SENSATIONS RELATIVES AUX ACTES REPRODUCTEURS
moins toiilTue, l'ossature plus lôyôre, le système musculaire moins développé, et par suite peu éner^Mcpie. La moindre ampleur des voies aériennes, du larynx, du thorax, fait perdre à la voix de sa gravité. Les parties de l'appareil génital qu'ils ont conservées, la verge, les prostates, les vésicules séminales, n'acquièrent pas leurs dimensions ordinaires. L'animal, n'étant plus dominé pur les instincts de la reproduction, devient plus doux, plus facile à instruire et à gouverner. Mais si la castration est opérée vers l'âge adulte , elle ne fait qu'éteindre ou adaiblir les instincts génésiques. L'animal ayant alors pris son développement à peu près complet, conserve la plupart de ses caractères. Les proportions du corps, le volume des masses musculaires, l'ampleur de la poitrine ne peuvent plus éprouver de modifications considérables. On sait que l'eunuque est dans le même cas que les animaux. Il prend, s'il a été mutilé jeune, des formes féminines, son corps reste glabre et son pubis dénudé. Néanmoins, s'il a subi très tard la castration, les parties conservées ne s'atrophient pas, ce qui, suivant la remarque de Ju vénal, n'était point indillérent aux esclaves des dames romaines. Les animaux privés des attributs de leur sexe acquièrent une grande aptitude à l'engraissement ; leur chair est plus molle, d'une saveur plus agréable; elle a perdu l'odeur souvent repoussante que possède celle des mâles arrivés à l'âge adulte.
La castration produit, du reste, des effets -variables, suivant les animaux. Sous son influence, les cornes des ruminants deviennent plus saillantes, plus effdées ; les bois de plusieurs ne tombent plus, ou, s'ils étaient tombés lors de la mutilation, ne se renouvellent point. Le coq ne prend plus d'ergots robustes ; sa crête n'arrive pas à son développement ordinaire; sa queue, son plumage, perdent leur aspect habituel ; sa voix ne vibre plus comme celle du maître de la bassecour. Sans courage, sans énergie, il essuie les mauvais traitements du mâle qui jouit de la plénitude de ses facultés.
Les animaux parvenus à l'âge de la fécondité éprouvent périodiquement, et même quelquefois d'une manière continue, une excitation particulière qui les porte à perpétuer leur espèce.
Cet état que l'on appelle le rut chez les animaux sauvages, et les chaleurs dans les espèces soumises à la domesticité, est caractérisé par une excitation générale qui reflète celle des organes génitaux, excitation coïncidant, comme nous le verrons, chez les femelles, avec le travail de l'ovulation. Les phénomènes elles signes qui l'annoncent sont les uns communs aux deux sexes, les autres propres au mâle ou à la femelle.
Dans les deux sexes, l'appareil génital éprouve une turgescence plus ou moins vive, qui en augmente la sensibilité et y détermine des sécrétions abondantes. Cette stimulation de l'appareil reproducteur réagit sur toute l'économie : une sorte de fièvre s'empare de l'animal; sa sensibilité s'exalte, il perd l'appétit, éprouve une soif très vive; on le dirait en proie à une vague inquiétude ; les instincts génésiques, jusqu'alors assoupis, poussent les sexes à se rechercher et à se rapprocher. Le carnassier solitaire revient momentanément en société; l'animal sauvage erre à travers les forêts, parcourt des déserts immenses à la rencontre d'un animal d'un autre sexe. Les troupes sauvages se désunissent ; l'amour,
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comme le dit Aristote, sépare les herbivores qui paissaient ensemble. Ceux qui viennent à se rencontrer, s'ils sont rivaux, se livrent souvent des combats terribles; ils montrent un courage et une persévérance inusités à vaincre les obstacles qui s'opposent à la satisfaction de leurs désirs. Certains animaux domestiques, emportés par la fougue de leurs désirs, méconnaissent la voix de leur maître et deviennent intraitables.
Les mâles, dans la généralité des espèces, entrent périodiquement en rut, quoiqu'ils soient toujours disposés à couvrir leurs femelles, dès que celles-ci sont en chaleur. Pour ceux qui vivent àl'état sauvage, ce l'ut coïncide avec celui des femelles, et il est même déterminé par ce dernier, caria seule présence d'une temelle en chaleur suflit pour exciter au plus haut degré l'ardeur génésique du mâle. Néanmoins, en l'absence de la femelle, le rut du mâle se montre avec une certaine intensité, même chez les animaux qui ne se reproduisent pas en captivité, comme on le voit chez les éléphants et les rhinocéros de nos ménageries. Sous l'inlluence de cette excitation, le cheval hennit fréquemment, s'agite sans cesse, trépigne, porte les oreilles dans toutes les directions. Il entre souvent en érection, éprouve quelques perles séminales; la contraction des crémasters maintient les testicules rapprochés de la région inguinale, et leur imprime parfois des mouvements très marqués. Le taureau a la bouche pleine d'écume, mugit à des intervalles très rapprochés, parcourt les prairies, flaire toutes les femelles qu'il rencontre, livre des combats terribles à ses rivaux. L'âne devient méchant, intraitable; les béliers se battent entre eux avec fureur; le dromadaire le plus doux est alors dangereux pour son conducteur. Parmi les espèces sauvages, le moment du rut est celui des combats, car c'est parla force et la violence que le vainqueur satisfait ses désirs, usurpant pour lui seul un droit que la nature a donné à tous. L'odeur de la transpiration et des sécrétions sébacées devient plus forte et prend des caractères particuliers, comme le bouc nous en offre un exemple remarquable, et cette odeur, chez les espèces sauvages, donne à la chair, au moment de rut, un goi^it désagréable. Chez certaines espèces, il s'établit des sécrétions sébacées abondantes, comme celles des glandes temporales de l'éléphant et du dromadaire. Ce dernier animal éprouve des sueurs au commencement et à la lin du rut, un appendice de son voile du palais sort souvent de la bouche vers la commissure des lèvres, et, une fois le rut calmé, la mue commence à s'effectuer. Les bois des cerfs, des chevreuils, des daims, qui servaient de parure nuptiale, ne tardent pas à tomber aussitôt que le moment des amours est passé.
