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chapitre 1er. — Développement de l’électricité

§ 77. — Tout le monde sait que l’électricité par frottement se développe très facilement dans un grand ombre de corps d’origine organique. Le galvanisme ou l’électricité par contact ne résulte pas simplement du contact de métaux hétérogènes ; beaucoup d’autres matières, en particulier le carbone et le graphite, peuvent, d’après les recherches d’Alex, de Humboldt et de Pfalï , remplacer les métaux électromoteurs; et même des substances animales différentes unies par des corps conducteurs agissent, mais à un plus faible degré, tout comme des métaux hétérogènes. On aurait donc tout-à-fait tort de s’imaginer que l’on ne doit rechercher les causes de l’électricité galvanique que dans les propriétés des métaux d’espèce différente. Seebeck a découvert que deux barres de métal, chauffées à des degrés différents et placées l’une contre l’autre deviennent électriques. Bien plus, il a observé qu’une simple barre métallique, chauffée inégalement à ses deux extrémités, développe de l’électricité galvanique. Par conséquent, hétérogénéité des parties qui se trouvent en contact, d’où résulte la séparation de l’électricité neutre qui existe dans tous les corps , en électricité positive et en électricité négative , ou la rupture de l’équilibre du fluide électrique , et connexion des parties hétérogènes par un corps conducteur , voilà les conditions les plus générales nécessaires à la production du galvanisme. Des phénomènes galvaniques se développent également dans des parties animales, lorsque ces conditions indispensables se trouvent réunies.

§ 78. — Alex, de Humboldt a découvert que l’on peut déterminer de faibles contractions dans la cuisse d’une Grenouille, en touchant à la fois le nerf et le muscle avec un lambeau frais de chair musculaire. Ce phénomène est, à la vérité, au nombre des résultats les plus rares que donnent les expériences galvaniques; mais j’ai répété fort souvent cette épreuve et j’ai vérifié l’exactitude de l’assertion de Humboldt. Buntzen a même construit une faible pile galvanique avec des couches alternatives de muscle et de nerf. D’après Prévost et Dumas, une simple chaîne composée d’un métal homogène, de chair musculaire fraîche et d’eau salée ou de sang , agit sur le galvanomètre. Si, après avoir attaché des plateaux de platine aux conducteurs du galvanomètre , on place sur l’un de ces plateaux un morceau de muscle frais du poids de quelques onces, et qu’ensuite on plonge les conducteurs dans du sang ou dans une dissolution

saline, on observe une déviation de l’aiguille de l’instrument. Quand on attache à l’un des conducteurs une lame de platine trempée dans du chlorure d’ammoniaque ou de l’acide nitrique, puis à l’autre conducteur un morceau de nerf, de muscle ou de cerveau, la même déviation de l’aiguille se produit , à l’instant où l’on fait communiquer les deux conducteurs (1).

Kæmtz (2) a fait voir que l’on peut construire des piles sèches avec des substances organiques , et sans employer aucune espèce de métal. Des dissolutions concentrées de matières organiques furent étendues sur du papier mince, et l’on construisit des piles avec des disques de ce papier, de telle façon que les deux couches de substances différentes fussent séparées l’une de l’autre par deux épaisseurs de papier. L’électricité développée par ces piles fut éprouvée à l’aide de l’électromètre de Bohnenberger. Ainsi, on s’assura que la

Soude est positive par rapport à la Graisse de Mouton.

Levure . Sucre de canne.

Levure . Sel commun.

Levure . Sucre de lait.

Huile de lin . Sucre.

Huile de lin . Cire blanche.

Fécule . Gomme.

Gomme . Salep.

Gomme . Mucilage de gomme adragant.

Gomme . Semences de lycopode.

Blanc d’œuf . Gomme.

Blanc d’œuf . Sang de Bœuf.

Sang de Bœuf . Extrait de belladonne.

Sang de Bœuf . Fécule.

article Ier. — Organes électriques de quelques Poissons.

