A. INFLUENCE SUR LA CONVERSION EN SANG. VEINEUX
$ 756. La conversion du sang ‘artériel en sang veineux est suspendue ou du moins affaiblie dans certains cas , de manière que l'ouverture de la veine donne issue à un liquide vermeil.
1° Ge cas a lieu dans les hémorrhagies considérables. Quand le sang coule depuis long-temps d'une veine , il finit par devenir rutilant avant de s'arrêter (2). Ce phénomène tient in= contestablement à ce que la substance organique ne peut point exercer sa réaction normale sur la petite quantité de sang encore contenue dans les vaisseaux, la force n'étant plus suffsante pour le permettre (S 748, 1°).
2° Un accablement général de l’activité plastique peut produire le même résultat. Ainsi on a trouvé le sans veineux d’un rouge écarlate dans le typhus , la fièvre putride , la fièvre jaune, la fièvre pétéchiale , suivant Schubler (3) et Rossi (4), parfois aussi dans le scorbut et le morbus maculosus , selon Lauer (5).
3° Dans les inflammations elles-mêmes , il est en général moins foncé en couleur (6). Hunter a fait cette remarque principalement sur le sang tiré au moyen des sangsues ; elle lui avait donné à penser que la rapidité avec laquelle le liquide traverse alors les vaisseaux capillaires , ne permet point qu'il se métamorphose dans leur intérieur : à quoi l’on peut répondre que la circulation est au contraire ralentie ou même nulle dans les parties qui sont le siége proprement dit de l’inflammation. Il n’est pas possible non plus que le sang veineux roupisse par l'effet d’unerespiration cutanée, car suivant
(2) Bulletin de la Soc. médic. d’Emul., 4823, p. 639,
(2) Haller, Elem. physiolog., t. IE, p. 40.
(3) Poggendorff, Annalen der Physik, t. XXXIX, p. 325. (4) Bulletin de la Soc. médic. d’Emulation , 4823 , p. 64& |
(5) Hecker, Annalen der Heilkunde , t, XVIII, p. 273. (6) Ibid, p. 277.
la remarque de Krimer (4) , la peau est alors chaude et sèche, et nulle respiration ne saurait s’accomplir sur une surface sèche. La cause ne peut donc tenir qu’à ce que, dans l’inflammation, l'excès d'excitement a fait cesser l'échange des matériaux , la nutrition et la sécrétion. Nous expliquons de la même manière comment Nasse a observé ce phénomène dans la’ péripneumonie , la scarlatine et le croup (2).
Le Krimer (3) dit avoir remarqué que, quand il avait coupé les nerfs brachiaux ou cruraux sur des Lapins ou des Chiens, le sang veineux du membre blessé devenait verméil au bout de quatre à dix minutes; qu'il repassait au noir quand on faisait communiquer le pôle positif d’une pile voltaique avec le cerveau , et le pôle négatif avec le nerf coupé , ou le premier avec ce nerf, et l’autre avec les orteils ; enfin , qu'il reprenait une teinte vermeille après l'éloignement des conducteurs. On conçoit très-bien que la section des nerfs, diminuant l'activité vitale, puisse troubler la métamorphose du sang, qui dépend de cette activité; cependant, d'après Arnemann (4), le sang paraît se colorer en noir dans les vaisseaux dont les nerfs ont été coupés, parce que cette lésion influe sur son mouvement ($ 770 ) avant de porter atteinte à sa ie tion (8 752, 5°).
5° Enfin, Autenrieth (5) dit que le sang veineux a une couleur moins foncée pendant les grandes chaleurs de l'été. Crawford à remarqué le même phénomène sur des Chiens dont il avait élevé la température jusqu’à 106 et 409 degrés du thermomètre de Fahrenheit, pa Len de là chaleur extérieure.
B. Effets produits par des influences extérieures.
6 757. Le sang ne ressent pas moins l'action des influences du dehors que celle du jeu des organes.
1° IL est soumis à l’influence des choses extérieures, que
(4) Physiologie des Blutes , p. 287.
(2) Horn, 4rchiv fuer medicinische Erfahrung, 1830 , p. 103. (3) Physiologische Untersuchungen , p. 138, 452.
(4) Ueber die Reyeneration, p. 48.
(5) Handbuch der Physiologie, t, TI, p. 312.
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celles-ci agissent sur Jui, ou d’une manière immédiate, ou seulement par l’ intermédiaire des organes chargés de le produire. De même qu'il perd de sa coagulabilité und on l’électrise hors du corps vivant ($ 673, 2°), de même aussi il demeure liquide chez les sujets qui ont été frappés de mort par la foudre. Rossi (1) a reconnu que, quand un homme avait été électrisé , son sang se coagulait d’une manière plus lente, qu'il donnait un caillot plus petit et plus mou , que le sérum qui s’en séparait était plus rougeâtre. Nous avons vu également que l'alcool et les acides le coagulent hors du corps ($S 674, 3°, 8°); de même aussi, on l’a trouvé coagulé chez des animaux, pendant la vie desquels on avait injecté dans les veines de l'alcool (2), de l’acide sulfurique (3), de l’acide nitrique (4), de l'acide hydrochlorique (5), de l’acide phosphorique (6) ou du vinaigre (7). Certaines substances, après avoir été introduites dans les organes digestifs, déterminent en partie, dans le sang , des effets analogues à ceux qu’elles produisent quand on les mêle, hors du corps, avec ce liquide. Ainsi, Steevens prétend avoir employé les sels neutres avec succès dans la fièvre jaune, parce que , dans cette maladie , le sang est noir en raison des sels qui lui manquent , et dont l'addition lui fait reprendre sa couleur rouge naturelle (8 679, 3°).