Les femelles, à l'époque du rut, éprouvent une excitation générale non moins vive que celle des mâles. Elles ressentent une ardeur fébrile qui leur fait perdre l'appétit et les jette dans une agitation presque continuelle. Elles recherchent les mâles, les suivent à distance, les provoquent souvent par des caresses, qu'elles sont, suivant l'expression de Dugès, habituées à recevoir; elles montent sur eux, sur les mâles privés d'organes sexuels, de même que sur d'autres femelles ou sur des animaux d'espèces différentes. Elles font de fréquents efforts pour uriner, mais elles urinent peu à la fois ; il y a dans quelquesunes, notamment chez les solipèdes, des mouvements très répétés du clitoris et
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des lèvres de la vulve; les mamelles se gonllent: la sécréliun du lait, si elle esl active, diminue sensibleuienf. : la muqueuse va^Miiale est injeeti'e ; il s'écoule par la vulve tuméfiée un lluide vis(|ueu\, [tarfuis sanguinolent, analogue à celui de la menstruation chez la femme, fluide (|ui provient, en forte proportion, chez la vache, non de l'utérus, mais des glandes énormes placées en avant des lèvres de la vulve, et dont j'ai constaté la turgescence et l'hyperséciétion pendant la période du rut'. Cet écoulement sanguinolent n'est pas, à beaucoup près, général parmi les mammifères; néanmoins il a lieu dans un assez grand nombre d'espèces. Bulïon, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire l'ont observé sur divers quadrumanes, notamment sur les femelles des macaques, des guenons, des cynocéphales. Plusieurs auteurs l'ont vu chez certains carnassiers, tels que les chauves-souris, les genettes, les chattes, les chiennes; sur des ruminants, et entre autres la bufflesse et la biche. J^e fluide, qui s'écoule en quantité variable au moment du rut, est très odorant; son odeur attire les mâles souvent à de grandes distances, et leur donne le moyen de distinguer les femelles en chaleur de celles qui ne le sont pas. Qu'il soit simplement rauqueux, ou roussàtre, ou sanguinolent, il devient pour le màlc qui flaire la femelle un excitant très énergique.
L'époque du rut n'est pas la même pour toutes les espèces animales, mais elle est fixée assez exactement pour la plupart d'entre elles. Les animaux domestiques et ceux qui, sans être réduits à un état de servitude, trouvent un abri et une subsistance assurée dans nos habitations, jouissent presque constamment, suivant l'observation de Fr. Cuvier, de la faculté reproductrice. Les animaux sauvages, au contraire, n'ont de tendance à la reproduction que dans certaines saisons et à des époques semblables pour tous les individus de la même espèce.
D'après les observations de Fr. Cuvier ^ les époques du rut sont assez bien délerminées pour les carnassiers, les rongeurs et les ruminants. Les premiers, comme on le savait déjà pour un grand nombre d'entre eux, sont en chaleur pendant l'hiver : les loups, de décembre à février; les renards, l'isatis, la chienne, à peu près au même moment; le hérisson, à la fin de l'hiver, en sortant de son engourdissement. Les ours font exception à la règle, très probablement à cause delà torpeur dans laquelle ils sont plongés pendant la saison froide; ils n'entrent en rut qu'en été. Toutefois, les carnassiers en captivité ne sont pas tous soumis à la loi; le lion, le tigre et les autres chats n'entrent en chaleur qu'à des époques variables et à des intervalles très éloignés ; le loup ne devient en rut qu'au mois de mars, sous l'influence de la même cause.
Parmi les rongeurs, le lièvre est en rut surtout en février et en mars; le hamster, à la lin d'avril ; l'ondatra et l'écureuil au printemps. Plusieurs d'entre eux, faisant plusieurs portées par an, comme les rats et les campagnols, ont aussi nécessairement d'autres saisons que la fin de l'hiver pour se livrer à la reproduction.
Quelques pachydermes, comme les sangliers et plusieurs ruminants, le dromadaire entre autres, sont en rut pendant l'hiver, de janvier à mars au plus tard,
1. G. Colin. Description des glandes vaginales de la vache [Recueil de mëd., vét,, 1864)