‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 6 sur 152 · CHAPITRE XXXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXL

DB l'aUSORPTION VEIIfEUftB.

ht svttème teineax n'a pas ienlemoit pour ictioti de ramener an cimir le sang qoe les artères ont distriboé I toutes les parties de réconomie, il sert encore ï poiser sur les surfaces dhrerses et dans la (rame des tissus les matériaut qui doimt rentrer en circntation. Son rôle d'absorption n'est pas moins évident et moins ranarquable qoe celui des faisseanx lymphatiques.

L'absorption veineuse, qui l'effectue partout, parallèlement avec i'absorpiion lym*^ phatiqne, s'opère seule chez les animaux invertébrés où les vaisseaux blancs n'exis-* tcDt point, et dans les parties où ceux-ci semblent manquer chez les animaux supérieurs. Elle constitue ainsi une action plus générale que Tabsorptiou lymphatique, et nous verrons, en l'étudiant sous ses divers aspects, qu'elle prend souvent sur Vautre une prééminence marquée par l'activité avec laquelle elle s'empare des maUères étrangères, et la rapidité qu'elle met ï les transporter.

La participation des veines ï l'absorption est établie d'une manière péremptoire par un grand nombre d'expériences.

MM. (Ilagendie et Delille (t) ont mis à découvert une anse intestinale qu*ils ont liée Ik ses deux extrémités. Ils ont appliqué des ligatures sur tous les lymphatiques, et les ont ensuite coupés en travers. EnGn, après avoir également lié et coupé les niSKanx sanguins, ï l'exception d'une artère et d'une veine, ils ont injecté dans Me anse de la noix vomique délayée. Au bout de six minutes les effets de l'agent tstiqoe se sont manifestés avec leur intensité ordinaire. Évidemment, dans cette dreonstance, l'absorption a eu lieu par les veines et par les veines seules, car tons hs lympiiatiqoes étaient liés et coupés; il ne pouvait en subsister aucun, puisque la tunique celluleu.se des deux vaisseaux sanguins laissés intacts avait été enlevée. Les mêmes expérimentateurs ont séparé du tronc le membre postérieur d'un cUefl, au niveau de la cuisse, en laissant intactes l'artère et la veine crurale, dont b tunique celluleuse était enlevée, afin de détruire les lymphatiques qui pouvaient nuaper autour de ces vaisseaux. Deux grains d'un poison très subtil, Tupas ticuté, lurent enfoncés dans la patte. L'empoisonnement fut aussi prompt que si la cuisse n'eût point été séparée du tronc. Pour mieux s'assurer qu'il ne restait plus de lymphatiques autour des vaisseaux conservés, i'artère et la veine furent coupées es UUfers et leurs extrémités réunies par des tuyaux de plume. L'intoxication eut fieu comme dans les circonstances ordinaires. Si l'on comprimait la veine lorsque les premiers effets de l'upas commençaient à se montrer, ils cessaient bientôt, puis ils rtappsralssaientdèsqde les vaisseaux devenaient libres. En répétant cette expérience sinpilfiée sur le cheval, j'ai obtenu les mêmes résultats. La noix vomique injectée dans l'anse intestinale a déterminé les convulsions tétaniques et la mort h peu près asBî vite que dans les condhions ordinaires. M. jlli^endie lie le canal thoracique ï un chien, puis lui fait avaler de la noix

(I) Om». tir., t. 11^ p. 208.

20 DB L*AB50RPTI0N.

vomiquc. A un autre animal de cette espèce, dont le canal était également lié, il injecte la substance Ténéneuse dans le rectum. L'empoisonnement se produit comme lorsque le canal thoracique est libre. Conséquemment le poison a été absorbé par les veines, et il n'a pu parvenir que par elles dans le torrent circulatoire, car dans ces deux cas le conduit de la lymphe et du chyle était unique.

