‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 4)Chapitre 18 sur 79 · CINQUIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PÉRIODE

Lorsque l'Écrevisse perce les enveloppes de l'œuf et s'en dégage, elle a le dos fortement bombé, à cause du reste de jaune qu’elle emporte avec elle, et dont elle peut vivre encore pendant quelque temps. Les tégumens extérieurs sont mous sur toute la surface du corps, etils ne s’endurcissent que long-temps après, ce qui autorise à penser que l'animal ne puise point encore de nourriture dans le monde extérieur. L'estomac est encore fortement aplati sur les côtés, et l’on w’aperçoit aucun vestige de son appareil osseux. Il n’y a non plus aucune trace d'organes génitaux. Peu à peu, à mesure que les tégumens extérieurs s’épaississent et s'endurcissent, il se joint aux petites taches rouges d’autres taches bleues très-nombreuses, qui donnent à la jeune Écrevisse une apparence bariolée assez agréable. Le jaune et son sac disparaissent complétement, le dos perd sa voussure, et il devient relativement plus étroit à la tête et à la poitrine. La même cause fait que l'estomac acquiert plus d'espace pour se développer. Les glandes salivaires prennent la forme de disques, et se colorent d'outre en outre en vert. Les quatre paires antérieures de ganglions de la moelle ventrale se con-

DÉVELOPPEMENT DES CRUSTACÉS. 119 fondent en une seule masse ; Ia même chose arrive aussi aux cinquième et sixième, c'est-à-dire à celles qui appartiennent aux deux paires postérieures de pieds-mâchoires ; les autres, au contraire, vont toujours en s’écartant davantage les uns des autres. Parmi les organes génitaux, l'ovaire et les testicules sont les premiers à paraître. Chacun de ces organes se forme , peu de temps après l’éclosion, au devant du foie, et au dessus de la partie postérieure du sac vitellin, DrotabIe ment aux dépens de ce dernier, par un dépôt de substance plastique à sa surface, et apparaît d’abord sous la forme d'une petite lame mince, qui adhère intimement au sac vitellin. Mais quand le jaune et son sac disparaissent, chacun de ces deux organes repose sur l'intestin. Les deux oviductes noussent des bords latéraux de l'ovaire, prennent la forme de courts et grèles filamens, dirigent de haut en bas leurs extrémités libres , qui embrassent l'intestin, entrent ainsi en contact avec les articles coxaux de l'une des paires de pattes, auxquels ils se soudent ensuite, et qu'enfin, mais assez tard, ces articles traversent pour s'ouvrir à l'extérieur. Les organes sénitaux dont je viens de parler se développent donc de dedans en dehors. Plus tard encore que l’époque où l’on découvre les orifices des conduits séminaux, les deux verges commencent à pousser : il m'a été impossible d’en apercevoir aucun vestige chez des Écrevisses même qui avaient déjà quinze à seize lignes de long.

IT. Le développement du Palémon, du Cranson, de l'Eri- }

phèa spinifrons,et par conséquent des Crabes eux-mêmes, ne dire pas essentiellement de celui des Ecrevisses de rivière. La plus grande différence consiste en ce que, chez tous ces animaux, les yeux ont une grosseur énorme pendant la dernière moitié de la vie embryonnaire, quoique plus tard'ils ne présentent rien de particulier sous le rapport dubvolume. Au contraire, la queue (abdomen) des embryons avancés en âge, même chez les Crabes , est aussi gréleret: aussi longue que celle de l’Ecrevisse au moment de léclosion; elle-est même pourvue d’un éventail.

Le cristallin de l'œil des Décapodes, si j’en juge d’après une observation faite sur le Palémon, se forme avant le

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corps vitré pyramidal et entouré de pigment, et le globe oculaire de ces animaux a d’abord beaucoup d’analogie avec un œil agrégé d’Isopode. Le Palémon commence aussi par présenter, entre la lèvre supérieure et la base de la queue, autant de paires de ganglions qu'il se produit là de paires de membranes et d’anneaux ; mais plus tard ces ganglions se confondent en partie en une grosse masse simple. En général, nous sommes fondés aujourd’hui à établir, comme proposition trèsz vraisemblable , que tous les Décapodes ont primordialement autant de paires de ganglions à leur moelle ventrale qu’on compte d’anneaux au corps, que tous ces ganglions se ressemblent alors beaucoup sous le point de vue de la configuration et du volume, et qu'en conséquence, à une certaine époque de la vie embryonnaire , la chaîne entière de la moelle ventrale est extrêmement simple chez tous les Crustacés.

Les antennes, les organes manducateurs, les pattes et probablement aussi les branchies, sont déjà en nombre complet chez les Décapodes, quand ils éclosent. Les organes visibles à l'extérieur ne subissent non plus, après l’éclosion, aucun changement essentiel dans leur composition, leur situation et leur fonction , si ce n’est toutefois que le rudiment de l'éventail disparaît chez les Crabes. Les changemens qui surviennent chez le jeune animal portent presque exclusivement sur les proportions seules. Il n’est donc pas vrai que, comme l’a prétendu Thompson, les Décapodes sortent de l'œuf dans un état fort imparfait, et les changemens qui se passent encore pendant l'accroissement, ne méritent point le nom de métamorphose (1).

B. Amphipodes.

$ 384. Les remarques suivantes portent principalement sur les espèces des genres Gammarus, Amphithoe, et autres voisins.

