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temps nécessaire à rimbibition d'une membrane mince, Millier tendit sur le col d'un flacon, contenant une solution de cyanure polassique, la vessie d'une grenouille, et sur un autre la membrane réticulée du poumon de cet animal. Ayant appliqué sur la face libre de ces membranes une goutte de clilorure de fer, et renversé au même instant les deux flacons, il vit en moins d'une seconde se former une tache bleue dans le point touché par le sel de fer. Il n'avait donc fallu qu'une seconde pour que le cyanure traversât le tissu membraneux et vînt se combiner avec le sel ferrique. Or la couche mince qui sépare les réseaux vasculaires de la surface libre d'une villosité ayant une épaisseur moindre que celle delà membrane pulmonaire des batraciens, les villosités doivent s'imprégner pour ainsi dire instantanément des fluides mis en contact avec elles. Puis les courants sanguins peuvent, en les saisissant immédiatement, leur faire décrire un tour complet de circulation en moins d'une minute.
Le degré de miscibilité delà substance à absorber avec l'eau, avec le mucus et les produits de sécrétion influe beaucoup aussi sur l'absorption. Les graisses non miscibles à l'eau sont absolument réfractaires. Ces graisses émulsionnées entrent plus facilement, parce qu'elles se mêlent mieux aux liquides qui mouillent les membranes: elles passent mieux aussi dans les expériences lorsque les membranes sont imprégnées de bile ou d'une solution alcaline. D'ailleurs, l'osmose n'a lieu qu'entre les matières miscibles et capables de mouiller les cloisons qui les séparent.
La diffus ibili té crée deS différences énormes dans la rapidité de la fonction. Les substances peu ditïusibles, comme les albuminoïdes, sont peu aptes à l'absorption. L'albumine soluble, qui aunpouvoirditfusif 8 fois 1/2 moindre que le sucre, 19 fois moindre que le chlorure de sodium, emploie à se diffuser un temps qui est à celui du sel marin : : 40 : "2,3. L'albumine non modifiée, qui, d'après Funke, est 10 fois moins diffusible que l'alburainose, doit s'absorber moins vite que celle-ci. La gomme, le mucilage, qui se diflusent moitié moins Tite que le sucre, s'absorbent aussi plus lentement que ce principe. La gomme arabique, par exemple, dont le pouvoir de difl'usion est à celui du chlorure de sodium : : 0,004 :1, passe probablement suivant un rapport analogue. Les substances dont la diftusibilité est très grande, comme l'éther, la nicotine, l'acide cyanhydrique, sont absorbées avec une rapidité extrême et produisent des eftets foudroyants.
La vélocité des courants a aussi une influence notable. Les substances qui passent surtout par les vaisseaux sanguins agissent très vite, et moins celles qui suivent la voie des lymphatiques.
La rapidité de l'absorption ne se mesure pas très facilement. On la détermine par divers moyens. S'il s'agit d'un poison, c'est par le temps qui s'écoule entre l'instant de l'administration et le développement des premiers symptômes d'intoxication. Si on a aftaire à une substance reconnaissable dans le sang, le chyle, la lymphe ou les produits de sécrétion, c'est par le temps que cette substance met à devenir sensible dans ces liquides, dans l'urine, la salive, etc. Mais dans ces deux cas, la vitesse réelle est plus grande que celle qu'indiquent les symptômes ou les réactions ; car, sauf pour les poisons énergiques, comme l'acide prussique, dont les premières quantités suffisent au développement des effets toxiques, ceux-ci apparaissent seulement à compter du moment où les quantités absorbées
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se sont additionnées dans des limites plus ou moins étendues. En ce qui concerne les substances ù déceler par les réactifs, leur présence n'est appréciable qu'à partir de l'instant où les fractions reçues successivement et disséminées dans une masse énorme de liquide forment un total assez considérable. Il faut donc, dans les deux cas, déduire du temps qui indique la vitesse apparente de l'absorption, celui qui est employé pour ajouter au\ premières quantités de poison prises les quantités nécessaires au développement des effets toxiques, ou le temps qui s'écoule entre l'admission des premières molécules d'un sel et l'instant oii la masse de ces molécules devient assez grande pour être sensible aux réactifs. De plus, s'il s'agit de substances à éliminer, il faut défalquer encore le temps employé par le travail d'élimination.
