CHAPITRE PREMIER
Des changemens qui surviennent dans l'organisme incubateur,
$ 546. Les changemens que subit l'organisme qui effectue Fimcubation, sont plus étendus quand cette dernière 2 lieu dans l’intérieur du corps, que lorsqu'elle s'opère à l'extérieur ; ils sont surtout très-multipliés chez la femme , et c'est à qu'on les connaît le mieux. Nous allons donc les étudier principalement pendant le cours de la grossesse dans l'espèce
(1) Froriep, Notizen , t, XXVII, p. 49, (2) Bechstein , loc, cit,, t, T, p, 255, (8) Journal de Magendie, t, II, p, 335,
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454 INCURATION.
humaine, en ayant soin de signaler les modifications qu’ils peuvent présenter dans les formes inférieures de l'incubation.
ARTICLE L Des changemens relatifs à l'espace.
Examinons d’abord les changemens qui surviennent dans le lieu même où l'incubation s'exécute.
Z. Changemens survenus dans le lieu même de l’incubation.
I. Ils se manifestent, chez les plantes phanérogames, pendant tout le temps que l'œuf conserve des connexions organiques avec le tronc materne}, ou durant la première période de son incubation. À la suite de la fécondation on voit s’évanouir la vitalité extérieure de la fleur; les parties périphériques de cette fleur se fanent, se décolorent, se dessèchent : après avoir quelquefois commencé par devenir molles et gluantes : les anthères et les étamines tombent d’abord, puis la corolle, enfin le pistil, dont cependant la chute n’a pas toujours lieu ; le dégagement des vapeurs odorantes et la sécrétion du suc sucré cessent. L'activité vitale se concentre dans l'ovaire ; cet organe acquiert plus de volume ; le liquide qu'il renferme devient plus épais, parce que les vaisseaux du pédoncule lui apportent davantage de nourriture. Comme le fruit tombe sans mürir lorsque la sécrétion du suc miellé continue, ce phénomène atteste l’antagonisme qui existe entre l'activité de la périphérie et celle du centre.
Il. Nous remarquons aussi, dans la partie végétale où des œufs d'insectes ont été déposés, un afflux de liquides , qui s’organisent quelquefois en productions contre nature. C’est ce qui arrive surtout Po un Cynips à piqué une plante et, déposé ses œufs dans la plaie; l’épanchement des liquides détermine en peu d'heures une puliulation du tissu cellu-. laire qui entoure l'œuf , et il résulte de là une excroissance à laquelle quelques jours suflisent pour acquérir le volume qu'elle doit conserver. La galle ainsi produite contient les principes immédiats propres du végétal, par
exemple le tannin à l'état concentré, et la forme qu'elle affecte varie en raison tant de la plante et de Ia parte de cette plante sur laquelle ellé se développe, que de l'espèce d’animal dont elle renferme les œufs. Ainsi, parmi les diverses espèces de Cynips quercus, celui qu'on nomme Cynips quercus joli produit les noix de galle ordinaires , qui sont jaunâtres, dont la grosseur égale celle d'une noisette, et qui poussent sur la face supérieure des feuilles; le Cynips quercus inferus, des galles de même volume et d'un rouge obscur, à la face inférieure; le Cynips querous baccarwm » des vésicules transparentes et grosses comme des pois, surcette même face ; le Cynips quercus corticis, des excroissances sphériques et ligneuses, sur le tronc des jeunes chênes , EXCroissances dont la moitié extérieure est couverte d’écorce , tandis que l'interne repose dans le bois; la piqûre du Cynips quercus petioli fait naître des galles creuses , jaunes et rouges, sur les pétioles; celle du Cynips quercus peduneuli, des vésicules noueuses aux pédoncules ; celle du Cynips quercus calycis, des boutons inégaux et tuberculeux au calice’ ou à l'ovaire ; celle du Cynips quercus ramuli, des salles blänches et laineuses sur les jeunes rameaux ; enfin celle du Cynips quercus gemmeæ , des galles squameuses à l'extrémité des branches. Les œufs que d’autres {nsectes introduisent dans le tissu cellulaire sous-cutané, par une piqüre faite aux tésumens, déterminent d’une manière analogue, chez divers Mammifères, des tuméfactions qu'on doit considérer comme de véritables salles animales ; il survient une tumeur inflammatoire, qui passe peu à peu à la suppuration, et finit par s'ouvrir. Déposés à la surface des membranes muqueuses, ces œufs ne font la plu-
-part du temps qu'y accroître la sécrétion muqueuse.
III, Chez les animaux dont l'incubation s'opère dans l’ovicanal, comme par exemple le Blennius viviparus, cet organe sécrète un liquide au milieu duquel nagent les embryons. (Il se sécrète également, mais en quantité médiocre, dans la cavité pectorale des Amphipodes ét des Isopodes, un liquide albumineux, qui entoure d’abord les œufs , Puis les larves, au grossissement desquels il coniribue) (1): de Ci
(4) Addition de Rathke.
IV. Chez les Oiseaux, après qu’ils ont pondu, une cotigestion s'établit dans les vaisseaux de la peau du ventre , et y détermine un accroissement de chaleur. Cette congestion est activée par la chaleur extérieure et par les alimens excitans. Le plumage de la plupart des Oiseaux devient moins fourni pendant l'incubation, soit parce qu'ils s’arrachent les plumes du ventre, afin d'en garnir leurs nids, soit parce que cette congestion fait qu'elles mürissent, se dessèchent et tombent d’elles-mêmes. Mais , chez plusieurs Oiseaux , il se manifeste des places nues, tantôt une seule au milieu de l'abdomen, tantôt une de chaque côté; le nombre et la situation de ces places sont si constans chaque espèce, qu’on en tire de fort bons caractères (1). Suivant Barkow (2), la peau y est mince, trèsriche de vaisseaux , et le tissu cellulaire sous-jacent est absolument ou presque entièrement dépourvu de graisse, en sorte qu’elles réunissent les conditions les plus favorables au dégasement de la chaleur : les artères qui s’y rendent sont les mêmes que celles qui, chez les Mammifères, se distribuent aux glandes mammaires.
V. Ce qui n’est qu'indiqué dans les changemens dont nous avons parlé jusqu'ici, se trouve porté au plus haut degré de développement dans la matrice des Mammifères, mais surtout dans celle de la femme.
1° Peu de temps après la fécondation, le système vasculaire redouble d'activité dans la matrice ; les vaisseaux sanguins de cet organe augmentent de calibre, regorgent de sang, et sont infiniment plus forts qu'auparavant. La matrice recoit le sanp, en haut, des artères ovariennes , en bas, des branches particulières que lui envoient les iliaques , et qui s'anastomosent avec les artères épigastriques marchant le long du ligament rond. Ces vaisseaux se répandent dans l'organe, en suivant une marche très-flexueuse et s’anastomosant fréquemment ensemble. Les liquides qu’on y injecte passent aisément dans les veines, mais transsudent aussi en partie à la surface de la membrane muqueuse qui tapisse la partie interne de luté-
(4) Faber, Ueber das Leben der Vœgel, p. 488. (2) Meckel, Archiv fuer Anatomie , 1830 , p. 44,
rus (1). Comme les veines n’ont point de valvules, on peut les * injecter par les troncs , et alors le liquide passe en plus grande quantité que par les artères dans la cavité de la matrice , attendu que la membrane muqueuse est extrêmement mince , et que les veines qui s’en rapprochent forment un réseau trèsserré; maisil est difficile de croire à l'existence des ouvertures qu'on prétend avoir observées, et qui seraient de calibre, dit-on, à admettre aisément une sonde (2); ces ouvertures paraissent être le résultat de déchirures, et surtout du détachement de la membrane nidulante , qui reçoit ses vaisseaux de la matrice, ou du placenta et de ses vaisseaux , comme Rœderer en avait déjà fait la remarque (3). Au reste, les veines, dans leur trajet , paraissent l'emporter sur les artères, et se dilater fréquemment en smus, qui s'anastomosent sur beaucoup de points les uns avec les autres, et qui donnent à la substance de la matrice l'apparence d'une éponge. Ces cellules ont la plus grande analogie avec les dilatations que présentent également les veines dans d’autres organes susceptibles d’une turgescence considérable , notamment le pénis (4), le clitoris et le mamelon, et l'analosie nous autorise à considérer la matrice, pendant la gestation, comme un organe plongé dans un état continuel de turgescence.
