CHAPITRE LXXX
La chaleur dégagée dans l'organisme tend sans cesse à se perdre par la conductibilité, le rayonnement, l'évaporation des liquides exhales à la surface de la peau et de la muqueuse des voies aériennes. On attribue, dans la perte totale, 60 à 75 centièmes au rayonnement, 20 à 30 à l'évaporation des liquides, ^à 8 à l'échauiïement de l'air inspiré, 1 à 2 pour les excrétions et 2 pour les ingesta. Dans les milieux à basse température, l'organisme ne pourrait se maintenir à son degré normal, si par
(1) Duméril et Demarquay^ Comptes rendus de FAcad, des sciencesy 1848.
divers artifices le chiffre des déperditions n'était réduit à son ininimam. Il doit jouir, à un certain degré, de la faculté de lutter contre le refroidissement on de résister au froid, faculté pins ou moins développée suivant les espèces, et résultant d*nne foule de conditions physiologiques et de circonstances extérieures qu'il importe de passer en revue.
1^ CoRditions de résistance au froid.
D'abord cette faculté est limitée, car dans aucun cas la peau nue ne peut conserver la chaleur au degré des parties centrales. Toutes les fois que l'air est plus froid que le corps, la température de la peau baisse, surtout aux extrémités des membres et aux appendices qui ont une grande surface sous un petit volume. J'ai, en effet, toujours trouvé la peau moins chaude que les parties intérieures. Sur le cheval, par des froids de 2 à 3 degrés au-dessous de zéro, la température de la peau couverte de poils a été de 26, 27, 30 à 33 degrés ; elle s'est élevée à 36 pendant les plus fortes chaleurs de l'été, alors que la température ambiante était de 30 degrés. Les petits animaux à poils longs, tels que le lapin, n'ont offert que de 33 à 35 ; le mouton seul, parmi les espèces domestiques, a donné de 3/i à 37 et demi, l'air étant à zéro ou à plusieurs degrés au-dessous.
La peau n'est pas seulement moins chaude que le corps à sa surface, elle Test moins aussi dans son épaisseur et dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ainsi sur le cheval, alors que la température intérieure était à 38 degrés, j'ai trouvé 33 à 34 à la surface de la peau, et de 33 à 36 dans le tissu cellulaire sous-jacent.
Physiquement parlant, c'est surtout par la surface cutanée que le corps se refroidit. Cette surface, qui n'a pas moins de 5 à 6 mètres carrés sur le bœuf et le cheval de moyenne stature, doit rayonner très-fortement dès qu'il y a une trèsgrande différence ^ntre la température animale et la température ambiante, et peu à peu le refroidissement doit s'étendre aux parties profondes, par exemple à celles des membres, puis aux parties centrales séparées du tégument par des tissus mauvais conducteurs du calorique. C'est, en effet, ce qui arrive très-vite par les grands froids. Les productions épidermiques, poils, laine, plumes, duvet, prennent presque la température de l'air, au point que quelquefois elles se couvrent de givre od de cristaux microscopiques. La peau se refroidit sur le dos, les parois pectorales, qui sont le plus exposées à la radiation, enGn les extrémités qui ont un petit volume pour une vaste surface, descendent vite à une température très-basse. Ce refroidissement s'opère comme celui d'un coips inerte, irrégulier, et à constitution hétérogène. Cela est manifeste sur les animaux à sang froid dont la température suit cdle de l'air, à quelques degrés ou à quelques fractions de degrés près, si bien que, dans certains cas, ils éprouvent même une véritable congélation ordinairement mortelle. En ce qui concerne les plantes, il n'y a aucun doute à cet égard : les feuilles, les rameaux, l'écorce d'un arbre, au moment des grands froids, descendent vite ^ zéro, puis le tronc, dans ses parties centrales arrive à 8, 10 degrés au-dessous de zéro eu un temps assez court, comme je l'ai constaté dans de nombreuses expériences sur les températures végétales.
Lorsque la peau se trpuve en contact avec des corps qui lui enlèvent plus facilement du calorique que l'air, le refroidissement du corps s'opère avec une extrême
rapidité. Ainsi, le thermomètre introduit dans le tissu cellulaire sous-cutané et marquant 36^,7, descendit à 32'',9 quelques minutes après l'application d'un linge mouillé sur la région, puis à 29^,8 au bout de six à huit minutes. Dans ce cas, si toute l'étendue de la peau est en contact avec le liquide, le corps se refroidit peu à peu jusqu'aux parties centrales^ et d'autant plus vite que sa masse est moindre. Le lapin, par exemple, d'après mes expériences, perd intérieurement 10, 12, 15 et jusqu'à 17 degrés en un quart d'heure d'immersion dans l'eau à + 15, puis de moins en moins, et meurt de froid en deux à trois heures. Le chien, dont la masse est plus grande relativement à la surface, met un temps un peu plus long pour éprouver les mêmes pertes. Un chien de 20 kilogrammes, plongé, sauf la tête, et tenu immobile dans l'eau à 16 degrés, se refroidit de 4 à 2 degrés par heure, et périt de froid au bout de sept heures. Avant l'immersion, il donnait 39%6. Sa température décroissante constatée pendant les six premières, de demi en demi-heure, fut 37^ 35, 3/i degrés, 32%6, 30 degrés, 28«,4, 26%2, 24, 23, 22, 21, 20 degrés.