Mais en négligeant ces corrections et en prenant les faits tels qu'ils s'observent, la \itesse de l'absorption se monti-ele plus souvent très grande, souvent prodigieuse.
En effet, Fontana a constaté depuis longtemps qu'un pigeon mordu par une yipère, meurt si l'amputation du membre sur lequel le venin a été déposé n'est pas pratiquée au moins quinze secondes après la morsure : passé ce temps, l'amputation ne peut sauver l'animal. Donc en quinze secondes le venin est absorbé et répandu dans les voies de la circulation. Ségalas a vu l'extrait alcoolique de noix vomique injecté dans les voies aériennes produire ses effets ordinaires en un espace de quinze secondes. Le sulfate de strychnine en dissolution, versé dans le bec de petits oiseaux, leur donne le tétanos en moins de vingt-cinq secondes, d'après mes propres observations. Le même sel, à la dose de 2o centigrammes dissous dans io grammes d'eau et injecté brusquement dans les bronches d"un chien, détermine un tétanos violent en quarante secondes, comme je l'ai constaté sur un animal très vigoureux. Nous avons vu l'acide cyanhydrique, injecté dans l'intestin grêle du cheval, déterminer la chute de l'animal au bout d'une minute à une minute et demie; il tue en IfJ à 20 secondes, presque d'une manière foudroyante, s'il est versé sur la conjonctive d'un petit animal. Mayer a retrouvé dans le sang, après deux à cinq minutes, le cyanure ferrico-potassique injecté dans les bronches d'un chien. J'ai constaté la présence du même sel dans ce liquide à la quatrième minute qui suivit son injection à la dose de oO grammes dans la trachée d'un cheval. La noix vomique injectée en dissolution à la dose de 32 grammes dans la plèvre du cheval développe le tétanos en trois minutes. Dans ces dernières circonstances, si l'absorption paraît plus lente que dans les premières, c'est qu'une quantité un peu considérable de poison ou de sel doit s'accumuler dans le sang pour y devenir sensible et déterminer sur l'organisme des effets appréciables. Or, en moins d'une minute, il entre dans le torrent circulatoire une somme de strychnine suffisante pour donner le tétanos ; en trois à quatre minutes, il pénètre dans lamasse du sang assez de prussiate de potasse pour y être reconnaissable, quoique mêlé à vingt ou vingt-cinq litres de ce fluide. Sans doute au bout de quelques secondes il s'en trouve déjà dans les vaisseaux, mais en proportions trop minimes pour y être retrouvé.
Partant de ces données parfaitement établies, il ne faut point s'étonner de l'inefficacité des cautérisations employées au bout de cinq à six minutes pour
VITESSE DE l'absorption. 29
prévenir le? effets des virus inoculés dans les plaies. Il ne faut pas une période aussi longue que celle-là pour qu'une partie du principe virulent soit absorbée et fasse plusieurs fois le tour de l'arbre circulatoire. Néanmoins la logique indique qu'il ne faut pas négliger l'usage de ces moyens, même au bout d'un temps bien [•lus considérable ; car les virus mêlés à des mucosités épaisses, comme celui de la morve, ou à une salive visqueuse, comme celui de la rage, ne sont pas dans les meilleures conditions pour être totalement et rapidement absorbés, d'autant (ju'ils peuvent être enveloppés de sang extravasé et en rapport avec des parties contuses dans lesquelles les courants vasculaires sont ralentis ou momentanément suspendus. Du reste l'application du feu, celle des caustiques sur les parties dans lesquelles les virus ont été portés, l'excision de celles qui sont imprégnées de ces principes morbides, peuvent encore être utiles en enlevant ou en détruisant ce qui n'a pu être saisi dès les premiers moments de l'inoculation. Mais ce sont là des points sur lesquels je ne dois pas insister ici.