En même temps que l’activité vasculaire , la vie du sang paraît être exaltée ; car Lavagna a trouvé que celui de la matrice des femmes enceintes fournissait un caillot très-ferme , et abondait en fibrine , que par conséquent il différait beau- Coup du sang menstruel (5). Les vaisseaux lymphatiques se tuméfient aussi, et, au dire de Cruikshank, ils acquièrent un volume égal à celui d’un tuyau de plume.
2° Le diamètre longitudinal de la matrice s'élève à peu près de deux à douze pouces pendant la grossesse , le transversal de dix-huit lignes à huit pouces, et l’antéro-postérieur d’un
(4) Haller, Elem. physiol.,t. If, p. 430. — Bichat, Anat. descriptive, t. V, p. 350.
(2) Carus , Lehrbuch der Gynaekologie, t. IL, p. 65.
(3) Teones uteri humani , p. 22,
(4) Schlegel, Loc. cit., t. I, p. 507.
(5) Meckel, Deutsches Archiv , tEIV, p. 453.
*pouce environ à six. Sa cavité s'agrandit au point de représenter un espace dont la capacité est de quatre cents pouces cubes, de sorte qu’elle peut contenir alors dix-sept livres de liquide, tandis que, chez les vierges, elle n'offre d’espace que pour quelques grains de liqueur ; la proportion du cas de orOssesse au Cas de virginité est donc, sous ce dernier rapport, de 1:54#(4). Mais, en prenant un tel accroissement de volume, la matrice augmente aussi de masse ; car lé diamètre de ses parois monte, dans la première moitié de la grossesse, de quatre ou cinq lignes à six ou huit, et plus tard il diminue, mais d'une manière plus notable, tandis que la circonférence s’accroit extraordinairement. Après la parturition , les parois sont plus épaisses encore, à la vérité, en raison du resserrement qui s'est opéré ; mais, comme la matrice conserve bien plus de volume qu'elle n'en a dans l'état de non-gestation,on ne peut douter que sa masse ne sé soit accrue. Ce ne Sont pas non plus l'augmentation de calibre et l'état de réplétion des vaisseaux sanguins qui agissent ici; car, chez des femmes mortes d'hémorrhagie aussitôt après l'accouchement, où à trouvé les parois de la matrice épaisses encore de sept lignes, quoique les vaisseaux fussent vides et affaissés , etle poids de cet organe, qui est d'une once chez les vierges, s'élève à vingt-quatre quelques jours après l'aceoucheméent , quoique a femme ait déjà perdu beuucoup de sang. Ajoutons encore que l'œuf ne le remplit pas d'une manière complète pendant toute la grossesse ; d’ailleurs il est dilaté et agrandi, même dans les cas de grossesse extra-utérine, circonstance
dans laquelle Bertrandi l'a trouvé une fois (2Striple en vo-
lame de ce qu’il est d'ordinaire, phénomène à l'appui duquel vienniént épalement les observations de Sandifort (3) et d’autres ($ 365, #° ).: Dans les matrices bicornes de Mammifères, les deux écrite sc/tüméfient, alors tiême qu'il n'y en à qu'une qui renferme un embryon ; on peut s’en convaincre chez les Vaches étés Brebis! Ainsrtoutes les circoïstarices se réunissent
(4) Reïl , Archiv fuer der Physiolagie’, t: VAT, p. 405, (2) Schlegel, loc, cit., t. 1, p. 456, | (8) Ibid., p. 520. - PAPER
INCUBATION. 439 pour prouver qu'il n'y a point ici extension purement mécanique et passive, mais tuméfaction active et vivante, et que la substance utérine, de dense et presque cartilagineuse qu’elle était, devient molle, spongieuse, et imbibée de sang et de sérosité, en même temps que sa masse solide augmente.
3° Cet accroissement de poids, auquel il faut ajouter encore celui de l'œuf, qui s'élève à douze livres dans les derniers témps de la grossesse, exige que la matrice soit soutenue d'une manière solide. Chez les animaux, elle repose par sa large surface sur les parois abdominales. Chez les femmes, sa chute, que la station verticale rendrait inévitable, est prévenue par une disposition qu’on n'observe point dans les animaux ; en effet, elle fait un angle avec le vagin, attendu que l'axe du bassin, au lieu d’une ligne perpendiculaire et droite, en décrit une courbe ; la position oblique de la matrice fait qu'elle s’appuie contre la paroi antérieure de l'abdomen , et que sa partie supérieure pèse sur le vagin et le rectum; mais sa situation plus élevée permet à ses parties latérales de trouver un point d'appui sur les os iliaques plus larges et obliquement ascendans qui caractérisent le corps de la femme ($ 160). L'inclinaison en avant diminue la pression sur la veine cave et l'aorte, ainsi que sur la partie supérieure du rectum, et elle est plus considérable dans l'endroit où les parois abdominales sont le plus disposées à céder, surtout chez les femmes qui ont eu de fréquentes grossesses. En même temps la matrice se place obliquement dans le sens de sa largeur, de manière que son fond se trouve situé plus à droite : cet effet ne dépend pas de la situation ordinaire sur le côté droit pendant le sommeil, puisqu'on le remarque également chez les Chauve-souris, suivant Emmert : d’ailleurs, le rectum, qui est situé à gauche dans le grand bassin, ne pourrait point repousser la matrice à droite, puisque , pour opérer ce déplacement, il lui faudrait agir principalement sur le fond, jusqu’auquel il n’atteint point. Il est donc plus vraisemblable que la cause tient à une loi générale qui veut que le développement soit plus prononcé du côté droit que du côté gauche.
ho La turgescence de la matrice, sa pléthore et l'exaltation
de la vie du sang qu'elle renferme, s’'accompagnent d’une élévation de la température.
5° La matrice turgescente , ramollie , plus imprégnée de sucs, à une vitalité plus grande, qui fait qu’elle peut survivre à l'individu et accomplir la parturition même après la mort. De son excès de vitalité, il résulte qu’elle joue un rôle plus considérable dans l'organisme entier, et qu'elle devient un foyer qui exerce la plus grande influence sur l'état général de la vie (8 347), tandis que, hors du temps de la srossesse , elle a beaucoup moins d'importance, et peut même être extirpée sans que les jours de l'individu soient compromis (1). Ainsi la sensibilité, qui, dans tout autre temps, est fort obtuse en elle, se développe beaucoup, comme l’annoncent les sensations produites par les mouvemens de l'embryon et les douleurs qui accompagnent la parturition. Les nerfs deviennent plus visibles que dans l’état de repos ; ils acquièrent aussi davantage de volume; mais onne peut guère croire que leur nombre augmente (2).
6° Chez les animaux, la matrice ressemble davantage à un intestin ; entre ses tuniques muqueuse et péritonéale existe une forte couche de fibres musculaires , longitudinales surtout, qui s'étendent du vagin sur elle, et se répandent en rayonnant Sur Ses cornes, tandis que les fibres transversales ne se voient guère qu'au col. Ces fibres se meuvent d’une manière visible, soit par une impulsion propre, soit lorsqu'on les excite d'une manière mécanique (3) : le galvanisme même détermine en elles un mouvement qui s'établit tard à la vérité, mais qui dure très-long-temps (4). La matrice de la femme, au contraire , a une structure plus particulière ; elle consiste en un tissu épais, spongieux , riche de vaisseaux et susceplible de tursescence, dans lequel on n'aperçoit que de faibles traces de fibres musculaires, qui ne deviennent plus prononcées que pendant la grossesse. Ces fibres, sur l'existence
(1) Voigtel, Handbuch der pathologischen Anatomie , t. TIL, p. 495. (2) Tiedemann, Z'abulæ nervorum uteri, p. 40.—Burns, oc. cit., p.92. (3) Haller, £lem. physiol., t. VIIL , pl. IL, p. 59.
