‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 291 sur 310 · III. A' C D · texte numérisé non relu

III. A' C D

«?st disposé pour une nouvelle observation. Cet instrument est très convenai)le encore pour obtenir la température des cavités nasales, de la trachée, du rectum, du vagin, de l'utérus, de la vessie.

Lorsque l'appareil conducteur est composé de deux parties, Tune, a, qui reçoit le thermomètre, l'autre, e, qui fait l'office de simple prolongement, la partie a se meut anguiairement sur l'autre, en h^ à l'aide d'un fil métallique rigide étendu depuis le bouton d jusqu'à l'articulation. Avec cette modification, la boule du thermomètre peut être arrêtée dans la Aeine cave antérieure, poussée dans la postérieure, tenue dans l'oreillette, ou descendue dans le ventricule.

FiG. 259.

FiG. 260 (*).

Pour déterminer la température des viscères tels que l'estomac, le cœcum, les diverses parties de l'intestin où le thermomètre ne peut être porté qu'à travers des ouvertures artificielles, je me suis servi d'un autre appareil (fig. 2601 ressem-

(*) Fig. 260. — A. Appareil disposé pour porter le thermomètre dans les organes ; n, pointe de trocart • b, fenêtre fermée en regard de la boule du thermomètre ; d, \is de pression maintenant immobiles les' diverses parties de l'appareil; c, poignée. — B. Appareil disposé pour l'observatioQ : 6, fenêtre ouverte.

blant, quant à la forme, au précédent, et constitué par deux tubes jouant à frottement l'un dans l'autre, tubes dont l'interne est terminé par une pointe de Irocart. On l'enfonce dans les organes, comme on le ferait d'un trocart ordinaire; puis, en imprimant un léger mouvement semi-circulaire au tube interne, on masque la pointe et l'on ouvre la fenêtre qui correspond à la boule du thermomètre. Une fois qu'il s'agit de retirer ce dernier, on ferme la fenêtre par un léger mouvement circulaire du tube interne, et dès lors on ne court aucun risque de laisser l'air s'introduire dans l'organe.

C'est à l'aide de ces appareils très simples que j'ai pu expérimenter sur les grand animaux, en conservant pendant longtemps des thermomètres précieux construits par Walferdin, et pour l'emploi desquels ce savant physicien a bien voulu me donner toutes les instructions nécessaires.

Les appareils thermo-électriques employés par Becquerel, pour obtenir, soit la température absolue d'une partie, soit les différences de température entre des parties plus ou moins éloignées, se composent d'aiguilles formées d'un segment de cuivre et d'un segment de fer soudés bout à bout. Par l'une de leurs extrémités, elles sont unies au moyen d'un lil métallique spirale ; par l'autre, elles sont mises en rapport avec le lil d'un galvanomètre.

Lorsqu'on veut mesurer la température d'une partie, on y enfonce une des aiguilles, et l'on tient l'autre dans un milieu à température connue et constante, très voisine de celle qui s'agit de préciser. C'est par l'étendue de la déviation de l'aiguille du galvanomètre que l'on juge du degré de chaleur. S'il s'agit d'apprécier les différences de température qui peuvent exister entre deux parties plus ou moins éloignées, on implante une aiguille dans chacune, puis on note le sens et l'étendue de la déviation de l'aiguille du galvanomètre. Comme les aiguilles prennent très vite la température des parties, et qu'elles peuvent être introduites sans lésions notables dans les cavités naturelles, dans les organes et les vaisseaux, elles indiquent non seulement les températures avec précision, mais encore leurs variations les plus brusques, telles que celles résultant de la contraction musculaire. Mais ces appareils d'une grande sensibilité, que les physiciens seuls savent bien diriger, ne sont point commodes pour les physiologistes. Le milieu à température constante, très voisine de celle qu'il s'agit de mesurer, n'est pas facile à obtenir pour l'une des aiguilles. Dans beaucoup d'expériences même, on ne sait comment régler ce milieu, faute de savoir à peu près la température qu'il s'agit de constater ; de plus, comme le fait remarquer A. Wurtz^ les plus légères variations du milieu et les actions chimiques développées au contact des liquides de l'économie avec les métaux des aiguilles suffisent pour induire l'observateur en erreur.

En somme, les thermomètres ordinaires très sensibles et Ips thermomètres métastatiques donnant les dixièmes ou les vingtièmes de degré, portés, soit directement dans les parties, soit à l'aide des appareils décrits plus haut, sont les instruments les plus convenables pour la plupart des recherches physiologiques sur la température animale.