La vitesse de l'absorption, telle que les expériences la mettent en évidence, suffit à peine à expliquer l'extrême promptitude des effets produits par certains poisons, l'acide cyanhydrique par exemple. Comme cet agent subtil déposé sur la conjonctive tue en quelques secondes, ou en un espace moindre que celui qui serait nécessaire pour lui faire parcourir le cercle circulatoire, on est porté à penser qu'il peut aller frapper le système nerveux par une autre voie. Peut-être est-il porté au cerveau, ainsi que le croyait Bérard. par un reflux du sang de la conjonctive dans la veine ophthalnnque. et de là dans les sinus caverneux de la dure-mère, reflux déterminé par les mouvements respiratoires.
L'activité de l'absorption peut être influencée par la circulation plus ou moins rapide, par le degré de plénitude du système vasculaire, par les sécrétions et l'état de leurs produits, par la pression, la chaleur, l'électricité.
L'imbibition par capillarité, l'osmose, la diffusion, ne déterminent que des courants d'une extrême lenteur. Au moins c'est ce qui peut être facilement constaté sur les plantes qui ont les radicules plongées dans les liquides colorés dont l'ascension se suit à l'œil nu^et se mesure exactement. Il faut le concours de la circulation pour imprimer un mouvement rapide aux matières saisies, pour les transporter vite et très loin des points où elles ont pénétré.
La circulation agit d'abord en maintenant à un degré constant le pouvoir osmogène du sang dans les parties qui absorbent, car ce pouvoir diminue à mesure que ce fluide se charge de la matière étrangère.
Elle conserve à la diffusion son énergie initiale, énergie qui tend à s'affaiblir à mesure qu'augmente dans le sang la quantité du liquide diffusé ; par conséquent elle tend à maintenir intacte, comme le dit Milne-Edv\"ards, la puissance de réception du liquide'.
Tout ce qui accélère le cours des liquides dans l'ensemble de l'appareil circulatoire, et particulièrement dans les systèmes capillaires des parties où s'elïectue l'absorption : les stimulations générales ou partielles, les frictions sur certaines parties du corps, telles que celles employées pour faire disparaître la graisse des
1. Milne Edwards, Leçons de physiol. et d'anat. comp.. t. V, p. 19(3.
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réo'ioiis musculaires chez les atlilètes et les chevaux de course ; l'application des huiles essentielles ou de certains liniments, agissent favorablement en activant la circulation capillaire. Tout ce qui, au contraire, ralentit la circulation dans une partie, l'oblitération de quelques artères, les liens compressifs sur le trajet des veines, affaiblit l'absorption. Aussi l'application momentanée de liens circulaires autour d'un doigt ou d'un membre peut-elle prévenir l'absorption des venins et des virus en attendant la cautérisation. Les lotions astringentes, les aspersions de liquides coagulants sur les plaies, tout en diminuant la perméabilité des tissus et en ralentissant la circulation capillaire, apportent des entraves à l'absorption.
La suspension totale de la circulation rend l'absorption extrêmement lente. A la suite de la ligature de l'aorte postérieure qui arrête à peu près la circulation dans le train postérieur, l'antiar mis dans une plaie de la cuisse ne produit ses effets qu'après plusieurs heures, au lieu de les produire après quelques minutes comme dans les conditions ordinaires.
Le degré de plénitude du système vasculaire exerce sur cette fonction une action des plus remarquables, que les expériences de Magendie ont mise en évidence.
Le savant physiologiste ayant injecté près d'un litre d'eau dans les veines d'un chien, mit dans la plèvre une faible dose d'une substance vénéneuse. Les effets du poison ne se manifestèrent que plusieurs minutes après l'époque à laquelle ils se montrent ordinairement.