(4) Wagner, Comment, de feminarum in sraviditate mutationibus p.179,
INCUBATION. U4x
desquelles on a beaucoup disputé (1) avant et depuis Haller, ne ressemblent point à celles des muscles qui reconnaissent l'empire de la volonté ; elles sont pâles, minces, fermes, entrelacées d’une manière irrégulière, peu distinctes de la substance spongieuse, avec laquelle elles se confondent par des transitions insensibles : on ne les aperçoit bien qu'après avoir laissé macérer la matrice pendant vingt-quatre heures dans une dissolution de salpêtre (2); leur nature irritable est prouvée par la chimie elle-même; car Schwilgué a extrait de la matrice une quantité considérable de fibrine. Quant à leur situation, dont Calza surtout a fait une étude particulière (3), on en trouve une couche extérieure entre la tunique péritonéale et le tissu turgescible ; cette couche est composée de fibres longitudinales, qui s'étendent de la face antérieure du col jusqu'au fond, d'où elles se réfléchissent sur la face postérieure ; de fibres transversales, qui vont d’un ligament rond à l’autre, en passant par dessus les oviductes et le fond de l’utérus; de fibres spirales, qui entourent l'insertion des oviductes, puis de fibres transversales , qui vont de l'insertion d’un oviducte à celle de l’autre, sur la face postérieure; enfin de fibres arquées, qui s'étendent de la région du ligament rond vers le dedans et le bas , et se réfléchissent ensuite de bas en haut; au Co!, on trouve des fibres annulaires, puis des fibres longitudinales, et plus loin d’autres fibres transversales. La couche interne ; comprise entre le tissu turgescible et la membrane muqueuse, est plus mince ; elle se compose de fibres annulaires, qui entourent l’orifice des oviductes et s’anastomosent ensemble sur les faces antérieure et postérieure; puis de fibres lonsitudinales, qui montent du col jusqu'aux orifices des oviductes, et de fibres annulaires qui entourent le col.
7° Quant à ce qui regarde l’activité plastique de la matrice, la menstruation cesse aussitôt que commence la grossesse. I y à des cas exceptionnels dans lesquels, surtout chez les femmes pléthoriques ou habituées à de copieuses évacuations
(4) Haller, loc. cot., p. 61-66.
(2) Wrisberg , Commentationes , p. 307.
(3) Reïl, 4rchiv, 1, VIT, p. 341.
sanguines , les règles continuent de couler sans que la santé en souffre (1); le sang vient alors du col de la matrice et du vagin, et les seins ne se tuméfient point pendant les premiers mois. Baudelocque, Chambon et Petiot ont même vu des femmes devenir fécondes sans avoir jamais eu leurs menstrues,
et n'être réglées que pendant la grossesse ; d'un autre côté, il est ordinaire que là menstruation cesse durant la grossesse extra-utérine.
Pendant que cet organe remplit les fonctions de foyer incubateur, son activité est plus dirigée vers le dedans, et au lieu du sang menstruel qu’elle faisait fluer au dehors, sa membrane muqueuse, dont l'action vasculaire se trouve portée jusqu'à un degré voisin de la phlegmasie, sécrète, tant un liquide albumineux, qui prend la forme d’une membrane nidulante ($ 344, 11°), qu'un mucus assez épais.
8° Le développement semble partir du milieu de la substance turgescible, et s'étendre de là en dehors et en dedans. Le fond de la matrice est l'endroit où il se prononce d’abord le plus, et d'où il se propage peu à peu vers le bas. La paroi postérieure se distend davantage que l’antérieure. Le col est la partie qui cède la dernière ; il se raccourcit par suite de l’ampliation qu'acquiert sa cavité ; mais ses nombreuses cryptes sécrètent un mucus épais, presque gélatineux, qui, d'abord d'un blanc bleuâtre, finit par devenir rougeâtre, et obstrue l’orifice , comme le ferait un bouchon. Ce mucus paraît attirer l’eau à la manière de la masse nidiforme des Batraciens ; car, au dire de Hunter, il se gonfle quand on l'y plonge. Valentin (2) assigne au bouchon qu’il constitue, un pouce environ de longueur ; suivant Wagner (3), une distance de deux lignes le sépare , tant de l'orifice externe que de l’orifice interne de la matrice, en sorte qu'il touche à peine ou même ne touche point la membrane nidulante; le même observateur ajoute qu'il contient des filamens, longs d’une demi-lisne et
(1) Haller, loc. cit., p. 143.
(2) Handbuch der Entwickelungsgeschichte des Menschen , p. 7?, (3) Meckel , Archiv fuer Anatomie, 1830 UD. Vo
plus, qui ressemblent à des tubes pleins d’une substance demifluide. L’orifice extérieur de la matrice devient plus arrondi, attendu que le gonflement des lèvres efface les angles de la fente transversale qu'il représentait auparavant. |
9° A l'égard des parties qui entourent la matrice, l’accroissement du volume de cet organe rend la tunique péritonéale insuffisante : aussi l'utérus déploie-t-il ses lisamens larges, entre les feuillets desquels il s'insinue, et qu'il fait servir à le couvrir. Ce phénomène ne peut avoir lieu sans une métamorphose considérable, puisqu'il faut d'abord que les deux feuillets perdent leurs adhérences mutuelles, et qu’ensuite ils deviennent adhérens à la surface de la matrice.
10° Comme la matrice se développe surtout vers le haut, les lisamens ronds correspondent non plus à son sommet, mais à ‘sa’ partie inférieure ; ils ne peuvent qu'accroître son inclinaison en avant et favoriser son application aux parois abdominales, d'autant plus qu'ils ne sont plus situés sur les côtés, comme dans l’état ordinaire, le développement plus considérable de la face antérieure de la matrice les ayant reportés davantage en avant. Chez les Carnassiers et ies Rongeurs ($ 124, 4°), ces ligamens sont fixés précisément à l’endroit où les cornes de-la matrice , remplies du produit de la conception, paraissent avoir le plus hesoin de soutien. Du reste , pendant la gestation, ils sont gonflés et rouges; leurs artères regorgent de sang et sont plus allongées ; leurs fibres longitudinales, auparavant blanches, ont une teinte rouge. |
Ale Comme les ligamens larges se déploient et servent à couvrir la matrice, à mesure qu'elle prend du développement, les oviductes s'appliquent d'une manière étroite à ses pariies latérales, de manière qu'ils s'étendent, non plus en largeur, mais en long, et qu'il n’y à que leur partie inférieure qui demeure libre ; leurs orifices se trouvent situés aussi plus bas, parce que c’est surtout le fond de l'organe qui s'accroît. Au reste, ces canaux sont plus mous, plus riches en vaisseaux, plus gorgés de sang, et moins flexueux ; leurs franges sont plus épaisses et plus larges.
12° Le développement des mamelles coïncide avec celui de
ll INCUBATION.
la matrice. Mais les parties molles du bassin deviennent plus remplies de sucs , par l’effet de la congestion ; la région pubienne est plus développée ; elle fait plus de saillie que le creux de l'estomac ; d'autant mieux que la femme enceinte rejette le haut du corps en arrière, ce qui est le contraire de ce qu’on observe dans l’état ordinaire (1). Chez les femmes des Boschismans, le coussin graisseux des fesses se développe principalement pendant la grossesse (2). Même les cartilages et les ligamens du bassin deviennent plus mous et plus flexibles; on trouve aussi la symphyse pubienne ramollie chez les Chéiroptères , tandis qu’en tout autre temps elle est solidement fixée.
