‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 223 sur 310 · COLIN. — Physiol. comp., 3* édit. II · texte numérisé non relu

COLIN. — Physiol. comp., 3* édit. II

en 1806 sur im cheval auquel il enleva les ganglions gutturaux, sous les yeux de Dupuytren. Chez cet animal, dit-il, « la température de la tète était plus élevée que celle du corps, et la peau de cette partie était continuellement mouillée ». On sait maintenant que cet écoulement de larmes, ces sueurs abondantes, tiennent à l'abord et à la stase dune très grande quantité de sang dans les vaisseaux relâchés à la suite de la section du filet cervical.

On a cherché à déterminer cette action sur les sécrétions intestinales, et sur la plupart des autres, même sur les exhalations des séreuses et du tissu cellulaire, mais les résultats de ces tentatives sont très équivoques.

L'action des nerfs en général sur les sécrétions est elle exercée directement ou par l'intermédiaire de la circulation, en d'autres termes l'est-elle par des nerfs spéciaux ou par les vaso-moteurs?

Il est certain que les vaso-moteurs influencent les sécrétions en réglant la dilatation des vaisseaux et par conséquent en activant ou en ralentissant l'apport des matériaux, en exagérant ou en atténuant l'excitation produite par le sang, excitation subordonnée à la quantité comme à la violence de son afflux. L'hyperémie précède, ou accompagne presque toujours le fonctionnement exagéré des glandes ; elle en parait souvent la cause, comme on le voit pour la sueur, et pour la sécrétion salivaire, la pancréatique ; mais quelquefois elle manque comme à la peau qui s'anémie lors de l'apparition de certaines sueurs dites froides.

L'hypothèse d'une action directe des nerfs sur les glandes indépendante de la circulation, est appuyée, en apparence, sur certains faits à signification équivoque, entre autres sur la sueur qui est provoquée par l'électrisation des pelotes digitales d'une patte de chien séparée du corps, sur l'écoulement de salive provoqué par le même moyen à la tête d'un animal décapité, car il s'agit dans ces cas bien plus d'une excrétion que d'une sécrétion. En effet, les courants électriques qui mettent en jeu la contractilité des vaisseaux et celle des canaux excréteurs peuvent provoquer l'expulsion de quelques gouttes de salive, à l'orifice de ces canaux qui en sont constamment remplis à l'état de repos ; ils pourraient même, pour un court instant, pousser vers les éléments sécréteurs ce qui reste de sang dans les petits vaisseaux.

Dans cette hypothèse on admet, ccmirae le fait M. Vulpian, des nerfs spéciaux, des nerfs sécréteurs même de deux espèces : les uns qui présideraient à la formation du produit aux dépens du protoplasma pendant le repos apparent de la glande, — les autres qui stimuleraient l'élimination, pendant la période d'activité, en appelant l'eau destinée à délayer les matières antérieurement préparées. Ainsi, pour la glande sous-maxillaire, le sympathique serait le nerf du repos, le tympanico-lingual, le nerf de la sécrétion ou de l'excrétion ; — la salive du sympathique serait épaisse, — celle du lingual et de la corde du tympan très aqueuse. Ces vues ne sont nullement démontrées : elles sont basées, pour la plupart, sur des illusions. La salivCj comme le suc pancréatique, est épaisse lorsque sa sécrétion est suspendue ou simplement ralentie; elle prend de la fluidité à mesure qu'elle devient abondante. Bailleurs ces vues impliquent des contradictions. La section du filet sympathique rend la sueur et les larmes très abondantes et cette même section tend à diminuer la salivation.

En cherchant ù reconnaître les nerfs de la sécrétion, Pfliigera cru voir dans les glandes des fdets qui. arrivés aux cellules, perdaient leur myéline, tandis que leur cylindre ave pénétrait dans ces cellules et se subdivisait en filaments ténus au mileu du protoplasma: mais celte particularité liistologique n'a été vue par aucun des observateurs qui, depuis, ont voulu la constater. Son existence impliquerait de singulières modifications aux extrémités nerveuses dans les cellules sécrétantes qui se détruisent d'une manière incessante pour former aux dépens de leur substance et de leur contenu le produit de sécrétion. Dans celles-ci il faudrait, à ce qu'il semble, admettre la destruction des extrémités nerveuses ; puis leur régénération dans les cellules de remplacement.