Chez l'homme, on a observé aussi que l'immersion dans l'eau fraîche, dans l'eau de rivière, donne lien à un abaissement rapide de la température interne. Cet abaissement, dans une expérience de Currie, a été de 6 degrés après l'immersion d'un homme dans un bain à U degrés et demi. Dans celles de L. Fleury, à la suite de bains froids, la température serait descendue à 34 et même à 29 degrés. Les bains locaux, ceux de siège par exemple, pourraient même, d'après quelques observateurs, faire l)aisser la température générale de 2 degrés.
Il est clair, d'après cela, que chez les mammifères qui vivent constamment plongée dans l'eau à basse température, comme les baleines, les phoques, la puissance de calorification doit être très-considérable, ou les movens de réduire les déperditions bien combinés pour que la chaleur animale se maintienne dans un tel milieu à son degré normal. Les couches énormes de graisse et d'huile, qui forment à la masse du corps une atmosphère peu conductrice, jouent certainement un grand rôle sous ce rapport.
Les déperditions de calorique par la peau sont donc très-considérables ; il y a nécessité de les restreindre autant que possible. Or, pour obtenir ce résultat, la nature a donné aux animaux un pelage plus ou moins épais, des fourrures fines, lassées, des toisons et du duvet ; elle a laissé à l'homme nu le soin d'en faire pour lui des imitations plus ou moins réussies. Ce sont les animaux du Nord et des régions glacées, ou des hautes montagnes, qu'elle a revêtus des fourrures les plus belles et les plus chaudes. Les martres, le renard arctique, l'ours blanc, la chèvre du Tibet, et parmi les oiseaux, Foie, Teider^ nous en offrent des exemples. Dans les climats tempérés même, dès l'approche de l'hiver, le poil de la plupart des animaux devient long et serré, souvent il se feutre et prend l'aspect de la bourre ; celui des chevaux des Mongols et de la Sibérie devient alors, dit Pallas, semblable à la laine des agneaux ; sur beaucoup d'espèces il pousse, dans les intervalles du poil grossier, un poil plus fin, laineux ou soyeux, qui protège mieux la ^ peau que le poil ordinaire ; chez les oiseaux, entre les plumes, se développe le duvet, si abondant sur l'oie, le canard et d'autres espèces voyageuses. Ce sont là les vêtements modèles. Aussi Thomme, dans les climats très-rigoureux, n'a rien de mieux ^ à faire que de se charger de ceux qu'il peut emprunter aux animaux des mêmes
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latitudes. Tous ces vêtements naturels sont composés de substances très-légères qui conduisent mal le calorique et emprisonnent Tair chaud .dans leurs interstices. J*aî expérimenté, souvent, en hiver, pour juger comparativement de leur influence sur divers animaux dont Taptitu^e à résister au froid est très-inégale, et les observations thermométriques m*ont démontré que, sauf quelques exceptions, la chaleur de la peau se conserve proportionnellement à l'abondance et aux qualités du pelage.
Ainsi le cheval dont le poil est court et assez grossier, a la peau à basse température, mais elle s'échauffe à mesure que le poil s'allonge. En janvier, par .un froid extérieur de — 2 degrés, le thermomètre a marqué -|- 26, -|- 27 sous les poils des parties supérieures du. corps des sujets tenus en plein air, plusieurs heures au moins avant l'observation. A la fin de décembre j'ai trouvé sur plusieurs chevaux qui avaient passé la nuit dans un local couvert, mais non fermé, à une température de — 3 à — k degrés, 27"* à 27'',5, sur l'un d'eux à poils courts, et 31'', 32®, 33® degrés, sur deux autres chetaux à long poil, placés exactement dans les mêmes conditions : conséquemment la température de la peau était de 5 à 6 degrés plus élevée sur les chevaux à long poil que sur ceux à poils ras. L'yach quia le poil plus long, sans être tassé, a donné 33 à 3^ degrés; le bélier mérinos plus encore, jusqu'à 35 degrés et demi, après plusieurs heures de séjour dans un parc par un froid de -^ 5 ; mais le bélier poitevin à laine grossière, placé dans les mêmes conditions, avait plusieurs degrés de moins, et, chose remarquable, celte température éuit aussi élevée que celle des moulons dans la bergerie à température de -f* ^ à 5 degrés, car dans la bergerie chaude la température de la peau de ces ruminants peut aller à 37, même à 37,5®. £nûn, j'ai trouvé 36 degrés sur un lama au grand air et un ours de la ménagerie du Muséum (1), lors des froids les plus vifs de l'hiver.
