I. Poissons
Chez ces animaux , le cœur reçoit tout le sang des veines du corps par une oreillette simple; le ventricule chasse le sang veineux dans le tronc artérieux, qui est muni d'un
(4) Windischmann, De penitiori auris structura in amphibiis. Boyn,
bulbe contractile; ce tronc vasculaire se partage tout entier en autant de branchies qu'il y a d’arcs branchiaux de chaque côté , savoir, Quatre chez les Poissons osseux, cinq chez les Raïes et Squales , et sept chez les Cyclostomes. Dans la Lamproie, le tronc artérieux se divise, suivant Rathke, en deux branches principales, qui reçoivent le bronchus entre elles , et se ramifient ensuite dans les branchies. Chez l'Esturgeon , 11 y a quatre branches, et une petite antérieure pour la demi ou fausse branchie située au côté interne de l’opercule. Les artères branchiales pénètrent, chez les Poissons osseux , à l'extrémité inférieure des arcs branchiaux, sur là convéxité desquels elles suivent un sillon, jusqu'à l'extrémité supérieure, en s’amincissant peu à peu. Dans ce trajet, chaque artère branchiale donne autant de branches qu'il y a de feuillets branchiaux ; ces branches se bifurquent deux fois, et énvoient des vaisseaux Capillaires transversaux aux lamelles branchiales, d’où les veines naissent de la même manière, mais en suivant le côté opposé. Les veines dés feuillets branchiaux s’abouchent dans le tronc de la veine branchiale, qui marche plus profondément dans le même sillon de l'arc branchial que l'artère , et commence par être plus grêle à l’extrémité supérieure de cet arc. De cette manière, les veines branchiales parviennent, vers le dos , au dessous du Commencement de la colonne vertébrale , et forment par léur réunion le tronc de l'aorte ; cependant elles donnent encore, avant dé se réunir ainsi, dés artères qui se rendent à là tête, et sont des branches de la première veine branchiale de chaque côté, plus, de chaque côté aussi, une artère pour le cœur et les parties situées au dessous de l'appareil branchial. L’artère de la tête et l'aorte distribuent le sang artériel dans tout le corps, à l'exception des branchies. Le sang veineux revient à l'oreillette dans un sinus veineux. Chez l'Esturgeon partent, des extrémités supérieures et épaisses des veines branchiales, les vaisseaux de la partie supérieure de la tête; mais de plus les extrémités inférieures plus 2rêlés ou les origines des veines branchiales donnent des branches destinées aux parties inférieures de la tête, notamment à l'appareil branchial. Dé même, chez les Cyclostomes , les artères et les veines branchiales se
divisent, aux sacs branchiaux, en un grand nombre de rameaux, qui parcourent les plis de ces sacs, et qui ont entre eux des réseaux capillaires. Dans les Syngnathes, où les lamelles branchiales représentent des espèces de petites plumes, qui partent de chaque côté des arcs branchiaux sous la forme de feuillets, on doit s'attendre à un autre môde de distribution. Les vaisseaux se distribuent d'une manière toute spéciale dans les appendices branchiaux de l'Hétérobranche ; découvert par Geoffroy Saint-Hilaire. Chez ce Poisson, outre les branchies ordinaires, il y a.de chaque côté deux plaques accessoires, qui forment des arbres creux. À la surface extérieure de ces arbres se ramifient les branches des artères branchiales. Les dernières ramifications de celles-ci s'ouvrent dans les branches des arbres mêmes, sur lesquels elles se répandent , et l'injection suinte. à travers leur ouverture au moyen d'une mulutude de villosités. Les troncs des arbres eux-mêmes s'ouvrent dans les racines de l'aorte, là où elles sortent des branchies. Enfin, je dois dire que plusieurs Poissons , comme Jes Raies et les Squales, ont aussi , pendant la vie fœtale, des branchies extérieures filiformes, qui, d’après Rathke, sont des prolongemens filamenteux des lames branchiales internes. IL est curieux que cette disposition se répète chez un Poisson osseux. : or, d'après les observations de Rathke, l'embryon de l'Espadon possède aussi des branchies extérieures filiformes, presque semblables à celles qu’on voit chez les Reptiles nus. Il. Reptiles nus.
