I. De l'absorption par les chylifères
Le mésentère de l'intestin grélc est parcouru, cliezies animaux supérieurs, cl surtout chez les mammifères, par des vaisseaux noueux , à parois minces, transparentes, vaisseaux qui, pendant la digestion, se gonflent, deviennent opalins, plus ou moins blanchâtres, en prenant la teinte du fluide qu'ils charrient : ce sont les lymphatiques chargés de transporter le chyle et appelés, à cause de leur rôle spécial, les vaisseaux chylifères.
ils paraissent avoir été vus par les anciens. Érasistrale, l'un des plus illustres tepressentants de l'école d'Alexandrie, avait aperçu des artères pleines de lait dans le mésentère de jeunes chevreaux encore à la mamelle. Galien avait également signalé, après Hérophile, des veines blanches qui , de l'intestin, se portent à dis cor|)s glanduleux du mésentère. Nais ce fut Aselli (1) qui en 1622 découvrit à Pavie, sur un chien vivant, les vaisseaux chylifères pleins d'un fluide blanc comme du lait. 11 les retrouva chez le chat, l'agneau , le porc, la vache, le cheval et plusieurs autres quadrupèdes, leur assigna pour fonction de pomper le cliyle et lent donna le nom de vasa lactea, qui fut après lui longtemps en usage parmi les analomistes. Aselli fit aboutir ces vaisseaux d'une nouvelle espèce au foie, que run regardait, depub Galien, comme l'organe de la sanguiûcatioiL Cependant, dès 156u, Kusiachi avait trouvé sur le cheval le canal thoracique, dont il n'avait |)as vu Us rapjMirts ni soupçonné les usages. Veslingius reconnut vaguement la liaison «jui existe entre les vaisseaux lactés et la veine blanche du thorax signalée |)ar l'anatomiste romain. Enfin, en 1651, Pecquet (2), de Diepfie, établit clairement que les chylifères, au lieu de se rendre au foie, arrivent à une ampoule appelée par iui le réservoir sous-lombaire, la citerne du chyle, cisUrna chjli , qui devient le point de départ du canal thoracique, dont l'insertion a lieu généralement dan» la veine sont-clavière. Dès lors on eut des idées nettes sur l'ensemble du système chylifère et sur le cours du chyle. Peu de temps après, comme nous le dirons phis tard, d'autres anatomistes établirent les connexions de cet ensemble de vaisseaux avec le reste du système lymphatique.
[ï) Ik laclibus sive laclêis venU, 1027.
(2) Expérimenta nova anatomica quibus incoguiUun haclcutis chjli rcccptacHlum ^ ctr. Parif, 1651.
AbSURI*TlON LYMPHATIQUE. Z
Lva vaisseaux cliylifèrcs, dont nous devons examiner ici le rôle physiologique, nai^^ent de lous les points de rinlestin grêle, se placent entre les lames du méseutérc, soit autour des vaisseaux, soit dans les espaces que ceux^si laissent entre eux. Ils acquièrent un diamètre de plus en plus considérable à mesure qu'ils s'éloignent de riiitestin , s*anastoinosent les uns avec les autres, ei bientôt traversent les ganglions méscntériques ; enfin, après a\oir formé plusieurs troncs, ils s'ouvrent dans une ampoule plus ou moins apparente qui devient l'origine du canal tboracique. La disposition générale de ces vaisseaux , sans être extrêmement variable, n'est |KHnt la même dans tous les groupes d'animaux. On les voit assez volumineux chez les carnassiers où ils traversent, avant d'arriver au réservoir sous-lombaire, les ganglions rassemblés vers le haut du mésentère. Ils sont très fins chez les soli- |)èdes, et ne traversent les ganglions que vers l'origine du frein mésentérique pour be continuer au delà par de grosses branches très rapprochées qui s'ouvrent dans la citerne. Enfin chez les ruminants, où les ganglions sont très voisins de l'intestin, les chyUfères deviennent énormes et peu nombreux dans la plus grande partie du mésemèrc; ils s'y réunissent en un tronc considérable qui s'accole à l'artère niêsentérique, reçoit sur son trajet de nouvelles branches et va, après s'être divisé, N ouvrir dans un canal simple ou multiple.
Les vaisseaux chylifères, quelle que soit leur disposition, proviennent des petits l^rolongcments de la muqueuse intestinale, connus sous le nom de villosités.
Les villosités appartiennent à l'intestin grêle des mammifères et des oiseaux, où elles sont tellement nombreuses et rapprochées, qu'elles donnent à la membrane muqueuse l'aspect d'un velours à longs filaments. Elles sont remplacées chez les reptiles et les poissons par des prolongements foliacés très étendus, mais différents !«us plusieurs rapports anatomiqnes des villosités propres à l'intestin des vertébrés supérieurs. Ces petites saillies de la muqueuse sont extrêmement développées chez le chien, le chat, le renard, l'ours, les carnassiers en général étions les animaux qui ont l'intestin court; elles le sont beaucoup moins chez les ruminants, les solipèdes et la plupart des autres herbivores. Elles se présentent tantôt sous la forme de prolongements cylindriques, tantôt M)as l'aspect de petites lamelles ou de folioles plus ou moins (Hargies. Mfiller les dit aplaties dans la plupart des mamiuifères, et entre autres chez le chien, le porc, le lapin, et cylindriques, 00 grande partie, chez les ruminants domestiques. Elles |)euicnt être, d'après le même oi)servateur, cylindriques dansceruins points de l'intestin , foliacées dans d'autres, ou bien encore mêlées, les premières avec les secondes, comme on le voit dans le bœuf et la brebis.
Ces villosités sont constituées de l'extéiûeur à rintérieur: 1* par une couche d'épithélium à cellules cylindriques qui leur Arme une enveloppe complète; 2^ par une substance homo- :;ènc translucide; Ii* par un réseau de vaisseaux sanguins immédiatement étalé au-dessous de la couche épithéliale ; /i* enfin par des vaisiicaux lymphatiques qui occupent le centre de la substance homogène, et devien-» Dent le point de départ des chylifères ( fig. 58).
6 DB l'absorption.
Quelques observateurs avaient cru y trouver des ouvertures visibles. Lieberlcunh CD admettait une seule; Hewson, Hunter et d'autres en supposaient un plus grand nombre. Mais, depuis Uuisch et Haller, presque tous les anatomistes s'accordent à regarder ces ouvertures comme une fiction. Toutefois, MM. Gruby et Delaiond, qui ont observé, chez le chien, autour de Tépithélium à cylindres un épithélium à tête, prétendent que les cellules de ce dernier sont percées d'ouvertures infundibullformes, par lesquelles pénètrent les matières grasses émulsionnées et les autres éléments destinés 5 la formation du chyle.
Telles sont les villosités ou les organes de l'absorption du chyle ; il n'est pas facile de voir comment ces organes agissent en saisissant les matériaux de ce fluide.