1. A. Wurtz, De la jiroductioji de la chaleur dans les êtres organisés, thèse d'agrégation, 1817.

Lorsqu'il s'agit de déterminer la somme de calorique produite ou dégagée par un animal, en un temps donné, on peut se servir soit du calorimètre à glace employé par Lavoisier et Laplace, dont la description et la figure se trouvent dans la plupart des traités de physique, soit du calorimètre à eau de Dulong, dont voici la figure. Ce dernier appareil se compose d'une chambre de fer-blanc BB', dans laquelle se trouve une cage contenant un petit animal. Celte chambre est

FiG. 261. — Calorimètre de Diiloiiï.

renfermée dans une seconde AA', de même métal, et un peu plus grande de telle sorte qu'entre elle existe un espace rempli d'une quantité connue d'eau. La chambre intérieure communique avec deux gazomètres, l'un fournissant l'air nécessaire à la respiration de l'animal, l'autre recevant les gaz expirés qui ont préalablement traversé un serpentin SS existant à la partie inférieure de l'appareil. Le calorique dégagé par l'animal enfermé dans le calorimètre est absorbé par l'eau comprise entre les deux chambres, et la température de ce liquide est constatée à chaque instant à l'aide des thermomètres QQ. On peut en comparer îa somme à la quantité d'oxygène consommé et à la quantité d'acide carbonique produit pendant la durée de l'expérience.

Les moyens d'expérimentation nous étant connus, voyons quelles indications ils nous donnent chez les divers animaux.

Teiiipéi-attire fies uutuiiitifères et fies oiseaux. — Chez tous les vertébrés supérieurs, la calorification offre ce double caractère d'être très active et de maintenir la température du corps à un degré à peu près constant quelle que soit celle des milieux où ils peuvent vivre. La température de l'homme et des animaux de sa classe est presque uniforme : elle oscille entre 37 et

40 degrés. L'homme donne, à l'âge adulte et dans les conditions ordinaires, 37 degrés, un demi-degré au-dessous ou un demi-degré au-dessus , d'après la moyenne résultant du plus grand nombre des observations. Les variantes nombreuses données par les expérimentateurs tiennent, les unes à des imperfections d'instruments, les autres à ce que les points où le thermomètre a été placé, l'aisselle, la bouche et les autres cavités, n'ont pas une température égale ; enfin, quelques unes sont dues aux conditions diverses dans lesquelles se trouvaient les sujets observés.

Pour les animaux domestiques, j'ai trouvé, terme moyen :

Cheval et âne 37°,5 à 38°

Bœuf. '. .. 38° à 38°,5

Bélier 30°, 5 à 40°

Chien et chat 38°,5 à 39°

Lapin 39,5» à 40°

Les animaux sauvages ont donné :

Renard arctique 36°, 6 à 4P,5 Parry.

Chacal 38°,3 J. Davy.

Loup 40°,5 —

Panthère 38°,9 —

Tigre 37°,9 —

Élan 34°,4 —

Lièvre 37°, 8 Delaroche.

Lamantin 39° à 40 Martine.

Baleine 38°,8 Scoresby.

Les oiseaux, qui jouissent d'une très grande activité fonctionnelle, et qui consomment plus d'oxygène que les mammifères, ont une température un peu plus élevée que ces derniers. J'ai trouvé, pour les oiseaux domestiques:

Pigeon 42°,0

Coq 42°,2

Canard 42°,0

Oie 4l°,5

Dindon 42°,5

On a constaté les températures suivantes sur les espèces sauvages :

Faucon 40°, 5 à 43° J. Davy.

Chouette 41°, 4 Despretz.

Corbeau 42°, 9 —

Héron 4i°,0 Prévost et Dumas.

Eider 42°,4 Martins.

Cygne 41°, G —

Paon 400,5 à 43° J. Davy.

- Pintade 43°,9 —

L'examen de ces chiffres montre, du premier coup d'œil, que la température des oiseaux est supérieure à celle des mammifères, ce que pouvait faire prévoir la prééminence de la respiration ou la consommation plus active d'oxygène chez

les premiers; mais, sauf cette différence bien sensible, on ne voit point que les variations constatées soient en relation avec la taille, le mode d'alimentation des animaux, ni avec quelque autre condition physiologique importante.