Les animaqx dont la résistance au froid est faible n'ont pas la peau aussi. cliande que les précédents, même dans les points où elle est passablement recouverte par un pelage serré. Le dromadaire, par les froids vifs, n'a donné dans les points les plus laineux que 29, 30, 31 degrés. Au contraire, ceux chez lesquels la puissance de calorlfication est portée au plus haut degré^ ont la peau très-chaude quoiqu'elle soit à peine cachée par les poils peu serrés ou en mèches souvent écartées. J*ai trouvé, en effet, 36 à 37 sur un bouc qui, par un froid de 7 à 8 degrés semblait se promener et ruminer avec plaisir dans son petit parc, alors qu'il aurait pu s'abriter au fond de sa cabane; cet animal donnait à la main une vive sensation de chaleur, et dans les points où le pigment cutané manquait, le tissu de la peau était rosé et très-injecté.
Les fourrures, les toisons ou le simple pelage des animaux ne conservent la chaleur qu'à la condition d'éti^ secs. Dès que ces enveloppes sont mouillées, elles accélèrent le refroidissement par révaporation des liquides dont elles sont imprégnées, évaporation qui se fait nécessairement à l'aide du calorique emprunté à la peau. Aussi le mouton, qui résiste parfaitement au froid sec le plus vif, contracte des affections des voies respiratoires par les temps humides ou pluvieux qui mouillent sa laine. Le cheval à long poil exposé par son service à la pluie, ou à la sueur, gagne à être tondu parce qu'il se sèche alors très-vite, tandis qu'il doit mieux se
(1) M. Milne Edwards avait bien voulu me donner rautorisation d'expérimenter sur ces animaux.
trouver de sa bourre d*biver sur les routes et dans les montagues, si son travail lent et modéré ne le fait jamais suer.
La faculté de résister au froid ne dépend pas seulement de l'état du revêtement de la peau ou des moyens de restreindre les déperditions, elle* tient aussi en grande partie à Taptitude à produire la plus grande quantité possible de calorique.
La faculté de produire une grande somme de calorique est due à l'activité de la digestion, à Tabondance et à la nature de Talimenlation^ enfin à l'intensité des actions chimiques de la respiration. Elle (»t si bien proportionnée aux dé|)erditions, que la température des animaux dans un milieu à 0 n*esi inférieure que de 1 à 2 degrés à celle qu'ils présentent dans une atmosphère à + 30, d'après les expériences de "W. Edwards, de Lclellier et les miennes.
La plupart des animaux qui vivent dans les régions très-froides sont des carnassiers dont la puissance d'assimilation est extrêmement développée; l'homme de ces climats absorbe aussi des masses de poissons, d'huiles ou autres matières que ne |H)urrait consommer l'habitant des régions chaudes ou seulement tempérées, et c'est pendant le travail de la digestion qu'il est le moins sensible au froid. A jeun il y est extrêmement impressionnable. Aussi, lorsque la privation d'aliments dure depuis quelque temps, le refroidissement se produit surtout aux surfaces et aux extrémités et toute réaction devient lente et fort difficile. On sait que, par le fait de rinaniiion, l'amplitude des oscillations quotidiennes augmente, et que sur la fin la température peut descendre à 23 degrés.
Le mouvement, qui accélère la circulation, favorise la réaction en portant le sang li la peau et aux extrémités, et enfin, produit du calorique par l'activité qu'il imprime aux actions chimiques du système musculaire, accroît ainsi la faculté de résistance au fi*oid. Les voyageurs le savent et l'on peut le remarquer aussi sur les animaux utilisés aux trans))orts dans les pays où l'hiver est très-rude.
Enfin la suractivité des actions chimiques est, en dernière analyse, la cause immédiate de la production intense de calorique. Cette activité croît proportionnellement h l'abaissement de la température. Letellier a trouvé, en eiïet, que les gros oiseaux qui donnent par kilogramme et par heure 2'^6 d*acide carbonique à la température de 30 à ^2 degrés, en produisent 7,1 à celle de 0 ; le cochon d'Iode qui en exhale 2 grammes à la première en donne 3^% 5 à la seconde. Sans une respiration active le mammifère ne peut lutter contre les froids violents. L'homme, divers animaux domestiques, supportent dans les régions arctiques des froids de — 30 à — /iO^ Le hérisson, la marmotte, engourdis par les froids modérés sont réveillés lors des froids très-vifs, pour lutter contre l'abaissement de la température, mais ils périssent, comme Prunelle et Mangili l'ont observé, à — 12*^, parce que à ce degré, toute respiration est suspendue et avec elle tout dégagement de calorique.
La faculté de résister au froid ne s'acquiert qu'après nn certain temps. On résiste mal à un abaissement brusque de quelques degrés, mais on supporte assez bien des froids très-intenses qui arrivent graduellement, comme Ta vu Delisle dans les régions arctiques où la température descend à — 60"". La raison en est simple. A une température élevée les actions de l'organisme sont réglées de manière à développer peu de chaleur. Si tout d'un coup le froid survient, celles de l'animal ne peuvent acquérir immédiatement assez d'intensité pour parer aux
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déperditions; la réaction se. produit incomplètement et a?ec lenteur, et. le refroidissement donne lieu à une série d*effets funestes.