13° La plupart des organismes dont les œufs subissent l'in cubation hors du corps de la mère, se trouvent , avant l’époque de la sémination, dans un état analogue à celui des femelles de Mammifères, sous le rapport des dispositions mécaniques et de la distension du corps pendant l’incubation. En effet, leur fécondité est généralement plus grande, et, quoique les œufs demeurent petits tant qu'ils sont dans le corps de la mère , ils ne l’en chargent pas moins par leur multitude , et le distendent au point presque de le faire éclater, ce qui suffit déjà pour rendre l'incubation intérieure impossible. Chez les Termites, par exemple, l'abdomen de la femelle grossit tellement avant la ponte, qu'il devient deux mille fois plus volumineux que le reste du corps (3). Chez le Drylus flavus , les ovaires tuméfiés refoulent tant les autres viscères, qu'on peut à peine les apercevoir (4). (Les ovaires du Bopyrus squillarum acquièrent également un volume énorme : ils contiennent plusieurs centaines d'œufs, et leur poids surpasse celui de tout le reste du corps) (5). Dans certains Poissons , le Cyprinus bipunctatus, par exemple, l'ovaire, avant
(1) Wigang, Die Geburt des Menschen , t. TI, p. 26.
(2) Virey, Histoire naturelle du genre humain , t. I, p. 241. (3) Smellie, Philosophie der Naturgeschichte , t. IL, p. 109, (4) Annales des sc. nat., t, II, p. 443.
@) Addition de Rathke.
; INCUBATION. 445 le frai, a un poids presque égal à celui du corps (4). Chez un Cyprinus bullerus pesant quinze onces, les ovaires pesaient alors plus de cinq onces et demie (2); la masse des œufs pondus par un Esturgeon , a été trouvée pesant au-delà de cent livres. Il résulte de là que les autres viscères éprouvent une forte compression ; aussi, chez les Pleuronectes, comme la cavité abdominale est trop étroite , les ovaires, en se tuméfiant, s’insinuent-ils entre les muscles de la queue, les apophyses épineuses inférieures des vertèbres candales, et les supports des nageoires anales (3). Les rapports des viscères changent également chez les Urodèles ; comme l'ovaire se porte davantage vers le bas, le corps adipeux, qui, en d’autres temps , est situé au dessous de lui, vient se placer à sa face interne : l'ovaire lui-même se recourbe à son extrémité postérieure , parce qu'il devient plus long, et comme il augmente aussi de largeur, il se trouve tellement comprimé entre l'intesüin et la paroi du ventre, que sa cavité, de ronde qu’elle était auparavant, prend une forme ovale , outre qu'il fait sortir l'intestin de sa position ordinaire, et qu'il le comprime (4).
If. Changemens opérés dans le reste de l'organisme.
$ 347. Les changemens qui surviennent dans la matrice ne peuvent pas manquer d’exercer une influence notable sur l'état général de l'organisme. En effet, il se manifeste, au début de la grossesse , des incommodités dues à la nouvelle direction que prend l'activité vitale ($ 348), et, vers la fin, il en survient d'autres causées par le poids du produit de la conception, ainsi que par la distension de la matrice, qui s'empare de l’espace destiné aux autres organes ($ 350). Ces incommodités sont d'autant plus pénibles , que l’organisation est plus délicate, que la sensibilité prédomine davantage. Aussi sont-elles plus considérables à l'époque de la première grossesse, et affectent-elles alors davantage la'sensibilité , parce
(2) Bloch, Naturgeschichte der L'ische , t.1, p. 65.
(2) Lid., p. 80.
(8) Rathke, Beitræge zur Geschichte der Thierwelt, t, IV, p, 41, (4) Zbid., t, I, p. 26, 32.
que les modifications subies par l'activité vitale Sont une chose nouvelle et auparavant inconnue. Mais comme l’organisme féminin parvient à son but et satisfait à sa tendance en arrivant à l’état de grossesse , sa vitalité en général se trouve accrue à cette époque,! et sa santé par cela même affermie ; diverses maladies, qui avaient été incurables pendant des années , cessent d’elles-mêmes durant la grossesse ; cet état consolide la complexion des femmes d’un tempérament délicat, et en général celles qui ont été enceintes et qui ont mis des enfans au monde, atteignent un âge plus avancé que celles qui sont demeurées stériles. Nous voyons aussi l’activité vitale s'exalter chez les Oiseaux qui couvent ; car une lésion grave , par exemple un coup de feu à la tête, ne les tue pas sur-lechamp (1). |
L. La plasticité en général a plus d'énergie pendant le cours de la grossesse. La chlorose, les fièvres intermitientes, les affections cutanées , Sont fréquemment guéries par elle, la phihisie pulmonaire suspendue ou soulagée, le ramollissement des os diminué ou arrêté dans ses progrès.
Ac L’appétit augmente , et la digestion se fait bien, à part les incommodités de la première et de la dernière période.
2° L'hémaiose est abondante, même en prenant peu d'alimens; un état de pléthore s'établit, et on voit des femmes maigres acquérir une sorte d'embonpoint. Le sang lui-même devient plus riche en parties solides, notamment en fibrine , et 1l se couvre presque toujours d’une couenne inflammatoire, à sa sortie des veimes. On ignore encore si la diminution de la respiration et la cessation du flux menstruel le rendent plus chargé de carbone, et si le corps se débarrasse du superflu de cette dernière substance en la faisant servir à la nourriture du frai. La chaleur est accrue, le pouls plein, fort, plutôt lent que vite, et plus mou que dur. L’exaltation de Pactivité du système sanguin franchit aisément les limites de la santé, et occasione alors des battemens de cœur, avec anxiété, afflux du sang vers la tête, palpitation visible des! artères carotides et temporales, vertiges, bourdonnemens
(1) Faber, Üeber das Leben der Vægel, p, 458,
INGUBATION. 447
d'oreilles , trouble de la vue , saignement de nez ;’et autres hémorrhagies.
3° Les sécrétions prennent un autre caractère. Les enfans à la mamelle refusent souvent le sein de leur nourrice dès qu’elle est devenue enceinte. Une Chatte qui, sevrée depuis douze ans , avait contracté l'habitude de sucer les tétines toujours pleines d’une Chienne chargée d’embonpoint , cessa de le faire dès que celle-ci eut été fécondée (1). Il est moins Commun, et c’est un phénomène qui paraît plutôt se rattacher à une idiosyncrasie , que la transpiration cutanée prenne une odeur spécifique , ou que la perspiration pulmonaire devienne fétide, qu'il y ait polycholie, avecictère, vomissemens bilieux et diarrhée , que l'urine prenne une teinte rouge-foncé et cause de lardeur au passage, que des éruptions cutanées, des taches hépatiques ou des taches de rousseur, se manifestent, surtout au visage , qu'il survienne des taches noires sur la gorge, ou même que la peau entière se colore en noir, comme Camper, Bordeu et Valmont de Bomare en ont observé des cas (2), dans lesquels on peut admettre qu'il y avait prédominance anormale de carbone.
4° La nutrition acquiert plus d'activité. Certaines femmes prennent de l'embonpoint,non pas tant pendant qu'après la prossesse.On fait couvrir les Vaches pour les rendre plus grasses (3). C'est pendant la gestation que les Phoques sont le plus chargés de graisse. Les Oiseaux maigrissent pendant l'incubation. En général, la plasticité perd de son caractère d'égoisme, car elle se dirige surtout vers le développement de l'embryon. Chez les femmes enceintes qui n'ont pas encore terminé leur croissance, elle s'arrête ou cesse tout-à-fait (4), de même qu'un arbre fruitier ne croît pas tant que ses fruits mürissent, et ne Commence à pousser des bourgeons pour l’année suivante que quand la graine s’est développée an point de pouvoir germer dans la terre. De Ià vient que la
(4) Graaf, De mulierum org. generat. inservient. p. 93.
(2) Dict, des se: médic., t, XIX » D. 379.