Un résultat semblable au précédent est obtenu lorsque, après la ligature du canal, l*upas est déposé, soit dans la cavité du péritoine, soit dans le tissu cellulaire souscutané des membres postérieurs. Déjà , lorsque le canal thoracique avait été lié, Brodie avait vu le woorora , déposé dans les pattes de derrière, tuer rapidement les petits animaux , Mayer et Westrumb avaient retrouvé dans Turine le cyanure injecté dans l'estomac; enfin, plus anciennement encore, Fontana avait observé que le venin de la vipère cause la mort, bien que le canal ait été coupé en travers avant la morsure.

J'ai lié le canal thoracique à un cheval et compris une anse intestinale entre deux ligatures très serrées, éloignées l'une de l'autre d'environ 1 mètre et demi, puis j'ai lié en masse les lymphatiques de celte anse et injecté dans son intérieur une dissolution de 25 grammes de cyanure de fer et de potassium. Au bout de six minutes, le sérum du sang des veines de l'anse interceptée prenait une teinte bleuâtre par son contact avec le persulfate de fer. Évidemment, dans cette circonstance, le cyanure indiqué par le réactif avait été absorbé par les veines, car si quelques atomes de ce sel avaient été saisis par les chylifères restés libres autour des vaisseaux sanguins, ils n'eussent pu parvenir au centre de la circulation.

J'ai lié une anse intestinale à ses deux extrémités, et coupé en travers les lymphatiques de cette anse, dans laquelle j'ai injecté ensuite 40 grammes d'extrait alcoolique de noix vomique délayée. Le sang de la veine demeurée libre a été recueilli : il avait l'amertume caractéristique de la noix vomique , et les grenouilles qui y furent baignées pendant une demi-heure moururent empoisonnées avec tous les symptômes que détermine la strychnine.

Ces diverses expériences établissent clairement que l'absorption s'opère, et s'opère très vite, par les veines. Il en est d'autres moins concluantes, qui conduisent à la même démonstration.

Mayer ayant injecté du prussiate de potasse dans la trachée, retrouva ce sel dans le sang au bout de deux à cinq minutes. Le prussiate apparut dans le sang avant d'être dans le chyle : sa présence fut constatée dans le cœur gauche avant de l'être dans le cœur droit. Panizza trouva également le sel dans le sang avant de le voir dans le chyle du canal thoracique et dans les lymphatiques du poumon. La promptitude avec laquelle la substance saline a passé dans les voies de la circulation fait supposer que celle-ci y est arrivée par les veines. De plus, la présence du prussiate dans les lymphatiques du poumon , lorsque déjà ce sel s'est montré dans le sang, prouve qu'il a été absorbé par les veines. La question de temps est ici extrêmement importante, car, d'après Mayer, on retrouverait huit minutes après l'injection le cyanure dans l'urine, la sérosité du péritoine, des plèvres, la synovie des articulations, etc.

Ségalas sépare par deux sections une anse intestinale du reste de l'organe : il lie les artères et les veines, en laissant libres les vaisseaux lymphatiques, puis il injecte dans cette anse une dissolution d'extrait alcoolique de noix vomique. 1^ substance

▲fiSOBFriUN VEINKUSK. 21

véuéoeuse y demeure pondant une heure sans déterminer d'empoisonnement. Cet expérimentateur, dans une antre circonstance, bisse une artère libre et une veine : le sang de celle-ci coule à rextérieur. Le poison reste également sans effet. Ou conclut de ce lait que non seulement les veines absorbent , puisque leur ligature empêche l'empoisonnement, mais encore qu'elles absorbent seules, puisque les Ijfmpbatîqoes restés libres n'ont pu se charger de la quantité de noix vomique suf- Bsante pour tuer l'animal. Cette déduction n'est pas, comme on a pu le voir déj^i* très rigooreose, car, d'une part, les vaisseaux sanguins du mésentère sont tellemeol rapprochés» chez le chien, qu'en les liant on lie en môme temps les lymphatiques les plus considérables, et on ne laisse que les plus petits ; d'autre part, il peut arriver qu'une petite quantité de poison soit absorbée, tout en restant insuffi- NiDte pour tuer eu une heure. En attendant plus longtemps, et en opérant sur le cheval , par exemple, où il y a une très grande quantité de lymphatiques dans un seul espace intervasculaire, on arrive à observer des phénomènes d'intoxication qui mettent en évidence l'absorption des lymphatiques. D'ailleurs en expérimenunt, même sur le chien , avec un poison plus actif que la noix vomique, comme l'acide qauhydrique, par exemple, on tue les animaux. Ou moins c'est ce que j*ai eu roccasioo de constater.