Du reste, la résistance au froid n'est pas^ à beaucoup près, également développée dans toutes les espèces. Le lapin et le cochon d'Inde, par exemple, diffèrent beaucoup sous ce rapport. J'ai suspendu en plein air pendant une nuit où la température fut de — 5"* à — 10**, un lapin et un cochon d'Inde, chacun dans une cag^ de fil de fer. Le lendemain, après quinze heures d'exposition, le cochon d'Inde était mort et de bonne heure, car il avait de la glace dans l'estomac et dans le cœur; et le lapin, très-gai, non refroidi, n'éprouva, même ultérieurement, aucun effet fâcheux de son exposition au froid.
On sait que les animaux des pays chauds, les singes, la girafe^ les gazelles, les grands pachydermes, transportés dans les régions tempérées, y supportent mal le froid, tandis que les animaux du Nord, le renne, l'ours blanc, éprouvent un bienêtre visible dans les moments les plus rudes de l'hiver.
La résistance au froid est trës*faible chez les animaux jeunes, nés aveugles, chez les nerveux, les lymphatiques. Aussi les animaux, dans ces conditions, contractentils aisément des affections des voies respiratoires, des maladies des articulations, des séreuses, s'ils sont exposés à une très-basse température. C'est sur eux que la réaction consécutive à l'impression momentanée du froid met le plus de temps k se produire, et l'on sait que dans l'air ou dans l'eau cette réaction est d'autant plus intense et met d'autant moins de temps à se développer que les sujets sont plus vigoureux.
Quoique la caloriûcation soit très-active et les déperditions restreintes, il y a des cas où les pertes l'emportent sur la somme de chaleur produite. Alors l'équilibre est rompu : le refroidissement commence à la peau, aux extrémités et tend à gagner les parties profondes.
Le rayonnement nocturne très-actif est une des causes qui rompent le pins facilement cet équilibre. Il peut refroidir très-vite les animaux comme il le fait des plantes, sans que la température soit très-basse. A zéro et même un peu au-dessus. Bravais et Martins ont vu périr ainsi des lemmings en Laponie. Chez les Esquimaux qui vivent dans des huttes à parois de glace ou de neige, les chiens employés au transport des traîneaux ne résistent au froid que dans les huttes où le rayonnement est restreint, quoique la température y soit souvent à 15 ou 20 degrés audessous de zéro.
Dans les cas ou au rayonnement s'ajoutent les déperditions dues k l'évaporation prompte de la sueur ou de l'eau qui mouille soit la peau, soit le pelage^ le refroidissement marche avec une extrême rapidité et il peut entraîner les conséquences les plus graves. Il s'opère absolument comme dans les corps inertes, en commençant parles parties superficielles et les appendices les plus éloignés des centres, et il marche peu k peu vers les parties centrales. Toutefois il ne saurait être très-rapide k une certaine profondeur, car les productions épidermiques et les tissus sont assez mauvais conducteurs du calorique. Parry a trouvé, par exemple, 39 à UO degrés dans le rectum du loup qu'on venait de tuer^ la température extérieure étant — 32% et Back /i3^ au lagopède par une température extérieure de — 32 k — 35^ Le refroidissement est très-ralenti par la fourrure, le plumage, etc..
même lorsque, comme après la mort, la chaleur cesse de se dégager dans l'organisme. Ainsi, j'ai vu sur un jeune coq tué par effusion de sang le thermomètre dans le cloaque baisser moyennement de 2'', 3 par heure; il fallut trois heures pour faire descendre la température de U2 à 31 ,&.
Quoi qu'il en soit, lorsque le refroidissement descend à 0, dans les appendices et les eitrémités, la congélation s'empare des tissus et des liquides, et toute action vitale s'y éteint. Cependant elle n'entraîne pas nécessairement la mort des parties qui l'ont subie. Les oreilles du lapin^ la crête du coq, peuvent n'éprouver qu'une inflammation modérée et revenir à l'état normal, si le dégel s'en est opéré avec lenteur. Des hérissons à extrémités gelées et à fonctions suspendues, ont pu, suivant Mangili, se réveiller; des poissons, des crapauds complètement gelés et pris dans des blocs de glaces sont revenus à la vie, disent les voyageurs des régions du Nord. Des chenilles ont supporté sans périr, d'après Ross, des froids de — /i2°. Des oeufs de vers à soie exposés par Bonnafous à — 25° n'ont pas perdu la faculté de se développer, ni d'antres à 30 degrés, d'après Spallanzani.
2'* Résistance à la chaleur.
Chez les animaux à sang chaud la faculté de produire du calorique est limitée^ de manière à maintenir à un degré à peu près constant la température du corps. Mais il faut que cette faculté puisse s'étendre ou se restreindre, s'étendre lorsque les milieux leur fontsubir des déperditions trop fortes, se restreindre lorsqu'ils tendent à les échauffer au delà de leur degré normal. Nous venons de voir comment l'organisation lutte contre le refroidissement, il faut rechercher maintenant par quels moyens il peut résister à la chaleur.