Teiupéi-ature «les aiiinia.nx: à sang: froifl. — Chez les animaux dits à sang froid, la température est toujours un peu plus élevée quecelle des milieux. L'excès n'est souvent que de quelques dixièmes de degré; il peut s'élever à plusieurs degrés suivant les espèces et les conditions soit physiologiques, soit extérieures. Ainsi celle des vipères, des couleuvres et des tortues, dans les expériences de Davy, a été en excès de 1 à 4 degrés ; celle des grenouilles, de o dixièmes seulement, dans les expériences de Becquerel, faites à l'aide du thermo-multiplicateur. La température des poissons est moindre encore : de O.o à 0,7 chez l'anguille et la tanche. Dans un petit nombre d'espèces seulement, elle a dépassé de plusieurs degrés celle de l'eau. Chez les mollusques de grande taille, elle s'est élevée quelquefois à plus d'un degré. Certains insectes, pris en masse, les hannetons par exemple, on donné 2 degrés au-dessus de l'air dans les expériences de Regnault et Reiset, d'un demi-degré à 3 degrés et demi dans une des miennes. Les abeilles peuvent, d'après les observations de Huber, produire, par les temps froids, assez de chaleur pour porter à 30 degrés la température des ruches.

Tousles animaux jouissent donc, dans certaines limites, de la faculté de développer de la chaleur. Les uns en produisent assez pour se maintenir à une température constante, indépendante de celle des milieux ; les autres en dégagent fort peu, suivent celle des milieux, et les dépassent seulement de quelques degrés ou fractions de degré. Les plantes n'en produisent, d'une façon bien sensible, que dans certaines circonstances, par exemple dans le spadice des arum, dont la température, au moment de la fécondation, dépasse de 10 à [o degrés celle de l'air. Cependant les parties vertes de diverses plantes peuvent, suivant Dutrochet, s'élever de 2 à 3 dixièmes de degré au-dessus de l'air ambiant. Les tiges des arbres auraient même encore, suivant Hunter, une température un peu supérieure à celle de l'air. Mais, sur ce dernier point, il reste des doutes qu'il est difficile de dissiper ; car l'arbre, en raison de sa masse et des propriétés de ses tissus mauvais conducteurs du calorique, emploie un temps très long à se mettre en équilibre de température avec l'air, et n'y arrive même pas si les variations extérieures se succèdent avec quelque rapidité. En hiver, l'arbre est souvent plus chaud que l'air, et d'autant plus qu'on s'éloigne, davantage des couches superficielles. C'est avec une certaine lenteur qu'il descend dans les parties centrales à 8, 10, 12 degrés au-dessous de zéro, tandis que ses feuilles, ses rameaux, ses petites branches, y arrivent promptement^ Aussi peut on conclure avec Becquerel, que la plante ne doit pas avoir une température très différente de celle des milieux, et que cette température est peu ou point influencée par les actions chimiques qui s'opèrent dans les tissus.

Distrilsiitiou de la teinpératiire clans les diverses parties du

1. De 1863 à 1870 j'ai fait à ce sujet sur forme, l'acacia, le marronnier, le cèdre, etc., un grand nombre d'observations que je publierai plus tard.

coi*i»iii. — L'ensemble de l'organisme doit être considéré tout à la fois comme une agglomération de foyers d'inégale intensité et comme une masse inerte soumise aux lois générales de la conductibilité et du rayonnement. La température de cette masse est nécessairement inégale, quoique le sang tende à y disséminer la chaleur, comme le fait l'eau qui parcourt les tuyaux d'un calorifère. Elle est à son maximum dans les parties centrales et diminue à mesure qu'on se rapproche, soit des parties superficielles, soit des extrémités des membres et des autres appendices dont la surface est très grande relativement au volume. En thèse générale, l'intensité de la chaleur dans les parties animales est proportionnelle : 1° à l'intensité des actions chimiques qui la produisent; 2° à l'activité de la circulation qui la dissémine; 3° enfin, à l'exiguïté des pertes résultant du rayonnement et de la conductibilité.

Les expérimentateurs qui ont voulu juger de la distribution de la chaleur, ont porté le thermomètre dans la bouche, le vagin, le canal de l'urèthre, le rectum, sous l'aisselle, à l'ars, à l'aine, dans les plis des articulations, sous la peau, dans les muscles, etc. On a vu plus haut comment cet instrument peut être engagé dans le cœur et dans les différents viscères dont on tient à mesurer la température. Mais, jusqu'ici, les recherches tentées dans le but de déterminer la répartition de la chaleur n'ont point été exécutées avec rigueur et d'après des bases qui rendent leurs résultats comparatifs; néanmoins, elles conduisent à des approximations qu'il faut enregistrer à titre provisoire.