S 79. — Les Poissons électriques ne paraissent plus des animaux aussi merveilleux, quand on connait les faits qui précèdent. Cependant cette faculté d’opérer des décharges électriques cesse avec la vie de ces animaux, ou lorsque l’influence nerveuse a éprouvé quelque trouble. Parmi les Raies , la famille des Torpilles, Torpedines , est électrique : elle comprend les genres Torpedo , Narcine , Aslrapc , Temera. Au premier genre, ou au genre Torpédo appartiennent les deux Raies électriques des mers du midi de l’Europe, la Torpedo oculata et la Torpedo marmorata. 11 n’y a pas d’espèce électrique parmi les Rhinobates ; car l’existence du prétendu Rhinobates eleclricus ne repose que sur ce qu’on a pris pour une espèce distincte la Raie électrique du Brésil, Narcine brasiliensis. Les autres Poissons électriques sont l’Anguille de Surinam , Gymnotus eleclricus , qui se trouve dans plusieurs fleuves de l’Amérique du sud ; le Silurus eleclricus ou Malaplcrurus eleclricus que l’on rencontre dans le Nil et le Sénégal. Quant au Telrodon eleclricus de Patterson , aucun naturaliste ne l’a revu. J’ai examiné plusieurs Tetrodon à museau alongé comme celui du prétendu Telrodon eleclricus ; mais je n’y ai trouvé aucune trace d’organes électriques. L’existence du Trichiurus elcc~ tricus est tout-à-fait douteuse.

S 80. — Les organes électriques des Raies électriques sont situésauxdeux côtés de la tête et des branchies. Us consistent en un certain nombre deprismes à cinq ou six pans, placés perpendiculairement les uns à côté des autres, et occupant en ce

(1) Magendie , Journal de Physiologie, ni. — (‘2) Scuweigger’s Journ., 5G, 1.

point toute l’épaisseur du Poisson/ Chaque prisme forme un tube à parois membraneuses minces, est entouré de nerfs et de vaisseaux , et contient un grand nombre (cent cinquante environ) de lamelles excessivement fines, rangées transversalement et parallèlement l’une au-dessus de l’autre. Un fluide gélatineux remplit l’intervalle de ces lamelles. Chacun des nerfs vagues, après avoir fourni des rameaux aux branchies, donne trois fortes branches aux organes électriques. En outre, une branche de la cinquième paire se distribue à la partie antérieure de cet appareil (1).

D’après les recherches exactes de Rudolphi, les organes électriques de l’Anguille de Surinam, Gymnotus electricus , et du Silurus eleclricus sont placés de chaque côté du corps et s’étendent depuis la tête jusqu’à la queue. Ils sont doubles de chaque côté; l’un est superficiel, l’autre est situé plus profondément, et entre eux deux il existe une cloison, et même des muscles chez le Gymnatus electricus. Chez ce dernier , l’organe électrique est formé par des membranes horizontales qui s’étendent dans toute la longueur du Poisson et sont distantes les unes des autres d’un tiers de ligne. Entre ces membranes longitudinales se trouvent des cloisons perpendiculaires dirigées de dedans en dehors : dans leur intervalle on observe un fluide particulier. Le plus petit et le plus profondément situé de ces organes olfre encore des divisions plus petites. Deux cent vingt-quatre nerfs intercostaux descendent au côté interne de l’organe et distribuent des branches à chaque couche, tandis que les extrémités plus déliées de ces mêmes nerfs vont se rendre à la peau du Poisson en passant au-dessous du petit organe. Un nerf composé de branches de la cinquième paire et de la paire vague marche superficiellement pour se porter aux muscles du dos, et n’envoie aucun rameau à l’organe électrique (2).

Chez le Silurus electricus , comme l’a fait voir Rudolphi, il existe aussi deux appareils électriques de chaque côté du corps. Je vais les décrire, tant d’après les observations de Rudolphi que d’après les miennes propres. Les deux organes sont séparés par une membrane aponévrotique. L’externe est situé superficiellement sous la peau ; l’interne est placé immédiatement sur la couche musculaire. Les nerfs de l’organe externe proviennent de la paire vague , qui marche sous l’aponévrose intermédiaire et dont les branches perforent cette membrane pour se rendre à l’appareil externe. Les nerfs de l’organe interne viennent des nerfs intercostaux et sont extrêmement déliés. L’appareil externe consiste en cellules rhomboidales que l’on ne peut étudier qu’à l’aide de la loupe; l’interne parait aussi être composé de cellules. Rudolphi donne le nom de substance floconneuse à la substance de l’organe interne (3).

S 81. — Les effets produits par les Poissons électriques sur les animaux sont parfaitement analogues aux décharges électriques. Le choc que détermine la Torpille, lorsqu’on la touche avec la main , s’étend jusqu’à l’avant-bras. Le Gymnote, au contraire, peut attaquer et paralyser le Cheval lui-même , comme Alex, de Humboldt l’a si admirablement décrit (4). Il établit que l’électricité développée par la Torpille et par l’Anguille de Surinam qui seules, parmi les Poissons électriques, ont été l’objet d’investigalions minutieuses, se comporte comme l’électricité développée artificiellement dans les autres corps. Ainsi, les corps isolants de l’électricité ne transmettent pas la force électrique de l’organe, et les corps conducteurs , comme les métaux, l’eau, etc. , la transmettent , au

