‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 78 sur 310 · LYMPHATIQUE · texte numérisé non relu

LYMPHATIQUE

Il est indispensable, pour déterminer la somme des liquides absorbés par les chylifères et les lymphatiques, de faire couler ces liquides à l'extérieur et de les recueillir pendant un temps plus ou moins considérable. Les observateurs qui ont tenté de lier le canal thoracique ou de le couper, Lovver, Duverney, Flandrin, Astley Gooper, Dupuytren, Magendie, n'ont ni songé à y établir des fistules permanentes, ni entrevu le parti qu'on pourrait tirer de cette opération. Dès 1833 \ j'ai commencé à fixer au canal thoracique de l'animal vivant un tube d'argent versant au dehors le chyle et la lymphe, tant pour déterminer leurs quantités dans diverses conditions physiologiques, leurs caractères, leurs proriétés et leur composition , que pour élucider les problèmes relatifs à l'absorption des graisses, des sels, des poisons, à ceux de la glycogénie, etc. Voici de quelle manière l'opération s'effectue.

Après avoir couché le cheval sur le côté droit et porté fortement en arrière le membre antérieur gauche, on incise la peau en avant de l'angle de l'épaule, sur le trajet de la jugulaire, dans une étendue de lo à 20 centimètres; on soulève ou l'on coupe en travers le mastoïdo-huméral, en ayant soin de lier les divisions bles-

1. G. Colin, Bulletin de la société centrale de médecine vétérinaire et Recueil de médecine vétérinaire, t. XXX, 1853, p. 1037.

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sées de la cervicale inférieure, ou de faire, entre deux ligatures, la section transversale de celte artère, si elle gêne trop ; enfin on divise le scalène tout près delà première côte, puis la lame aponévrotique sous-jacenlc, et on arrive sur le canal, au bord inférieur de l'œsophage, à la face interne de la première côte. Il faut alors le lier à son insertion, puis l'inciser au-dessus du point lié. On engage dans la boutonnière un tube à bourrelet du diamètre d'un gros crayon, et on l'y maintient à l'aide d'un 111 qui étreint sur lui, par un nœud bien serré, les parois du canal. Si alors le liquide qui s'écoule par le tube est jaunâtre, l'opération est terminée ; dans le cas oi!i il est coloré par le reflux du sang veineux, il faut lier, en outre, le tronc lymphatique droit.

Sur le bœuf, l'opération est beaucoup plus facile. Après l'incision de la peau et du sous-cutané, il suflit de soulever le mastoïdo-huméral et d'inciser le scalène très mince avec l'aponévrose sous-.jacente, pour arriver sur le conduit dont la partie terminale est comprise entre l'artère cervicale inférieure et sa veine satellite. On le lie alors, on l'incise et on y lixe le tube comme chez le cheval. Il y a si peu de douleur pendant et après l'opération que l'animal se relève, se met à manger et à ruminer comme auparavant, en donnant des masses de chyle et de lymphe. Les délabrements sont si légers que la plaie peut se cicatriser en huit à dix jours, après l'enlèvement du tube et de la ligature.

Sur le bélier, le chien, le porc, la fistule s'établit de la même manière, avec des variantes subordonnées aux différences anatomiques. Le manuel opératoire en est simple, mais seulement pour ceux qui en ont un peu l'habitude et une connaissance parfaite de la région. Il offre des difficultés énormes si on n'a pas présentes à l'esprit les nombreuses anomalies de forme et de situation du canal, et il peut donner lieu à de grandes plaies, à des souffrances inutiles, enfin aux accidents les plus graves si on ne sait pas éviter la lésion des nerfs et des vaisseaux groupés à l'entrée du thorax.

Le mode d'établissement de la fistule doit, du reste, varier suivant les études auxquelles elle doit servir. Si elle a pour but la détermination rigoureuse des quantités de chyle et de lymphe, il faut qu'elle soit accompagnée de la ligature du tronc lymphatique droit et de toutes les branches qui peuvent se trouver autour de celles où le tube est inséré; si elle est faite en vue d'études micrographiques ou chimiques, il est plus convenable qu'elle porte seulement sur une branche du canal, toutes précautions étant prises pour éviter le reflux sanguin. Le choix des variantes est évidemment laissé à la sagacité de l'expérimentateur. Lorsque l'expérience, l'une des plus belles que puissent faire les physiologistes, est bien conduite, elle donne des enseignements nombreux et d'un haut intérêt.

Quoiqu'il ne s'agisse ici que d'utiliser cette expérience à la détermination des quantités de chyle et de lymphe versées dans le système sanguin, nous allons voir combien est difficilCj pour chaque espèce animale, la solution de ce problème en apparence si simple.

Chez le cheval, la fistule au canal thoracique ne donne jamais la totalité des des liquides blancs, même dans les cas oii il est simple, car^ par le fait de ses anastomoses avec le tronc lymphatique droit, son contenu se divise toujours au moins en deux parties : l'une coulant par la fistule, l'autre pénétrant dans le sang

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