieu à température constante, très-voisine de celle qu'il s'agit de mesurer, n'est pas facile à obtenir pour l'une des aignilles. Dans beaucoup d'expériences même, on ne sait comment régler ce milieu, faute de savoir à peu près la température qu'il s'agit de constater; de plus, comme le fait remarquer M. Wurtz (1), les plus légères variations du milieu et les actions chimiques développées au contact des liquides de l'économie avec les métaux des aiguilles suBisent pour induire l'observateur en erreur.

En somme, les thermomètres ordinaires très-sensibles et les thermomètres métastatiqnes donnant les dixièmes ou les vingtièmes de degré, portés, soit directement dans les parties, soit à l'aide des appareils décrits plus haut, sont les instru-' ments les plus convenables pour la plupart des recherches physiologiques sur la température animale.

Lorsqu'il s'agit de déterminer la somme de calorique produite ou dégagée par un

(1) A. Wurt2, De la production de la chaleur dans les êtres organisés , thèse d'affégation, 18d7.

•£•§' «'.fiii^S'ootE.

lâffiau calorimètre & glace employé par V H figure se trouvent dans la plupart

jJ^UjI^u de Dalong, dont Toicila Ggure.

ï'^kttrc de fer-bUac BB', dans laquelle !Î^S|cctic cbambrc est renfermée dans

iS*^^pH: plus grande, de teKe sorte qu'entre ■ °"innue d'eau. La cbambre intérienre issant l'air ndussairc à la respiration ont préalablement traversé un ser- 'Û^l^ureiL l.e calorique dégagé par l'ani- ~~ par l'eau comprise entre les deux |È<^oniJtatée â chaque instant ï l'aide des iRime è la quantité d'oxygène contait pendant la dunJe de l'eipérience.

(tuDus, voyons quelles iiidicaiioiis ils

s. — Chez tous les vertébrés ictAre d'être très-active et de maîaprès constant, quelle que soit celle ire de l'hom:iie et des animaux de re S7 et /iO degrés. L'homme donne, 37 degrés, un demi-degré au-d>^moyenne résultant du plus graod iuses données par les eipérimenU-

leurs tiennent, les unes à des imperfections d'instruments, les autres à ce que les points où le thermomètre a été placée Faisselle, la bouche et les autres cavités, n'ont pas une température égale; enfin, quelques-unes sont dues aux conditions diverses dans lesquelles se trouvaient les sujets observés.

Pour les animaux domestiques, j*ai trouvé, terme moyen :

Cheval et âne 37o,5 à 38°

Bœuf 38» à 38«,5

Bélier 39o,5 à 40»

Chien et chat 38%5 à 39«

Lapin 39%5 à 40»

Les animaux sauvagiis ont donné :

Renard arctique 36%6 à âl«,5 Parry.

Chacal 38°,3 J. Davy.

Loup 40»,5 —

Panthère 38»,9 —

Tigre 37«,2 —

Élan 34«,4 —

Lièvre 37<>,8 Delaroche.

Umantin 39^' à 40* Martine.

Baleine 38<»,8 Scoresby.

Les oiseaux, qui jouissent d'une très-grande activité fonctionnelle, et qui consomment plus d'oxygène que les mammifères^ ont une température un peu plus élevée que ces derniers. J'ai trouvé, pour les oiseaux domestiques :

Pigeon 42%0

Coq 42*,2

Canard 42%0

Oie 4f,5

Dindon 42*,5

On a constaté les températures suivantes sur les espèces sauvages :

Faucon iM)°,5 J. Davy.

Chouette 41°,4 Despretz.

Corbeau 42°, 9 —

Héron 41°,0 Prévost et Dumas.

Eider 42o,4 Hartins.

Cygne 44®,0 —

Paon 40» ,5 à 43* J, Davy.

Pintade 43»,9 —

L'examen de ces chiffres montre, du premier coup d'œil, que la température des oiseaux est supérieure à celle des mammifères, ce que pouvait faire prévoir la prééminence de la respiration ou la consommation plus active d'oxygène chez les premiers; mais^ sauf cette différence bien sensible, on ne voit point que les variations constatées soient en relation avec la taille, le mode d'alimentation des animaux, ni avec quelque autre condition pbysiolc^ique importante.