(1) Hunter. Philos. Transac., 1773, p. 2, tab. 20. — (2) Rudolphi, dans les Abhandlungen der Academie zu Berlin, 1820, 1821 et 1824. — (3) Rudolphi, dans Abhandlungen der Academie zu Berlin, 1824. — (4) A.-V. Humdoldt , Ansichten der Natur.

contraire, parfaitement. Enfin, le choc se propage à travers une chaîne de personnes, lorsque les deux extrémités de cette chaîne se mettent simultanément en contact avec le Poisson. Walsha même réussi à tirer un étincelle électrique de l’Anguille de Surinam , en conduisant la décharge à l’aide d’une bandelette d’étain collée sur une plaque de verre et présentant une interruption de continuité dans son milieu (1). Fahlenberg a répété celte expérience avec le même succès, pendant que le Poisson était exposé à l’air (2). Dans la Guyane, Guisan a exécuté avec soin une série d’expériences sur l’Anguille électrique et a obtenu plusieurs fois des phénomènes lumineux (3). Tout récemment, Faraday est parvenu au même résultat dans les essais auxquels il s’est livré à Londres (4). Dernièrement, enfin, Linari et Matteuci ont réussi à tirer une étincelle électrique de la Torpille elle-même.

J. Davyestle premier observateur qui, en se servant du galvanomètre, ait obtenu un résultat décisif, et fait voir que les organes électriques de la Torpille exerçaient une action sur cet instrument (5\ 11 est même parvenu à décomposer l’eau. Un des réactifs les plus sensibles à l’électricité dont on puisse se servir ici comme dans les autres expériences , est une masse gélatineuse que l’on obtient en ajoutant de l’amidon en poudre à une solution saturée ou presque saturée d’iodure de potassium. Une simple pile formée par un fil de cuivre et un fil de zinc avec des acides extrêmement affaiblis suffit pour opérer dans ce mélange une précipitation d’iodure d’amidon. Faraday a exécuté des expériences analogues avec le galvanomètre etl’iodure de potassium.

S 82. - Le pouvoir de produire la décharge est tout-à-fail volontaire et se lie à l’intégrité des nerfs de l’organe électrique. Les Poissons électriques auxquels on a enlevé le cœur peuvent encore , pendant longtemps , produire des chocs : mais la destruction du cerveau ou la section des nerfs qui se rendent aux organes électriques anéantissent cette faculté. La destruction de l’appareil électrique d’un côté n’abolit pas l’action de son congénère. Aussi, tous les observateurs ont reconnu qu’il ne se fait pas une décharge électrique toutes les fois que l’on touche l’animal, mais qu’elle dépend exclusivement de sa volonté, de sorte qu’il est souvent nécessaire de l’irriter auparavant. Le Poisson n’exerce aucune influence sur la direction de la décharge. 11 semble être lui-même presque insensible aux chocs. En effet, chez l’Anguille de Surinam , on ne remarque au moment de la décharge aucune espèce de mouvement du corps de l’animal : chez la Torpille, il ne se produit qu’un léger mouvement des nageoires pectorales. Ces mêmes Poissons sont, en revanche, très-sensibles au stimulus galvanique artificiel, quand on l’applique sur une plaie préalablement faite à leur corps. D’un autre côté , le Gymnote n’éprouve aucun mouvement spasmodique , lorsqu’il reçoit la décharge d’un autre Gymnote. C’est du moins ce qu’a observé A. de Humboldt.

Si l’animal se trouve disposé à opérer une décharge, on en ressent le choc , soit que l’on touche avec un seul doigt une seule surface de l’organe, soit que l’on empoigne avec les deux mains les deux surfaces supérieure et inférieure. Daas les deux cas, il importe peu que la personne qui touche le Poisson soit isolée ou non.

La Torpille et le Gymnote se ressemblent sous beaucoup de rapports, mais pourtant ils différent sous quelques autres Gay-Lussac et de Humboldt ont signalé quelques différences intéressantes. Quand on touche la Torpille, même avec un

(1) Journ. de Phys., 1776, oct. 331. — (2) Vel enslc. Acad. Ahhandl., 1801. u, p. 122. — (5) Guisan . De Gymnoto electrico. Tübing, 1819. — (4) Philos. Transact., 1839, p. 1; ForiePs Not. 1839. no 359. — (5) Philos. Transacl., 1834, p. 2.