Le chyle n'est pas tout formé dans l'intestio ; ses éléments s'y trouvent mêlés et dissous; ils y sont disséminés au milieu d'un véhicule aqueux plus ou moins abondant, et associés à des principes non modifiés ou non nutritifs: la fibrine, l'albumine, les sels, les matières grasses émulsionnées sont tenus dans une sorte de dissolution longuement préparée par une série d'élaborations successives. Or les villosités plongent dans la masse liquide qui les baigne de toutes parts, et qui passe à leur surface comme la nappe d'eau qui coule sur le gazon d'une prairie. Ces matériaux du chyle sont sans cesse apportés au contact des villosités ; et lorsque les mouvements intestinaux deviennent un peu énergiques, les ondées de chyme battent sur ces petits organes comme les vagues d'un océan sur le sable du rivage. Les substances dissoutes pénètrent alors la villosité, soit par les interstices des cellules épithéliales, soit par les porosités invisibles de ces cellules mêmes : cela est de toute nécessité. Une fois au delà de la couche d*épithélium, elles traversent le réseau sanguin, gorgent la matière homogène de l'organe absorbant, et finalement s'engugent dans les radicules des lymphatiques qui ont, peut-être, des orifices béants dans le tissu de la villosité. Dès qu'elles sont arrivées dans les radicules vasculaires, celles-ci les font progresser vers les vaisseaux plus larges, par le fait de la contractilité que possèdent leurs propres parois.
Le mécanisme par lequel les matériaux du chyle pénètrent la villosité sera recherché plus tard ; qu'il nous suffise de dire ici que cette pénétration ne peut être saisie, et que ses voies sont tout à fait invisibles. Seulement dès que les villosités se sont remplies de chyle , elles paraissent blanchâtres et plus ou moins gonflées. Haller, Cruikshank et d'autres les ont vues telles. Le phénomène est facile à constater sur les animaux carnivores tués pendant la période la plus active de la digestion intestinale ou ouverts vivants. La muqueuse présente alors une teinte rosée bien différente de celle qui lui est habituelle : les villosités turgides semblent offrir un pointillé blanchâtre d'un aspect caractéristique. Les mêmes particularités ne s'observent point aussi aisément chez les animaux herbivores, le cheval, le bœuf, la brebis, par exemple, dont la muqueuse intestinale saigne souvent au seul contact de l'air.
Le chyle, après avoir gonflé la villosité et pénétré dans les radicules des \aisseaux blancs que celle-ci contient à son intérieur, passe insensiblement dans les chylifères du mésentère, où l'expérimenlateur |)eut le voir marcher et le recueillir, |)0ur en déterminer les caractères et les propriétés.
Jusqu'ici les physiologistes qui ont vooln étudier le chyle l'ont pris dans le canal
absûuptiom lymphatique. ^
thoracique où il est mèk\ même pendant les périodes de h plus grande acthil^ âigieâtjre « arec mie très grande quaniiié de lymphe, (/est ce qu'mU (ait VaitqueLîo, Magemlie, Marcel cL d'autres encore. Les micrographea ont piqné le* cJiyUfères du méseiUtne, el obieuu par ce moyen des goulieletiesde lîcjuide suffisaules pour uu examen lïiicrascopique- Ainsi M. Mfigendie (t) ouvre rapidement la pcHlrïite des animaux en pleine digestion , passe autour du canal thoracique une ligature qui intercepte le cours du liquide, puis incise le canal et reçoit dans un Ti§e c* qoi s*échappc par l'ouverture. Tiedemann et Gmelin, les premiers, eurent [idée de prendre le chyle dans les vaisseaux du mésenlère sur les clieianx qu'ils tendent de Itier; et Rees, h leur exemple, employa le même moyen sur Tâne^ Mais par ce procédé on ne peut obtenir qu'une fort petite quantité de chyle mêlée a h lyoïphe qui vient du gros intestin, si développé chez les animaux solipèdes. Il est facile, jïar une autre méthode, de recueillir lechyle pur sur les animaux vivants» iâm iroobler profondément les fonctions digestives.
Èrasistrate et Catien avaient vu les chylîféres des clievreaux dont ils ouvraient Tabdomea, grâce au volume considérable qu^ils présentent dans ces animaux , et à uae disposition anatonilque qui n'a pas échappé l\ Tobservation de Haller , mais que Jeâ anatomisces modernes paraissent avoir méconnue. Ce qui existe chez le cberreaa existe aussi chez le bélier, et surtout chez le bœuf, avec des proportions considéribles. Les vaisseaux lactés, énormes et ^)eu nombreux , se réunissent chez les ruminant^ en uu gros tronc qui suit rartére mésentérique et sa veine satelUte, tronc qui recuit sur son trajet plusieurs branches provenant des divers points de riftlestiii. Or en fixant de petits tubes d'argent, soit au vaisseau chylifére printipâl, soit I ses afTérents, on peut, en quelques instants» recueillir de grandes quantités de chyle. Les détails de l'opération sont fort simples. Lorsque le bœuf a ruminé pendant quelques heures après le repas, on fait au liane droit une incision d(^t2à 15 centimètres (lig. 5Ï*), ou retire par cette ouverture le mésentère et
<t) Prérii élémmiaire (te physhyiogie, V éiiit, t. H, p. i:j.
6 DE l'absorption.
quelques anses d'intestin grôic. Dès qu'on a aperçu le cbylifcre principal , on l'incise et l'on y fait pénétrer un tube d'argent qu'on fixe à l'aide d'une ligature circulaire. ICnfin on rentre dans l'abdomen les parties mises momentanément au contact de l'air, et l'on reçoit dans une capsule, ou mieux dans une petite éprouvelte, le liquide qui s'échappe du tube. Si l'on veut continuer 5 recueillir le liquide pendant longtemps, on adapte au tube un prolongement flexible de caoutchouc, et l'on ferme la plaie de l'abdomen par une suture. Lorsqu'on a obtenu une quantité sur* fisaiite de chyle, on détache les tubes avec préc^iution et l'on abandonne 5 lui-même l'animal , qui ne tarde pas à se rétablir.
Le chyle, dans toute sa pureté, est un fluide dont les caractères physiques et les propriétés varient un peu suivant les espèces, la nature des aliments et l'état de la digestion. 11 est d'un beau blanc laiteux chez les carnivores et même chez les lierbivores tant qu'ils sont h la mamelle; il est plus clair et très légèrement lactescent chez les herbivores dans les circonstances ordinaires. 11 se coagule spontanément en se refroidissant, et se prend en une masse homogène qui remplit exactement la cavité des vases dans les(|uels on le reçoit. Il jouit de cette propriété, quoi qu'en disent Emmert, Tiedemaun et Gniclin , avant d'avoir traversé les ganglions comme après. Sa saveur est très légèrement salée et son odeur, que Ton dit sperinatique, varie suivant les espèces : elle rappelle chez le bœuf, à un faible degré, celle de la transpiration de cet animal. Vauquelin a cru remarquer que par l'acido sulfnrique celui du cheval dégage l'odeur propre à cet herbivore. 11 importe. |K)ur ne pas se faire d'illusion à cet égard, d'éviter que les vases destinés à recevoir le liquide se mettent en contact avec le sang ou avec les tissus de l'animal sur lequel on expérimente.