Dans une autre expérience, on injecta par les veines autant d'eau tiède que l'animal en put supporter, c'est-à-dire environ deux litres. Le poison resta sans effet. Au bout d'une demi-heure, aucun des symptômes qui, dans les circonstances ordinaires, apparaissent en deux minutes ne s'était encore fait remarquer. Une large saignée fut alors pratiquée, et les effets de l'agent toxique se développèrent à mesure que le sang coulait.
Dans une troisième expérience, l'animal fut privé d'une demi-livre de sang, puis reçut le poison comme précédemment. Cette fois les effets, qui n'auraient du se produire qu'au bout de deux minutes, se firent remarquer avant la trentième
seconde.
Enfin, pour montrer que c'était bien la distension des vaisseaux et non le changement d'état du sang qui ralentissait l'absorption, Magendie fit une saignée à un chien, et lui rendit par les veines une quantité d'eau tiède égale au sang retiré des vaisseaux. Les effets de l'agent toxique furent aussi prompts et aussi intenses que dans les circonstances ordinaires.
On conçoit, d'après cela, comment l'absorption cutanée devient d'autant plug active chez les batraciens plongés dans l'eau que ces reptiles ont perdu davantage par la transpiration à l'air libre. On comprend de même comment l'absorption est plus active par l'estomac, l'intestin, les voies respiratoires, chez les animaux à jeun et débilités par des pertes de diverse nature ; comment cette absorption s'active par le fait de la diète, de l'abstinence, de l'exercice, de la transpiration, abondante, des émissions sanguines, etc. C'est sur la connaissance de ces faits importants qu'est basé l'emploi des saignées et des moyens qui excitent les sécrétions cutanéesj intestinales, urinaires, pour obtenir la résolution des œdèmes;
VITESSE DE l'absorption. ' 31
dos liydiopisies, des inliltrations considérables, moyens dont les ellets doivent être salutaires, s'ils sont appliqués avec assez de mesure pour ne pas trop débiliter l'organisme.
Les divers états du sang, les modilications de sa composition chimique ont aussi une action incontestable. Le sang a d'autant plus d'aptitude à se charger d'une substance qu'il en contient moins. S'il est épais, il devient très avide d'eau; s'il manque de chloi'ure de sodium ou d'une autre matière minérale, il l'absorbe très activement. Au contraire il prend difficilement les substances qu'il possède déjà en grande quantité et dont il est saturé, car alors son pouvoir osrnogène est affaibli, ainsi que son aptitude à faciliter la diffusion de ces mômes substances, particularité d'oij découle, en thérapeutique, l'utilité de changer, au bout d'un certain temps, les agents médicamenteux. Dans certains cas, ses altérations lui font perdre la faculté de se charger d'oxygène. Nous verrons plus tard, en effet, que les globules du sang se comportent en raison de leur enveloppe membraneuse, comme les autres cellules à pouvoir osmotique variable.
Les sécrétions peuvent, par elles-mêmes et par leurs produits, activer ou ralentir l'absorption. Le travail sécréteur déterminant un courant liquide de l'intérieur à l'extérieur est, par lui-même, une cause de ralentissement; mais comme il coïncide avec l'expansion des vaisseaux, avec l'accélération de la circulation, il peut l'activer comme cela paraît arriver à la peau. Toutefois par ses produits il entrave généralement les actes d'absorption. Il est clair que les matières sébacées de la peau, surtout dans certaines régions, celles de l'entrée des cavités muqueuses, le mucus épais de l'estomac, le mucus intestinal des animaux à jeun, sont des obstacles à la pénétration des matières étrangères. Quelques produits seulement, comme la bile pour la muqueuse intestinale, favorisent l'absorption ; d'autres, comme le suc intestinal, rendent solubles les huiles, les résines, le phosphore, l'iode ; quelques-uns, et notamment le suc gastrique, rendent solubles les bases, telles que la chaux, la magnésie, les alcaloïdes; enfin, les produits de la transpiration cutanée, par les chlorures qu'ils contiennent, rendent possible, d'après M., Mialhe, l'absorption du mercure en le convertissant en deuto-chlorure, etc.
La pression atmosphérique et celles des corps extérieurs peuvent exercer une influence très marquée sur l'absorption.