1° Immédiatement auprès des Poissons se trouvent les Protéides , qui ont des branchies extérieures. utes Dans le Proteus anguinus, d'après les belles recherches de Rusconi et de Configliachi , le tronc artérieux du ventricule, qui est simple, se partage en deux artères branchiales de chaque côté, dont la seconde envoie une branche à la troisième branchie, Les artères branchiales aboutissent au réseau capillaire des branchies ; les veines branchiales se réunissent, de chaque côté, en un tronc à la face inférieure de la colonne vertébrale, et ces troncs, qui fournissent en devant les artères de la tête, se réunissent en bas pour produire l'aorte, Mais tout le sang ne parvient pas du tronc ar-
térieux dans l'aorte par l'intermédiaire de la circulation branchiale, comme chez les Poissons : les branches de ce tronc qui ont fourni les artères branchiales envoient aussi des rameaux de communication aux racines de l'aorte. Le tronc artérieux est donc déjà ici tronc des artères branchiales et des arcs de l'aorte; en conséquence, il est évidemment la même partie que le tronc artérieux des Poissons , et il a même encore un bulbe très-fort, comme chez ces animaux. L'appareil branchial se compose d'une pièce basilaire , d’un double suspensoire antérieur , et de trois arcs branchiaux de chaque côté. Les artères pulmonaires sont des branches du système artériel, et les veines pulmonaires des branches du système veineux.
Dans la Sirène lacertine, le tronc artérieux, au dire de Cuvier (1), se ramifie en entier dans les branchies, et les veines branchiales forment l'aorte. Les figures de Rusconi (2) représentent aussi les artères pulmonaires comme des branches du tronc artérieux. Il est probable qu'entre ce tronc, ou les artères branchiales, et l'aorte , existent des communications directes, semblables à celles qu’on trouve dans le Protée.
2° Les belles recherches de Rusconi (3) nous apprennent que, chez les larves de Salamandres, la distribution du tronc artérieux dans les branchies, la réunion des veines branchiales en aorte, etlacommunication dés artères branchiales avec les : racines de l'aorte sont les mêmes : seulement il y a de chaque côté trois branches du tronc artérieux. L’artère pulmonaire naît, de chaque côté, de la quatrième branche de communication entre les artères branchiales et les racines de-laorte. Ainsi, de même que chez les Protéides, le sang passe du tronc artérieux en partie dans l'aorte par les arcs aortiques, en partie dans les branchies, et, par les veines branchiales, dans l'aorte. Gette disposition explique comment il se peut qu'à l’époque où les branchies périssent et où l’animal subit sa métamorphose, sa circulation se réduise entièrement aux arcs de communi-
(4) Recherches sur les amphibies douteux , p. 21:
(2) Amours des Salamandres , FL V, fig. 8.
(3) Descrizione anatomica degli organi della circolazsione delle larve delle Salamandre aquatiche. Pavie , 1817.
cation entre les branches du tronc artérieux:et l'aorte. Ces communications deviennent des arcs aortiques, dont la Salamandre adulte présente trois de chaque côté. L’artère pulmonaire est alors, de chaque côté, une branche du tronc artérieux. Celui-ci n’a point encore de bulbe distinct.
3° Chez les Batraciens, la circulation des tétards est absolument la même ; mais ces animaux n’ont de branchies extérieures qu'à l'état de fœtus et pendant les premiers temps * de leur vie comme têtards, et ces branchies elles-mêmes se composent uniquement de lamelles simples, et d'anses simples aussi, de courans, artériels d'un côté, veineux de l’autre, sans ramifications (1). Plus tard, les tétards n’ont que des branchies internes, avec un trou branchial d’un côté , et, après la métamorphose, il ne reste que deux arcs aortiques, un de . chaque côté, qui fournissent les artères pulmonaires et les artères pour les parties supérieures du corps ; les veines pulmonaires sont alors des branches des veines du corps; elles versent leur sang dans les troncs des veines caves. Quant à ce’ qui concerne la métamorphose de l'appareil branchial pendant la transformation , Cuvier (2) a fait voir, sur la Rana paradoxa , qu'il se réduit à ne plus constituer ensuite que l'appareil Dion.