1^ chyle, examiné au microscope, laisse voir deux sortes de globules faciles à distinguer : les uns sont des globules de graisse, les autres paraissent à peu près semblables à ceux qui se trouvent dans la lymphe de toutes les parties du corps. l/^s premiers, d'autant plus abondants que le chyle est plus laiteux , donnent à co liquide sa couleur blanche ou opaline et son opacité. Ce sont eux qui reiident tnmble le sérum du liquide charrié par lo canal tboraciqoG, et qui lui «tonnent une teinte blaochitre peodattt la digestion. Ces globules tranalucidei, sdablea dans Téther, sont faciles k reconnaître, et plus |)etits que ceux de la lymphe et du sang. Les autres sont blancs, brillanti, argentins, et de tous points semblahles à ceux de la lymphe la plus pure. !Uflller(i) dit qu'ils sont plus petits que les globules du sang chei les mammifères, tels que le veau, la chèvre, le chien. D'après le même obeervaleur, il est |iln8 rare de les \oir égaler ces gtoboles en \olunie, connne chez le chat, et de Im dépasser, ainsi qa'on le remarque chez lilapin. AVagner |)rétend qu'ils sont en général plus gros qne ceux du sang chez les mammifères. Je Ici. ai vus plusieurs fois dans le chyle du bœuf, pris dans de petits vaisseaux du mésentère ou dans le canal chylifèn^ principal de ce ruminant. D'après MM. Gruby (2) et Delafond, il n'y aurait pas dans le chyle d'autres Riobnies que aMix de la (graisse. Mais sur ce point ces niicro^raphes sont en contr«idiction avec
(1) Manuel de fthysioloyiet traduction française, Pari<, IH.%1, t. I, p. I IM. (i, f'omptea renditx de r A vmifyme dextuiem-rt^Tt inin IHI.I.
ABSORmON LTMPHATIQCB. 7
la plopart des observateurs, qui dn reste n*ont généralement étudié que le mélange de cbyle et de lymphe pris dans le canal thoracique.
La composition do chyle est encore loin d'être parfaitement déterminée, et l'on conçoit qu'elle ne puisse l'être, puisque toutes les analyses, ou à peu près toutes, s'appliquent an liquide recueilli dans le canal thoracique, c'est-à-dire à un méfainge (le chyle et de lymplie, en proportions inconnues et excessivement variables.
Emmerl, Vauquelin, Tiedemann et Gmelin, Marcet ont examiné sur le cheval ce qu'on a appelé si Improprement le chyle. Vauquelin (1) y a trouvé de l'albumine, de la fibrine, une matière grasse, de la potasse, du chlorure de potassium, do phosphate de fer. Tiedemann et Gmelin (2) y ont reconnu de la fibrine, de l'albumine, une matière colorante, une matière analogue à la salivaire, une autre matière animale soluble dans l'eau et dans l'alcool, dn chlorure de sodium, de l'acétate, du carbonate, du phosphate et du sulfate de soude, du carbonate et du phosphate de chaux. Les mêmes expérimentateurs ont aussi donné une analyse incomplète du mélange de chyle et de lymphe pris dans le canal thoracique de la brebis et du chien ; enfin ils ont tenté quelques essais sur le chyle du cheval pris dans les lymphatiques do mésentère, entre les ganglions et le réservoir sous-lombaire. Le docteur anglais Rees a pris le chyle de l'âne dans ce dernier point, oî^ il n*est mêlé (|o'avec la lymphe du gros intestin. Il l'a trouvé ainsi composé :
Eau 90,237
Albumine 3,516
Fibrine 0.870
Matière folnble danf Teau et dans Talcool. 0,332
Matière soluble dans Tcau 1,233
(iraicse 3,601
Self et oxyde de fer 0,711
M. Lassaigne, qui a examiné le chyle pur que j'avais recueilli par les chylifères mésentériques du taureau, lui a trouvé une densité de 1,013, supérieure par conséquent à celle de la lymphe et du mélange pris dans le canal thoracique. Il conter naît 0,0019 de fibrine sèche, proportion double de la fibrine du canal thoracique du même ruminant. Le sérum était composé de 95,21 d'eau et de 6,79 de suh- Hiances fixes, albumine et sels. Malheureusement cette analyse n'a pas été achevée.
Indépendamment de la fibrine, de l'albumine , de la graisse, de quelques roa^ tières eztractives et des sels, on a signalé dans le chyle d'autres éléments. On y a trouvé une matière colorante rouge, une matière colorante blanche, du fer, etc. La matière colorante rouge vient certainement du sang qni reflue dans le canal thoracique et de la lymphe rougeâtre de certaines parties, de la rate, par exemple. Elle n para analogue à celle du sang. Comme cette dernière, elle prend une teinte plus vive an contact de l'air, se fonce par l'action de l'acide carbonique. Si Ëmmert, Vauquelin, Tiedemann et Gmelin eussent pris le chyle dans les chylifères au lien de le prendre dans le canal thoracique ou la citerne sous-lombairc, ils n'auraient
I) Anuaîes du Muséum, 1811, l. XVIU, p. 247.
i) Rechtrchen expérimentalet phytiologiques et chimiques sur la digestion, 2' partie, p. 07 .
8 DE L*ABS0RPT10N.
pa8 trouvé de traces de celte matière, car le chyle pur n'a pas la moindre teinle rosée, et ne se colore nullement en rose sous Tinfluence de l*air ou de Toxygène. La preuve, du reste, que cette matière rouge provient du sang, c'est que dans le chyle du canal thoracique du bœuf, du mouton, du cheval, on reconnaît sous le microscope une très grande quantité de globules de sang, et cela, quelles qu'aient été les précautions prises pour recueillir ce fluide, soit sur l'animal vivant, soit immédiatement après la mort La quantité de globules sanguins dans ce chyle est quelquefois tellement considérable qu'il donne un caillot d'un rouge écarlate presque aussi vif que celui du sang artériel. Quant au fer que Vauqueliu a trouvé chez le cheval, il provient probablement du sang; mais il dérive aussi en partie des aliments.
Le chyle n'est pas toujours un fluide identique avec lui-même. Ses propriétés physiques et sa composition varient suivant les espèces d'animaux, le régime et les périodes de la digestion.