On sait que le mercure, qui ne passe pas à travers la peau tannée, la traverse si la pression exercée sur le métal est un peu forte, La filtration, qui est lente à la pression ordinaire, s'accélère beaucoup quand cette pression s'accroît; celle de certains liquides ne peut être obtenue même que par une pression exagérée : ainsi, la filtration de l'huile à travers les parois de la vessie, celle de l'eau à travers les mêmes parois sous une pression de 12 pouces de mercure, celle d'une solution concentrée de sel marin sous une pression de 18 à 20 pouces, d'après les recherches de Cima.
La pression exercée sur les liquides par les contractions intestinales devient très utile à l'absorption des substances peu endosmotiques, ce serait même sous son influence que, suivant plusieurs physiologistes, M. Béclard entre autres, aurait lieu l'absorption des matières grasses; Celle que développent les mouve-
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ments du diaphragme i)ar rapport à l'abdomen, les contractions musculaires, la pression des gaines aponévrotiques de la peau, devient favorable à la résorption des infiltrations sous-cutanées et des épanchements divers.
Tout ce qui augmente cette pression active plus ou moins la fonction qui nous occupe. Les frictions exercées lors de l'application des médicaments sur la peau deviennent très utiles sous ce rapport ; sans compter qu'elles agissent encore, comme nous venons de le dire, en accélérant la circulation capillaire, en détachant les couches superficielles de l'épiderme et en appliquant plus exactement la substance à la surface tégumentaire. On sait que les bandages sur les dilatations synoviales, sur les tumeurs molles, en activent la fonte. L'appareil à l'aide duquel Murray augmentait la pression extérieure favorisait ainsi l'absorption des médicaments.
La diminution de pression retarde et peut même suspendre l'absorption. Les expériences de Barry ont fait voir que le vide incomplet des ventouses sur les plaies empêche l'absorption du venin de la vipère, delà strychnine, de l'upas, de l'acide cyanhydrique, tant que ces ventouses restent en place ; elles ont fait voir de plus qu'après l'enlèvement de ces ventouses l'absorption du poison peut encore demeurer suspendue pendant une demi-heure, une heure même et davantage. On conçoit, d'après cela, les avantages qu'on pourrait retirer de l'emploi d'un tel moyen pour prévenir les suites de la morsure du chien enragé, de l'inoculation des virus et des matières septiques. D'ailleurs, la succion, l'aspiration exercée sur les morsures des reptiles venimeux, agit de cette manière, et plus efficacement encore, en retirant au moins une partie de l'agent nuisible. Les bons effets de ce moyen, employé par les psylles égyptiens et les guérisseurs vulgaires, trouvent ici leur explication.
La chaleur, dans certaines limites, favorise l'absorption en dilatant les tissus, en rendant les liquides étrangers plus miscibles à ceux de l'organisme et aux produits des sécrétions tégumentaires, en facilitant la diffusion ; elle rend l'imbibition et l'osmose plus active, au point que, dans les expériences, on a vu doubler et tripler de 0 à 30 degrés les quantités d'eau qui pénètrent dans un osmoraètre plein d'une solution de gomme. Les corps gras appliqués sur la peau, les fomentations, les applications émollientes agissent beaucoup plus vite à une température un peu élevée qu'à une basse température.
L'électricité influence aussi manifestement l'absorption. Bien que le galvanomètre le plus sensible n'indique l'existence d'aucun courant dans les liquides de l'osmomètre ou du bain dans lequel l'instrument est plongé, les courants électriques favorisent l'irabibition et l'osmose. On sait que ceux de la pile entraînent souvent avec eux des particules d'eau avec des gaz résultant de la décomposition du liquide, et que, dans les expériences de Morin, ils font passer à travers les membranes des fluides qui ne peuvent point spontanément les traverser. Au reste, les phénomènes de l'osmose seraient dus en partie à l'électricité, d'après M. Becquerel. Mais jusqu'ici on n'a point tenté d'appliquer l'électricité à l'absorption des agents médicamenteux.