Tenapératare des aBiniaox it Muif froid. — Chez les animaux dits à sang froid, la température est toujours un peu plus élevée que celle des milieux. L'excès n'est souvent que de quelques dixièmes de degré; il peut s'élever à plusieurs degrés suivant les espèces et les conditions soit physiologiques, soit extérieures. Ainsi

celle des vi|)ère8^de8 conleuvres et des torlaes,dans les expériences de Davy^ a été de 1 à ft degrés ; celle des grenoailles, de 5 dixièmes sealement, daos les expériences de M. Becquerel, faites à Taide du thermo-multiplicateur. La température des poissons est moindre encore: de 0,5 à 0,7 chez Tanguille et la tanche. Dans un petit nombre d'espèces seulement, elle a dépassé de plusieurs d^rés celle de Teau. Chez les mollusques de grande taille, elle s*est élevée quelquefois à plus d'un degré. Certains insectes, pris en masse, les hannetons par exemple, ont donné 2 degrés au-dessus de l'air dans les expériences de MM. Regnault et Reiset, d*UD demi-degré à 3 degrés et demi dans une des miennes. Les abeilles peuvent, d'après les observations de Huber, produire, par les temps froids, assez de chaleur pour |)orter à 30 degrés la température des ruches.

Tous les animaux jouissent donc, dans certaines limites, de la faculté de développer de la chaleur. Les uns en produisent assez pour se maintenir à une température constante, indépendante de celle des milieux ; les autres en dégagent fort peu, suivant celle des milieux, et les dépassent seulement de quelques degrés on fractions de degré. Les plantes n'en produisent, d'une façon bien sensible, que dans certaines circonstances, par exemple dans le spadice des arum, dont la température, au moment de la fécondation, dépasse de 10 à 15 degrés celle de l'air. Cependant les parties vertes de diverses plantes peuvent, suivant Dntrochet, s'élever de 2 à 3 dixièmes de degré au-dessus de Tair ambiant. Les tiges des arbres auraient même encore, suivant Hunter, une température un peu supérieure à celle de l'air. Mais, sur ce dernier point, il reste des doutes qu'il est di£Bcile de dissiper ; car, Tarbre, en raison de sa masse et des propriétés de ses tissus mauvais conducteurs du calorique, emploie un temps très-long à se mettre en équilibre de température avec l'air, et n'y arrive même pas si les variations extérieures se succèdent avec quelque rapidité. En hiver, l'arbre est souvent plus chaud que l'air, et d'autant plus qu'on s'éloigne davantage des couches superficielles. C'est avec une certaine lenteur qu'il descend dans les parties centrales à 8, 10, 12 degrés au-dessous de zéro, tandis que ses feuilles, ses rameaux, ses petites branches, y arrivent promptement(l). Aussi peut-on conclure, avec M. Becquerel, que la plante ne doit pas avoir une température très-diiïérente de celle des milieux, et que celte température est peu ou point influencée par les actions chimiques qui s'opèrent dans ses tissus.

Bistrlbntioa de la températare dans les diverses parties da tsips.

— L'ensemble de l'organisme doit éire considéré tout à la fois comme une agglomération de foyers d'inégale intensité et comme une masse inerte soumise aux lois générales de la conductibilité et du rayonnement. La température de cette masse est nécessairement inégale, quoique le sang tende à y disséminer la chaleur, comme le fait l'eau qui parcourt les tuyaux d'un calorifère. Elle est à son maxin^ufKidaiis Jés parties centrales et diminue à mesure qu'on se rapproche, soit des parties superficielles, soit des extrémités des membres et des autres appendices dont la surface est très-grande relativement an volume. En thèse générale, l'intensité de la chaleur dans les parties animales est proportionnelle : 1^ à l'intensité des actions chioift}ues

(1) De 1863 à 1870 j*ai fait à ce sujet sur Tonne^ l*acacia^ le marronnier, le cèd^, etc.^ un grand nombre d'observations que je publierai plus lard.

qui la produisent ; 2*^ à l'activité de la circulation qui la dissémine; 3^ enfin, à l'exiguïté des pertes résultant du rayonnement et de la conductibilité.

Les expérimentateurs qui ont voulu juger de la distribution de la chaleur, ont porté le thermomètre dans la bouche, le vagin, le canal de Turèthre, le rectum, sous l'aisselle,' à l'ars, à Tainc, dans les plis des articulations, sous la peau, dans les muscles, etc. On a vu plus haut comment cet instrument peut être engagé dans le cœur et dans les différents viscères dont on tient à mesurer la température. Mais, jusqu'ici, les recherches tentées dans le but tle déterminer la répartition de la chaleur n'ont point été exécutées avec rigueur et d'après des bases qui rendent leurs résultats comparatifs ; néanmoins, elles conduisent à des approximations qu'il faut enregistrer à titre provisoire.