Tous les animaux vertébrés ont des vaisseaux chylifères, et chez tous l'absorption du chyle doit se faire par l'intermédiaire de ces vaisseaux. Si l'on attachait une grande importance à l'opacité du chyle et à son aspect lactescent, on serait porté à croire, avec plusieurs physiologistes, que les ovipares n'ont pas de chyle. Il parait, en effet, que chez les oiseaux, les reptiles et les poissons les lymphatiques de l'intestin ne renferment généralement qu'un fluide limpide. Cependant M. Duméril a vu sur un pic, et M. Duvernoy sur un trigonocépbale, du chyle blanc et lactescent comme celui des mammifères. La petitesse des chylifères de ces animaux et la limpidité de leur chyle font supposer que la veine porte prend une grande part à l'absorption des produits de la digestion , et notamment des matières grasses.
Le chyle des carnivores, du chien, du chat, celui du porc, sont opaques, d'un beau blanc de lait. Le chyle des herbivores à la mamelle et de ceux qui accideutellement sont entrelenusde chair ou de substances dans lesquelles se trouvent beaucoup de graisse possède presque les mêmes caractères. Ce fluide est opalin et nu peu blanchâtre sur le mouton, la chèvre, le bœuf, l'âne, le cheval. Vauqueliu dit même que celui des branches sous-lombaires de ce dernier solipède s'est trouve blanc comme du lait ; ce que je n'ai jamais pu voir.
Suivant la nature des aliments, le chyle éprouve des variations sensibles. Celui des carnivores nourris de chair, de matières grasses, est excessivement laiteux ; il devient clair ou à peine lactescent, ainsi que l'ont vu Tiedemann et Cmeliu, sur hs chiens nourris d'albumine, de gélatine, de fibrine, de gluten , de fécule, touies substances privées de graisse. Ce fluide est bien plus lactescent chez les chevaux abattus pendant qu'ils digèrent de l'avoine que chez ceux entretenus avec du foin et de la paille.
Enfin, suivant l'état de la digestion, le fluide que contiennent les chylifères offre des caractères très différents. Je l'ai toujours trouvé plus ou moins lactescent oi complètement coagula ble chez les mammifères dont les fonctions digestives, quoique ralenties, n'étaient poiut troublées. Je l'ai vu limpide, légèrement jaunâtre et ne donnant qu'un petit caillot nuageux séparé du sérum, chez des vaches et des taureaux dont la digestion était suspendue depuis douze â quinze heures; enfin je l'ai trouvé d'une limpidité parfaite, sans le moindre reflet jaunâtre et tout à fait incoagn-
able sur one vache, à la suite des torlurcs d'une journée d'opérations chirurgicales. ::et aoimal n'avait pour ainsi dire plus d'aliments dans l'intestin grôle, qui était issez renipU des liquides ingérés pendant la journée. L'écoulement du fluide que charriaient alors les chylifères était si considérable que j'en obtins, par un seul vaisseau, en one heure et quart, 372 grammes , savoir, pour chaque période de cinq minutes, les quantités suivantes: 53, 55, A0,40, 31, 23, 22, 30, 13, l/i, 21, i 5, 16 grammes.
Ainsi donc les chylifères ne charrient pas toujours un chyle identique. Tantôt c'est un fluide opaque, lactescent, riche en fibrine , en albumine et en matières grasses; tantôt c'est un fluide jaunâtre présentant les caractères de la lymphe et les globules de ce dernier fluide ; enfin c'est quelquefois un liquide limpide incoagulable, ne contenant que de faibles traces de fibrine et d'albumine.
Pendant son trajet de l'intestin au canal thoracique, le chyle éprouve-t-il quelques modifications dans ses propriétés physiques et les proportions de ses éléments constitutifs ?
Les physiologistes dissertent sans base sur ce point comme sur beaucoup d'autres relatifs à l'histoire du chyle. Tiedemanu et Gmelin pensent que les ganglions transforment une partie de l'albumine en fibrine ; d'autres prétendent que la fibrine du cbyle ne provient pas ou ne provient qu'en très faible partie des aliments, et qu'elle est formée dans les ganglions aux dépens du sang artériel. Arnold avance qu'il acquiert des globules à mesure qu'il progresse des petits vaisseaux vers les ganglions et le canal thoracique. On dit, en maints endroits, que le chyle pris entre W ganglions et l'intestin contient moins de fibrine que celui qui a traversé ces organes. On répète sans preuves qu'il n'est point coagulable avant son passage à travers ces mêmes ganglions. Mais qui a recueilli ce chyle avant son passage dans les ganglions mésentériques, et qui en a déterminé la composition ? C'est ce que personne ne dit Or il est un fait certain et facile à constater sur les grands ruminants, c'est que le chyle extrait des lyniphaiiquos avant qu'ils aient traverse les ganglions est coagulable et contient de la fibrine comme l'autre. En attendant que l'analyse chimique nous ait appris si le second contient plus de fibrine que le premier, il ne faut point nous inquiéter de la source à laquelle le chyle i>uise cet excès prétendu de principe coagulable.
On a avancé également, sans preuves, que le chyle perdait de sa graisse après sou passage à travers les ganglions, et M. Bérard a supposé que celte graisse l>assait des chylifères dans les radicules de la veine porte pour être de là portée dans le foie, où elle servirait à la sécrétion biliaire. Comme il n'est pas encore démontré que le chyle renferme moins de graisse au delà des ganglions qu'en deçà, il est inutile de rechercher ce que peut devenir la graisse qu'il perd , dit-on , en les traversant.
On s'est demandé depuis longtemps si l'absorption du chyle pouvait se faire iiilleurs que dans l'intestin grêle, et si une partie de ce fluide ne suivait pas la voie fie la veine porte.
Plusieurs anciens physiologistes ont prétendu que les lymphatiques de l'estomac » remplissaient de diyle |)endant la digestion. MM. Leuret et Lassaigne (1) disent
I) Recherches pkyMhhgiqties et chimiques pour servir à V histoire de la digestion, p. 133.
iO DE L* ABSORPTION.
que la chyKficaiion commence à Testomac, et que si Ton ouvre l'abdomen à un cheval pendant la digestion, on aperçoit aisément les vaisseaux blancs de ce viscère pleins d*nn véritable chyle. Évidemment ces expérimentateurs se sont fait illusion ; ils ont pris de la lymphe pour du chyle, car Testomac du cheval, ainsi qu'il sera démontré plus tard , n'est pas susceptible d*absor1)er sensiblement à l'état normal. Cet exemple ne pouvait être plus mal choisi pour appuyer une assertion hy|)othétiqur.
L'absorption du chyle par les vaisseaux blancs du gros intestin (*st admise par beaucoup d'observateurs. Elle se conçoit fort bien , lorsqu'on se rappelle que les matières alimentaires parviennent au cœcum et au côlon mêlées aux diiïérents sucs qui ont été versés dans l'intestin grêle. Laces matières doivent faire un séjour assez prolongé et céder aux absorbants les principes qui ont échap|)é à l'action des villosités du petit intestin. Certainement les lymphatiques si développés de l'immense coecum des solipèdes et du côlon replié de ces herbivores doivent prendre, avec des liquides, une certaine proportion d'albumine , de fibrine et de sels et peut-être même de matières grasses. Ces vaisseaux sont très gorgés sur les chevaux et les porcs tués en pleine digestion ; néanmoins le fluide qu'ils charrient est clair, légèrement jaonâtre ; jamais il ne m'a paru avoir une teinte opaline : c'est un chyle dé- |)ourva de matières grasses. Je pense qu'il faut interpréter en ce sens les observations d'Highmore, de Daubenton , de TVinslow, qui ont cru voir do chyle dans les vaisseaux du gros intestin de l'homme et de divers animaux.