Dans les expériences de J. Davy, qu'il faut d'abord rappeler, la température sur des moutons qu'on venait de tuer, s'est montrée notablement plus faible vers les extrémités et aux surfaces que dans les parties profondes. Cet observateur a trouvé, en engageant le thermomètre sous la peau ou dans les organes : au tarse, 32,22; — au métatarse, 36,11; — au genou, 38,89; — au haut de la cuisse, 39,44; — à la hanche, 40,00; — dans le cerveau, 40,00; — dans le rectum, 40,56; — à la base du foie, 41,11 ; — dans l'intérieur du foie, 41,39;

— dans le ventricule gauche, 41,67.

Dans les miennes, sur les animaux, j'ai toujours cherché à déterminer la température, par zones, de la périphérie au centre. Au niveau du tronc, à la surface de la peau, la boule du thermomètre étant couverte par les poils, la température a varié sur le cheval de 27 à 33 degrés 1/2, — sur le cochon d'Inde de 33 à 36,

— sur le lapin de 34 à 37, — sur le bélier de 34 à 38, — soit de 2 à 10 degrés au-dessous de la température des parties centrales. Tout à fait aux extrémités, par exemple d'ans les espaces interdigités des petits ruminants, elle a été bien moindre ou de 26 à 27 degrés. Au contraire, dans les plis où les membres touchent au tronc, comme à l'ars et à l'aine ou au fond de la conque, elle s'est élevée sur le lapin de 38°, 5 à 39", 5, soit à un demi-degré près la température des parties intérieures.

La température des parties superficielles du corps des grands mammifères présente, d'une région à une autre, des différences plus grandes que dans l'espèce humaine. Prise à la surface de la peau, avec un thermomètre à réservoir très petit, qui se cache sous les poils, elle montre des différences énormes indiquées dans les tableaux suivants. Dans le premier, qui a pour objet un cheval à

longs poils d'hiver, j'ai trouvé, à une température voisine de 0, les températures indiquées ci-dessous :

Au rectum 38

Sur les côtés de la poitrine. . . 35,2

Sur les côtés du ventre 34,7

A la cuisse, face externe 34,6

Sur la croupe 34,2

Au bord supérieur du cou sous

la crinière 34,2

A la nuque sous les crins 34,3

Au milieu de l'épaule 33,7

Fosse temporale 33,6

Front, joue 31,8

Pli de Tavant-bras 30,0

Garrot 29,6

Reins 27,8

Dos 27,2

Genou, face antérieure 18,5

Canon, face antérieure 16,0

Boulet 15,5

Paturon et couronne 13.5

Dessous du pied (lacune niéd.

de la fourchette) 11,5

Abaissement.

Par un froid plus vif, la température extérieure du corps baisse encore d'une manière notable. Ainsi, par une température extérieure de 4 à 5 degrés, j'ai noté sur 2 chevaux :

1" cheval, de grande taille.

Réduct.

Rectum 38 »

Région costale 30,2 7,8

Lacune de la fourchette, pied

malade...., 10,2 27,8

Même point pied sain 6,6 31,4

Grasset 30,6 7,4

Avant-bras, face antérieure. . 27,7 10,3

Boulet, face antérieure 9,2 28,8

2' cheval:

Région costale 30,7 7,3

Groupe 31.7 6,3

Avant-bras, face antérieure. . . 26,6 11,4

Boulet 9,2 28,8

Couronne 8,0 30,0

Lacune de la fourchette 4,2 . . 33,8

Dans ces observations, le thermomètre étant sous les poils, on a bien réellement à peu près la température superficielle de la peau, car l'instrument, engagé dans le tissu cellulaire sous-cutané, ne donne que de 5 dixièmes de degré à un degré au-dessus de la température de la face extérieure du tégument.

Voici, pour d'autres animaux, les températures superficielles constatées :

Agneau d'Afrique, toison de 4 centimètres.

Abaissement.

Température du rectum :i9,.3 »

— de l'aine 40,1 »

— de l'aisselle.... 38,2 1,1

Région costale 37,7 1 ,G

Région du flanc 38,7 0,6

Intérieur de l'oreille 35,-2 4,1 .

Pli du jarret 21,2 18,1

Canon, face antérieure 20,2 19,1

Genou 22,2 ...... 17,1

Pied ant. espace interdigité. . 24 15,3

Dessous du pied 20,2 19,1

Chien gras, à poil court, après 24 heures d'exposition en plein air, à température inférieure à G» :

Abaissement.

