‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 93 sur 239 · DE L*ASPHYXIE · texte numérisé non relu

DE L*ASPHYXIE

flation pulmonaire et les frictions continuées pendant une demi-heure ne le rappelèrent pas à la vie. L'iiomme qui est demeuré sous Teau plus de quatre à six minutes ne peut plus être rappelé à la vie, à moins qu'il n'ait éprouvé, dit-on, une syncope en se noyant.

Les animaox plongeurs, par suite de quelques dispositions analomîques, peuvent passer sous l'eau, sans périr, quelques minutes de plus que les autres. Ils ont, pour la plupart, notamment les phoques et l'hippopotame, de grandes dilatations à la veine cave où stagne le sang noir, un sphincter musculeux autour de cette veine à son passage à travers le diaphragme, sphincter dont la contraction limite probablement le retour du sang noir au cœur et au poumon et le relient dans le système veineux des parties postérieures du corps; les phoques ont en outre^ dit-on, la faculté de comprimer leurs carotides dans la région hyoïdienne pour limiter l'abord du sang à l'encéphale ; leurs narines, comme celles de l'hippopotame, sont disposées en anneau et se ferment exactement pendant toute la durée de l'immersion. Il y aurait aussi, chez les cétacés, autour de l'aorte et à la base du crâne, des plexus artériels dont les usages ont été rattachés à la faculté de plonger.

Quelle qu'en soit la raison, le privilège dont jouissent les plongeurs est incontestable. Ces animaux se jettent sous l'eau volontairement, s'y meuvent sans inquiétude et ne cherchent souvent à en soitir pour respirer qu'après plusieurs minutes. J'ai vu souvent l'hippopotame du Jardin des plantes ne ramener le nez à la surface du liquide qu'à des intervalles de trente à trente-trois secondes. Gratiolet aurait compté, ce que j'ai peine à croire, quinze minutes entre deux inspirations. M. Bcrt aCGrme avoir vu le phoque demeurer immergé pendant dix minutes. La baleine, d'après Scoresby (i), ne vient respirer qu'à des intervalles de cinq à dix minutes, et peut se tenir sous l'eau de quinze à vingt minutes pour manger, même une demi-heure lorsqu'elle a été blessée.

Mais à part ces exceptions, les autres animaux plongeurs ne résistent à l'asphyxie, sous l'eau, qu'un temps de bien peu supérieur à celui que peuvent y passer les espèces ordinaires. J'ai eu l'occasion d'expérimenter à plusieurs reprises sur une poule d'eau; elle plongeait volontiers et se tenait au fond d'un bassin, sans se débattre, pendant plusieurs minutes; mais passé deux minutes et demie, elle faisait des efforts inouïs pour sortir du liquide. Après avoir résisté à des submersions de trois minutes à trois minutes et demie, elle périt à la suite de celle qui allait à près de quatre minutes. W. Edwards avait déjà noté que cet oiseau ne peut plonger an delà de trois minutes. Dans les expériences récentes de M. Bert (2), le rat d'eau n'a résisté que deux minutes cinquante, le goéland^ le râle d'eau, quatre minutes et demie, la sarcelle et l'oie sept à huit minutes, et le canard onze minutes. Il est bien établi que les hommes qui ont ac4]uis la plus grande habileté à plonger ne peuvent se tenir sons l'eau au delà de trois minutes.

I^ rapidité avec laquelle se produit l'asphyxie par strangulation, submersion, etc. , indique assez la nécessité de prompts secours si l'on veut rappeler à la vie les individus arrivés à la période dans laquelle la sensibilité et les mouvements ont cessé.

(1) Milne Edwards, t. H, p. A86.

(2) P. Bert, ouvr. dté^ p. &3A.

Page 1