DE L'ABSORPTION DANS LES VOIES DIGESTIVES
La muqueuse des voies digestives constitue l'une des principales surfaces absorbantes de l'organisme et l'une des deux grandes portes d'entrée des matières étrangères. Elle donne accès aux liquides et aux matières dissoutes.
La muqueuse des voies respiratoires, la seule qui puisse lui être comparée par l'étendue de sa surface et l'importance de son rôle, n'admet normalement que les gaz et les vapeurs.
Cette membrane, dont la surface totale peut, chez les herbivores, représenter une étendue double et même triple de celle de la peau, ne présente ni uniformité de structure, ni uniformité fonctionnelle. Dans certains points, elle n'est qu'une membrane de revêtement et de protection; dans d'autres, elle est surtout une expansion glandulaire, un organe de sécrétion; mais, dans la plupart de ses points, elle est à la fois affectée à des sécrétions très abondantes et à une absorption des plus actives.
Sa faculté absorbante, subordonnée à sa structure, varie suivant les régions. L'échelle qui en représenterait les divers degrés d'activité est en général celle-ci, dans l'ordre ascendant t
1° La muqueuse palatine, œsophagienne, celle de la panse, du réseau et du feuillet ;
2° La muqueuse linguale^ labiale, pharyngienne;
3° La muqueuse gastrique ;
4» Celle de l'intestin.
L'absorption dans les parties de l'appareil digestif qui précèdent l'estomac est incontestable, quoiqu'elle soit peu marquée. Le fait de l'impression gustative démontre celle qui est effectuée par la muqueuse linguale tapissant certaines papilles ; les phénomènes d'intoxication observés lors de la projection sur la larigue ou dans la bouche de quelques gouttes de nicotine ou de tout autre poison violent, donnent la même démonstration; celui de l'inoculation de quelques
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matières virulentes, à supposer qu'il soit indépendant de dénudations ou d'excoriations, prouve encore cette absorption.
Mais la faculté absorbante de la muqueuse buccale est très faible, et elle ne ï>'étend pas à toutes sortes de substances ; car, dans une série d'expériences encore inédites, je n'ai pas, jusqu'à ce jour, réussi à inoculer le charbon au lapin, au mouton, au taureau et au cheval, en badigeonnant la bouche de sang charbonneux.
Considérons isolément les particularité de l'absorption dans l'estomac, puis dans l'intestin ; car elles ont une grande importance, tant au point de vue de la physiologie pure qu'à celui de la thérapeutique et de la toxicologie.