Rectum 39,4 »

Aisselle 37,7 1,7

Aine 37,2 2.2

Côtes 34,2 5,2

Espace interdigité 34,2 5,2

Espace interdigité post 23,7 15,7

Dessous du pied 21,2 18,2

Chat adulte, après exposition pendant 24 heures à une température inférieure à 0" :

Abaissement.

Rectum 38,7 »

Flanc 36,7 2.0

Aisselle 39,2

Aine 39 »

Fond de l'oreille 33 5,7

Côtes 35,7 3,0

Patte antérieure 25,2 13,5

Patte postérieure 24,7 14,0

Sur un lapin adulte de grande taille, en digestion, sortant de sa cabane, mais mis en expérience à la température de + 3, les parties superficielles du corps ont donné :

Rectum 39,4

Aine 39,5

Aisselle 39,5

Région costale 38,5

Intérieur de l'oreille 39

Pattes de derrière 37,5

Pattes de devant 36,5

Bout de l'oreille 25

— après refroidissement 15

On voit, d'après ces tableaux, que les régions superficielles du corps sont

DÉTERMINATION ET DISTRIBUTION DE LA CHALEUR ANIMALE. lOol

refroidies proportionmilement à leur distance des parties centrales ou des grandes masses du tronc. Dans le tableau de Davy, relatif à riiomme, il y a seulement un écart de 4 degrés 1/2 entre l'aisselle et la plante du pied; chez le cheval, dans les miens, cet écart va jusqu'à 25 degrés, même quelquefois au delà. J'ai trouvé, en efl'et, dans une atmosphère à 0 sur des chevaux peu velus ou à peau dénudée, un abaissement de 28 degrés au genou, de 29 au boulet et de 32 à la face inférieure du pied, dans ce qu'on appelle la lacune médiane de la fourchette.

Les parties superficielles du corps ont donc une température inégale et une température variable ; inégale en raison d'une foule de causes, et variable suivant les degrés de la température extérieure.

Dans les milieux à température moyenne le minimum est donné par la peau, d'abord à sa surface, surtout si elle est nue ; ce minimum s'atténue à mesure qu'on se rapproche des parties profondes. Lorsqu'on parvient à la dédoubler en quelques points à l'aide d'un instrument mince, le thermomètre engagé entre les deux feuillets n'accuse pas une température beaucoup plus élevée qu'à l'extérieur. A sa face profonde il donne 12 degré, 1 degré, 1 degré 1 2 de plus qu'à sa face externe, rarement davantage. Mais, peu à peu, le tissu cellulaire sousjacent, les réseaux veineux, le pannicule adipeux se rapprochent de la température centrale et perdent la variabilité thermique qui appartient à la peau plus qu'à tout le reste de l'organisme.

La température du tissu cellulaire sous-cutané, ou, si l'on veut, de la face intérieure de la peau, n'est guère plus élevée que celle de la face extérieure du tégument. Sur le cheval, elle varie de 33 degrés à 36°, o, par conséquent elle oscille entre 1 degré 1/2 et 4 degrés 1/2 au-dessous de celle des parties centrales. Elle varie dans des limites d'autant plus étendues que le tégument est moins protégé par les poils, la toison ou autres revêtements mauvais conducteurs du calorique.

Dans les muscles, à 2, 3 ou 4 centimètres de profondeur, il n'y a plus qu'un demi-degré à l degré au-dessous de la température des parties très profondes. On sait que Becquerel et Breschet ont trouvé la gaîne celluleuse du biceps à 1,0 au-dessous de la température de l'intérieur du muscle. J'ai constaté un écart souvent plus grand encore sur le cheval, soit de 2 et même de 2 degrés 1/2. entre les muscles cruraux antérieurs, les muscles fessiers et leur enveloppe cellulaire sous-jacente à la peau. Toutefois, cette prééminence thermique si prononcée du muscle sur le tissu cellulaire doit être rapportée, non à la différence de nature des parties examinées comparativement, mais à une différence de profondeur ou de stratification se rattachant à la loi formulée plus haut.