L'absorption du chyle est-elle exclusivement opérée par les lymphatiques de l'iutestin, on bien est-elle encore, soit habituellement, soit par exception, effectuée par les radicules des veines mésaraïques ? L'examen microscopique et l'analyse chimique ne sauraient résoudre la question. La fibrine et l'albumine du sang ne se distinguent point de la fibrine ni de l'albumine du chyle, quoique Vauquelin et d'autres aient cru y a)>ercevoir quelques légères différences. Les molécules de graisse ont probablement les mêmes caractères dans les deux fluides; enfin le» globules qui appartiennent au chyle et a la lymphe ne paraissent pas différents deii globules blancs que le sang de la veine porte contient, de même que celui de louiei» les parties du corps. Si l'on s'en rapportait aux observations de Swammerdam et de quelques auteurs qui prétendent avoir aperçu du chyle dans le sang de la veine |>orto, il ne resterait plus aucun doute à cet égard.
IL l)K l'absouptiox par i,bs i^ymphatiqces.
Lrs vaisseaux chylifères découverts par Aseiii et rattachés par Pecquet à l'origine du canal thoracique ne forment qu'une fraction du système lymphatique qui fut tmuvé successivement par plusieurs anatomistes dans les diverses parties du corps. Yeslingius, le premier, a|)erçut les lyn)phali(|ues(lu foie qu'il considéra encore comme des vaisseaux lactés ; Hudlieck, près de (rente années après Aselli , trouva sur les animaux, en diverses régions, des vaisseaux de même nature qu'il appela miiiseanx m'eitx, en raison de ras|)ect du fluide qu'il avait \u dans leur intérieur. Jolyffe on reconnut aussi l'existence; enfin Thomas Bartholin en fit une étude particulière, et les décrivit sous le nom de vaisseaux lymphatiquen. Depuis ce moment ils devinrent l'objet des recherches d'un grand nombre d'observateurs»
ABSORPTION LYMPHATIQUE. ii
Le sysième lympbalique qui existe chez les mammifères, les oiseaux» les reptiles et les poissons, sons des formes variées, se compose de deux ordres de parties : ]es \ aisseaux et les ganglions, et de plus, cliez les vertébrés inférieurs, de petites IxKbes contractiles, sortes de cœurs, destinées à la progression de la lymphe.
Les vaisseaux lymphatiques paraissent répandus dans la plupart des parties du corps : sous la peau et les membranes muqueuses, autour des muscles, entre les plans membraneux des viscères creux , dans l'épaisseur et à la surface des glandes; mais ils semblent manquer dans quelques organes, tels que l'œil , le cerveau, où leur présence n*a pu encore être clairement démontrée.
Ces vaisseaux naissent le plus ordinairement par des réseaux à mailles étroites, généralement régulières, dont les branches n'égalent jamais la finesse et la ténuité (les capillaires sanguins, avec lesquels elles ne semblent avoir aucune connexion. Qaelqoefoîs ils naissent par des cellules communiquant entre elles, mais dépour- \oes d*orilîces visibles. Dès que ces vaisseaux ont acquis un certain volume, ils si* montrent sons Tupcct de cananx plus ou moins flexueux , étranglés et renflés par iniervalks, à parois minces et transparentes. Ils offrent à l'intérieur des valvules rassemblées par paires, et destinées à mettre ol)stacle an cours rétrograde du fluide qu'ils charrient.
f.es [ympliatiques« d\nèH avoir parcouru un certain trajet, à la surface ou dans répaissenr des parties, se portent vers des ganglions qu'ils traversent en s'y divisant. Ceax-cl ne sont autre chose que des réseaux ou des plexus serrés dans Icsqoels les lymphatiques se dilatent quelquefois pour former des cellules plus ou mns considérables. Les vaisseaux, en y abordant , se subdivisent à la manière des artères, pois ils en sortent moins nombreux et plus larges qu'ils n'y étaient entrés; fsfin iU se rassemblent en plusieurs troncs qui s'ouvrent dans le système veineux. (Jiez les roaroujifères les lymphatiques s'abouchent dans les veines axillaires ou ao golfe des^jugulaires par un canal thoraciquc simple ou double, et par une ou deux autres branches résultant de la jonction des vaisseaux des parties antérieures do corps. Chez les oiseaux , ils se terminent par des branches qui s'ouvrent dans les veines iliaques et par un double canal thoracique ; enfin chez les reptiles et les {wissons, leur réunion avec les veines s'opère avec des variantes assez nombreuses, qoe les recherches des ânalomistes modernes ont déterminées déjà pour un grand nombre d'espèces.
Avant que ce vaste système fût connu, on attribuait aux veines seules la faculté d'absorber, aussi bien dans l'estomac et l'intestin que dans tout le restedc l'économie, lies que les chylifèreset les lymphatiques furent découverts, et que le rôle des premiers fût incontestablement reconnu, on fut porté à croire que les vaisseaux blancs ^ient exclusivement chargés de l'absorption. On sait aujourd'hui que les veines et les lymphatiques absorbent ; mais comme la participation des derniers à Timponante fonction qui fait le sujet de nos études a été contestée, il faut en établir la réalité par des preuves expérimentales.
Avant d'exposer les considérations et les faits qui démontrent clairement la faculté absorbante des vaisseaux lymphatiques, il convient d'examiner les expériences sur it^nelles on s'est appuyé pour leur refuser cette faculté. D'abord >L MHgendie a isolé nne anse intestinale qui tenait encore au mésentère
12 DE l'absorption.
par une arlère, deux veines et quelques lymphatiques. L'une des deux veines a été liée et Tautre divisée transversalement, afin d*évitcr la stagnation du sang dans Tansc isolée, à Tintérieur de laquelle on a injecté de la noix vomique à dose toxique. La subsunce vénéneuse est demeurée en contact avec la muqueuse pendant une heure sans que Fanimal ait éprouvé aucun symptôme d'empoisonnement. Mais six minutes après l'enlèvement de la ligature de la veine, les effets ordinaires do poison se sont fait sentir. Ce premier résultat ne prouve pas que les lymphatiques n'aient point absorbé de poison. D'une part, l'anse intestinale, le mésentère et les lym* phatiques ayant été exposés au contact de l'air, il a pu se faire que ces derniers se soient resserrés et un peu desséchés : d'autre part, ils ont pu absorber de la noix vomique, mais en trop petite quantité pour donner lieu aux phénomènes caractéristiques de l'intoxication.