(3) Carus, Zur Lehre von Schwangerschaft, 1.1, p. 22, . (4) Pott, Comm, de corporis femin. in gravid, mutationious D. 7,
régénération est bornée pendant la ‘#rossesse , qu’alors les plaies, les ulcères, les fractures guérissent plus diflicilement ou plus tard, ou ne guérissent pas du tout. De là vient sans doute aussi que le système épidermique ou le tissu corné se trouve quelquefois affecté. De même que, chez la plupart des Oiseaux qui couvent, les plumes du ventre et de la poitrine tombent (1), de même aussi les Mammifères perdent souvent leurs ongles , leurs poils et leurs cornes pendant la gestation (2). Il n'est pas rare que les dents, notamment les molaires , se carient chez les femmes enceintes. Une femme était attaquée, au second mois de chaque grossesse, d’une inflammation avec suppuration et carie à la phalange onguéale d’un des doigts, qui tombait au bout de quatre ou cinq semaines , après quoi la place se cicatrisait : elle perdit de cette manière, dans ses quatre premières grossesses, le bout du médius de l'indicateur, de l’auriculaire et du pouce de la main gauche ; et dans Îles trois suivantes, celui de l’indicateur, du petit doigt et du pouce de la main droite (3). Chez une Biche apprivoisée, qui portait un boïs, mais dont la peau de cette excroissance persistait, le tégument du bois se desséchait pendant la gestation, de manière que tous les poils tombaient, ce qui arrivait également au bois lui-même pendant la lactation (4). Le Monoculus pulex change de peau pendant l'incubation, mais le Monoculus castor interrompt alors sa mue (5). Les Couleuvres ne pondent point, mais couvent leurs œufs dans l’oviducte, lorsqu'on les empêche de faire peau neuve, en les pat d’eau (6).
5° La force plastique prenant sa direction principalement vers la matrice , elle ressent moins les impressions du dehors : les femmes enceintes sont la plupart du temps épargnées par le typhus et les autres maladies contagieuses. Mais les accoucheurs ont plus d’une fois remarqué que la surabondance
(4) Faber, Loc. ciît., p. 189.
(2) Reil, Archiv fuer die Physiologie , t. VIT, p. 457. (3) Stark, Archiv fuer die Geburtshuelfe, t. V, p. 404. (4) Neujahrsgeschenk fuer Jagdliebhaber, 4800, p, 9. (b) Jurine , Histoire des Monocles’, p. 417,
(6) Bulletin des se, médic., t. L, p. 27.
des eaux amniotiques (1), les positions vicieuses du fœtus et autres circonstances analogues se montraient parfois épidémiques pendant un certain laps de temps chez la majorité des femmes enceintes, quoiqu’on ne pût en découvrir la cause dans les influences générales du dehors.
IT. La sensibilité augmente, de sorte que la grossesse fait quelquefois cesser la céphalalgie chronique , l'hystérie, l’épilepsie, la mélancolie, la manie. Mais il n’est pas rare qu'une modification spécifique de cette sensibilité se manifeste par de bizarres idiosyncrasies , par des antipathies, par une disposition plus prononcée au magnétisme animal, etc. Cette altération va parfois jusqu’à la manie.
1° Le moral de la femme enceinte ne présente que de faibles indices du développement qu'il acquiert chez les animaux dont l'incubation s’accomplit à l'extérieur. En général, un sentiment de satisfaction règne dans l'âme des femmes enceintes : leur caractère devient plus sérieux, et l'amour qu'elles portent à leur fruit s’exprime par le soin plus minutieux qu'elles prennent de leur propre corps, parl’attention avec laquelle elles évitent les dangers. Les femelles des animaux semblent aussi être plus circonspectes et plus difficiles à prendre pendant la gestation. Au début de la grossesse , Ja femme en fait un mystère, dans lequel elle place son bonheur : mais, plus tard, lorsque son état devient visible, elle en témoigne un certain orgueil, qui s'allie très-bien à la pudeur. Elle aime davantage le père de son enfant, ou concoit de V’amour pour lui, si jusqu'aiors elle n’en avait point eu ; mais, par une singulière idiosyncrasie, il lui arrive quelquefois aussi de le prendre en aversion et de n'éprouver plus que de la répugnance pour les personnes qu'elle avait aimées jusqu'alors. Du reste, elle est peu disposée au mouvement et à tout ce qui exige des eflorts corporels; elle aime le repos et le sommeil plus que par le passé. En marchant, elle renverse un peu le baut le corps en arrière, afin de faire équilibre au ventre qui se développe en avant.
2° Dans l’incubation extérieure , accomplie par des actions
(1) Wigand, Die Geburt des Menschen, 1, D. 158. 1 20
Â5o INCUBATIOK.
volontaires, surtout chez les Oiseaux , le soin des œufs devient une affection si vive que la mère ne songe qu'à couver, oublie de chercher sa nourriture , maisrit , ne quitte son nid qu'à l'approche du plus grand danger, et quelquefois suit dans la captivité ses œufs enlevés par un ravisseur. En contemplant ses actions, nous sommes frappés de l'absurdité des opinions suivant lesquelles les Oiseaux ne couvent que pour se rafraîchir la peau par le contact des œufs, tandis qu'il est bien clair que, ceux-ci venant à s’échauller, la prolongation de l'incubation ne pourrait qu’accroïître encore la chaleur. L’affilux du sang vers les tégumens du bas-ventre , qui permet au penchant d'entrer en exercice, et au moyen duquel , par une connexion organique, ce penchant s’éveille et s'éteint, n’est donc qu'un moyen d'exécution ; l’immersion dans l’eau froide et les alimens rafraichissans diminuent l'instinct, tandis qu’une nourriture excitante et la chaleur extérieure le rendent plus actif; on détermine même les Chapons à couver, en leur arrachant les plumes du ventre, et les fouettant avec des orties. Les Céphalopodes ne consacrent pas moins de soins à leurs œufs, qui cependant éclosent dans l'eau, sans avoir aucune connexion avec le corps maternel. L'intimité des liens qui unissent la vie de la mère à l'existence de ses œufs, alors même que la première ne peut point agir d'une manière orsanique sur eux, rous est prouvée par l'exemple de l’Araignée-Loup, qui perd toute sa vivacité quand on lui enlève son sac à œufs ; viént-on à le lui rendre, elle s’en empare, et s'empresse de l'emporter, afin de l'attacher de nouveau à son corps (4). Chez les Oiseaux polygames, le mâle participe à lincubation, en ce sens au moins qu'il protége le nid et porte de la nourriture à la femelle ; quelquefois il se pose sur le nid quand cette dernière le quitte , et l’on a même des exemples de mâles qui ont continué de couver après la mort de leur femelle (2). Chez les Oiseaux monogames, les deux sexes couvent alternativement ; 1l paraît que le mâle choisit surtout le milieu du jour et de la nuit, tandis que la
(4) Smellie , Loc. cit., t. IT, p. 8.
(2) Kuhn, dans Der Naturforscher, 4, XVII, p, 224,
INCUBATION. 451 femelle préfère le matin et le soir (4). Les parties dénndées au bas-ventre existent chez les deux sexes, et il n'y a même que les mâles qui en offrent dans le genre Phalaropus (2). I a été observé aussi, mais à titre d'exception seulement, que des mâles polygynes s'emparaient d’un certain nombre d'œufs , pour les couver ; d'ordinaire , ils se montrent indifférens envers les œufs, où méme ils les brisent, parce que Fincubation gêne leurs plaisirs ; c’est pourquoi la Dinde, par exemple, cherche un lieu écarté pour couver , et se laisse plutôt mourir de faim que de quitter son nid.
ARTICLE II
Des changemens relatifs au temps.
$ 548. La grossesse de la femme se divise en trois périodes, qui , bien qu'ayant chacune un caractère différent , quant aux phénomènes essentiels, passent cependant de l’une à l’autre par des nuances insensibles , et dont on ne peut déterminer qu'approximativement la durée, attendu que l'acte de la gé— nération, comme la vie entière elle-même, n’est qu'un développement continuel dans lequel on chercherait en vain un type fixe et invariable , et qui ne se prête à aucun calcul rigoureux.
EX. Commencement de l’incubation.