D'ailleurs la température des muscles devient très variable suivant leur état d'inertie ou de contraction et l'énergie ou la durée de leur action. En plaçant un thermomètre très sensible sous la peau, en regard des muscles dits olécraniens, et un autre semblable pour terme de comparaison sous la peau des parois costales, j'ai vu, après 4 à 3 minutes, le premier thermomètre monter de 1 à 1 degré 1 2 pendant que celui des parties centrales demeurait stationnaire. Entre la peau de la joue elle masséter, l'instrument indiquait une augmentation

(le 2 degrés et demi à 3 degrés de la première à la cinquième minute, puis de 4 degrés et quelques dixièmes au bout d'un quart d'heure, pour peu que le jeu des mâchoires fut rapide.

Il en est de même pour toutes les autres parties. Le thermomètre engagé dans la saphène, la sous-cutanée thoracique, la jugulaire, y indique constamment une température plus basse qu'à la carotide, aux veines caves et au cœur. Dans les expériences de Hunter, l'instrument donnait à l'entrée de l'urèthre, au delà du gland, 33°, 3, et au niveau du bulbe 36°, 11. Sur le chien, le mouton, j'ai constamment trouvé la température du fourreau inférieure à celle du canal de l'urèthre, celle de l'entrée de ce conduit inférieure à la température de sa portion pelvienne.

La température de la verge et du canal de l'urèthre ne dépend pas seulement de sa situation exsertile ou de son retrait dans le fourreau, elle tient aussi à l'intensité de la congestion du tissu érectile. Il peut y avoir 10 degrés de différence entre l'étal d'érection et celui de prolapsus. Ainsi sur un cheval dont l'érection venait de cesser, le thermomètre marquait dans l'urèthre, à 10 centimètres de profondeur, 36°, 2, l'atmosphère étant à 26° Sur un autre à verge pendante 28, et sur un troisième 26°, 5, dans un milieu à -{- l6.

Au tronc et dans les cavités viscérales, les différences thermiques ne sont plus simplement en rapport avec la profondeur des couches ; elles le sont en même temps avec la nature et la fonction des organes. La température du bassin est habituellement la plus fixe ; celle de la partie moyenne de l'abdomen est la plus élevée, mais avec des variations nombreuses subordonnées à l'ingestion des aliments, des boissons plus ou moins froides ou échauffées et au travail digestif; elle baisse chez les herbivores pendant les repas et après l'ingestion des boissons, pour se relever avec lenteur une fois que l'équilibre s'est établi entre les viscères abdominaux. Le contenu de l'estomac peut ne marquer que 18 à 20 degrés lorsque l'animal vient de s'abreuver d'eau fraîche à 15 ou 16 degrés, comme elle l'est à la plupart des sources, puis monter à 25, à 30 en dix minutes, et seulement atteindre le degré normal au bout de vingt-cinq à trente minutes. Celui de l'intestin grêle, sur une étendue de 15 à 20 mètres, peut se trouver longtemps à 5, même à 10 au-dessous du degré normal.

Mais en dehors des repas et des heures qui suivent l'ingestion des boissons froides, l'estomac, la masse intestinale, le centre de l'abdomen, atteignent un degré supérieur à celui du cœur. C'est ce que j'ai constaté dans un grand nombre d'expériences dont je cite quelques-unes : le thermomètre a été porté dans les organes abdominaux, soit directement, soit à l'aide de l'instrument figuré plus haut.

Sur un bélier dont la température du cœur oscillait entre 40°,55 et 40°, 59, celle de l'estomac était à 40°, 62. Sur un autre animal de la même espèce, dont le cœur donnait 39»,55 à 39°59, l'estomac était à 39°, 76. Sur un troisième bélier, le cœur marquant de 39°, 08 à 39», 10, l'estomac indiquait 39°, 17.

L'intestin lui-même peut communiquer de la chaleur au diaphragme et aux organes voisins, car sa température intérieure, comme celle de l'estomac, est souvent plus élevée que la température du cœur; d'ailleurs, toute la masse ren-

fermée clans l'abdomen est, au moins dans ses parties centrales, comme l'a très bien démontré M. Bernard, plus chaude que le cœur. Ainsi le thermomètre qui, sur un premier cheval, marquait au cœur de 37°, 06 à 37"44, donnait vers le centre de la cavité abdominale 37°, 64. Sur un second, il donnait au cœur de 34°, 43 à 34°, 61, et à l'abdomen 34°, 73 (l'animal était à jeun depuis vingtquatre heures). Sur un troisième : au cœur 35°, 39 et à l'abdomen 35°, 66. Sur un quatrième : au cœur de 36°, 55 à 37°, 06, et à l'abdomen, en arrière du foie, 37°, 52. Sur un cinquième : au cœur 34»,69, à l'abdomen 35°, 08.

