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CHAPITRE PREMIER

Du mouvement de l'œuf.

$ 327. La sémination (sementis) est le transport de l’em-bryotrophe du lieu où il s’est formé dans un autre où il peut se développer en un organisme individuel. On ne l'observe ni dans l’hétérogénie , ni dans la reproduction par scission ; elle n’a lieu que quand la propagation s'opère par formation de germes ($ 25). On peut la rencontrer, d’une manière purement accidentelle, dans les rejetons, les tubercules, les bulbes terrestres et les bourgeons; mais, dans la plupart des cas où l’on observe des spores, et dans ceux où l’on rencontre des bulbes aériennes ou des œufs, c’est-à-dire partout où règne la génération sexuelle, elle est une condition nécessaire au développement de l'embryon. Partout donc , à l’exception des formes les plus inférieures de la procréation , nous trouvons- une séparation des fonctions ; l'organe qui a formé l’embryotrophe ne peut point le développer complétement, et il le transmet à un autre laboratoire, qui réunit les conditions nécessaires pour l’amener à sa perfection. Dans les végétaux et les animaux ovipares, la sémination coïncide avec la naissance, ou en est la suite immédiate ; chez les animaux vivipares, elle la précède de long-temps. En général, le premier atelier paraît avoir d'autant moins de pouvoir, et la sémination être d'autant plus précoce, que le degré de l'organisation est plus élevé : car tandis que la formation va, dans l'ovaire des végétaux, jusqu'au développement de l'embryon, et chez les animaux inférieurs, jusqu'à la production complète de l'œuf , ou même parfois, comme dans le Blennius viviparus, jusqu'à celle de l'embryon, elle se borne, chez les corps organisés supérieurs , à la production d'un germe, qui ne se

développe en un œuf complet que pendant ou après la sémination.

Dans les végétaux et plusieurs animaux inférieurs, l'œuf quitte le lieu où il s'était produit, et arrive immédiatement à l'endroit où il doit subir l'incubation. Chez les animaux supé— rieurs, ce sont des organes particuliers, les oviductes, qui accomplissent la sémination. Or ici nous distinguons trois choses différentes : le passage de l'œuf dans les oviductes (S 328), sa progression, son cheminement dans ces conduits ($ 329), et sa sortie hors de leur cavité ($ 330).

ARTICLE I

Du passage de l'œuf dans l’oviducte.

$ 328. Cheztous les animaux sans vertèbres, et chez la plupart des Poissons, l'œuf passe immédiatement de l'ovaire dans les oviductes, qui en sont la continuation. Il n’y point continuité entre les deux organes chez les animaux SUpérieurs ($ 94), où, par conséquent, l’organisation et l’activité vitale doivent présenter une disposition particulière qui permette à l’œuf d'arriver dans l’oviducte.

Cette disposition peut consister en ce que les œufs soient poussés vers l’orifice du conduit, ou en ce que celui-ci aille au devant d'eux.

1° Le premier cas a lieu lorsque l'orifice de l’oviducte est fixe et immobile, particulièrement chez les Poissons cartilagineux et les Batraciens. [ci les œufs tombent immédiatement dans l2 cavité abdominale, c'est-à-dire dans le sac du péritoine. Ils s’y trouvent plongés au milieu d'une atmosphère séreuse, entourés par les surfaces lisses, glissantes et sécrétoires de la membrane; le mouvement des organes situés à la surface externe du péritoine, notamment des muscles abdominaux et des intestins, doit contribuer à les pousser et à les faire cheminer vers le point où ils trouve le moins de résistance , par conséquent vers l’orifice imfundibuliforme de l’oviducte. Ainsi, d’après Rathke (1), l'œuf des

(1) Boitrœyge zur Geschichte der Thierwelt, 1, I, p.25, 61, 73.

Salamandres se dirige de l'extrémité antérieure de l'ovaire vers la paroi abdominale , glisse entre celle-ci et le foie, le long du ligament longitudinal, pour se porter en devant, où le foie présente une forte inclinaison , et laisse, par conséquent, entre lui et le péricarde, un vide dans lequel l’orifice dirigé en bas du pavillon attend l'œuf ; mais, chez les Protées, la pression des muscles abdominaux force les œufs à s’écarter bientôt de la face inférieure du foie, qui est fortement bombée, à tourner vers le haut, puis à marcher en avant, et à gagner ainsi les orifices dirigés en arrière du pavillon. (Dans les Grenouilles aussi, les pavillons se dirigent en arrière pendant l’accouplement, et cela en vertu de la pression qu’exercent les pattes antérieures du mâle) (1).