Fodera a enfermé dans une anse intestinale, liée à ses deux extrémités, du prussiate de potasse, et il a fait plonger cette anse dans une solution de sulfate de fer. Ea moins d'une demi-heure les veines charriaient un sang bleuâtre, en même temps que les lymphatiques transportaient un fluide coloré. Les dissolutions salines avaient donc passé dans les veines.

On a même constaté ce passage des substances salines dans les veines par un grand nombre d'expériences dues à MAI. Tiedemann et Gmelin, Magendie» Panizza et d'autres. Mais comme dans ces expériences on n'a pas toujours tenu compte du temps qui s'est écoulé entre le moment où le sel a été mis en contact avec la surface absorbante et celui où il a été retrouvé, on est en droit d'objecter que la substance pouvait être absorbée par les lymphatiques, qui l'auraient ensuite apportée dans le lang. Le résultat est ici entouré de trop de causes de complications, pour qu'on poisse considérer l'expérience comme rigoureuse.

Les matières colorantes, qui paraissent ne point passer dans les lymphatiques, sont probablement absorbées par les veines, puisqu'on les retrouve dans les produits de sécrétion ou dans les tissus. Ainsi l'indigo, administré par les voies digestivet» finit par donner une teinte bleue au lait et à l'urine ; la garance rougit les os et d'antres tissus. Mais de ce que ces substances ne sont point vues dans le chyle 00 dans la lymphe, il ne faut pas conclure que les veines seules les ont absorbées. Il peut très bien se faire qu'elles soient prises aussi par les vaisseaux blancs en proportions trop minimes pour y être facilement reconnaissaUes.

Les matières odorantes passent très vite dans les veines, sans qu'on puisse le plus foovent les reconnaître dans le chyle. Divers observateurs ont reconnu au sang l'odeur du musc, du camphre, de Tassa fœtida, de l'alcool, lorsque ces substances naient été ingérées dans l'estomac et l'intestin. On s'assure de ce fait de la manière la plus évidente en injecunt, dans une anse intestinale fermée, de l'acide cyanhydrique , après avoir adapté à une veine de cette- anse un long tube de

32 DB l'absorption.

caoutchouc, qui sort de l'abdomen et conduit le sang à Textérieur. Alors ou reconnaît à ce sang, et pendant longtemps , une très forte odeur d'amandes amcres. Cette odeur est encore très sensible lorsque l'acide est disséminé dans toule la masse du sang, car elle est déjà très prononcée dans celui de la jugulaire deux à trois minutes après qu'on a injecté l'acide dans l'intestin du cheval. Flandrin , qui a tant contribué à rendre aux veines le rôle qui leur appartient dans l'afaiorp» tion, trouvait au sang de l'intestin grêle une odeur légèrement herbacée; à celui du CŒCum, un goût piquant, une odeur urineuse faible , enfin au sang des veines do côlon, ces derniers caractères au plus haut degré. Il était parvenu à distinguer parfaitement ces diverses espèces de sang qu'on recueillait dans des vases séparés. En examinant attentivement le contenu des veines intestinales, on croit reconnaître que le sang de l'intestin grêle n'a ni la même odeur, ni la même saveur que celui du cŒcum et du côlon, et l'on s'explique celte différence en se rappelant que les principes aromatiques, certaines substances sapides, sont absorbés par les veines, et que les sucs versés dans le tube digestif sont eux-mêmes résorbés en plus ou moins grande partie. Biais il faut noter aussi qu'aussitôt après la mort les gaz intestinaux et les liquides transsudent k travers les membranes, et viennent imprégner le sang accumulé dans les veines. Enfin ces gaz et ces liquides peuvent encore se mêler an sang lorsque celui-ci, au moment où on le recueille, coule à la surface des viscères.