Le thorax, les organes qu'il contient et l'ensemble des cavités respiratoires ont, dans leurs diverses régions, une température très irrégulière subordonnée à la fois à leur distance des centres et à la température de l'air ambiant. Les cavités nasales sont à 10, à 15 degrés, et la trachée à 5 ou 6 au-dessous de la température centrale. Le tissu pulmonaire seul s'éloigne peu du degré de la plupart des organes internes.

Ainsi, sur un cheval vigoureux et en digestion, la température ambiante étant de -|- 4 degrés et demi, le thermomètre a donné 23°, 40 dans les cavités nasales à 10 centimètres de profondeur; 26°, 8 dansées mêmes cavités, à l'entrée du pharynx; de 32°,40 à 34°,40 dans la trachée, vers le milieu du cou, à égale distance du larynx et de l'origine des bronches. Au niveau de tous ces points, le thermomètre 'oscillait dans les limites de 2 degrés ; les minima s'observaient lors des inspirations, les inaxima pendant les expirations. Comme le thermomètre marquait 38°, 40 dans le rectum (où la température est à peu près celle du cœur), nous devons conclure de ces résultats qu'au milieu de la trachée l'air est de 4 à 6 degrés moins chaud que le sang.

Sur un autre cheval, d'ailleurs assez faible, et à une température ambiante de 9 degrés au-dessous de zéro, le thermomètre donnait 16 à 20 degrés dans la partie antérieure des cavités nasales, 20 à 24 vers le milieu de ces cavités, de 20 à 26 et demi à l'entrée du pharynx, de 32 à 33 vers le milieu de la longueur de la trachée. A ce point, la t-empérature se montrait de 4 à 5 degrés au-dessous de celle du rectum prise comme terme de comparaison. A l'entrée des bronches, par conséquent vers le tiers supérieur de la cavité thoracique, sur un troisième cheval, le thermomètre ne donnait que 34°, 46, alors qu'il marquait 37°, 78 dans l'abdomen. Dans le tissu pulmonaire, au milieu de la masse du poumon, le thermomètre, introduit à frottement, ne marquait que 36°, 63, après en avoir

marqué 37°, 17 au caecum et 37°, 04 au cœur; différence : 41 centièmes au profit

du cœur.

Les grandes cavités splanchniques, lorsqu'elles ne sont échauffées ni refroidies

sensiblement par des agents extérieurs, sans avoir une température égale dans

tous les points, diffèrent assez peu sous ce rapport.

J'ai trouvé, par exemple, sur un chien vigoureux, à jeun depuis vingt-quatre

heures, dans une atmosphère à -f- 12° :

Au bassin 38,80

A. l'abdomen région moyenne.. 38,90

Au thorax région moyenne 9,60

^054 DE LA CflALEUR ANIMALE.

L'élévation de la température du thorax m'a paru tenir à la vive agitation de l'animal pendant la dernière observation. Sur un lapin à jeun depuis trente et une heure, dans une atmosphère à + 16, j'ai trouvé :

Au bassin 38,60

Sous la peau des côtes 38,60

Au ceatre de l'abdomen 39,50

Au thorax, entre le poumon et les côtes 39,30

Sur un autre lapin en digestion :

Au bassin 39,30

Sous la peau des côtes 38,70

Dans l'abdomen, région moyenne 39,80

Dans l'abomen près des parois 38,70

Entin le sang, comme les parties solides de l'organisme, a une température variable suivant la situation des vaisseaux qui le contiennent. Il s'échauffe en empruntant du calorique, d'une part, aux tissus où se passent des actions chimiques, et, d'autre part, aux organes profonds; il se refroidit en parcourant les régions' superficielles à basse température, les membres, les appendices où abondent les os, les tendons, les cartilages qui ne produisent pas de chaleur.

Depuis longtemps, les physiologistes se sont attachés à constater exactement la température de ce liquide, et surtout à mettre en parallèle celle du sang veineux avec celle du sang artériel, car cette détermination comparative a une o-rande signification au point de vue de la respiration et des sources de la chaleur animale. Mais souvent la comparaison a porté à faux. Par exemple, on a mis en parallèle le sang de la jugulaire, refroidi dans les couches superficielles de la tête et du cou, avec le sang de la carotide échauffé dans les parties centrales et représentant la température moyenne du liquide. Il est clair que la comparaison ne doit pas se faire entre le sang d'une zone superficielle et celui d'une zone profonde; elle doit porter sur des vaisseaux de départements limités, appartenant aux mêmes couches, aux mêmes zones, comme sur la carotide interne et la jugulaire profonde, sur les veines et les artères pulmonaires, sur l'artère rénale et la veine du même nom.