Cependant il se présente ici quelques difficultés. Les voies ne sont pas tellement délimitées, que certains œufs ne puissent s’en écarter, à raison de leur petitesse, et rester engagés dans les interstices des viscères, ce dont on n’a cependant observé encore aucun exemple. Il paraît aussi que les œufs arrivent avec une grande rapidité des ovaires dans les orifices, placés très en avant, des oviductes, puisqu’une fois parvenus au voisinage de ces orifices, ils ne sont poussés dans leur intérieur ni par aucune pression, ni par la pesanteur, de sorte qu’ils devraient s'arrêter là pendant quelque temps et s’y accumuler. Monro n’a jamais rencontré d'œufs dans la cavité abdominale chez les Raies, et Spallanzani n’en a vu que trois fois dans cette cavité chez les Batraciens, dont il à cependant ouvert plus de deux mille au temps du frai (2). (Je les y aitrouvés dans une proportion bien plus considérable chez ces derniers animaux) (3). Enfin l’orifice des oviductes est fort étroit chez les Urodèles, et cependant on ne peut pas admettre qu'il s’agrandisse par un effet de turgescence , puisque le pavillon est fort mince et semble n’être formé que par le péritoine seulement, la membrane muqueuse ne commençant à paraître que dans l’intérieur des canaux eux-mêmes.

(1) Addition de Baer.

(2) Expér. sur la génération , p. 87.

(8) Addition de Baer.

Nous sommes donc fondés à demander si, de même que les œufs attirent le sperme ($ 290. 2°, 3°), les oviductes n’exercent pas également sur eux une attraction, au secours seulement de laquelle viendraient l’action musculaire et ta structure des parties voisines; si enfin ces canaux n’attirent point, à la manière d’un vaisseau lymphatique, la substance avec la- . quelle ils ont de l’aflinité, et si, par cela même, ils ne sont pas comparables à une villosité intestinale, ou au suçoir exsertile des Planaires. Comme l’albumine sécrétée dans l’ovi-ducte $’unit plus tard d’une manière intime avec la sphère vitelline, ne pourrait-elle pas contribuer à cette attraction en vertu de son affinité adhésive, de méme qu'on voit des corps entre lesquels règne une aflinité d'adhésion agir les uns sur les autres à une certaine distance lorsqu'ils peuvent se mouvoir librement, par exemple , quand ils flottent à la surface de l'eau ?

2° Chez les Chéloniens, les Sauriens, les Ophidiens, les Oiseaux et les Mammifères, c’est au contraire l'extrémité ouverte , ou le pavillon de l’oviducte qui va chercher l'ovaire, et qui s’y applique pour absorber l'œuf au moment où il en sort. Ici les deux organes sont assez rapprochés l’un de l’autre, puisque , chez la femme par exemple , les trompes s'écartent de la matrice en dehors, mais se recourbent de devant en arrière et de dehors en dedans à leur extrémité, de manière que les pavillons regardent les ovaires, conjointement avec lesquels ils sont maintenus en situation par un même prolongement du péritoine , comme on peut s’en convaincre en ouvrant la cavité abdominale par derrière (1). Dans le Phoque, la Loutre, la Martre et le Putois, le péritoine forme un sac clos, analogue à la tunique vaginale du testicule, qui revêt d’un côté l'ovaire , de l’autre l'oviducte , avec son orifice, et qui maintient les deux organes , l’un auprès de l’autre (2). C'est probablement une action musculaire qui met l'ovaire

(4) Autenrieth , dans Reil, A4rchiv fuer die Physiologie , t VIL, p. 294.

(1) Treviranus, dans Zeitschrift fuer Physiologie, 1. I, p. 480. — Weber, dans Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1826, p. 405. — Baer, De ovt mammalium et hominis genesi » Leïpzick, 1824, in-4.

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