Diverses substances appliquées sur les tissus ou associées aux matières à absorber influencent l'absorption. Tous les sels qui resserrent les tissus, tous
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ceux qui en coagulent les éléments et les produits de sécrétion la ralentissent : les sels de fer, le tanin, l'acide chroniique, les divers astringents; ils en modifient les conditions, resserrent les vaisseaux, les orifices des glandes, tous les passages accessibles aux matières étrangères. Les substances fluidifiantes la rendent au contraire plus prompte et plus facile. Ce sont là des notions connues qu'il est inutile d'étayer sur des expériences faites avec l'endosmomètre ou avec de simples portions de membranes prises sur le cadavre.
L'activité de l'absorption, indépendamment des influences qui peuvent l'accélérer ou la ralentir, oll're des variations notables qui paraissent dépendre de conditions purement anafomiques.
Elle est portée au plus haut degré dans les voies aériennes, puis dans l'intestin grêle, le tissu cellulaire, les membranes séreuses. Elle est à peine sensible dans le tissu des cartilages, des tendons, des ligaments ; elle l'est même très peu dans le tissu des nerfs et dans la substance assez vasculaire des centres nerveux, car il a été démontré que l'opium, la strychnine, l'upas, l'acide cyanhydrique, déposés sur de gros cordons nerveux et sur la substance cérébrale, y restaient sans effet, ou ne déterminaient de faibles symptômes d'empoisonnement qu'après de longues périodes.
L'activité de l'absorption est telle sur certaines membranes muqueuses, que plusieurs litres d'eau disparaissent des bronches d'un cheval en moins d'une heure. Quoique un peu moins prononcée dans l'intestin, elle enlève, dans une période de vingt-quatre heures, chez le cheval, plus de 6U litres de liquides, provenant soit des boissons, soit des sucs digestifs. Dans tous les cas, elle n'entraine pas la disparition complète des poisons pendant le temps qui s'écoule entre leur ingestion et le moment où ils tuent. Aussi quand un chien meurt vingt à vingt-cinq minutes api'ès qu'on a injecté dans son estomac 6 à 7 grammes d'extrait de noix \omique délayée, le viscère garde encore de quoi empoisonner un autre chien de même taille. L'acide cyanhydrique, qui, injecté dans une anse d'intestin grêle, tue en quatre à cinq minutes, se retrouve encore après la mort en quantité appréciable danS' cette anse. La noix vomique, introduite dans l'une des plèvrts du cheval à la dose de 32 grammes et sous forme de dissolution aqueuse, se retrouve encore après la mort en proportion très notable dans ce sac séreux, et s'y fait reconnaître à son extrême amertume et à sa couleur.
Il est une foule de conditions pathologiques qui peuvent influencer, très diversement, l'activité de l'absorption. On en connaît un certain nombre.
Sur les sujets malades qui ne mangent pas, l'absorption est active partout, à l'exception de l'absorption gastro-intestinale, laquelle est manifestement affaiblie tant par suite du resserrement, de l'inertie de l'intestin, que de l'épaisseur et de la densité de la couche de mucus étalée sur la membrane absorbante. S'il y a de la fièvre, elle peut activer l'absorption, et, notamment, celle de l'eau, en raison de l'épaississeraent du sang. Elle doit l'accélérer à la peau pendant la période de réaction et l'affaiblir à celle du frisson. S'il y a adynamie, affaissement extrême, comme dans les maladies où le système nerveux est gravement atteint, elle peut languir par le fait du ralentissement de la circulation, ou paraître ralentie faute de la réaction nerveuse capable de révéler les effets de l'introduction des médi-
s. COLIN. — Fhysiol. comp., 3^ édit. II. — 3
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caments dans le système sanguin. EnCin, dans le cas d'altération du sang, elle peut être également entravée et rendre îneHicaces les médications les plus rationnelles et les plus énergiques. On sait que, par exemple, dans le choléra elle est à peu près nulle aux voies digestives.