En général, les deux sangs n'ont pas le même degré de chaleur, ni dans les régions où les artères et les veines se juxtaposent, ni dans les deux cœurs; mais il est très difficile de les comparer entre eux d'une manière rigoureuse. Presque partout, si ce n'est dans les organes profonds, le sang de l'artère est plus chaud que celui de sa veine satellite. Le sang de la carotide, par exemple, l'est de 1/2, 1, 2 degrés de plus que celui de la jugulaire, et ainsi à peu près de l'artère fémorale comparée à la saphène, de l'artère radiale comparée à la sous-cutanée de l'avant-bras, D'ailleurs l'uniformité n'existe pas même dans l'ensemble de chaque système vasculaire pris à part. Dans l'artériel, la température va en décroissant très faiblement du tronc aortique vers les divisions terminales ; dans le veineux, au contraire, elle s'élève très rapidement des radicules vers les parlies centrales.

Dans le cœur, la comparaison est plus facile que dans les autres parties du système vasculaire. Néanmoins elle porte encore sur un sang artériel, homogène, sortant d'un seul organe, le poumon, dans lequel la température est uniforme, et sur le sang veineux, hétérogène, revenant partie des couches superficielles et des extrémités à basse température, partie des régions centrales oij la chaleur est à son maximum. D'ailleurs, ce dernier est amené au cœur, en proportions inégales, par trois grands courants : 1° la veine cave supérieure; 2° la veine cave inférieure; 3° la veine porte, courants qui ont chacun leur température propre : le premier représente le minimum, le second le terme moyen, et le dernier le maximum. Mais, dans l'oreillette, les sangs des deux derniers arrivent mêlés; le thermomètre n'indique plus qu'un Jiiinimwn à l'orifice de la veine cave supérieure, et un maximum à l'embouchure de l'inférieure. En opérant avant la jonction des systèmes de la veine porte et de la veine cave inférieure, on constate nettement que les deux courants périphériques sont moins chauds que le courant central.

On conçoit, d'après cela, qu'il importe, dans les expériences faites sur le cœur, de soustraire l'instrument à l'action propre de ces courants, d'éviter, par conséquent, que le thermomètre demeure à l'orifice de la veine cave supérieure ou s'avance à l'embouchure de la veine cave inférieure; il faut le placer et le maintenir dans une situation intermédiaire, c'est-à-dire à l'orifice auriculo-ventriculaire ou dans la cavité même du ventricule. On arrive à ce résultat en l'enfonçant à une profondeur préalablement déterminée d'après la taille du sujet, et en lui donnant, au risque de le briser, une obliquité qui croise l'axe de la poitrine et fasse incliner en bas sa boule. Si l'on poussait le thermomètre horizontalement, il s'engagerait tout naturellement dans la veine cave inférieure, ou au moins demeurerait à son orifice; ainsi on obtiendrait, pour le cœur droit, une température trop élevée, qui, en réalité, ne serait pas la sienne. Les déterminations relatives aux sangs du cœur, pour avoir toute leur valeur, doivent donc être effectuées avec le plus grand soin, et très multipliées, afin que les causes d'erreur ne changent pas sensiblement les chiffres des moyennes. Voici celles que j'ai obtenues sur plus de quatre-vingts animaux : chevaux, taureaux, béliers et chiens, qui ont servi à cent deux observations thermométriques doubles. Elles sont réparties en trois séries. La première comprend vingt-neuf chevaux de divers âges, dans des conditions variées, sur lesquels la température a été prise dans les deux cœurs en commençant par le droit. La seconde porte sur vingtquatre solipèdes, dans des conditions analogues, sur lesquels la température a été prise suivant un ordre inverse ou d'abord par le cœur gauche. La troisième série se compose de douze taureaux, vaches ou béliers, sur lesquels elle a été prise en premier lieu, tantôt dans le cœur droit, tantôt dans le cœur gauche. Enfin, dans la quatrième se trouvent vingt-quatre observations thermométriques doubles, faites sur quatre chiens de grande taille, en commençant alternativement par le cœur aortique ou par le pulmonaire. Les résultats des cent deux observations doubles de ces séries sont groupés dans les tableaux des deux pages suivantes.

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