I. La première période comprend dix semaines , ou le premier quart de la grossesse. Pendant sa durée, les deux extrémités de lPappareil génital, qui ont été les acteurs principaux durant la fécondation, possèdent encore un excès de vitalité, qui, peu à peu, se concentre sur l'organe intermédiaire , la matrice.
1° Les ovaires, dont la tuméfaction et la pléthore avait atteint leur plus haut degré à l’époque de la rupture d'une vésicule , un où deux jours environ après la fécondation ($ 299, 6°)
(4) Faber, Loc. cit,, p. 491, 2) Loc, cit., p, 138,
continuent de recevoir une plus grande quantité de sang pendant tout le temps nécessaire à leur cicatrisation ($ 300, 2°), et même quelques jours encore après, c’est-à-dire durant environ trois semaines. Un ou quelques jours après la fécondation , les oviductes commencent à entrer en turgescence ($ 328 ); ils reçoivent ensuite l'œuf , l’enveloppent d'un liquide albumineux, qu'ils sécrètent en abondance, et le conduisent vers la matrice , dans laquelle ils le déposent à peu près pendant la troisième semaine ($ 329, 2°), après quoi leur vitalité rentre dans ses limites ordinaires.
2 Si nous pouvons comparer l'ovaire fécondé à un organe affecté d’une manière spécifique par un principe contagieux , la sphère extérieure de l'appareil génital chez la femme doit être considérée comme la partie qui reçoit immédiatement l'impression de ce principe et qui entre la première en contact avec lui. En effet, on y remarque encore de la turgescence pendant les quatre premières semaines ; les grandes lèvres, et surtout les nymphes, sont pleines, épaisses, rouges, gorgées de sang et chaudes ; la vulve est béante, le vagin plus mou, plus ample et plus chaud qu'auparavant.
3° La matrice entre en turgescence de très-bonne heure, et avant que l'œuf soit parvenu dans son intérieur (4). Pendant les premiers quinze jours se développe la membrane nidulante, qui, dans le cours de la troisième semaine à peu près, reçoit l'œuf en se renversant sur elle-même. C’est de la sixième à la huitième semaine que la partie renversée possède le plus de vitalité, tandis que la portion extérieure commence déjà à perdre de la sienne. Vers la neuvième semaine environ se forme le placenta, à l'apparition duquel la membrane caduque s’affaiblit et reçoit moins de liquides. La matrice se distend alors dans toutes ses directions, et elle acquiert enfin une longueur d'environ quatre pouces , sur une largeur de trois à peu près. Les faces internes de ses parois, qui jusqu'alors étaient courbes seulement, deviennent concaves, en sorte que sa cavité s'agrandit et s’arrondlit.
(A) Ruvsch, Thes, anatom, , thes. VI, 65, 32. — Harvey, loc. cit, p. 307.— Wolstein, Ueber das Paaren der Menschen, 1, UT, p. 854
Lo En $e développant ainsi, la matrice descend de plus en plus dans le petit bassin, de sorte que c’est pendant la dixième semaine qu'elle est située le plus bas. Aussi la région hypogastrique est-elle plus aplatie qu'auparavant et même presque enfoncée , le vagin plus court et parfois garni de rides transversales , l’orifice de la matrice plus rapproché de la vulve. Cette descente est évidemment le résultat de la congestion et de la turgescence, puisqu'elle a lieu aussi, quoiqu’à un moindre degré , non seulement pendant la menstruation ($ 164, 1°), mais encore vers le soir, quand la femme s’est livrée à des travaux pénibles pendant la journée (1). Cependant le mécanisme en vertu duquel elle s'opère n’est point encore bien connu ; car la plus grande surface que le fond de la matrice présente aux viscères (2) ne suffit pas pour expliquer le phénomène.
bo La portion de la matrice qui fait saillie dans l’intérieur du vagin est plus chaude et moins facile à déplacer qu’à l'ordinaire ; on a plus de peine à la faire changer de situation et à la soulever, parce que laturgescence des vaisseaux et le sonflement de l'utérus la rendent moins mobile dans l’espace, devenu ainsi - plusétroit, qu'elle occupe. En introduisant le doigt dans la rainure qui sépare le col du vagin, on sent une partie du corps de la matrice, vers la fin de cette période, parce que l’organe s’est déjà étendu un peu en largeur; le col aussi est déjà un peu plus court, et élargi à sa partie supérieure, de manière qu'il commence à n’y plus faire qu’une cavité commune avec le corps. Les lèvres de l'ouverture se renflent un peu et prennent l’apparence de bourrelets ; elles sont ramollies aussi à leur surface. Vers la fin de la période, la lèvre postérieure se développe davantage, de sorte que sa longueur devient égale à celle de l’antérieure, qui jusque-là l'avait dépassée. La fente transversale se convertit, surtout pendant la première grossesse, en une petite ouverture à bord circulaire et lisse, tandis qu'après des grossesses répétées, elle est un peu plus grande et tuberculeuse à son pourtour. Du reste, la matrice
(4) Haller, Elem, phys., t. VII, :P. IT, p. 53. (2) Burns, L'he anatomy of the gravid uterus, p. 45.
454 INGUBATION.
est close par le mucus gélatiniforme qui se sécrète de trèsbonne heure dans son col.
6° Les scins deviennent un peu plus saillans, plus pleins et plus rénitens ; les mamelons s’allongent ; les aréoles prennent une teinte plus foncée, de rouge sale ou de brun ; les vaisseaux Sangçuins quis’y rendent regorgent de sang; les Iymphatiques se développent un peu aussi, et les glandes axillaires se tuméfieut quelquefois. En même temps, les seins deviennent plus sensibles , ét certaines femmes y éprouvent de la ten- ‘sion, des picotemens et des chatouillemens.
IL. La formation d'un fruit est jusqu'à un certain point une scission de la vie en deux vies individuelles. Durant la première période, pendant le cours de laquelle le nouvel individu se détache de l'organisme qui Va produit, et une vie indépendante commence à s'établir au dedans d’une autre, la vie de la mère doit éprouver une secousse qui retentit jusque dans ses replis les plus cachés; elle doit être affectée comme par l'action d'une puissance étrangère. Aussi, indépendamment des sensations qui accompagnent la fécondation elle-même ($ 297), survient-1l des symptômes sympathiques qui dépendent d'une perversion de la sensibilité, et qui, par conséquent; s’annoncent non seulement pur des phénomènes très-variables en raison des individualités, mais encore par une grande versattité sans cause apparente chez un même individu. Ces phénomènes manquent souvent ; ils sont au moins peu prononcés chez les femmes douées d'une bonne santé et d’une constitulion normale ; lorsqu'ils acquièrent une certaine intensité ; ils se rapprochent de l’état morbide, et supposent déjà que la sensibilté est sortie de son assiette ordinaire. On range parmi eux l'agitation, le malaise, la mauvaise humeur, la versatilité du caractère, la susceptibilité, les caprices, Ia mélancolie , la propensionaux syncopes, les vertiges, les maux de tête, les douleurs de dents , l'agitation pendant le sommeil , les bâillemens, Fabattement et la perte de l'éclat des yeux , le resserrement des pupilles, les bourdonnemens d'oreilles, la dureté de l'ouïe. Quolquefois on observe les plus singulières idiosyncrasies par rapport aux sens de l'odorat et du goût. Certaines femmes éprouvent de la répugnance pour les
INCUBATION. | 455 odeurs qui leur plaisaient le plus, recherchent celles qu'elles ne pouvaient souffrir, et sont tellement affectées par d'autres qui leur avaient été indifférentes jusqu'alors, qu’elles tombent en défaillance. Quelques unes ont du dégoût pour des alimens qui flattaient leur sensualité, et surtout, d’après la remarque d'Ostander (1), pour ceux qu’ellesont pris peu de temps avant la fécondation, qui se trouvaient encore alors dans leur estomac; ou bien elles ont envie de choses qui leur avaient toujours répugné , comme de harengs, d'eau-de-vie ou autres semblables ; ou enfin elles mangent avec délices des substances incapables de les nourrir et dégoûtantes, telles que de la chaux, du plâtre, de la tourbe, de la cire à cacheter, du charbon, de ia suie, de da cendre , du linge, de la soie, du cuir, des cheveux, des araignées, des lézards, etc., et ces substances leur font presque toujours du bien, tandis que, quand on les leur refuse, elles éprouvent des accidens nerveux, de l'anxiété, des spasmes, des syncopes (2). Si ces phénomènes, qui confinent-à l’hystérie, sont assez rares, le dégoût, les nausées et les vomissemens sont, au contraire, des accidens très-communs, qui commencent la plupart du temps huit jours après la fécondation, surviennent le matin surtout, et cessent ou diminuent vers la fin de la première période. Suivant Roose (3), 1ls dépendent d’un afflux plus considérable du sang vers l'estomac , circonstance à l'appui de laquelie d’Outrepont fait valoir l'utilité bien connue des saisnées et des sangsues. Les vomissemens ne consistent nresque jamais qu’en un suc gastrique clair et limpide ; souvent les boissons favorites, le café par exemple, sont ce qui détermine surtout les envies de vomir, tandis que l'estomac supporte fort bien des alimens moins recherchés, du pain sec, des pommes de terre, etc. Quelquefois il survient de la soif, de la chaleur le long de l'œsophage, ou un flux de salive épaisse, ou des rapports acides et nidoreux. Dans certains cas , la thyroïde se tuméfie, ou le timbre de la voix change. Fréquemment le teint perd sa fraîcheur, les
(4) Wagner, Comm. de fœminarum in graviditate mutationibus, p. 50. (2) Vogel, dans Rust, Magazin fuer die gesammte Heilkunde, t. XIT,
.… (8) Neue Zeitschrift fuer Geburiskunde, 4, IV, p. 287.