Dans une Seconde expérience, après la ligature du canal tboracique, on a engagé de l'upas dans l'estomac et dans l'intestin , et l'on a vu les signes de l'empoison* nement se manifester avec autant de rapidité que dans les circonstances ordinaires. Sur d'autres chiens, l'upas, après la ligature du canal, a été déposé soit dans la cavité péritonéale, soit dans le sac des plèvres ou dans les muscles des pattes de derrière, et l'intoxication s'est produite à peu près comme si le cours de la lymphe et du chyle n'eût point été intercepté. Évidemment, dans tous ces cas, ce sontles veines qui ont absorbé et charrié le poison. Néanmoins les lymphatiques et les chyliféres ont pu en prendre aussi une certaine quantité que la ligature du canal a empêché d'arriver dans le torrent de la circulation.
Panizza a donné à des chiens, par les voies intestinales, du prussiate de potasse, et à un âne de l'iodure de potassium. On continua l'administration de ces substances pendant plusieurs jours, après lesquels les animaux furent ouverts vivants. Le sang de la veine porte des chiens contenait du prussiate, et celui de la même veine de Tâne renfermait de l'iode. Le chyle et la lymphe du canal thoraciqucjd'en présentaient que des traces. Mais enfin , comOie les substances ingérées se retrouvaient, quoique en minime proportion, dans les lymphatiques, les expcrieaees de Panizxa ne sauraient prouver que les vaisseaux blancs n'aient point al)sorbo d'iode ou de prussiate de |>otas6e.
Mayer et M, Chatin ont donné à des chiens, le premfer du fer, le second de l'acide arsénieux et de l'émétique. Or ni ic fer, ni l'arsenic, ni l'antimoine n'ont été trouvés dans le canal tboracique, et les deux derniers métaux se reconnaissaient dans le sang. Mais le fer avait-il été donné sous une furme ou dans une combinaison qui en permit l'absorption ? Quant à l'arsenic et à rantiinoine, il est difficile de s'expliquer leur absence des lymphatiques avec leur présence dans les vaisseaux sanguins. La difficulté que certains sels éprouveraient à passer dans les chyliféres ou les lymphatiques ne rend pas bien compte de cette particularité, qui du reste aurait l)esoin d'être confirmée.
Home , Halle, Flandrin, Magendie, Tiedemann et Gmelin n'ont vu passer dans le chyle, ni la rhubarbe, ni l'indigo, ni la garance, la cochenille, etc. Je n'ai pas vu non plus ni sur le cheval , ni sur ic bœuf, l'indigo passer dans le chyle ou la lymphe que je recueillais sans interruption pendant des journées entières par des fistules du canal tboracique. Ces observations, qui montrent la difficulté avec laquelle
les matières colorantes végétales passent dans les lymphatiques, ne prouvent |K>ini que ces derniers soient dépourvus de la propriété d'absorber. D'ailleurs il peut se fîire que ces matières y pénètrent aussi , comme elles le font dans les veines, mais eu proportions trop faibles pour y être nettement reconnues.
Enfin Flandrin, MM. Magendie, Tiedemann, Graelin cl d'autres encore n*ont pu reconnaître dans le cbyle, ni l'odeur du camphre, ni celle du musc, de l'alcool, de l'essence de térébenthine, des huiles empyreumaliques, bien que Todeur de ces substances fût quelquefois sensible dans le sang. Mais cette particularité, à laquelle il neiiaot pas attacher une grande importance, tient peut-être à la quantité minime de cfayle et de lymphe soumise à l'examen relativement à celle du sang et par conséquent à la faible proportion de principes odorants que les lymphatiques pouvaient contenir, à siipposer qu'ils en eussent absorbé.
Ainsi les faits qui viennent d'être rappelés ne suffisent pas à démontrer que les lymphatiques soient dépourvus de la faculté d'absorber; ils nous font entrevoir seulement que ces vaisseaux absorbent avec lenteur et ne saisissent que des proporlioosirès faibles de matières étrangères. Il faut à présent mettre en relief les preuves dekur participation aux phénomènes de l'absorption.
Fodent renferme dans une anse intestinale liée à ses deux extrémités, une solution de prussiate de potasse et il fait baigner cette anse dans uue solution de sulfate de fer. Bientôt la lymphe qu'on obtient des chylifères, en les incisant, devient bleue par Taction de l'acide chlorhydrique, de même que le sang des veines.
J'ai injecté sur un cheval vivant dans une anse d'intestin longue d'un mètre et liée à ses deux bouts, une solution de 50 grammes de cyanure de fer et de potas- ^um. Huit minutes après l'injection les chylifères incisés avec précaution dans les points où ils se trouvaient éloignés des vaisseaux , même les plus petits, donnèrent de la lymphe qui devint bleue par l'action du persulfate de fer. Le sérum du ung des veines contenait du cyanure a? ant que la lymphe en montrât des traces appréciables.
J'ai lié à ses deux extrémités une anse d'intestin grêle longue de 2 mètres et demi , et je l'ai coupée de manière à l'isoler complètement du reste de l'organe. Après avoir appliqué des ligatures sur une veine et une artère et adapté un tube i la seconde veine pour en conduire le sang à l'extérieur de l'abdomen, j'ai injecté dans cette anse 1 gramme et demi d'acide cyanhydrique étendu dans 40 grammes d*cau. L'animal mourut deux heures après l'injection. Le poison n'avait évidemment pu être porté aux centres nerveux que par suite de son absorption par les lymphatiques restés seuls libres dans le mésentère.
La même expérience a été faite sur le cheval, avec 50 grammes d'extrait alcoolique de noix vomique étendus dans 200 grammes d'eau. Au bout d'une heure et quart il s'est manifesté des symptômes d'intoxication, c'est-à-dire du tétanos et des coBvulsions, et l'animal a expiré une heure quarante-cinq minutes après l'injection. Tiedemann et Gmelin ont vu le sulfate de fer et le sulfate de |)otasse passer dans le canal thoracique du cheval, le cyanure et le sulfo-cyanure de cuivre dans celui du chien, l^estrumb le sulfate de |)otassc, Mac-Neven le cyanure de fer et de potassium. £nûn, Lawrence, Coates, les médecins de Philadelphie ont vu le cyanure de fer et de potassium passer dans le canal thoracique, comme dans les veines et
1^1 DR l/ABbORPTiON.
méiiie ils roui li*ou\c plusieurs fois dans le canal sans qu'il fùl bieu sensible dans les veines. >Vestrumb a vu le chlorhydrate de potasse d*un bain passer dans les Teines, le canal thoracique et plusieurs des ganglions lymphatiques d*un chien. MiJllcr a retrouvé du cyanure potassique dans la lymphe sous-cutanée d'une grenouille , dont les pattes de derrière avaient été maintenues pendant deux heures dans une dissolution de ce sel.
