IV. DU GALOP
On appelle ainsi l'allure la plus rapide des solipèdes, celle dans laquelle le jeu de ' extrémités est le plus difficile à saisir. Elle présente plusieurs variétés qui peuvem se rapporter à deux principales, caractérisées par le nombre de battues distincte
que les pieds font entendre dans un pas complet : In première est le galopa troii temps, comprenant le galop de chasse et le galop de course; la seconde est le galo/ à quatre temps, ou le galop de manège.
Galop :\ trois teiups. — Cclui-ci n'est autrc chose que le galoj) ordinaire, tan qu'il conserve une vitesse moyenne, cl le galop forcé ou de course, lorsqu'il arriv'
DU GALOP. ggj
à un degré extrême de rapidité, et paraît constitué par une série de sauts d'une grande étendue. La première de ses modifications est celle qu'il faut étudier tout d'abord pour bien apprécier l'ordre suivant lequel les membres se succèdeut dans les autres variétés de l'allure.
Le pas complet du galop ordinaire QSi marqué par trois battues : la |)remière est celle d'un pied postérieur ; la seconde, celle d'un pied antérieur et d'un pied postérieur formant un bipède diagonal ; la troisième, celle d'un pied antérieur suivie ; d'un temps très court pendant lequel le corps est complètement en l'air. Aiusi, en ■ supposant que leclieval galope à droite, c'est-à-dire que chaque membre droit soit constamment plus avancéque son correspondant du bipède latéral gauche ; le corps, à partir du moment où il est sans appui, tombera : \° sur le membre postérieur gnuche ; 2° sur le membre postérieur droit et l'antérieur gauche ; 3° sur l'anlérieur droit, après quoi il se retrouvera en l'air, puis retombera sur les extrémités dans le même ordre qu'auparavant.
Le jeu des extrémités a lieu alors de telle sorte que, sitôt après son appui, chaque pied se relève et se retrouve en l'air avant que ceux qui doivent appuyer ensuite ; aient effectué leur battue ; d'où il résulte que l'une quelconque des extrémités est 1 un temps à l'appui et trois temps en l'air, pendant la durée d'un pas complet. Ce jjeu des membres n'a pas, dans le galop, cette syméirique régularité qui caractérise I les autres allures, et il diffère suivant que le cheval galope à droite ou à gauche. Lorsqu'il galope à droite, la foulée de chaque pied du bipède latéral droit dépasse ' celle de chaque pied correspondant du bipède latéral gauche ; de plus, le membre antérieur gauche et le postérieur droit, venant toujours ensemble à l'appui, se fatiguent moins que l'antérieur droit et le postérieur gauche qui y arrivent isolément. Lorsqu'il galope à gauche, c'est précisément l'inverse qui s'observe : les pistes gauches se trouvent en avant des droites, les deux pieds du bipède diagoual droit ont une battue commune, et les deux autres pieds des battues isolées. 11 est des chevaux qui galopent tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre; le plus habituellement, ils le font toujours dans le même sens ; mais s'ils décrivent un cercle, ils galopent à droite en tournant à droite, ou, si l'on veut, ils entament du côté du centre du cercle dans lequel ils se meuvent. Le contraire n'arrive que par exception.
Les empreintes que le pied laisse sur le sol dans le galop ordinaire, se trouvent réparties assez régulièrement sur une ligne presque droite. Si l'animal galope à droite, on les trouve disposées dans l'ordre suivant : 1° celle du pied postérieur gauche, 2° du pied postérieur droit, 3° de l'antérieur gauche, h" de l'antérieur droit. S'il galope à gauche, elles se succèdent autrement : on a d'abord celle du pied postérieur droit, puis celle du postérieur gauche, de l'antérieur droit et de l'antérieur gauche. Dans tous les cas, il est à noter que l'empreinte du pied antérieur qui tombe isolément n'est pas séparée de celle du pied postérieur qui tombe seul par uu espace plus considérable que chacun des auties, bien que cet espace corresponde au temps pendant lequel le corps est complètement en l'air.
Les déplacements du centre de gravité qui s'opèrent dans le galop sont assez coiriplexes suivant le sens horizontal ; ils peuvent être représentés par une ligne qui se porte d'un pied postérieur au îiers antérieur de celle qui joint les deux exiré-
milés d'un bipède diagonal, et de Ih au second pied qui effectue une battue isolée. Les déplacements verticaux, plus simples, se réduisent à une série de courbes paraboliques.
Dmsle galop de course, ou le galop forcé, la succession des extrémités ne diffère point, comme l'ont bien fait remarquer MIM. Richard et Lecoq, de celle qui caractérise le galop ordinaire. C'est par erreur que la plupart des auteurs (1) disent plus ou moins explicitement que cette variété de galop se fait en deux temps marqués par (itîux battues, l'une pour les pieds de devant, l'autre pour les pieds de derrière, et qu'elle se réduit;, par consétpicnl, à une série de sauts plus ou moins étendus. Une étude un peu attentive du galop de course semble indiquer qu'il ne consiste pas en une suite de sauts et qu'il s'effectue, de même que le galop ordinaire, on trois temps et trois battues ; car, d'une part, les deux membres du bipède antérieur et du bipède postérieur ne sont jamais sur la même ligue, l'un étant toujours beaucoup plus avancé que l'autre, et, d'autre pai t, les foulées ou les pistes sont absolument disposées comme dans le dernier, c'est-à-dire à peu près uniformément espacées sur une ligne légèrement sinueuse.
Les oscillations des extrémités offrentdans le galop quelques particularités qui les distinguent de celles des autres allures. Déjà, dans le pas, les oscillations des membres levés sont un peu plus longues que celles des membres à l'appui. Ici, les premières ont une durée qui est peut-être trois fois égale à celle des secondes. Aussi l'espace que parcourt chaque pied du cheval qui galope est-il de beaucoup plus considérable que celui mesuré par chaque pied du cheval qui va au pas, à l'amble ou au trot ; son étendue, qui est de quatre, cinq et même six mètres, suivant la vitesse de l'allure, s'explique par ce fait remarquable, que la piste abandonnée par un pied est séparée de celle oîi il vient retomber par les pistes des autres pieds. On s'assureque les choses se passent bien ainsi en expérimentant, comme il a été dit précédemment, avec un cheval dont les pieds portent chacun un fer de forme particulière facile à reconnaître sur le terrain. Par des essais de ce genre, que j'ai entrepris de concert avec M. Bouley, nous avons rassemblé les éléments du tableau suivant :
(1) Bourgelal , Traité de la conforinalion extérieure du cheval, 8' édit., p. 222. — Lafosse, Cours d'hippialrique, p. 191 . — Barihez, Nouvelle mécanique, etc., p. 1 10 et suiv. — Cuvier, Anatornie comparée, 2" édit., t. Il , p. 134. — Girard, Traité d'anatomie vétérinaire, t. I, 4' édll. — MUller, Manuel de physiologie, 2' édit., t. 11, p. 123. — Pugès, Traité de physiologie, t. H, p. 171.