DES MOUVEMENTS SUR PLACE
Les ruminants se relèvent suivant un mode tout opposé au précédent. L'animal, penché sur un côté, débute par un effort qui déjette le corps vers le côté opposé pour le ramener dans une situation aussi peu inclinée que possible; puis les membres postérieurs, par une détente, soulèvent le train de derrière et le corps sur les extrémités antérieures agenouillées, et alors celles-ci se redressent l'une après l'autre. Il y a donc dans cetacte, chezles ruminants, deux temps bien distincts, indépendamment de celui de préparation : l'un pendant lequel le train postérieur se relève, les genoux reposant sur le sol; l'autre pendant lequel les deux membres antérieurs se redressent à leur tour et successivement; c'est, comme on le voit, précisément l'inverse de ce qui s'observe chez les solipèdes.
Le mécanisme du décubitus est nécessairement très simple dans la plupart des circonstances. Néanmoins cette attitude , bien qu'elle soit destinée au repos et au sommeil, n'est pas toujours entièrement passive : les modes que nous avons appelés sternal, sterno-costal, exigent, de même que la station, des efforts musculaires pour soutenir la tête, élever l'encolure et la maintenir tordue, et d'autres efforts pour empêcher que le corps déjà penché ne tombe entièrement sur un côté. Les principaux sont ceux des muscles destinés à relever l'encolure et à soutenir la tète, mais ils sont puissamment aidés, chez les solipèdes et les ruminants, par l'action du ligament cervical. Les extenseurs , du côté opposé à celui sur lequel le corps est penché, étant obligés à incliner le cou, sont évidemment plus fatigués que leurs congénères du côté opposé, surtout lorsque, par moments, la tète vient s'appuyer sur le flanc ou le jarret de l'animal.
Dans le décubitus latéral, il n'y a pas, pour ainsi dire, d'efforts à faire, toutes les parties sont abandonnées à leur propre pesanteur et reposent sur le sol.
La durée du décubitus et les divers caractères de celte attitude ont une signification physiologique ou pathologique qui mérite une certaine attention. L'habitude que les animaux contractent de se coucher d'un côté plutôt que d'un autre ne paraît pas avoir l'influence qu'on lui attribue chez l'homme : les carnassiers, les solipèdes, se couchent indifféremment à droite ou à gauche ; les ruminants eux-mêmes n'ont rien de particulier à cet égard. C'est bien à tort queBuffon a prétendu que le bœuf se couche ordinairement sur le côtégauche, et que le rein de ce côté est plus lourd et plus chargé de graisse que l'autre; cet animal, comme tous ceux de son ordre, le dromadaire et le chameau exceptés, s'appuie tantôt sur le côté droit, tantôt sur le gauche. Il est facile de voir dans une prairie ou dans une étable qu'une partie des animaux se regardent, tandis qu'une autre partie se tournent le dos, et que le même individu ne se couche point constamment du même côté, à moins que l'étroitesse de sa stalle, la gène qu'il éprouve, ne le réduisent à celle nécessité.