‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 133 sur 310 · FRÉQUENCE DES BATTEMENTS DU COEUR · texte numérisé non relu

FRÉQUENCE DES BATTEMENTS DU COEUR

Chez Jos animaux auxquels ou ouvre les artères, pour déteruiiuei' une liénioirhagie promptement. mortelle, les battements du cœur, comme Haies l'avait remarqué, ne tardent pas à devenir [)lus nombreux et à s'accélérer graduellement jusqu'à l'instant de la mort, ou plulôt jusqu'à celui oi'i ils se suspendent, car l'animal continue à exécuter des mouvements convulsifs et des mouvements respiratoires une à deux minutes après la suspension des contractions eiïectives du cœur. Un cheval dont la carotide était ouverte eut, pendant la première minute, 77 pulsations cardiaques, 77 pulsations à la deuxième, 82 à la troisième, 98 à la quatrième, 121 à la cinquième, 115 à la sixième et 116 à la septième. Gomme les pulsations artérielles sont peu distinctes dans les derniers moments, il est convenable, pour en déterminer le nombre et en apprécier l'énergie, d'appliquer la main sur le cœur par une ouverture faite d'avance aux parois abdominales et au diaphragme.

Enfin, à la suite de l'injection de substances étrangères dans les veines, les contractions cardiaques diminuent subitement de nombre, puis au bout d'un certain temps, après être arrivées à leur minimum de lenteur, s'accélèrent peu à peu et reviennent plus tard à leur chilfre normal, si la substance injectée n'est pas susceptible par sa nature ou sa qualité de donner lieu à des troubles graves. L'émétique, l'ipécacuanha, les sulfates de fer, de cuivre, le chromate de potasse, le sublimé .corrosif, l'alcool, l'opium, les teintures stimulantes, produisent constamment cet effet, comme nous l'avons vu dans nos expériences. Ainsi deux secondes après l'injection de 10 grammes d'émétique en dissolution dans 100 grammes d'eau, un cheval eut 31 pulsations à la première minute, 26 à la seconde, 29 à la troisième, 23 à la quatrième, 30 à la cinquième, 29 à la sixième. Le maximum 85 se fit remarquer à la troisième heure, puis la fréquence des battements diminua d'une manière progressive.

Quelles sont les lois de ces variations? Nous les connaissons peu, quoique divers physiologistes croient les avoir trouvées.

D'après M. Marey, ce qui règle la fréquence ou la lenteur des battements du cœur est la pression du sang dans le système artériel. Plus cette pression est faible, plus les contractions du cœur deviennent fréquentes.

Il est certain, comme le dit M. Marey, que le nombre des pulsations cardiaques, en un temps donné, croît en raison inverse de la pression artérielle et le fait est à peu près constant dans le cas d'émissions sanguines. Haies avait vu sur le cheval le nombre des pulsations augmenter après chacune des saignées faites à cet animal et tous les jours en sacrifiant les chevaux, les bêtes bovines ou ovines, les chiens, on voit les battements du cœur se précipiter à mesure que le système vasculaire se désemplit. Il semble alors que le travail du cœur se répète d'autant plus qu'il devient plus facile.

Le fait principal sur lequel est fondée la loi, réclame une interprétation. La fréquence des contractions cardiaques est-elle bien l'effet et non la cause de la diminution de la pression artérielle. D'abord les coïncidences entre la grande fréquence des pulsations et les très faibles pressions artérielles ne sont pas constantes, même dans le cas d'hémorrhagies; La vitesse du pouls ne croit pas avec l'abondance de l'évacuation, puisqu'on saigne dans la pléthore et dans les mala-

dies pour ralentir le pouls autant que pour en diminuer la force. Ensuite il est beaucoup de cas où les pulsations cardiaques sont précipitées en présence d'une pression artérielle non réduite, et même augmentée. Sur le che\al, par exemple, j'ai constaté maintes fois qu'au moment des etlorts, les pulsations se précipitent pendant que la pression artérielle augmente dans des proportions considérables. Après la course ou un exercice violent, j'ai noté le même fait. Il y a donc 1° des cas où l'accélération tient aune diminution de pression résultant de la réduction de la masse du sang; 2° d'autres où la diminution de pression semble résultei' d'un affaiblissement des systoles cardiaques; 3" d'autres encore comme ceux de l'exercice et des efforts où l'accélération se lie à un plus grand déploiement de forces dans l'action du cœur; 4° enfin, dans une foule de circonstances, les excitations directes ou réflexes du cœur sont les causes qui précipitent l'action de cet organe.

Du reste, si, dans les conditions physiologiques, l'accélération des battements du cœur est inversement proportionnelle à la taille des animaux, cette accélération ne paraît pas dépendre de différences notables dans la pression artérielle.

Si cette même accélération, dans les conditions pathologiques, est en raison directe de l'intensité de la fièvre, elle paraît dépendre des degrés d'excitation du système nerveux en masse et particulièrement des causes qui modifient l'innervation du cœur.

Si la fréquence des battements est en rapport avec la vivacité des animaux, c'est que, vraisemblablement, le cœur, à titre de muscle, doit se contracter plus vite chez ceux dont les mouvements sont presque incessants comme chez les petits mammifères et les petits oiseaux ; mais cette relation est tout à fait étrangère à la pression du sang dans les vaisseaux.

Enfin, si cette fréquence est subordonnée à celle des mouvements respiratoires, cette nouvelle relation n'en indique pas plus la cause que la précédente. Est-ce l'accélération des mouvements respiratoires qui provoque celle des mouvements du cœur, ou, au contraire, la seconde qui devient la cause de la première? 11 me semble qu'on l'ignore. Peut-être même ni l'une ni l'autre n'est cause ou effet, par rapport à sa congénère, et toutes les deux sont le résultat d'une action nerveuse régulatrice.

Vni. — INFLUENCE DIT SYSTÈME NERVEUX SUR LES MOUVEMENTS DU CŒUR-

L'organe central de la circulation se meut, d'une manière incessante, suivant le rhythme qui, maintenant, nous est connu ; il se meut dès les premiers temps de la vie embryonnaire et règle dès lors le cours du sang ; il n'interrompt jamais son action pendant toute la durée de la vie et la prolonge même pendant un certain temps lorsqu'il vient à être séparé du reste de l'organisme. Ce sont les caractères intimes de la nature de cette admirable action qu'il faut examiner

Le cœur, que l'on a souvent défini un muscle creux, jouit de la plupart des propriétés communes à tous les autres muscles ; mais son rôle spécial en fait un organe musculaire à part, régi par des influences plus nombreuses et infiniment plus complexes que celles dont dépend l'action de la généralité de ceux

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