D'après Huschke (3), dans la Grenouille , les” ee arcs branchiaux présentent des artères et des veines branchiales dirigées en sens inverse, comme chez les Poissons, et celles-ci, chemin faisant, donnent et reçoivent les vaisseaux des pinceaux branchiaux. Gé n’est qu'au commencement de chaque arc branchial que Huschke a vu une courte anastomose entre l'artère et la veine. Pendant la métamorphose, le vaisseau branchial artériel du premier arc devient la carotide; les troncs anastomotiques du second arc, dont l'anastomose s’est développée, produisent l'arc aortique de chaque côté; les vaisseaux artériels du troisième et du quatrième arcs se réunissent ensemble suivant Huschke, et forment le tronc qui four-
(4) Muller, De gland. penit. struct., P. X, fig. 7. Cette figure est prise de l'embryon du Crapaud accoucheur.
(2) Recherches sur les ossemens fossiles, t. V, p. 2.
(3) Zeitschrift fuer Physiologie, t, IV, p. 445.
nit l’artère pulmonaire, mais que j'ai vu aussi donner en haut un vaisseau qui va gagner le derrière de la tête. Huschke die que les fibrilles des branchies se resserrent sur un point de l'étendue de la carotide, et que comme le système capillaire branchial reste , il naît de là la glande carotidienne des Grenouilles, consistant en un réseau de vaisseaux afférens et efférens, de manière que la carotide se résout en système capillaire de la glande, duquel elle renaît ensuite. Cependant je me suis convaincu que la cavité de la carotide se prolonge, dans l'intérieur du petit nœud, par un tissu spongieux qui forme les parois de la glande, comme on peut très-bien le voir en disséquant celle-ci sous le microscope, quoique sa surface ; quand elle à été injectée avec soin, offre aussi les - attaches décrites par Huschke. ‘
On admet généralement que l'aorte se partage , au devant du cœur , en deux troncs, qui fournissent à un certain éndroit les carotides et les artères pulmonaires, et qui ensuite représentent les arcs aortiques, dont la réunion s'effectue au ventre. Mais j'ai trouvé que si, avant de se diviser , les troncs figurent une aorte impäire, ce n’est là qu'une pure apparence , tenant à ce qu'il y à en réalité trois artères soudées ensemble, de sorte que chaqueïtronc latéral est partagé en trois compartimens par des cloisons membraneuses simples. De ces trois artères soudées ensemble , la moyenne se continue avec l'arc aortique postérieur; l’antérieure donne à la glande carotidienne l'artère de la langue et du larynx, qui paraît faire corps avec ‘cette glande, et qui la traverse pour dêvenir l'artère céphalique ; l’inférieure ou postérieure devient l'artère pulmonaire et un vaisseau qui se distribue à l’occiput. Ainsi l’anomalie consistant en ce que, des arcs vasculaires de la Grenouille, il n'existe plus que les arcs aortiques après la métamorphose, tandis que ceux de la Salamandre persistent complétement, | disparaît en partie; car les trois vaisseaux soudés ensemble sont évidemment les troncs vasculaires des arcs branchraux.
Lo Nous ne connaissons point encore la transformation des vaisseaux, ni la métamorphose en général, dans les Cécilies , non plus que dans les ÆAmphiuma. Nous savons seulement que , chez les Dérotrémates , comprenant les Amphiuma
ét les Ménopomes, il y à des trous et des arcs branchiaux, Qui persistent pendant toute la vie, sans branchies proprement dites. Cuvier (1) a fait voir que, chez les Amphiuma ; l'aorte forme de chaque côté une arcade simple: à chacun de cesares, que les arcades se réunissent en arrière pour produire l'aorte abdominale , et qu'elles fournissent les vaisseaux des parties supérieures du corps. J'ai reconnu que, pendant leur jeunesse,
les Cécilies ont, de chaque côté, un trou branchial et des franges bratiéhiales internes; plus tard, leur hyoïde forme encore de chaque côté quatre arcs, Ou trois avec des suspensoires antérieurs ; mais le tronc artériel des Cécilies adultes, au lieu de se partager en arcades à la hauteur des arcs, donne une artère pour les parties supérieures, tandis que le tronc devient arc aortique.
5° Du reste , un tronc artérieux existe chez tous les Reptiles nus. Dans plusieurs d’entre eux, ce tronc présente un ren— flement bulbaire , comme chez les Poissons ; et dans les Grenouilles éncore, avant de se partager en arcs aortiques , 1l est contractile, comme Wedemeyer et plusieurs autres observateurs l'ont constaté sur la tranche du commencement de l'aorte. On aurait tort de conclure de là que les artères possèdent la contractilité musculaire ; car le commencement du tronc artérieux des Grenouilles correspond au bulbe artériel des Poissons.