Dans les expériences de J. Davy, qu'il faut d'abord rappeler, la température sur des moutons qu'on venait de tuer, s'est montrée notablement plus faible vers les extrémités et aux surfaces que dans les parties profondes. Cet observateur a trouvé, en engageant le thermomètre sous la pean ou dans les organes : au tarse, 32,22 ;

— au métatarse, 36,11 ; — an genou, 38^89 ; — au haut de la cuisse, 39,^/i ; — à la hanche, /!iO^(>0; — dans le cerveau, /!iO,00; — dans le rectum, i!i0,56; — à la base du foie, /il,ll ; — dans l'intérieur du foie, /il, 39 ; — dans le ventricule gauche, Al, 67.

Dans les miennes, sur les animaux, j'ai toujours cherché à déterminer la température, par zones, de la périphérie au centre. Au niveau du tronc, à la surface de la peau, la boule du thermomètre étant couverte par les poils, la température a varié sur le cheval de 27 à 33 degrés 1/2, — sur le cochon d'Inde de 33 à 36,

— sur le lapin de 3/i à 37, — sur le bélier de 34 à 38, — soit de 2 à 10 degrés au-dessous de la température des parties centrales. Tout à fait aux extrémités, par exemple dans les espaces interdigités des petits ruminants, elle a été bien moindre ou de 26 à 27 degrés. Au contraire, dans les plis où les membres touchent au tronc, comme à l'ars et à l'aine ou au fond de la conque, elle s'est élevée sur le lapin de 38^,5 à 39^,59 soit à un demi-degré près la température des parties intérieures.

Sous la peau, sous le peaucier, la température est un peu plus élevée. Chez le cheval, elle est souvent de 34*,5 à 37<»,5, soit de un demi-degré à 3 degrés et demi au-dessous de la température centrale. Toutefois, chez les animaux qui travaillent et au moment où la peau va se couvrir de sueur, elle y atteint quelquefois le degré des parties centrales, à quelques dixièmes près.

Dans, les muscles, à 2, 3 ou 6 centimètres de profondeur, il n'y a plus qu'un demi-degré à 1 degré au-dessous de la température des parties très-profondes. On sait que MM. Becquerel et Breschet ont trouvé la gaine celluleuse du biceps à l^'jS au-dessous de la température de l'intérieur du muscle. J'ai constaté un écart souvent plus grand encore sur le cheval, soit de 2 et même 2 degrés et demi entre les muscles cruraux antérieurs, les muscles fessiers et leur enveloppe cellulaire sousjacente à la pean. Toutefois, cette prééminence thermique si prononcée du muscle sur le tissu cellulaire doit être rapportée, non à la différeqce de nature des parties examinées comparativement, mais à une différence de profondeur ou de stratification se rattachant à la loi formulée plus haut.

908 DE LA CHALEUn ANIMALE.

Il en est de même pour toutes les autres parties. Le thermomètre engagé dans la saphène, la sous-catanée thoracique, la jugulaire, y indique constamment une température plus basse qu'à la carotide, aux veines caves et au cœur. Dans les expériences 4^ Hunter, l'instrument donnait à l'entrée de i'urëthre, au delh du gland, 33"^, 3, et au niveau du bulbe 36",il. Sur le chien, le mouton, j'af constamment trouvé la température du fourreau inférieure à celle du canal de l'urèthre, celle de rentrée de ce conduit inférieure à la température de sa portion pelvienna

Au tronc et dans les cavités viscérales, les différences thermiques ne sont plus simplement en rapport avec la profondeur des couches; elles le sont en roéoie temps avec la nâiture et la fonction des organes. La température du bassin est habituellement la plus fixe ; celle de la partie moyenne de Tabdomen est la plus élevée, mais avec des variations nombreuses subordonnées à l'ingestion des aliments, des boissons plus ou moins froides ou échauffées et au travail digestif; elle baisse chez les herbivores pendant les repas et après l'ingestion des boissons, pour se relever avec lenteur une fois que l'équilibre s'est établi entre les viscères abdominaux. Le contenu de l'estomac peut ne marquer que 18 à 20 degrés lorsque Tanimai vient de s'abreuver d'eau fraîche à 15 ou 16 degrés, comme elle l'est à la plupart des sources, puis monter à 25, à 30 en dix minutes, et seulement atteindre le degré normal au bout de vingt-cinq à trente minutes. Celui de l'intestin grâé, sur une étendue de 15 à 20 mètres, peut se trouver longtemps à 5, même à 10 au-dessous An degré normal.