D'abord, il est incontestable que la faculté de résister à réchauffement est non moins nécessaire que celle de résister au refroidissement^ car la vie ne peut plus s'entretenir dès que la température normale est dépassée d'un certain nombre de degrés, /t, 5, 7, au plus, suivant les animaux. Ainsi le cochon d'Inde meurt, d'après Berger et Delaroche, lorsque la température intérieure atteint /(& degrés ; mais on ne sait pas au juste à quel d^é doivent périr les espèces de grande taille. Toutefois les cas de mort, parmi les animaux pris de chaleur pendant l'été, portent à penser que probablenjent il ne faut pas une température plus élevée pour tuer le cheval ou le bœuf que pour un petit animal.
Lorsque les animaux sont exposés pendant un certain temps à une température supérieure à la leur, celle-ci s'élève insensiblement, d'abord à la peau, aux extrémités, puis de proche en proche, mais avec lenteur dans les parties internes. Déjà en été, où la température de l'air n'atteint pas à l'ombre la chaleur propre du corps, celle-ci dépasse la température d'hiver de quelques dixièmes de degré, de un demi-degré, 1 degré même. Les voyageurs qui passent d'une latitude tempérée à une latitude plus chaude, du climat de l'Angleterre à celui de l'Inde, éprouvent une augmentation qui peut aller à 1 degré, d'après les observations de J. Davy; les petits mammifères, les oiseaux qui passent d'un milieu tempéré dans un milieu chaud éprouvent aussi, comme Letellier l'a constaté, une augmentation de température analogue. D'ailleurs, il suffit que les animaux se trouvent dans des étables chaudes pour que leur chaleur propre s'élève, sinon dans la totalité de la masse du corps
au moins dans les parties superficielles, surtout à la peau qui représente la vingtième, la diiième, la huitième partie du tout, suivant les espèces.
Dans le Cas où le corps est échauffé par Tinsolation, les bains thermaux, etc., les choses se passent sur l'ensemble de la peau comme dans le cas d'échauffement particlj et la chaleur absorbée par les parties superficielles se transmet de proche en proche aux parties profondes, les courants sanguins surtout l'absorbent et la disséminent, de telle sorte que la température de la masse totale peut, par suite, s'élever sensiblement. J'ai vu, par exemple, la température d'un lapin exposé au soleil par une chaleur de 30 à 32 degrés, monter k 43,2,' puis à Uli. Oelaroche et Berger ont constaté qu'un ânon après un séjour de deux heures cinquante minutes dans une étuve avait éprouvé une augmentation de 6 degi^és, ou de 37,4 à 43, 4. Hoppe a vu un chien dans une étuve chauffée de 60 à 70 degrés augmenter de 1 degré
en trente-cinq minutes et de 2** en quarante minutes.
L'échauffement de l'organisme ne se pi*oduit.pas seulement par l'extérieur, comme le ferait un cadavre placé dans un bain, ou dans une étuve. À l'ombre, dans les régions tropicales où l'air arrive à 60 degrés; au soleil dans nos pays, par les grandes chaleurç de l'été ; en Afrique quand, sous l'influence des vents chauds appelés simounn, chamsin^ la chaleur arrive à 45, à 50 degrés, dit-on, les masses d'air introduites dans les voies respiratoires élèvent rapidement la température du sang, à mesure qu'il passe dans le poumon. Aussi, dans de telles conditions les animaux et les hommes des caravanes peuvent-ils périr par asphyxie. Cet accident peut même arriver dans nos pays par les fortes chaleurs de l'été sur les bœufs et les chevaux employés aux labours ou aux transports. On le reproduit aisément sur de petits animaux. Un lapin attaché au soleil est mort après avoir atteint la température de 4ô degrés dans les expériences de Walker. J'en ai vu mourir ainsi un au bout de trois heures et demie, quoiqu'il fût libre dans une cage de fils de fer.
La chaleur extérieure, qu'elle provienne de l'insolation, d'un foyer circonscrit, d'une atmosphère d'éiuve, du baiji thermal ou de corps chauds mis en contact avec la peau, élève d'abord la température du tégument, puis s'étend aux parties sousjacentes, comme le prouvent les expériences suivantes que j'ai faites il y a quelques années sur le cheval.
Après avoir engagé un thermomètre sous la peau des reins d'un cheval et noté la température qui était de 35 degrés, j'ai promené un cautère ordinaire sur la région, comme on le fait dans la cautérisation transcurrente. Au bout de cinq minutes l'instrument marquait 37°, 5, — d'un quart d'heure, 40 degrés, — d'une demiheure, 41^,7; soit une augmentation de6<»,7 pour ce laps de temps pendant lequel le cautère passa quinze fois dans les raies. Sur un autre où le thermomètre était engagé sous la peau de Tépaule, la cautérisation continuée pendant trois quarts d'heure fit monter la température h 50 degrés, soit une augmentation de 15 de* grés ; mais cette tempéralut^e ne se maintint que pendant quelques instants et elle oscillait autour de 42 à 43 degrés.
