VI. — Progression de l'homme comparée a celle des animaux
La progression bipédale de l'homme, qui paraît, au premier abord, d'une grande simplicité, est cependant assez compliquée, comme l'ont prouvé les recherches de Weber. On peut la comparer à celle des oiseaux et même des singes dans les moments où ils se servent exclusivement des membres abdominaux.
Les membres de l'homme, dans les mouvements progressifs,- agissent tantôt successivement, de manière que l'action de l'un finit quand celle de l'autre commence, ou bien ils fonctionnent dans des temps qui empiètent les uns sur les autres. Et, sous ce double rapport, leur jeu est tout, à fait comparable à celui des membres postérieurs des quadrupèdes. Il se compose de trois éléments : la sustentation du corps, l'impulsion et l'oscillation dans l'espace.
Le membre à l'appui donne l'impulsion en aro-boutant sur le sol, soit dans une direction verticale, soit plus souvent dans une situation oblique d'arrière en avant; il la donne d'abord par l'extension du genou, puis par celle du pied sur la jambe. L'impulsion est achevée dès que le pied quitte le sol, par suite de la flexion du genou, et alors le membre en l'air est soutenu et emporté par le corps.
Cette impulsion pousse à la fois, comme chez les animaux, le corps en haut et en avant, mars elle est surtout horizontale, car, d'après les recherches de Weber, les oscillations verticales du centre de gravité n'ont, au maximum^ que trois centitimètrcs d'amplitude. Elle agit constamment sur le corps incliné en avant et d'autant plus incliné que la progression est plus rapide; aussi, dans la plupart des cas, la ligne de gravitation passe en avant de l'axe du bassin et des articulations coxofémorales.
Dans toutes les formes de progression, le pas n'est que l'espace parcouru par un membre de son lever à son appui^ aussi il se mesure par la distance de l'empreinte qu'il quitte à celle qu'il va faire, distance à laquelle on ajoute la longueur du pied.
Les quatre modes de progression de l'homme sur le sol sont : la marche, la course, le trot et le saut.
Latnarcbe, qui est le mode le plus habituel, peut être lente ou rapide.
Dans la marche lente, le cor^ est tour à tour soutenu par un membre ou par les deux, et il ne se détache jamais du sol ; mais les deux temps de cette allure sont inégaux : celui pendant lequel le corps est porté par un seul membre, l'autre étant en l'air, est plus long que le temps où le corps est soutenu par les deux ensemble. Le temps de double appui alterne toujours avec le temps d'appui unilatéral.
Dans la marche rapide, le temps de Tappui simultané des deux pieds s'efface : l'an des membres quitte le sol au moment même où l'autre appuie, les deux oscillant successivement sans que le jeu de l'un empiète sur celui de l'autre. Dans la première, la dur^'C de l'appui et de l'impulsion de chaque membre est plus considé-
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rable que celle du temps où le membre oscille dans Tespace; dans la seconde, ces durées sont à peu près égales, d'après les observations de Weber.
L'impulsion est donnée par le membre qui se trouve en arrière et qui se redresse au genou, puis à Tarticulation tibio-tarsienne; ce membre se détache parle talon d'abord, consécutivement à une flexion du genou, puis il oscille en Tair et vient porter sur le sol par le talon, après quoi l'autre se lève à son tour et décrit son oscillation pendant Tappui du premier.
L'espace parcouru par un membre dans chaque pas ne représente que la moitié de l'espace qui, au i;epos, est compris entre les deux pieds portés à leur maximum d'écartement, soit la moitié de 118 centimètres, d'après les expériences de Weber.
La vitesse de la marche dépend évidemment de la rapidité de la succession des pas et de leur étendue. Ces deux conditions dérivent de la vélocité des contractions musculaires, de la longueur des jambes, de l'étendue de leur flexion et de leur extension successives, du degré d'inclinaison du tronc Si le corps est droit, comme dans la marche grave, les oscillations verticales du centre de gravité peuvent acquérir une amplitude de 3 centimètres; mais, s'il est incliné, elles deviennent beaucoup moindres, et alors, dit Weber, la marche peut acquérir une vitesse égale à 2'",60 par seconde, soft à peu près la vitesse de la marche d'un cheval de taille moyenne.
La course est un mode de progression rapide dans lequel le corps est successivement porté par un membre, pois soutenu eu l'air, et enfin porté par l'autre membre; car chaque pied quitte te sol avant que l'autre soit revenu à l'appuL Elle se compose réellement, comme le remarque Weber, de deux sauts ou d'un double saut effectué pendant que les deux membres opèrent leur déplacement complet.