Mais en dehors des repas et des heures qui suivent l'ingestion des boissons froides, l'estomac^ la masse intestinale, le centre de l'abdomen, atteignent un degré supérieur à celui du cœur. C'est ce que j'ai constaté dans un grand nombre d'expériences dont je cite quelques-unes : le thermomètre a été porté dans les organes abdominaux, soit directement, soit à l'aide de l'instrument ûguré plus haut.

Sur un bélier dont la température du cœur oscillait entre 60°,55 et /iO*,59, celle de l'estomac était à /»0<',62. Sur un autre animal de la même espèce, dont le cœur donnait Z^^bS à 39<',59, l'estomac était à 39%76. Sur un troisième bélier, le cœur marquant de 39%08 à 39%10, l'estomac indiquait 39%17.

L'intestin lui-même peut' communiquer de la chaleur au diapbn^me et aux organes voisins, car sa température intérieure, comme celle de l'estomac, est souvent plus élevée que la température du cœur ; d'ailleurs, toute la masse renfermée dans l'abdomen est, au moins dans ses parties centrales, comme l'a très-bien démontré M. Bernard, plus chaude que le cœur. Ainsi le thermomètre qui, sur un premier cheval, marquait au cœur de 37%06 à 37,/i6, donnait vers le centre de la cavité abdominale ^VfiU. Sur un second, il donnait au cœur de 3&?,43 à 3/^*,61, et à l'abdomen 3/i®,73 (l'animal était à jeun depuis vingt-quatre heures). Sur un troisième : au cœur 35°,39 et à l'abdomen 35°,66. Sur un quatrième : au cœur de 36^55 à 37^,06, et à l'abdomen, en arrière du foie, 37^,52. Sur un cinquième : au cœur 34%69, à l'abdomen 35<',08.

Le thorax, les organes qu'il contient et Tensemble des cavités respiratoires ont, dans leurs diverses régions, une température très*irrégulière subordonnée à la ibis à leur distance des centres et à la température de l'air ambiant. Les cavités nasales «ont à 10, à 15 degrés, et la trachée à 5 ou 6 au-dessous de la température cen*

traie* Le tissa pulmonaire seul s'éloigne peu du degré de la plupart des organes internes.

Ainsi, sur un cheval vigoifreux et en digestion, la température ambiante étant de 4- k degrés et demi, le thermomètre a donné 23**, ^0 dans les cavités nasales à 10 centimètres de profondeur; 26!'^S dans ces mêmes cavités, à l'entrée du pharynx; de 32'',^0 à 3/i'*,A0 dans la trachée, vers le milieu du cou, à égale distance du larynx et de l'origine des bronches. Au niveau de tous ces points, le thermomètre oscillait dans les limites de 2 degrés ; les minima s'observaient lors des inspirations, les maxima pendant les expirations. Gomme le thermomètre marquait 38<*,40 dans le rectum (où la température est à peu près celle du cœur), nous devons conclure de ces résultats qu'au milieu de la trachée l'air est de ^ à 6 degrés moins chaud que le sang.

Sur un autre cheval, d'ailleurs assez faible, et à une tem|)éra(ure ambiante de 9 degrés au-dessous de zéro, le thermomètre donnait 16 à 20 degrés dans la partie antérieure des cavités nasales, 20 à 24 vers le milieu de ces cavités, de 20 à 26 et demi à l'entrée du pharynx, de 32 à 33 vers le milieu de la longueur de la 'trachée. A ce point, la température se montrait de /i à 5 degrés au-dessous de celle du rectum prise comme terme de comparaison. A l'entrée des bronches, par conséquent vers le tiers supérieur de la cavité thoracique, sur un troisième cheval, le thermomètre ne donnait que 3/i'',46, alors qu'il marquait 37°,78 dans l'abdomen. Dans le tissu pulmonaire, au milieu de la masse du poumon, le thermomètre^ introduit à frottement, ne marquait que 36*',63, après en avoir marqué 37*", 17 au cœcum et 37®,0Zi au cœur; différence : k2 centièmes au profit du cœur.