Si les courants sanguins n'absorbaient pas le calorique pour le disséminer, l€S parties du corps exposées à une haute température s'échaufferaient bien davantage. En effets dans les expériences où la cautérisation actuelle fut pratiquée sur le cadavre, la température des tissus sous-jacents à la peau parvint très-vite au chiffre
de la coagulation de Talbumine. Ainsi sur un cheval mort depuis six heures, la température de la peau des reins étant de 30 degrés, le thermomètre en vingt mi- ' nutes monta à 50, puis à 60 degrés à la quarantième minute, soit une augmentation totale de 30 degrés. En une heure, sur un cadavre dont la température initialeétait de 31 degrés à la hanche, elle s'éleva à 5^ en un quart d'heure, à 60 au bout d'une demi-l^eure, et à 70 dès la quarantième minute, soit une augmentation totale de UO degrés en moins de trois quarts d'heure. .
La chaleur extérieure agissant, soit sur l'ensemble de la masse du corps, soit sur quelques-unes de ses parties, peut donc élever plus ou moins la température de l'or- ' ganisme, non pas comme elle le ferait dans une masse inerte et hétérogène, mais suivant un mode tout particulier et Irès-favorable à la dissémination du calorique. C'est surtout par les courants sanguins échauffés dans les parties qui reçoivent un excès de calorique que la chaleur superflue se dissémine^ qu'elle passe des régions superGcielles dans les profondes. La conductibilité n'agit dans ce sens qu'avec beaucoup plus de lenteur.
Il serait intéressant de voir avec quelle rapidité les couches de-plus eu plus profondes s'échauffent, et l'on y arriverait en portant successivemcnt*le thermomètre dans des points de plus en plus éloignés de la surface. Il est hors de doute que |a pénétration du calorique est lente, par la raison que les tissus sont fort mauvais conducteurs, ce que prouve la lenteur de réchauffement des parties centrales d'un cadavre froid que Ton plonge dans un bain h température élevée.
Ce n'est pas seulement sous i'inflnence des sources extérieures de calorique que la température de l'organisme peut monter au-dessus du chiffre normal ; elle s'élève aussi au-dessus de ce chiffre par le fait de diverses causes internes : 1® lorsque la digestion trop active fournit au sang et aux tissus des combustibles en quantité surabondante; 2^ lorsque la respiration et la circulation suractivées donnent une trop forte impulsion aux actions chimiques ; 3^ quand le système musculaire fonctienne très-énergiquement ; enfin dans le cas où les enveloppes protectrices du corps, fourrures, toisons, ne laissent pas perdre l'excès de chaleur produite.
Il est donc bien établi par ce qui précède que la température du corps peut, sous l'influence de causes extérieures ou intérieures, s'élever partiellement ou dans l'ensemble, à plusieurs degrés au-dessus du chiffre normal. Comme cet excès de chaleur trouble les actions physiologiques et cutrahie des conséquences graves, même mortelles, il importe à l'organisme de le restreindre dans des limites aussi étroites que possible. Or, c'est par deux moyens principaux que l'animal résiste à l'élévation de la température, savoir: 1*^ l'augmentation do la transpiration cutanée; 2<* le ralentissement des actions thermogènes.
Le grand moyen de résistance à la chaleur est la transpiration, soit que le calorique se produise en excès dans l'organisme par les actions musculaires, par le travail fébrile ou par toute autre cause interne^ soit qu'il vienne de sources extérieures. Dès que la quantité de calorique à dissiper est considérable, la transpiration ou la sueur devient tellement abondante qu'elle ruisselle à la surface de la peau et mouille même complètement les poils^ les fourrures ou les toisons des animaux. Gomme elle peut être accrue dans la pi*oix)rtion de 1 à 10, et plus encore, elle enlève è un homme du poids de 75 kilogrammes qiii suc abondamment 300 grammes par 6. GOUM. — Phystol. comp. , 2« édit. n . -*- 59
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heare ; elle enlèverait à un cheval du poids de ^00 kilogramoies, dans le même temps, s'il transpirait proportionnellement à sa masse, autant que Thomme, 10 000 grammes de liquide. Mais ce serait là un chiffre maximum auquel Forganisme n'arriverait que par une gradation en rapport avec l'élévation progressive de la température. Letellier a vu, en effet, que la tourterelle, qui perd par heure et par kilogramme 2^^,U entre -|- 15 et -f* 20 degrés, en perd 64 à la température de 30 à 60, et Thomme qui, à la température de 12 à 15 degrés et dans Tinaction perd par kilogramme 2'', 5, en perd 25, d\iprès mes expériences, à -f- 30 è 35, lorsqu'il se livre à un travail musculaire fatigant. Dans un milieu très-chaad^ comme celui d'une étuve, les pertes sont beaucoup plus grandes encore. Bei^ger perdit 220 grammes en sept minutes dans une étuve chauffée à 109, ^ 310 grammes en douze minutes dansl'étuve humide à 53 degrés. Un malade dans des conditions analogues donnait à M. Favre environ 1300 grammes de sueur par heure. Un ânon du poids de 18 kilogrammes et demi, perdit dans l'étuve chauffée de 60 à 76 degrés 639 grammes en deux heures cinquante minutes, soit 12^'',6 par kilogramme et par heure. En prenant pour le minimum de la perte de l'homme 30 grammes paf heure à -{* 15 dans l'inaction, et 1300 dans l'étuve, on voit que la déperdition de calorique due à la transpiration est quarante-trois fois plus considérable dans la seconde condition que dans la première.