La prince du sucre dans le sang de la veine porte, observée par Tiedeœann et Ginelin sur des animaux nourris de principes sucrés ou féculents, et par d'autres expérimentateurs, en différentes circonstances, est aussi une preuve de l'absorption veineuse.

Enfin il est encore une foule d'arguments que les physiologistes invoquent pour démontrer la part que les veines prennent à l'absorption ; mais ces derniers sont pour la plupart équivoques ou sans valeur réelle.

Ainsi la présence du chyle dans le sang, sons l'aspect de stries blanchâtres, que Swammerdam, Glisson, Tiedemann , Gmelin et d'autres ont cru reconnaître, n'est qu'une illusion. 11 n'y a pas de stries blanches dans le sang de la veine porte, et les globules blancs, qui s'y trouvent avec les globules sanguins, ne diffèrent pas des autres globules blancs que contient le sang artériel, de même que le sang veineux de tout le reste du corps.

L'augmentation de la partie aqueuse du sang, après quelques heures, chez les animaux qui ont bu beaucoup, ne prouve nullement que les veines aient absorbé l'eau ingérée dans les voies digestives. Cette absorption s'est opérée k la fois.par les veines et les lymphatiques.

14 présence dans le foie d'une forte proportion des substances minérales ou des poisons administrés par les voies digestives n'implique nullement que ces matières aient été absorbées par les veines et portées par elles dans la glande. Les poisons se trouvent là en très grande quantité, comme ils se trouvent dans tous les organes très \asculaires; et ils s*y accumulent en grande masse, parce que le foie, de même que les reins , se charge de leur élimination. Lorsque le cyanure de fer et de potassium, par exemple, est ingéré en très petite quantité dans l'intestin, il se retrouve bientôt dans la bile et le mucus des canaux excréteurs du foie, dans l'urine des reins et de la vessie.

ABSOHPTION SUPKaFlCIELLK. il

L'cxigoité, l'étroileiise du canal tboracique, que tant d'auteurs, depuis Haller, regardent comme un argumeni en faveur de l'absorption par les veines , ne prouve absolument rien. Le canal thoraciquc , si petit qu*il soit , peut , s'il est simple, donner passage chez le bœuf, en une période de vingt-quatre beures, à une centaine de litres de liquide, c'est-à-dire è une masse de cbyle et de lympbe, qui représente quatre à cinq fois celle du sang. L'illustre physiologiste du dernier siècle se fût aïoins inquiété de rechercher une autre voie pour le passage des boissons , s'il eût connu l'énorme quantité de liquide qui traverse en un jour la veine blanche du thorax .

La prétendue incoagulabilité du sang de la veine porte, l'excédant de diamètre des veines, comparées aux autres, l'absence des lymphatiques chez les invertébrés, l'induration si fréquente des ganglions mésentériques, sont des arguments qui ne prouTent rien en faveur de l'absorption exercée par les veines.

Ainsi les veines absorbent ; elles absorbent avec énergie, avec rapidité ; ce sont elles qui portent dans la masse du sang ces poisons qui tuent presque aussitôt après kur application aux surfaces perméables. Dès qu'on les lie, on suspend les phénomènes de l'empoisonnement Leur absorption a lieu partout, dans l'intestin comme dans tout le reste du corps, bien qu'aux voies digestives un système chyli- (ère très développé jouisse d'une activité que ne possèdent pas au même degré les autres vaisseaux lymphatiques.

Les Teines prennent part aux absorptions intestinales et nutritives comme les ymphatiqaes, quoique dans des limites moins étendues et moins bien déterminées. Elles paraissent servir seules à la résorption des produits épanchés dans la substance cérébrale et dans l'œil; elles concourent à la résorption du cal, à celle des tumeurs osseuses, des tumeurs molles dans lesquelles on voit peu de vaisseaux lymphatiques. Mais on conçoit que dans ces circonstances, les matières résorbées étant difficiles à reconnaître dans le sang , leur présence ne peut plus servir à oiettro eo évidence la participation des veines.

Page 1