Enfin le sang, comme les parties solides de l'organisme, a une température variable suivant la situation des vaisseaux qui le contiennent. Il s'échauffe en empruntant du calorique, d'une part, aux tissus où se passent des actions chimiques, et, d'autre part, aux organes profonds ; il se refroidit en parcourant les régions superficielles à basse température, les membres, les appendices où abondent les os, les tendons, les cartilages qui ne produisent pas de chaleur.

Depuis longtemps, les physiologistes se sont attachés à constater exactement la température de ce liquide, et surtout à mettre en parallèle celle du sang veineux avec celle du sang artériel, car cette détermination comparative a une grande signification au point de vue de la respiration et des sources de la chaleur animale. Mais souvent la comparaison a porté à faux. Par exemple, on a mis eu parallèle le sang de la jugulaire, refroidi dans les couches superficielles de la léte et du cou, avec le sang de la carotide échauffé dans les parties centrales et représentant la température moyenne du liquide. Il est clair que la comparaison ne doit pas se faire entre le sang d'une zone superficielle et celui d'une zone profonde ; elle doit porter sur des vaisseaux de déparlements limités, appartenant aux mêmes couches, aux méme& zones, comme sur la carotide interne et la jugulaire profonde, sur les veines et les artères pulmonaires, sur l'artère rénale et la veine du même nom. ,

En général, les deux sangs n'ont pas le même degré de chaleur, ni dans les régions où les artères et les veines se juxtaposent, ni dans les deux cœurs; mais il est très-difficile de les comparer entre eux d'une manière rigoureuse. Presque partout, si ce n'est dans les organes profonds, le sang de l'artère est plus chaud que

910 DE Lk CHALEUR ANIMALE.

celui de sa veioe satellite. Le sang de la carotide, par exemple, Test de 1/2, 1, 2 degrés plus que celui de la jugulaire, et ainsi à peu près de Tartère fémorale comparée à la saphène, de l'artère radiale comparée à la A>us-cutanée de Tavant-bras. D'ailleurs l'uniformité n'existe pas môme dans l'ensemble de chaque système vas- Golaire pris à part. Dans l'artériel, la température va en décroissant très-faiblement du tronc aortique vers les divisions terminales ; dans le veineux, au contraire, elle s'élève très-rapidement des radicules vers les parties centrales.

Dans le cœnr, la comparaison est plus facile que dans les autres parties du système vasculaire. Néanmoins elle porte encore sur on sang artériel, homogène, sortant d'un seul organe, le poumon, dans lequel la température est uniforme, et sur le sang veineux, hétérogène, revenant partie des couches superficielles et des extrémités à basse température, partie des régions centrales où la chaleur est à son maximum. D'ailleurs,' ce dernier est amené au cœur, en proportions inégales, par trois grands courants : 1^ la veine cave supérieure; 2° la veine cave inférieure; 3* la veine porte, courants qui ont chacun leur température propre : le premier représente le minimum, le second le terme moyen, et le dernier le maximum. Mais, dans l'oreillette, les sangs des deux derniers arrivent mêlés ; le thermomèire n'indique plus qu'un minimum à l'orifice de la veine cave supérieure, et an maximum à l'embouchure de l'inférieure. En opérant avant la jonction des systèmes de la veine porte et de la veine cave inférieure, on constate nettement que les deux courants pèrîph^ riques sont moins chauds que le courant central.

On conçoit^ d'après cela, qu'il importe, dans les expériences faites sur le cœur, de soustraire l'instrument à Taction propre de ces courants, d'éviter, par conséquent, que le thermomètre demeure à l'orifice de la veine cave supérieure ou s'avance à l'embouchure de la veine cave inférieure ; il faut le placer et le maintenir dans une situation intermédiaire, c'est-à-dire à l'orifice auriculo-ventricnlaire ou dans la cavité même du ventricule. On arrive à ce résultat en l'enfonçant à une profondeur préalablement déterminée d'après la taille du sujet, et en lui donnant, au risque de le briser, une obliquité qui croise l'axe de la poitrine et fasse indiner en bas sa boule. Si l'on poussait le thermomètre horizontalement, il s'engagerait tout naturellement dans la veine cave inférieure, ou au moins demeurerait à son orifice ; ainsi on obtiendrait, pour le cœur droit, une température trop élevée, qui, en réalité, ne serait pas la sienne. Les déterminations rolatives aux sangs du cœur, pour avoir toute leur valeur, doivent donc être effectuées avec le plus grand soin, et très-multipliées, afin que les causes d'erreur ne changent pas sensiblement les chiffres des moyennes. Voici celles cpie j'ai obtenues sur plus de quatre-vingts animaux, chevaux, taureaux, béliers et chiens, qui ont servi à cent deui^ observations ihermoroétriques doubles. Elles sont réparties en trois séries. La première comprend vingt-neuf chevaux de divers âges, dans des conditions variées, sur lesqueb la température a été prise dans les deux cœurs en commençant par le droit. La seconde por^e sur vingt-quatre solipèdes, dans des conditions analogues, sur les- ' quels la température a été prise suivant un ordre inverse ou d'abord par le cœur gauche. La troisième série se compose de douze taureaux, vaches ou béliers, sur lesquels elle a été prise en premier lieu, tantôt dans le cœur droit, tantôt dans le cœur gauche. Enfin, dans b quatrième se trouvent vingt-quatre observations tbcr*