joues palissent ou se couvrent d’une rougeur circonscrite, les paupières se flétrissent, s’affaissent et prennent une teinte jaunâtre ou bleuâtre ; parfois il monte des bouffées de chaleur au visage, au cou et à la poitrine, qui rougissent alors. Souvent, durant la seconde moitié de cette période, la pression que la matrice exerce sur la vessie, en s’enfonçant dans le petit bassin et se développant surtout par sa face antérieure, détermine des envies fréquentes d’uriner, qui se font principalement sentir le matin à la sortie du lit, parce que la recutude du corps accroît alors la pression, ou même la détermine et la rend quelquefois douloureuse. On voit des femmes chez lesquelles l'urine change d'aspect et devient claire comme de l'eau, ou citrine, avec un nuage blanchâtre , ou trouble et épaisse, avec un sédiment pulvérulent.
II, Milieu de l’incubation.
& 349. La seconde période de la grossesse s’étend à peu près depuis la onzième jusqu’à la trentième semaine , ou depuis le milieu du troisième mois lunaire jusqu'à la fin du huiuème : elle se caractérise par les progrès toujours croissans de la formation qui a lieu dans l’intérieur ; l’exaltation de la vitalité se concentre sur la matrice, et la femme n’éprouve presque plus d'incommodités, tant parce que les accidens sympathiques qu’avaient déterminés les effets de la première impression produite par la formation nouvelle se sont dissipés, que parce que les changemens mécaniques qui occasionent les malaises de la période suivante ne sont pas encore arrivés au point de pouvoir causer une grande gêne. Les parties essentielles de l'œuf et de l'embryon sont formées, et le développement, qui marche sans s'arrêter, prend un caractère qui se rapproche davantage de celui d'une simple et calme nutrition. Le placenta acquiert alors son plus haut desré de développement, et le fruit, comme tel, étant parvenu au point culminant de sa vie, loin de porter préjudice à celle de la mère, agit au contraire d’une manière favorable sur elle, comme nous l'avons fait voir précédemment ($ 347). Nous pourrions dire que c’est ici la période de la grossesse pure,
le fruit étant alors tout fruit, et rien de plus. Aussi la plupart des femmes se trouvent-elles parfaitement bien à cette époque dela gestation, et plus d’une qui avait d’abord maigri, reprend-elle de l’'embonpoint. L’ampliation de la matrice devient de plus en plus uniforme : cet organe continue toujours à se développer vers le bas; son col devient peu à peu plus mou, plus lâche, plus spongieux ; sa cavité s’agrandit et se confond de plus en plus avec la cavité commune , de sorte que la portion saillante dans le vagin se raccourcit de jour en jour; sa longueur n’est plus que de neuf lignes au sixième mois, de six au septième, et de quatre seulement au huitième ; en même temps la partie supérieure du vagin se dilate un peu. L’orifice extérieur de la matrice s’arrondit de plus en plus, et représente une fossetie infundibuliforme. À mesure que l'organe augmente d'épaisseur et de largeur, il est forcé de sortir du petit bassin et de pénétrer dans le grand, de manière que son col agrandi finit par reposer sur le détroit du petit. Cette ascension, durant laquelle la matrice se place plus obliquement et de côté, avec son fond tourné en haut, en avant et à droite, allonge le vagin, en efface les plis transversaux, fait remonter peu à peu le museau de tanche, et distend de plus en plus le bas-ventre par devant. Vers la fin du troisième mois, la matrice a environ quatre pouces et neuf lignes de long, sur trois pouces et neuf lignes de large, et son fond repose immédiatement sur la symphyse pubienne. À quatre mois, sa longueur est d'à peu près cinq pouces neuf lignes, sa largeur de quatre pouces neuf lignes, et elle dépasse d’un pouce l’arcade du pubis. À six mois, elle a neuf pouces de long, sur six pouces neuf lignes de large, et elle arrive à l'ombilic, dont les plis inférieurs disparaissent. À sept mois, sa longueur est de neuf pouces six lignes, et sa largeur de six pouces neuf lignes ; elle monte au dessus de l’ombilic, alors devenu tout-àfait plat. À huit mois, elle a dix pouces six lignes de long, sur sept de large , et son sommet correspond entre l’ombilic et le creux de l'estomac. C'est vers la fin du cinquième mois que l'embryon commence à se faire sentir, par ses mouvemens. Au septième mois, on sent sa tête, qui repose sur l’orifice de la matrice, et au huitième, on peut déjà distinguer plusieurs de
ses parties à travers les parois distendues du bâs-ventre. À cette époque la vie semble se retirer des parties génitales externes ; les grandes lèvres perdent leur turgescence et leur chaleur, le vagin ne sécrète pas beaucoup de mucus , mais sa partie supérieure reste chaude et molle , ainsi que les lèvres du museau de tanche. Les seins continuent de se développer, et finissent par laisser échapper, lorsqu'on les comprime , un ptu de sérosité analogue à du petit-lait.
EIYX. Fin de l’incuhation.
$ 350. Pendant la troisième période ou le dernier quart de la grossesse, la mère et le fruit se préparent à se séparer l’un de l’autre. Le fœtus marche à l'indépendance , la vitalité de ses organes embryonnaires faiblit peu à peu, l'espace qui le renferme devient trop resserré pour lui, et sa vie individuelle cause à celle de la mère une géne qui s'annonce par l’altération des traits pendant les dernières semaines. La distension de la matrice, parvenue alors au plus haut point, détermine des incommodités diverses, et comme cet organe fait ses préparatifs pour l'acte de la parturition, l’exaltation vitale dont il devient le siége se propage aussi à la sphère extérieure des organes génitaux (1).