La réfrigération due à la transpiration est proportionnelle non à la quantité d'eau versée, mais à la quantité évaporée, car ce n'est pas l'exhalation qui emporte le calorique, mais bien l'évaporation du liquide exhalé : aussi les fortes chaleurs sontelles d'autant mieux supportées que l'air est plus sec. Cet air sec rafraîchit parce qu'il active l'évaporation. A 36 degrés il peut absorber sept à huit fois autant d'humidité qu'à 10. Au contraire, en été^ lorsque par le fait des nuffges, de l'orage, des vents, l'air, saturé, humide, évapore moins activement les produits de la transpiration^ la chaleur devient très-pénible et semble même augmenter, quoiqu'elle demeure stationnaire.
Dans les cas où la transpiration est entravée^ k>rs des fortes chaleurs, les animaux éprouvent un malaise considérable qui se traduit de diverses manières. L'ours blanc, couvert d'une épaisse fourrure, est haletant et cherche à s'étendre sur les pavés frais de sa grotte ; le mouton non tondu s'essoufiie au moindre mouvement ; le chien qui transpire peu est iialetant ; sa langue sort de la bouche pour perdre quelque peu de liquide. S'il est couvert d'enduits imperméables il ne peut, comme je l'ai vu, supporter la moindre course sans s'échauffer outre mesure et même sans tomber par moments dans des accès de suffocation. C'est dans ces conditions que les vêtements chauds paraissent lourds et qu'ils produisent des sensations désagréables. Les toisons, les fourrures, incommodent alors fortement les animaux. Aussi, ceux des pays chauds en sont dépourvus, et plusieurs même s'y trouvent, comme l'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, tout à fait nus. Dans les climats tempérés ils ont pris pour l'été un pelage plus court, très-clair^ sans poils laineux mêlés aux autres.
La transpiration pulmonaire concourt aussi pour une certaine part à la soustraction de la chaleur animale excédante ; mais elle n'a pas^ à beaucoup près, un rôle aussi important que l'autre. La quantité d'eau qu'elle enlève est bien moins consi-
CONDITIONS QUI MAINTIENNENT L'ÉQUIUBBE DE LA TEMPfiRATURK. 931
dérable que celle qu*exhale la |)eau, et elle ne peut augmenter ou diminner, comme la transpiration cutanée, suivant la somme de calorique à soustraire. D'après M. Gavarret (1) elle n'éprouverait aucune variation par le fait de la température. Dans tous les cas, l'exhalation des voies aériennes a pour résultat de restreindre réchauffement de la muqueuse dés vésicules pulmonaires et des bronches aussi bien que de contribuer à maintenir l'équilibre thermique général.
Les deux transpirations réunies soustraient, dit-on^ chez l'homme, en vingtquatre heures, 860 calories, ou le tiers de la somme de chaleur produite; mais ce chiffre est aussi variable que celui même de l'eau évaporée, lequel peut être suivant les conditions de 800, 1000, 1500, 2000 grammes. La soustraction de l'eau, eu épaississant le sang, fait naître chez l'homme et les animaux une soif très-vive qui doit être satisfaite pour donner de nouveaux éléments à la transpiration, sinon la résistance à la chaleur devient extrêmement difficile.
Il est à noter ici que l'abondance de la double transpiration ne cesse pas brusquement, à compter du moment où l'organisme est soustrait à l'influence d'une température élevée. Elle persiste plus ou moins, en s'alténuant, par exenaple, lorsque l'homme sort d'un bain thermal ou d'une étuve, parce que la chaleur absorbée en excès ne se dissipe qu'avec une certaine lenteur. Du reste, l'arrêt brusque de celle de la peau pourrait entraîner des conséquences très-graves.
Le second moyen par lequel l'organisme résiste à la chaleur consiste dans le ralentissement des actions chimiques ou des combustions qui s'opèrent dans les tissus, /«'économie produit peu de chaleur quand les milieux lui en enlèvent peu. Il y a alors moins d'oxygène absorbé, moins de carbone brûlé. W. Edwards a constaté qu'en été l'animal met à consommer un volume donné d'oxygène un temps beaucoup plus long qu'en hiver. La réduction peut s'élever à un cinquième, à un quart et plus, suivant les animaux et l'eut des milieux. D'après Letellier, elle serait proportionnelle à l'élévation de la température extérieure. Le ralentissement des actions chimiques devient manifeste lorsque les animaux sont placés brusquement dans une atmosphère confinée très-froide. A 0, par exemple, des oiseaux adultes se refroidissent seulement de 0^,4 en hiver, tandis qu'en été où ils produisent moins de chaleur ils se refroidissent de 1^,6 à 3°,6.