Quelques-uns des derniers faits que Ton a donnés comme des preuves de l'absorption par les vaisseaux lymphatiques ne sont pas rigoureusement concluants, en raison, d'une part, de la possibilité du reflux du sang dans le canal thoracique, et, d'autre part, de la promptitude avec laquelle le sang dissémine dans l'économie les substances que les veines ont absorbées en même temps que les vaisseaux lyropha* tiques. En effet, le sang, qui reflue très facilement dans le canal thoracique, surtout chez le cheval et les autres solipèdes, soit pendant la vie, soit lors des dernières convulsions des animaux et après la mort, peut y amener les substances absorbées par les veines. C'est probablement ce qui a dû arriver plusieurs fois, notamment lorsqu'on retrouvait au bout de deux à trois minutes vers l'insertion du canal les substances mises en contact avec les surfaces absorbantes. La lenteur avec laquelle les lymphatiques absorbent et charrient les produits dont ils se sont chargés , les proportions minimes de substances étrangères qu'ils absorbent» n'expliquent point parfaitement l'arrivée si prompte de ces substances dans le canal thoracique. D'un autre côté, ainsi que le fait très judicieusement observer M. Bérard , la rapidité de la circulation est telle que les substances étrangères , une fois engagées dans les veines, arrivent au cœur et sont distribuées à toute l'économie en moins d'une minute. Alors elles peuvent passer dans les lymphatiques avec les autres matériaai de la lymphe et faire croire ainsi à une absorption qui serait opérée primitivement par ces derniers vaisseaux.
L'action absorbante des vaisseaux lymphatiques est encore démontrée par une autre série de faits dont la valeur est incontestable.
Ce sont ces vaisseaux qui dans l'intestin se chargent si évidemment d'une partie des principes assimilables des aliments et spécialement des matières grasses. On les voit se gonfler |)eudant la digestion intestinale et charrier, comme nous le dOmon* trerons plus tard, des quantités énormes de chyle et, lorsque la fonction se suspend, ils reviennent sur eux-mêmes, restent h peu pK'S vides et tellement petits (|u1b sont à peine visibles. Les pro|)ortions de fluide qu'ils transportent varient suivant les périodes et l'activité de la digestion ; ses caractères physiques et sa composition se modifient suivant la nature des aliments. Chez le chien, où ils sont habituelle* ment pleins d'un fluide blanc et coagulable , sous l'influence d'une alimentation animale, ils se gorgent, comme l'a vu Ernest Burdach , d'un liquide aqueux et i |)eine coagulable, d'une teinte très légèrement opaline lorsqu'on a ingéré dans Ves^ tomac de cet animal nne certaine quantité d'eau avec les aliments. Ces mêmes vaisseaux qui, chez les herbivores à la mamelle , pompent un chyle lactescent comme celui des carnassiers, ne se chargent plus que d'un chyle légèrement trouble et opalin dès que ces animaux vivent de substances végétales pauvres en maiiêirs grasses. Ils ne prennent dans l'intestin des ruminants dont les fonctions intestinales sont languissantes , qu'un fluide séreux, peu coagulable si les aliments sont très
ABSORPTION LYMPUATIQUK. iS
layés. Eufiu, ils irabsorbeiit qu*uii cbylc limpide incoagulablc, à peu près comricuieiit prifé de fibrine et d*albumine , comme je Tai observé chez la vache, -sqoe rintestia sans aliments est rempli par les boissons. Alors évidemment les mphatiques au lieu de se charger d'une émulsion de matières grasses et d*unc lotkNi fibrino-albumincuse , n'absorbent pour ainsi dire que de Teau entraînant ecelJe les sels qu'elle a pu dissoudre.
iu sein des organes, dans la trame des tissus, l'action absorbante des lympbati* les n*est pas moins évidente que dans l'intestin. I^à ces vaisseaux sont presque à IX seuls diargés de la résorption de matériaux qui se trouvent en dehors des ca- Uaires. N'ayant aucune communication avec ceux-ci, ils ne peuvent en recevoir rectement la lymphe ; ils en puisent les éléments dans la matière organisée qui m, plus comprise dans le torrent de la circulation ; ils les élaborent, semblent les ètamorphoser pour en former un fluide toujours identique avec lui-même, qu'ils sonent dérerser ensuite dans la masse du sang. C'est là ce qui constitue leur te capital dont l'étude sera faite lorsque nous traiterons des phénomènes inmode la nutrition.
Tout en se cliargcant d'absorber les matières organiques destinées à la formation e la iympbe, les vaisseaux lymphatiques puisent encore des substances qui se oinreot accidentellement déposées, soit à la surface des membranes, soit dans ^îssear des tissus.
Od les Toit se gorger de liquide et se dessiner sous la peau immédiatement apri's mort, sur les chevaux dont les extrémités sont infiltrées; ils se trouvent pleins !une lymphe claire et légèrement citrine à la région sous-lombaire, à l'entrée du lasiiu, sur les cadavres d'animaux chez lesquels il y a beaucoup de sérosité dans e péritoiue. Il en est de même pour ceux du diaphragme , du médiastin et de entrée du thorax dans le cas d'épancbements pleurétiques , pour ceux de l'ars bos les engorgements du poitrail et en général pour tous ceux qui avoisinent les arties qui sont le siège d'infiltrations oedémateuses. La dilatation et la plénitude le ces vaisseaux deviennent très sensibles immédiatement ou même quelques lieues après la mort , car ils continuent encore à absorber et à faire progresser la kuiplie. I^ur réplélion est quelquefois manifeste sur l'animal \ivant, comme on le oit pour les lymphatiques du cordon testiculaire , en pratiquant la castration, )rsqu*il existe un sarcocèle énorme ou une liydropisic de la gaînc vaginale.
Ces vaisseaux paraissent se charger dans quelques circonstances des matières oiorantes de la bile ; du moins on a vu ceux du foie pleins d'une lymphe jaunûtre, Brdesanimauxdont le canal cholédoque avait été lié. Probablement ce sont eux ^ cooduisent aux ganglions bronchiques ce pigment noir qui y existe chez le beval comme chez l'homme et plusieurs animaux. Ils s'imtent et deviennent Moureux k partir d'une plaie où des virus, des matières septiques ont été dé- [iQiéi. Les ganglions auxquels ils se rendent s'engorgent dans ces circonstances et 'abcèdent quelquefois. Les engorgements de cette nature sont fort communs chez essolipèdes aux ganglions intra-maxillaires, dans l'angine, la gourmé, la morve. Ni a observé quelquefois du pus dans l'intérieur de ces vaisseaux, au voisinage de anieurs eu suppuration, de vastes abcès, de cancers, etc. Mais on ne sait si ce fodoil morbide avait été absorbé par les vaisseaux ou sécrété par leurs parois en-
16 DB l'absorption.
flammées. J*en ai vu le grand vaisseau lymphatique droildu cheval rempli sur un
sujel dont j'étudiais le canal thoracique cl les gauglions axillaires.