La course dilTère de la marche, même la plus rapide, en ce que le temps de la marche pendant lequel les deux membres sont à l'appui est ici remplacé par un temps où le corps est complètement détaché du sol, mais ce temps de suspension est très-court et ne représente, en moyenne^ suivant Weber, qu'un dixième de seconde.
Dans cette allure, le membre qui tombe verticalement sur le sol donne immédiatement l'impulsion par le redressement du genou, puis il se détache et demeure en l'air pour osciller un temps plus long que celui du poser. Le corps est projeté presque horizontalement, de telle sorte que les déplacements verticaux du centre de gravité sont même moindres que dans la marche.
Le pas de course, composé du temps pendant lequel le corps est sur une jambe et du temps où il est suspendu, parait varier d'un quart à un tiers de seconde; son étendue est à peu près double de celle du pas de la marche, et comme il se fait phis vite, il pennet de parcourir trois fois autant d'espace qu'en marchant, c'est-à-dire de 6 à 7 mètres par seconde, soit 1 kilomètre en 2 minutes et demie ; mais cette progression, analogue au galop des quadrupèdes, abstraction faite de l'action des membres tboraciques» ne peut se continuer longtemps par suite de TaccélératioD qu'elle imprime aux battements du cœur et aux mouvements respiratoires.
Le trotter ou le trot est on autre mode de progression dans lequel le corps effectue une série de sauts d'un membre sur l'autre, et où, avant de passer do droit sur le gauche, il est en Tair pendant un temps plus ou moins considérable.
Dans cette allure, la jambe qui tombe sur le sol dans une direction obliqoe en
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annt, m donne l'impulsion qn'après être revenoe i la direction Terticale, et elfe la donne de telle sorte que le corps est lancé très-hant; aussi, (aut-il déployer, ponr Irotla*, plus de force musculaire que pour courir.
Dans le trol, le corps est aussi alternatiTemeot à l'appui et détaché do sol, et le tempsoA il est en l'air est plus long que l'autre. Chaque pas peut avoir autant et plus de liHigoenr mimeque dans la course; mais ces pas ont une durée plus considérable en raison da temps perdu pendant qoe le corps se soulève et retombe, au lien de se mouvoir suivant qne ligne boriionlale, comme il le Tait dans la course.
Cette allure diffère donc de la course surtout par la forte projection du coips en hani, par la plos longue durée do temps de suspension et par la distinction entre l'instant du poser de la jambe et celui où elle donne l'impulsion. Dans le saut, qni peut être rertical ou oblique, et se faire i pieds joints ou d'un seul pied, le corps est lancé i une hauteur et i une distance proportionnée ti l'intensité de l'impulsion, qui dépend elle-même du degré de flexion des rayons, de l'énergie et de la vitesse
Pic. 69. — HarctM de l'oiteiu.
da contractiwis musculaires destinées i opérer la détente. Cet acte se produit par on mécanisme de même genre que chez les animanx. Il devient, à proprement parler, on mouvement de progression quand il est répété un certain nombre de fois.
En somme, il y a des différences notables entre les divers mouvements progressifs de l'homme. Dans la marche, le corps est constamment soutenu au premier temps par l'un des membres, au second par les deux, an troisième, par l'autre, en raison de ce que l'un commence à poser avant que l'autre soit levé, et chacon est phis longtemps à l'appui qu'en l'air. Dans la course, le corps ne passe du membre droit sur le gauche qu'en s'élevant en l'air dans un temps intermédiaire, et chaque membre est plus longtenq» levé qu'appuyé. Dans le trotter, le corps, avant de
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passer d'une jambe sur l'autre, se trouve aussi en l'air en s*étevant très-haut, et il passe plus de temps sans appui que dans la course. Ces divers modes de progression sont tous à trois temps : le premier est celui de Tappui sur un pied, le second celai de Fappui sur le pied opposé; mais le temps intermédiaire, qui est de double appui dans la marche» est un temps de suspension complète dans ia course et le trotter. Si on analysait la progression des oiseaux, on y retrouverait la marche humaine, la course et le trotter avec leurs caractères essentiels, et on verrait les pattes développer successivement Timpulsion par l'extension du pied et par celle du tai^e (fig.69), qui donnent un résultat équivalant à Textension du tarse et du genou de l'homme ou du boulet et du jarret des quadrupèdes. En effet, c'est le membre en retard, oblique d'avant en arrière, qui se lève le premier; sa partie postérieure se détache d'abord du sol, et l'impulsion s'achève au moment où l'appui ne se fait plus que par l'ex* trémité des doigts.