On s'est demandé, surtout dans ces derniers temps, si les nerfs des organes sécréteurs avaient des centres d'activité directe ou réflexe dans l'encéphale, la moelle et les ganglions du sympathique.

Le bulbe a paru un centre pour le foie et le rein, depuis que Bernard a montré que les piqûres au plancher du quatrième ventricule donnent lieu au diabète sucré, à la polyurie : mais la lésion de cette partie n'a pas ce résultat chez toutes les espèces d'animaux et le diabète, la polyurie peuvent, comme les pathologistes en ont donné la preuve, résulter, de lésions de beaucoup d'autres parties des centres nerveux. La moelle épinière a été considérée comme un centre d'activité des nerfs des glandes sudoripares parce que la destruction de la moelle supprime la sueur dans les membres postérieurs, mais cette destruction donne lieu, entre autres, à des troubles de la circulation et à des modifications si considérables dans l'état du système musculaire qu'il est difficile de rattacher cette suppression à sa cause essentielle.

Les ganglions du grand sympathique depuis l'expérience si frappante de Cl. Bernard sur le ganglion sous-maxillaire ont été considérés comme des centres d'actes réflexes absolument indépendants du système cérébro-spinal, quoique cette expérience ne soit pas d'une interprétation facile.

Dans les conditions normales si on vient à irriter le nerf lingual la glande maxillaire qui reçoit des divisions du facial, par la corde du tympan, entre en action et sécrète abondamment ; l'action réflexe est opérée parl'encéphale qui reçoit l'impression du premier nerf sensitif et renvoie l'excitation par le second qui est moteur. Mais si on suprime toute communication entre l'encéphale et les parties périphériques de ces deux nerfs en les coupant tous deux au-dessus de la glande et du ganglion sous-maxillaire on voit néanmoins la glande entrer en action dès qu'on irrite le lingual entre la section et les parties terminales. Dans ce cas le courant centripète qui ne paraît plus arriver au bulbe s'arrête au ganglion qui renvoie en apparence son excitation à la glande par le facial. L'action réflexe du ganglion serait incontestable s'il n'y avait aucune anastomose entre le lingual et le facial; elle ne l'est pas en raison des filets moteurs récurrents que le facial envoie au lingual et des filets sensitifs que le premier possède dès son origine et qui lui donne pliysiologiquement, dans une certaine mesure, le rôle d'un nerf mixte : aussi on pense que, en présence de la stimulation exercée sur le lingual, la corde du tympan a en elle et par elle ce qui est nécessaire pour agir sur la glande comme s'il y avait action réflexe soit de l'encéphale, soit du ganglion. En

conséquence cette action du ganglion qui paraissait d'abord si clairement établie est maintenant plus que douteuse.

En somme, suivant les uns l'action nerveuse sur les glandes s'exercerait seulement par l'intermédiaire de la circulation Elle serait une action médiate vasomotrice ; il y aurait antagonisme entre l'action des nerfs rachidiens et celle des nerfs ganglionnaires, la dernière relâcherait les vaisseaux et rendrait l'afflux sanguin très abondant dans la glande : c'était là l'opinion de Cl. Bernard. Suivant les autres, l'action nerveuse serait directe, elle s'exercerait sur les cellules glandulaires, par des nerfs spéciaux, distincts des vaso-moteurs et puisant leur puissance de stimulation dans des centres multiples, à l'encéphale, à la moelle épinière et peut-être aux ganglions. Vulpian appuie cette manière de voir sur des arguments d'une grande valeur. Les deux opinions ne s'excluent pas. Loin de là, et tout bien considéré, il semble très logique d'admettre que l'intluence nerveuse s'exerce à la fois directement et par l'intermédiaire de la circulation, en outre qu'elle peut avoir, suivant la complication du rôle des glandes, des points de départ plus ou mois nombreux. Dans certaines d'entre elles, comme les salivaires dont l'action est mise en harmonie avec la gustation et avec une série d'actes digestifs, les nerfs ont une origine cérébro-spinale et ganglionnaire ; ailleurs ils procèdent tous du système sympathique. Dans celles-ci il n'y a pas d'antagonisme possible entre les deux systèmes et le travail intime de la glande est moins compliqué qu'il ne le paraît : il y est peut être aussi simple que dans les plantes.