Tandis que la membrane proligère croît autour du jaune, : et qu’elle s'applique immédiatement à sa surface, en l’enve-

(4) Thompson a publié des détails sur le développement d’une Mysis, mais son travail n’est point venu à Ma connaissance.

loppant de toutes parts, il se forme de très-bonne heure un pli, qui pénètre à une grande profondeur dans le jaune, et qui le partage incomplétement en deux moitiés, dont le volume n’est pas tout-à-fait égal. Pendant que ce changement s'accomplit, la membrane elle-même, qui représentait d'abord une vésicule arrondie, prend la forme d’un utricule allongé et recourbé sur lui-même. L'un des bouts de cet utricule devient l'extrémité céphalique, l’autre l'extrémité caudale, et le pli dont je viens de parler le côté ventral tout entier du nouvel être ; car, sur les deux côtés, tournés l’un vers l’autre, de l’utricule, naissent par paires, à la suite les. uns des autres, et sous la forme d’excroissances, tous les membres , depuis la paire la plus antérieure d’antennes jusqu'à la paire la plus postérieure de filets abdominaux. La portion du feuillet séreux qui contribue à produire le pli, s'épaissit beaucoup plus que le reste ; mais le feuillet séreux tout entier se couvre d’une multitude d’échancrures complétement annulaires , qui le partagent en un grand nombre de ceintures placées à la suite les unes des autres. Au moment où le jeune animal éclot, il présente déjà autant de ces ceintures ou anneaux qu’on en remarque chez l'adulte; leurs dimensions respectives ressemblent ésalement beaucoup à ce qu’elles sont chez les individus âgés, car l’utricule du feuillet séreux modifie les siennes, et surtout s'amincit et s’allonge, à mesure que le jaune diminue. La larve possède aussi, au moment de l’éclosion, un nombre de membres ( antennes, organes manducateurs, pattes, fausses pattes et filets abdominaux) ésal à celui qu’on trouve chez l'adulte, et sous le rapport tant du lieu d’insertion que de la forme et des dimensions respectives, on reconnait sans peine quel rôle ces membres doivent jouer, quoique leurs formes et leurs dimensions soient destinées à subir encore quelques modifications par la suite : ainsi par exemple les organes manducateurs sont proportionnellement bien plus volumineux chez la larve que chez les animaux adultes.

À mesure que le jaune diminue, le corps de l'embryon s'efflanque, d’abord dans sa moitié postérieure, puis dans l'antérieure. L'extrémité caudale s’eflile aussi de très-bonne

heure. La tête et l'abdomen ( queue) s’allongent plus rapidement que la poitrine, de sorte que celle-ci paraît toujours plus grosse, proportion gardée, chez l'embryon que chez l'aimal complétement développé.

Je ne puis point affirmer que la larve possède déjà des vésicules branchiales ; le fait est vraisemblable cependant. Mais la paroi de son corps est indubitablement pourvue, des deux côtés du corps, du nombre complet de saillies tubulaires ou pliciformes , inclinées vers le bas, qui couvrent en partie les membres à l'extérieur. Les yeux se développent aussi avant son éclosion ; mais leur formation n’est point la même que chez les Décapodes, car ils ne proviennent pas de Îa paroi ventrale, à l'instar des membres ; ils se produisent au dedans des parois latérales, et chacun d’eux est composé , dès l’origine, de plusieurs granulations distinctes, ou de plusieurs yeux simples, étalés en une couche, qui laissent entre eux une certaine distance , et ne s’accolent d'une manière intime les uns aux autres que par les progrès de leur grossissement. Le feuillet isterne ou muqueux de la membrane proligère représente d’abord un utricule ayant la même forme que celui du feuillet séreux , et il remplit entièrement ce dernier. Mais l’utricule entier du feuillet muqueux se transforme peu à peu en un canal intestinal assez simple, métamorphose tenant en grande partie à ce qu'à mesure que le jaune disparaît de son intérieur , il se resserre sur lui-même, et acquiert ainsi des parois plus épaisses. D’après cela, chez les Amphipodes , le canal intestinal lui-même , dès qu'il commence à se montrer tel, est rempli par le jaune. Cependant l'utricule muqueux produit de très-bonne heure, au voisinage de l’extrémité céphalique et de chaque côté, une expansion qui s’étend en‘un long cœcum dirigé d'avant en arrière, s’emplit de jaune au point de devenir rénitente, puis, quand ce jaune vient à être absorbé, se resserre sur elle-même, et finit par constituer un foie simple et en forme de cœcum, ou ce qu'on appelle à tort un corps adipeux. Par conséquent, chez les Amphipodes, les parties qui représentent des appendices du canal intestinal, en ce sens qu’elles sont pleines de jaune, correspondent au sac vitellin des Décapodes , et immédiate-

ment au foie lui-même, au lieu que, chez les Décapodes , le sac vitellin ne se transforme en foie que d’une manière médiate, c’est-à-dire par des expansions spéciales qui n’admettent jamais de jaune dans leur intérieur. La formation de cet orcane est donc beaucoup plus simple chez les Amphipodes que chez les Décapodes.

Pour produire la moelle ventrale, il se forme, dans la poitrie et l'abdomen, autant de paires de ganglions, que ces segmens du Corps ont d'anneaux , et ces ganglions ne se rapprochent point les uns des autres, mais bien au contraire s'écartent davantage par les progrès de l’accroissement de l'animal entier. Il ne peut donc y avoir aucune fusion de paires. |

Les lames de la cavité pectorale ne se forment que longtemps après l’éclosion de l'animal, qni, dans l’œuf, est fortement recourbé sur lui-même du côté ventral. De même, en général, les particularités d'organisation relatives au sexe ne se manifestent que long-temps après la vie embryonnaire chez les Amphipodes, comme probablement aussi chez tous les Crustacés sans exception. Mais, à part ces circonstances , les larves sont déjà parfaitement semblables à leurs parens lorsqu'elles sortent de l'œuf.

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