I. Examinons d'abord ce qui arrive dans les organes de la génération.
1° Au neuvième mois, la matrice, qui n'a pas cessé un seul instant de se développer, et qui par cela même a continué toujours de monter, atteint jusqu'à la région du creux de lestomac, qu’elle aplatit, ou même rend proéminente , tandis que son orifice est fort élevé dans le bassin, où on le trouve fort en arrière et la plupart du temps un peu à gauche, en même temps que le vagin est devenu très-long. Au dixième mois, la matrice, distendue autant que possible, a douze pouces de long , sur neuf de large, et forme une cavité ovoïde, attendu que son col ne constitue plus une partie distincte, et qu'il finit même par n'être indiqué que par un rebord mince, mou et renflé. |
(1) Mme Boivin et A. Dugès , Traité pratique des maladies de l'utérus, t. I, p. 33,
2° Dans cet état, la matrice descend, de manière que son fond se retrouve entre l'ombilic et le creux de l'estomac, comme au huitième mois, mais que son orifice vient à être situé plus bas encore que pendant la dixième semaine : la région épigastrique s’aplatit de nouveau, la tuméfaction du bas-ventre augmente encore, le vagin se raccourcit etse plisse en travers. Le segment de sphère inférieur de la matrice s'engage dans le détroit du petit bassin , et comme ses parois sont devenues plus molles et un peu plus minces, elles permettent de sentir la tête du fœtus, comme aussi le bout du doigt arrive jusqu’à l'œuf à travers l’orifice, qui ne s'ouvre qu'à cette époque chez les primipares, mais dont l'ouverture à eu lieu un peu plus tôt chez les femmes qui ont eu déjà plusieurs grossesses. (
3° L’abaissement de la matrice est dû en partie à des causes mécaniques ; car le col ramolli et distendu ne peut plus soutenir le poids considérablement accru de l'organe, et lamincissement des parois du segment inférieur de ce dernier fait qu'elles s’affaissent en quelque sorte sur elles-mêmes. Mais, d'un autre côté, l’activité vitale paraît contribuer aussi à cette dépression; car on observe alors, comme pendant le premier mois , une congestion sanguine vers la sphère extérieure des organes génitaux : le vagin est dilaté, chaud et mou, il sécrête beaucoup de mucosités, et les lèvres , tant grandes que petites, sont gonflées, gorgées de sang, chaudes et rouges.
4° Les seins continuent toujours de se tuméfier, et deviennent même quelquefois douloureux. Les vaisseaux lactifères roulent sous les doigts, comme des filamens , et un liquide lactescent s'échappe de temps en temps, soit de lui-même, soit par la pression ou la succion.
IL. Les effets mécaniques de la distension de l'utérus, qui se manifestent surtout à cette époque, ne consistent la plupart du temps qu'en des incommodités passagères, et il ne survient pas de trouble proprement dit dans la santé , tant parce que la distension a lieu d’une manière lente et progressive , que parce que l’organisation tout entière ‘de la femme est calculée en conséquence. D'ailleurs, à plus de douceur ($197, 1°), la femme joint encore une patience plus
grande ($ 198, 3°), que les incommodités ordinaires de la menstruation lui fournissent des occasions fréquentes d’exercer, et qui peut d'autant mieux se déployer ici que la tendance prédominante chez le sexe féminin (6157, 241) se trouve satisfaite pendant la grossesse.
1° Les parties du corps de la femme ayant plus de mollesse et de flexibilité ($ 185), elles cèdent sans peine à la pression exercée par la matrice ; les parois de l’abdomen se laissent aisément distendre au point de n’avoir plus qu’à peine trois lignes d'épaisseur (1), et les veines dilatées s’aperçoivent à travers leur tissu, comme autant de cordons d'une teinte sale. IL est extrêmement rare que l'anneau de l'ombilic s'agrandisse, et donne lieu ainsi à une hernie ombilicale.
2° Le bas-ventre ayant plus de capacité (S 158), et les organes digestifs moins de volume ($ 177, 1e), ces derniers sont, proportion gardée, moins troublés dans leurs fonctions. Le foie est refoulé de bas en haut, et l'estomac reporté vers le diaphragme , ce qui fait qu'il acquiert une direction plus horizontale, et que sa grande courbure se porte en avant (2). 1l résulte de là un peu de gêne après les repas, et parfois aussi des vomissemens ; mais les inconvéniens seraient bien autrement graves , si les hypochondres et la région épigastrique avaient moins de mollesse et d’extensibilité (8 178, 11°). Le paquet intestinal est rejeté sur les côtés et en arrière, et le colon transverse obligé de se porter plus haut; la pression exercée sur le colon et le rectum occasione fréquemment la constipation; mais l'énergie musculaire moins considérable de l'intestin ($ 177, 2°) rend déjà la femme plus sujette que l'homme à cet accident, qui a d’ailleurs des suites moins graves chez elle , parce que les parois du ventre ‘cèdent davantage, et que les vaisseaux lymphatiques agissent avec plus de force.
3° L’ampleur du bassin ($ 161), la petitesse de la vessie et le peu d’abondance de la sécrétion animale ($ 181), font que la vessie souffre moins de la pression : la femme enceinte
(2) Schlegel , Sylloge operum minorum præstantiorum ad artem obstetritiam spectantium , t, IL, p, 267.
2 (2) Jbid., t, IE, p. 59.
éprouve seulement des envies d’uriner plus fréquentes , mais elle est rarement atteinte de rétention d'urine.
4° L'ampliation de la matrice refoule le diaphragme en haut et l'empêche de s'abaisser; mais comme ce muscle est primordialement situé plus haut et moins actif chez la femme (S 178, 5°); comme en outre la mobilité plus grande des côtes ($ 178, 1°, 3°) et du sternum (8178, 4o, 9°) permet à la respiration de s’effectuer davantage par la dilatation hori- Zontale de la poitrine ($ 478, 13°); comme enfin la matrice ne comprime guère que la partie antérieure du diaphragme, et que la partie postérieure de la poitrine, dans laquelle les poumons se trouvent refoulés par-là, a plus d'ampleur chez la femme, la respiration éprouve proportionnellement peu de gêne. D'ailleurs, quand bien même elle deviendrait plus faible, plus courte, et par conséquent plus fréquente, la femme en souflrirait peu, parce que le besoin de la r'espiration est, en général, moins impérieux chez elle ($ 478, 8°).
5° La pression sur les troncs veineux du bassin occasione souvent des varices aux jambes et des maux de reins, plus rarement, et seulement lorsqu'il y a une prédisposition spéciale, des hémorrhoïdes. La compression des plexus lymphatiques détermine aussi parfois un gonflement œdémateux des mem: bres inférieurs ou des grandes lèvres. La pression sur la veine cave inférieure amène , chez certaines femmes, des irrégularités de la circulation, le gonflement des veines du cou, des battemens de cœur , l'anxiété et l’insomnie ; mais la dilatabiltté plus grande des vaisseaux ($ 180, 1e), et l'habitude des variations de la circulation ($ 180, 2°), diminuent les inconvéniens qui pourraient résulter de ces divers effets. Au reste, la matrice distendue par le produit de la conception est tellement molle, qu’elle cède à toute pression un peu forte, pour s'agrandir dans les points où elle rencontre moins de résistance, et, en effet, on aperçoit sur elle des traces qu'y laissent les troncs vasculaires, de sorte qu’en général ceux-ci ne doivent pas éprouver une compression bien considérable de sa part. Suivant Mavvfell (1), le pouls est accéléré pendant
() Froriep , Notisen, t. XXXIX, p. 5S.
les deux derniers mois de la grossesse, et l’on compte alors plus de cent pulsations par minute.
6° Les mouvemens des femmes enceintes sont plus difficiles : la pression que la matrice exerce, chez elles, sur les plexus nerveux du bassin, détermine de la douleur, une sensation d’engourdissement et de fourmillement dans les cuisses, qui se meuvent avec difliculté. Comme la femme a, en général, moins de force musculaire, et qu’elle n’est point organiste pour les grands déploiemens d'énergie physique ($ 490), ces circonstances entraînent des changemens assez peu prononcés dans ses habitudes. La tuméfaction du bas-ventre fait acquérir un excès de poids à la partie antérieure du corps, qui, par compensation, est oblisé de s’arquer en arrière ; mais la situation des cavités cotyloïdes ($ 194, 2°, 4°) et la puissance des muscles lombaires (191, Ile) + Bertin de prendre cette disposition.