Ainsi les lymphatiques absorbent , mais ils sont principalement chargés de ce qu'on appelle les absorptions nutritives. Ils s'emparent des substances qui» momentanément fixées dans les tissus et mises en dehors de la circulation, doivent rentrer dans la masse générale du fluide nutritif. Ils se chargent aussi des matières préparées à l'assimilation dans les voies digestives. Au delà de ces limites leur rôle devient très borné. Ils n'absorbent qu'avec lenteur les matières étrangères et ne les admettent qu'en très petite quantité. Encore ne les admettent-ils pas toutes indistinctement. Comme s'ils exerçaient à leur égard une sorte de sélection, ils se chargent de l'eau, d'une petite quantité de sels , et semblent ne pouvoir saisir la plupart des substances minérales, les matières colorantes végétales et les principes volatib ou aromatiques. Ces vaisseaux possèdent, suivant la très judicieuse remarque de Mûller, une sensibilité spéciale pour les matières étrangères. « La résorption de celles-ci les rend douloureux, quelquefois même les enflamme et les tuméfie, et alors ils se prononcent au travers de la peau sous la forme de stries rouges. Dans les mêmes circonstances les ganglions lymphatiques situés au voisinage du lieu où s'effectue la résorption, acquièrent plus de volume et deviennent douloureux ans». En général, le gonflement disparaît quand il n'y a plus de nouvelle matière absorbée ; mais parfois les ganglions sont pris d'inflammation et suppurent. C'est ainsi que les ganglions du voisinage se tuméfient après l'insertion d'un poison animal sous l'épiderme , après l'application d'un vésicatoire , après la morsure des serpents, après les frictions avec la pommade stibiée, après des frictions mercuricllcs autour d'un furoncle ou d'une |)ariie enflammée. Les ganglions du mésentère paraissent être avec l'intestin dans le même rapport que les ganglions superficiels avec la |)eau, car ils s'enflamment dans l'inflammation et la suppuration de Tintestin. »
Le système lymphatique, dont l'absorption paraît si faible et si lente, fait cèpes* dant pénétrer dans le torrent de la circulation une quantité énorme de liquide qui concourt à la reconstitution du sang. Le produit de cette absorption, quels qu'es soient les matériaux, constitue ce qu'on appelle la lymphe.
Ce liquide, dont la composition n'est probablement pas identique dans toutes ks parties du système, peut être obtenu aisément, en plusieurs points, sur les grands animaux et particulièrement sur le cheval et le bœuf, aux vaisseaux lymphatiques accolés à la trachée dans la région cervicale, à ceux des ganglions placés à l'entrée du thorax, de même qu'aux vaisseaux satellites de la veine saphène. Il suffit pour cela de mettre ces vaisseaux à découvert sur une partie de leur trajet, de les inciser et d'y fixer de |)etits tubes par lesquels la lymphe s'échappe parfaitement pure et sans jamais se mêler, soit avec le sang, soit avec la sérosité du tissu cellulaire. A l'aide d'un tube de 2 à 3 millimètres de diamètre adapté aux gros lymphatiques des ganglions situés chez le bœuf en avant de l'appendice trachélien du sternuffi, on en obtient des quantités fort considérables. On peut aussi sur le cadavre, immédiatement ou quelques heures après la mort, en recueillir assez pour l'examiner. Dans tous les cas il faut bien se garder de prendre ce fluide dans le canal thoracique où il est toujours mêlé, chez les herbivores, à une certaine pro|)ortion de chyle
it des aliments dont Tintcstin ne se débarrasse jamais complètement, quelle la durée de l'abstinence.
Bphe est un fluide transparent, d'une légère teinte citrine, dans presque I parties de Téconomie, noUmment à la face interne de la cuisse , au canal
au médiastin, sur le trajet de la trachée. Elle prend assez souvent une I peu rosée aux vaisseaux sous-lombaires, à ceux de l'entrée du thorax, :bez les animaux solipèdes. Cette teinte rougeâtre se prononce davantage phatiques de la rate, comme Hewson , Tiedemann et Gmelin l'avaient larqué ; mais elle ne s'y observe pas constamment , ainsi que MQUer x)ur le bœuf et Seiler pour le cheval La lymphe qui provient des difparties du corps prend , d'après les observations de M. Magendie sur le 'après celles de Tiedemann et Gmelin sur le cheval et la brebis, une cougeâtre, par suite d'une abstinence plus ou moins prolongée, couleur qui ait plus vive au contact de l'air. Mais il m'a semblé que dans ces circon- 1 teinte rougeâtre n'appartenait qu'à la lymphe impure du canal thora-
\ celle de quelques gros vaisseaux voisins des ganglions, ophe a une odeur peu prononcée qui rappelle parfois celle de l'animal dont lent Sa saveur est légèrement salée et sa réaction alcaline. Elle se coagule lent et à un faible degré dans les petits vaisseaux après la mort Elle ne se Ms encore bien dans les grosses branches sous-lombaires, dans celles des gan- I thorax et les gros lymphatiques du cou, même lorsque son cours est ralenti epté ; mais clic commence à se prendre en un caillot peu consistant dans le iraciquc. Extraite de ses vaisseaux, elle se prend en masse, et bientôt se séleax parties : un caillot très léger, qui se rétracte avec lenteur, et un sérum Je n'ai jamais vu qu'elle prît en se coagulant une teinte rosée avec des stries es dans sa masse. Elle reste constamment jaunâtre, citrine, à moins qu*clle uve mêlée à des globules de sang. Sou caillot est léger, spongieux, transorme de filaments de fibrine feutrés dans tous les sens ; il est très friable et,
est brisé, ses fragments nuageux se tiennent en suspension dans le sérum, iphe, examinée au microscope, montre des globules peu nombreux signalés \fson et décrits par divers observateurs. Ces globules sont sphériques et (, insolubles dans l'eau, et susceptibles de se conserver longtemps dans ce ans altération. Ils paraissent , pour la plupart, à peu près semblables aux
non émulsifs du chyle. iMiiller a observé ceux de l'homme et de la greil les a vus sphériques, clairs et plus petits que ceux du sang. Leur étude -c à faire en ce qui concerne la plupart des animaux , et notamment les L'res. Ceux du cheval, du bœuf et de la brebis sont de dimensions inégales. t de beaucoup plus gros que les globules du sang, et c*est la plus grande 1 en est d'autres qui ont à peu près le même diamètre que ceux-ci, et enfin it de plus petits. Ils se montrent pour la plupart sphériques, légèrement , clairs, comme argenlin.s. Ils existent, suivant la remarque de Mûller, dans e qui n'a point encore traversé de ganglions comme dans celle qui y a ar conséquent on ne saurait admettre, avec quelques phy.siologistes, que les
de lymphe se fornuMit dans ces organes.
imposition chimique de la lymphe a été déterminée pour quelques animaux. II. 2