Jusqu'ici les physiologistes ont été partagés sur la question desavoir si l'absorption est, dans certaines limites, subordonnée à rinfluence du système nerveux. Les uns ont piétendu que les nerfs n'ont pas d'action sensible sur cette fonction, les autres ont avancé qu'elle ne peut s'opérer en dehors de l'intervention nerveuse. Ces deux opinions contradictoires sont également fausses : elles ne reposent que sur des expériences mal exécutées et mal interprétées.
Il est clair que l'imbibition, la capillarité, l'osmose, la diffusion, qui sont des phénomènes purement physiques, ne dépendent pas de l'influence nerveuse, puisqu'ils s'accomplissent sur le cadavre comme dans les osmomètres inertes, fermés par des cloisons inorganiques ou par des membranes mortes ; mais les conditions de ces phénomènes: la perméabilité plus ou moins grande des membranes, l'état de leurs revêtements épithéliques, l'abondance de leur mucus, Tactivité des courants sanguins ou lymphatiques qui les parcourent dépendent incontestablement d'actions vitales réglées par le système nerveux. Tout ce que nous verrons plus tard nous prouvera que le système nerveux, étranger aux actes physiques de l'absorption, tient néanmoins celte fonction sous sa dépendance, en réglant les diverses conditions de son activité.
Voyons les faits.
Christison et Coindet ont remarqué les premiers que l'acide oxalique injecté dans l'estomac agit moins vite après la section des nerfs vagues, que dans le cas on les nerfs sont intacts. Dupuy a constaté quela noix vomique, injectée dans l'estomac du cheval, après la section des nerfs vagues, ne produit plus d'empoisonnement. Les premiers ont conclu de faits observés sur le chien, qu'à défaut d'influence nerveuse, l'absorption gastrique est ralentie ; et le second, que^ dans les mêmes circonstances, elle ne s'effectue pas chez les solipèdes. Or, ces deux conclusions, en apparence fort logiques, ne sont nullement fondées. Voici ce qui se passe réellement sur le chien et sur le cheval.
Après l'injection d'un poison dans l'estomac du chien ou d'un autre Carnivore, si la section despneumo-gastriquesaété faite préalablement, l'absorption s'effectue encore, mais elle peut être ralentie parce que le viscère paralysé, au lieu de chasser une partie de l'agent toxique dans l'intestin, le garde tout entier : l'absorption demeure donc alors limitée à l'estomac au lieu de s'étendre en même temps à l'intestin, comme cela a lieu dans les circonstances ordinaires.
Mais, à la suite de l'ingestion du poison dans l'estomac du cheval dont les nerfs vagues sont coupés, les choses se passent tout autrement. Gomme, d'une part, ce viscère paralysé ne pousse rien dans l'intestin, et que, d'autre part, sa muqueuse ne peut absorber d'une manière sensible, il garde intacte la totalité de la substance délétère et aucun symptôme d'empoisonnement ne se manifeste.
INFLIENCE r>r SVSTKMt: .NERVELX SLR l'aBSOHPTION. 3o
En ellt't. loiuiiio ou k' voira plus complèfenieut au chapitre de labsurption gastrique, les substances toxiques ingérées dans l'estomac du chien, et retenues dans sa cavité par la ligature du pylore, tuent très rapidement, que les nerfs soient coupés ou qu'ils restent intacts, tandis que les mêmes substances restent sans effet dans Testomac du cheval dont le pylore est également lié, que les nerfs soient intacts ou qu'ils aient été préalablement réséqués. Si ces substances tuent le cheval dans les circonstances ordinaires, c'est que l'estomac, après les avoir reçues, les pousse par ses contractions dans rinieslia, où leur absorption s'effectue. Si, au contraire, elles ne tuent pas après la section des vagues, c'est que le viscère paralysé, ne pouvant les chasser dans l'intestin, les conserve dans sa cavité, où l'absorption n'a pas lieu normaleiiieiU d'une manière sensible.
