DE LA VITESSE DES COURANTS LYMPHATIQUES
Le temps nécessaire à une molécule de lymphe pour arriver des réseaux à l'entrée du système sanguin, le trajet métrique que cette molécule parcourt en une seconde, sont des questions qu'il s'agit d'examiner.
La plupart des physiologistes, se fondant sur des apparences trompeuses, se sont figuré ce mouvement comme étant d'une lenteur extrême. Magendie \ qui a semé de très graves erreurs dans la physiologie du système lymphatique, dit que si l'on a comprimé les vaisseaux blancs du cou, « de manière à faire passer la lymphe qui les distend dans la sous-clavière, il faut quelquefois plus d'une demiheure avant qu'ils se remplissent de nouveau , et souvent ils restent vides. » Si une telle lenteur s'observe quelquefois, elle est tout à fait exceptionnelle : les expériences faites avec soin, montrent que, normalement, les courants lymphatiques ont une certaine rapidité. En effet, si, après avoir mis à découvert un des vaisseaux lymphatiques accolés à la carotide d'un grand animal, on l'étreint d'un fil, il suffit d'une minute ou d'une demi-minute pour que le vaisseau préalablement aflaissé se distende et acquière le diamètre d'un gros tuyau de plume. Si en cet état on l'incise et si on y adapte un tube, il donne, en un temps très court, issue à de très notables quantités de lymphe. Celles-ci deviennent énormes dans le cas où la fistule est établie au tronc lymphatique, et surtout au canal thoracique. Toutes ces expériences montrent que la lymphe, loin d'être stagnante, coule constamment dans ses canaux, avec une certaine rapidité.
Les physiciens déterminent, comme on sait, la vitesse du mouvement des liquides dans les tuyaux en établissant le rapport entre la dépense et l'étendue de la coupe transverse. Or, comme il est facile de savoir quelle quantité de liquide passe dans un lymphatique dont on mesure le diamètre pendant l'écoulement, on a ainsi les deux éléments nécessaires pour calculer la vitesse du chyle et de la lymphe.
Chez le cheval de stature ordinaire, les lymphatiques accolés à la carotide et à la trachée, ont à peu près, vers le milieu du cou, 3 millimètres de diamètre tant que les liquides y coulent sans entraves, et ils en donnent termemoyen SOgrammes par heure. Conséquemment, puisqu'une colonne cylindrique de lymphe du poids
1. Magendie, Précis élément, de phijsioL, t. II, 4' édit., p. 224 et 225.