Le système nerveux doit intervenir d'ailleurs pour régler les sécrétions et les excrétions dans leurs rapports si nombreux avec les autres fonctions. C'est par son influence que s'expliquent une foule de particularités dont les causes ne sont pas toujours saisissables à première vue. Voyez par exemple, ce qui se passe dans la sécrétion pancréatique des animaux. L'expérimentateur saisit-il le pancréas au moment où sa fonction est en pleine activité, il voit couler des flots de liquide ; au contraire, établit-il la listule pendant les longues périodes d'inaction de cette glande délicate et capricieuse, il faut qu'il attende souvent plusieurs jours avant de voir le tube, adapté au canal, verser une seule goutte de fluide ; prend-il même la glande aune période de sécrétion, il la voit cesser d'agir pour peu que les manipulations opératoires exercées sur elles soient douloureuses et prolongées. Voyez aussi l'admirable physionomie de l'action des glandes salivaires : toutes ces glandes fonctionnent pendant le repas, et les parotides cessent d'agir aussitôt qu'il n'y a plus d'aliments dans la bouche, tandis que les glandes à salive visqueuse continuent à fournir de quoi humecter la muqueuse buccale. Voyez les parotides en repos pendant l'abstinence chez les solipèdes, et toujours en fonction chez les ruminants : elles se reposent chez le cheval pendant que les autres versent de la salive sous l'influence d'une impression gustative; au contraire, leur action redouble chez le bœuf lors de la rumination, pendant que les maxillaires sont plongées dans une inertie à peu près complète ; elles alternent l'une avec l'autre, suivant que la mastication se fait sous les molaires droites ou sous les molaires gauches. Prenez ces parotides au moment d'une inaction complète, même de plusieurs jours de durée, et à peine une parcelle d'aliment aura-t-elle

impressionné la muqueuse buccale, qu'elles donneront de la salive ; irritez un filet du lingual, et aussitôt des gouttelettes de salive visqueuse s'échapperont du canal de Warlhon. En(in, comparez ces sécrétions salivaire et pancréatique intermittentes, susceptibles de tant de modilications, à la sécrétion biliaire continue, dont l'activité résiste à toutes les tortures éprouvées par l'animal, à tous les troubles de l'organisme, et vous acquerrerez la con\iction que toutes ces manifestations diverses de l'activité des glandes, si bien mises en harmonie avec le rôle départi à chacune d'elles, résultent de l'intervention régulatrice du système nerveux.

Il importe, en outre, de remarquer que l'influence nerveuse exercée sur les sécrétions est d'une espèce toute parliculière, diflérente de celle qui, dans les mêmes organes, régit la nutrition, carie travail nutritif de la glande est continu, tandis que le travail de la sécrétion est très souvent intermittent, comme si, à certains moments, l'action nerveuse se trouvait suspendue. Il suffirait du seul fait de l'intermittence dans la sécrétion pour avoir une preuve irréfragable de la puissante influence exercée sur elle par le système nerveux. Qui saura jamais, en présence de ce fait, pourquoi la glande, constamment en rapport avec les nerfs et constamment abreuvée du sang, demeure pourtant plongée pendant de longues périodes dans une inertie complète dont elle sort si subitement à la moindre excitation.

L'action encore un peu obscure du système nerveux sur les glandes peut être accrue, ralentie ou modifiée en divers sens par certains agents que l'absorption introduit dans l'organisme. En général les matériaux étrangers qui doivent être éliminés excitent le travail d'un ou de plusieurs organes sécréteurs, les uns activent la sécrétion salivaire, les autres celle du rein, de la muqueuse intestinale : ils sont par là sialogogues, diurétiques, purgatifs, sudorifiques. Quelquesuns comme la pilocarpine stimulent à la fois les nerfs d'une foule de glandes et donnent lieu en même temps à une salivation et à des sueurs d'une extrême abondance; d'autres comme les narcotiques, la morphine, l'atropine, les ralentissent au point de les suspendre. L'action excitante ou paralysante porte peutêtre à la fois sur les centres nerveux et sur les nerfs des organes sécréteurs. L'action paralysante des narcotiques qui se produit d'après Heidenhain pendant que la vascularisation de l'organe sécréteur est accrue, semble montrer que la seconde n'a pas une importance prépondérante.

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