mométriques doubles, faites sur quatre chiens de grande taille, en commençant alternativement par le cœur aortique ou par le pulmonaire. Les résultats des cent deux observations doubles de ces séries sont groupés dans les tableaux des deux pages suivantes.

Il résulte clairement de Tensemble de ces observations» que les températures des deux sangs à leur arrivée au cœqr ou à l'entrée des ventricules ne présentent pas entre elles des rapports constants et invariables. Vingt et une fois sur cent deux, il y a eu égalité entre les deux sangs, trente et une fois Fexcès de température s'est montré dans les cavités droites, et cinquante fois dans les cavités gauches ou aortiques. Conséqnemment, lorsque l'inégalité existe entre les deux sangs, c'est l'artériel qui, le plus souvent, se montre le plus chaud. Les différences entre les deux sangs sont là assez faibles^ puisqu'elles oscillent, terme moyen, entre 1 et 2 dixièmes de degré. Néanmo|ps, elles s'élèvent dans quelques cas jusqu'à 6 à 7 dixièmes, suivant les espèces et l'état des individus obsenés.

Ces différences de température entre les deux sangs, et les rapports qu'elles ont entre elles, paraissent dépendre de plusieurs causes, dont les plus remarquables dérivent de l'étal de la peau, de l'activité ou de l'inaction du système musculaire, du travail digestif, de l'abstinence, etc. Ainsi chez les animaux qui ont à la fois la peau couverte d'une épaisse toison et les viscères abdominaux très-développés, le sang veineux superGcici se conservant chaud et le sang de la veine porte étant abondant, la température de la masse du sang veineux dans les cavités droites tend à dépasser celle du sang artériel. Au contraire, chez les animaux à peau peu couverte et à système abdominal peu développé, le sang veineux des parties superficielles plus refroidi et le sang de la veine porte moins abondant impriment à la. masse du liquide un abaissement marqué. C'est aussi chez le chien que l'excès de température du sang artériel est le plus commun et le plus prononcé, car il s'y montre huit ou neuf fois sur dix, et y atteint jusqu'à 7 dixièmes de degré. D'autre part, dans les circonstances si communes où la totalité du système musculaire entre en action, la masse du sang noir ramenée au cœur tend à prendre une température prédominante ; ce qui est en rapport avec les résultats des belles expériences de M. Becquerel sur le développement de la chaleur dans les muscles en contraction.

En résumé, il n'y a pas de rapport fixe entre la température du sang veineux et celle du sang artériel dans les cavités du cœur, ou, en d'autres termes, entre la température du sang à son entrée dans le poumon et celle du sang à sa sortie de cet organe. Nous aurons bientôt à chercher le sens de ce fait que mes expériences (i) ont mis hors de doute. D'ailleurs, deux ans après la publication de mon travail, deux observateurs, Jacobsou et Bembard (2}, ont, en 1868, trouvé comme moi, et contrairement aux résultats annoncés par M. Bernard, que souvent la température du cœur gauche est plus élevée que celle du cœur droit.

(1) G. Colin, Expériences sur la chaleur animale et spécialement sur la température du ' san^ veineux comparée à celle du sang artiîriel dans le cœur et les autres parties centrales du système vasculaire {Comptes rendus de VAcad, des sciences^ 23 octobre 1865, et Annales des ■sciences naturelles, 5* série. Zoologie^ t. VII, 1867).

(2) WuDderlîch, De la température dans les maladies, trad. «française. Paris, 1872, p. 100.

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