Il est donc évident, d'après ce qui se passe chez les carnivores, que les nerfs vagues n'exercent pas d'influence marquée sur l'absorption gastrique, mais il ne faut point inférer de ce fait que les nerfs soient sans action sur les phénomènes de l'absorption dans tous les autres cas. Après la section des vagues, les nerfs ganglionnaires nombreux qui arrivent à l'estomac, en serpentant autour des artères gastriques, peuvent suffire à exercer l'influence dont nous parlons. 11 faudrait couper ces derniers avec les autres poiii- arriver à un résultat concluant : or la chose n'est possible que pour un moment, eu divisant transversalement les artères et en rétablissant la continuité entre les deux extrémités de chacune d'elles par un tube de verre ou un tube métallique dans lequel le sans continuerait à circuler.
Les autres expériences tentées pour mettre en évidence le rôle du système neryeux dans l'absorption ne sont pas plus concluantes que celles de Dupuv : il est facile de s'en convaincre, même par un examen très superficiel.
Brodie ayant versé sur une patte antérieure d'un lapin un poison violent, après la section de tous les nerfs de cette extrémité, vit néanmoins l'empoisonnement se produire. CoUard de Martigny, après la section des nerfs et de toutes les parties molles d'un membre dont les artères et les veines étaient intactes, obtint le même résultat. Enfin Panizza, après la section de tous les nerfs de la langue et des lèvres, a constaté que l'acide cyanhydrique. appliqué sur ces parties, tue comme dans les circonstances ordinaires. Mais dans toutes ces expériences les nerfs des parois artérielles n'étaient point détruits. Quant à l'expérience tant vantée de l'éraulsine et de l'amygdaline. elle ne prouve rien en ce qui concerne l'absorption.
Quelque incomplètes que soient les tentatives faites pour apprécier l'iuiluence nerveuse sur l'absorption, elles prouvent cependant que les nerfs cérébrospinaux ne sont pas nécessaires à l'accomplissement de cette fonction ; mais elles ne jettent aucun jour sur la part d'action qui peut revenir aux nerfs ganglionnaires.
Dans le but de supprimer à la fois l'influence possible des nerfs cérébro-spinaux et des ganglionnaires sur l'absorption, j'ai fait les trois expériences suivantes :
Sur un premier lapin j'ai sectionné les nerfs du plexus lombo-sacré à leurs racines dans le canal rachidien et les deux splanchuiques dans la cavité abdomi-
36 DR l'absorption.
nale, puis j'ai injeclé dans le tissu cellulaire del'une des pattes postérieures une solution de sulfate de strychnine. Les effets du poison se sont manifestés dans les délais ordinaires, c'est-à-dire les convulsions au bout de 8 cà 10 minutes, et la mort en moins d'une demi-lieure.
Sur un second la moelle a été coupée, ainsi que les deux splanchniques au milieu de la région lombaire. Le curare introduit sous la peau d'un des membres postérieurs a tué au bout d'une heure.
Enfin sur un troisième, après avoir isolé par des ligatures très serrées une anse d'intestin grêle, j'ai coupé tous les nerfs apparents dans son mésentère, puis serré fortement pour quelques minutes l'artère et la veine de cette anse dans une ligature, alin de supprimer momentanément le rôle de conduction de ces nerfs, après quoi la noix vomique a été injectée dans l'anse. L'intoxication a eu lieu comme dans les conditions normales.
Pour peu qu'on réfléchisse à la nature intime des actes de l'absorption, on voit que l'intervention du système nerveux à leur égard doit être inliniment restreinte. Celte intervention n'est nécessaire ni à la pénétration des substances étrangères à travers les tissus, ni à leur entraînement par les courants vasculaires, la première action étant toute physique, et la seconde résultant du fait même de la circulation. Seulement les nerfs, en activant ou en ralentissant la circulation, et de plus en réglant la vitalité des parties organiques, influencent indubitablement l'absorption et lui impriment des modifications que les expériences ne peuvent mettre en relief, mais qui se traduisent par mille résultats divers dans les actes régulateurs de la résorption, soitdes fluides exhalés, soil des éléments constitutifs des organes.