2 Mais, la plupart du temps, les substances introduites dans l'organisme vivant ne font pas subir au sang les mêmes changemens qu’elles déterminent quand elles agissent sur lui après sa sortie du corps. Thackrah, par exemple (8), a trouvé que le sang de Chiens qu’il avait empoisonnés avec de l’opium, se coagulait absolument de même que dans l’état nor-
(4) Bulletin de la Soc. médic. d’'Emulation, 4823 , p. 634.
(2) Scheel, Die Transfusion des Blutes, t. I, p. 49° — Archives générales , t. XII, p. 405.
(3) Orfila, Toxicologie générale, t. I, P. II, p. 77.
(4) Ibid. p. 402.
(5) Jbid., p. 438.
(6) bid., p. 445.
(7) Scheel, loc. cit., t, IT ,p. 46.
(8) Loc. cit., p. 38.
mal, tandis que , quand on le mêlait avec de l’opium, hors du corps, sa coagulation se trouvait retardée de beaucoup.
Des substances qui déterminert immédiatement un certain changement chimique dans le sang, peuvent, dans des maladies qui produisent un effet analogue sur ce liquide, être employées comme moyens curatifs , c’est-à-dire comme agens propres à modifier l’activité vitale. Ainsi, la prédisposition héréditaire aux hémorrhagies paraît dépendre d’un état non ordinaire de dilution du sang; et cependant, d'après Krimer (1), le seul moyen vraiment efficace de la combattre
,consiste à faire usage du sulfate de soude , quoique ce sel ait la propriété d'empêcher la coagulation du sang hors du Corps.
Cer taines substances paraissent, quand elles ont été mises en contact avec des solides organiques, provoquer, dans le sang, des changemens auxquels elles ne donnent pas lieu quand on les mêle immédiatement avec lui. Orfila, par exemple, a remarqué (2) que la dissolution d'extrait de digitale déterminait la coagulation du sang dans le cœur, non pas quand on l’injectait dans les veines, mais lorsqu'on la mettait en rapport avec l'estomac ou avec le tissu cellulaire.
Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c’est la différence dans la manière d'agir d’une substance, suivant qu’on la mêle avec le sang, ou dans l’intérieur des vaisseaux vivans, ou hors de ces conduits. |
Tantôt, en effet, une substance qui n’exerce pas d'action sensible sur le sang tiré de la veine, provoque des changemens considérables dans celui qui circule. D'après Fontana , le venin de la Vipère n'influe pas sur la cohésion du sang hors du corps, ou tout au plus diminue sa coagulabilité, tandis qu’injecté dans les veines il en opère sur-le-champ la coagulation.
Tantôt , au contraire , les phénomènes auxquels une substance donne lieu hors du corps, ne se manifestent pas dans l’économie vivante, ou même y sont remplacés par un état inverse.
(4) Physiologie des Blutes , p. 317.
(2) Toxicologie générale , t. IL, P.I, p. 273.
Les alcalis détruisent la coagulabäité du sang tiré de la veine ; mais, après l'infusion du sous-carbonate de potasse, le sang était coagulé dans les vaisseaux , d’après Haller (1); réduit en un caillot solide et moulé exactement sur les parois vasculaires , dans les veines caves et le cœur, et liquide seulement dans les ramifications veineuses, suivant Sprœgel (2) ; enfin, Caillé en gros grumeaux dans l’intérieur des cavités du cœur, selon Orfila (3). Des caillots de sang ont été vus aussi, par Orfila (4) et Friend (5), dans l'oreillette pulmonaire et la veine cave inférieuré , après une injection d’ammoniaque. La dissolution de sublimé corrosif détermine une forte coagulation du sang hors des vaisseaux ; mais, après l'avoir injectée dans les veines , Ettmuller (6) trouvait le sang très-liquide. Pommer a fait d'intéressantes observations sur l'acide oxalique (7); mêlé avec du sang récemment extrait de la veine, cet acide le rend d’un brun rougeûtre, l’épaissit un peu, et lui communique la propriété de rougir le tournesol ; injecté dans les veines, il cause la mort, en éteignant d'abord la respiration, puis les battemens du cœur; mais on ne trouve dans le sang ni aucun vestige d'acide , ni rien qui s’écarte de l’état ordinaire; les vaisseaux, le cœur et les poumons ne présentent non plus ni traces d’inflammation, ni altération dans leur texture ou leur couleur. Si l'on a introduit l’acide oxalique dans le tissu cellulaire , dans la cavité abdominale ou dans l'estomac d’un animal vivant, on lé retrouve dans les parties voisines et dans leur sang, à la vérité quelques heures seulement après la mort, et jamais on n’en aperçoit de traces ni dans le sang du cœur ni dans celui des veines.
Tous ces faits annoncent combien est grande 14 puissance que la vie exerce sur le sang. Ils prouvent qu’en vertu de
(4) Opera minora, t. I, p. 70.
(2) Scheel , Loc. cit., t. I, p. 258.
(3) Toxicologie générale , t. I, P. IE, p. 454.
(4) vid. p.163.
(5) Scheel, Loc. cit., t. IL, p. 42.
(6) Ibid. t. I, p. 226.
(7) Medicinisch-chirurgische Zeitung, 4828, t. IX, p. 203-255.
son conflit continuel avec ce liquide, la substance vivante des parties solides transforme et décompose les substances étrangères quon y introduit, de manière à empêcher qu'elles n’exercent sur lui leur action ordinaire, mais que, dans cette opération, la vie elle-même peut succomber aux atteintes qui lui sont portées.