Les deux moyens de résister à la chaleur, quoiqu'ils agissent de concert, ont chacun leur rôle. Le premier, qui est le principal, peimet à l'organisme de parer à toutes les éventualités: il est constamment disponible et sert pour les besoins immédiats. Le second a une action plus lente, plus persistante, parce qu'il se lie à un état de l'organisme réglé en vue d'une calorification mise en harmonie durable avec les conditions extérieures. Mais, (jueile que soit leur puissance d'action, ces deux moyens ne donnent à l'organisme qu'une résistance limitée à l'influence de la chaleur. Toutefois cette résistance va très-loin, comme l'ont appris des expériences devenues célèbres. En effet, de jeunes filles observées par Duhamel et Tillet ont pu, sans inconvénient, séjourner tout habillées pendant dix minutes dans un four chauffé à 132 degrés, Bia^en passa huit minutes dans une étuve à 127, et dix minutes à une température de 110; Berger, sept minutes dans une autre
(i) Gavarrei, vuvr, cité, p. 430.
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à 109 ; une chienne enveloppée d'une couYerture put tenir 32 minutes dans une autre chauffée à H3. La température des individus qui avaient séjourné dans ces atmosphères échauffées, huit, dix minutes et plus, se maintint sous la langue de 37^,5 à SS'^fd. Dans les étuves dont Pair est chargé de vapeurs, les hautes températures sont moins bien supportées. Berger ne put demeurer au delà de douze minutes dans une étuve de ce genre^ chauffée seulement de £ii à 53 degrés.
Les petits animaux, qui s'échauffent nécessairement plus vite que ceux de grande taille, supportentbeaucoup moins longtemps que l'homme les hautes températures à l'air sec ou humide. Un chien dont parle Haller mourut dans l'étuve au bout de vingt-huit minutes, sans suer, et rendant une grande quantité d'écume rouge très-fétide par la bouche. Un chat périt, ruisselant de sueur^ après dix-sept minutes de séjour dans une étuve à 166 degrés, Farh., et un moineau apràs sept minutes ; un bruant, dans les expériences de Tillet, fut pris de convulsions après quatre minutes dans une étuve à 76 et mourut quelques minute après en être sorti. Il a été constaté que la température des animaux morts dans ces conditions s'était élevée de 6 à 7 degrés au-dessus de son chiffre normal.
Lorsque la température est moins élevée que dans les cas précédents, les animaux peuvent la supporter un temps beaucoup plus long, mais toujours assez limité. Dans une étuve chauffée de 56 à 65, le chat et le lapin n'ont pas vécu plus de quatre heures et le bruant au delà d'une demi-heure.
Dans l'eau, l'homme et les animaux supportent moins facilement les températures élevées. Il résulte des expériences faites sur l'homme que le bain chaud à 65 degrés ne peut être supporté au delà de six à sept minutes. L'eau qui refi*oiditvitele corps l'échauffé égalementavec une grande rapidité.
Les animaux à sang froid et à température variable n'ont aussi qu'une résistance limitée à l'action de la chaleur et ne peuvent supporter longtemps les températures élevées. Spallanzani et W. Edwards ont constaté que les poissons et les grenouilles périssent promptement dans l'eau à 42 ou 63 degrés, et il n'est pas bien avéré que les poissons qui vivent dans les eaux thermales se tiennent dans des régions dont la température dépasse 60. D'ailleurs, dans les conditions expérimentales, les vertébi*és à sang froid meurent lorsque leur température interne arrive à 65 ou 66 degrés.
En somme, l'organisme jouit, dans dés limites assez élendoes, de la faculté de résister au froid et à la chaleur. A l'aide des quatre moyens régulateurs précédemment indiqués, il maintient l'équilibre de sa température. Pendant les temps froids il produit beaucoup de chaleur et en restreint la déperdition ; pendant les temps chauds il en produit peu et eu perd l'excès par la transpiration. Il lutte dans tontes les conditions contre des variations intérieures qui deviendraient funestes. Maïs peut-être lultc-t-il mieux contre le froid que contre la chaleur, cardans les régions polaires sa température ne baisse pas sensiblement, tandis que dans une atmosphère très-échauffée elle peut s'élever de 6, 5, 6 degrés, et la mort s'ensuivre dans un délai très-court, souvent d'une façon foudroyante. En effet, si quelques observateurs n'ont pas vu la température de la bouche dépasser 38°,8 sur l'homme après un séjour de six à dix minutes dans des étuves à plus de 100 degrés, Delaroche et Berger ont noté, pour la même région, une augmentation de 6 à 5 degrés dans des
étuves sèches, chauffées de 80 à 87, et une augmentalion de 2 à 5 degrés après quinze à dix-sept minutes de séjour dans un bain de sapeur de 37 à 68 minutes.