seul doigt, la décharge s’effectue, que l’on soit isolé ou non. Mais lorsqu’on est isolé, il faut que le co'ntact soit immédiat ; car si l’on se contenle de toucher la Torpille avec un morceau de métal que l’on lient à la main, on n’éprouve aucun choc, tandis que le Gymnote transmet ses décharges à travers une barre de fer de plusieurs pieds de longueur. Lorsqu’on place une Torpille sur un plateau métallique très-mince, la main qui tient le plateau ne perçoit pas de choc, lors même que le Poisson est irrité par une autre personne isolée , et quoique les mouvements spasmodiques des nageoires pectorales indiquent que le Poisson opère deviolentes décharges. Mais si, après avoir placé la Torpille sur le plateau de mêlai, comme tout à l’heure, on tient le plateau d’une main, pendant que de l’autre on touche la surface supérieure de l’animal, on éprouve alors une violente secousse dans les deux bras. La sensation est la même, quand le Poisson est placé entre deux plateaux métalliques et quand ensuite on applique simultanément les mains sur ces deux plateaux, pourvu, toutefois, que leurs bords ne soient point en contact. En effet, si les bords de ces plaques viennent à se toucher, on ne ressent plus de choc, parce que le cercle entre les deux surfaces de l'organe électrique se trouve ainsi complété par les plateaux métalliques, et que le nouveau cercle formé par l’application des mains sur lesplateaux opposés reste sans effet. (1).

Déjà J. Davy avait observé que les surfaces dorsale et ventrale des organes électriques se comportent d’une manière différente. Linari et Matteuci ont confirmé ce fait. La direction du courant a lieu en général du côté dorsal au côté ventral. D’après Matteuci, tous les points de la surface dorsale de l’organe sont positifs par rapport à tous les points de la surface ventrale. Au côté dorsal, les points qui se trouvent au-dessus de l’enlrée des nerfs dans l’appareil électrique sont positifs par rapport à tous les autres points de ce même côté dorsal. A la surface ventrale, les points de l’organe qui correspondent aux points positifs de la surface dorsale sont négatifs par rapport aux autres points de cette même surface ventrale, comme le démontre l’épreuve du galvanomètre.

Faraday a découvert que, chez le Gymnote, le courant marche toujours de la partie antérieure de l’animal à la partie postérieure; que la première, par conséquent, est positive et la dernière négative. La portion moyenne delà longueur du Poisson est négative par rapport à la partie antérieure positive , et positive par rapport à la partie postérieure négative. Les chocs étaient très violents, quand cet observateur empoignait d’une main la partie antérieure de l’animal, et de l’autre, la partie postérieure ; ils devenaient, au contraire, plus faibles, à mesure que les deux mains se rapprochaient. Quand il touchait l’Anguille électrique aux endroits correspondants du côté droit et du côté gauche , il n’éprouvait qu’un petit choc, comme lorsqu’il le touchait avec une seule main. Lorsqu’on plonge les deux mains dans l’eau à très peu de distance du Poisson, le choc que l’on ressent est plus fort que dans le cas où l’on se borne à le toucher avec une seule main. Quand l’Anguille de Surinam veut tuer un plus petit Poisson au moyen d’une décharge, elle forme un arc avec son corps.

La peau des Poissons électriques ne joue aucun rôle essentiel dans la décharge. Matteuci a constaté qu’après l’ablation de la peau, l’organe électrique de la Torpille conserve encore la faculté d’opérer des décharges. Ces dernières s’effectuaient même après l’ablation de quelques tranches de l’organe.

S 83. — Quant aux rapports qui existent entre les nerfs et la décharge, c’est aux recherches méritoires de Matteuci que nous devons les premières notions

(1) Ann. de Chimie, 68, 18.

satisfaisantes (1). La section de tous les nerfs de l’appareil électrique abolit chez la Torpille le pouvoir d’effectuer des décharges. Cependant , si alors on irrite mécaniquement l’extrémité périphérique de l’un des nerfs , on obtient encore quelques décharges. De toutes les parties qui constituent l’encéphale, le dernier lobe, lobus medullæ oblongatœ, duquel émanent tous les nerfs de l’organe, est le seul qui exerce une influence sur la décharge. En effet, on en détermine une toutes les fois que l’on touche à ce lobe.

Matteuci a étudié les effets d’une pile galvanique sur la Torpille. Lorsque le pôle positif est mis en rapport avec le cerveau, et le pôle négatif avec l’organe électrique, de manière à ce que le courant se porte du pôle positif (cerveau) à l’organe, il s’opère constamment alors une décharge. Quand, au contraire, on renverse les pôles, et qu’ainsi l’on applique le pôle positif à l’organe et le négatif au cerveau, il ne se fait plus de décharge, pourvu, toutefois, que l’animal ne soit pas trop irritable ; mais, dans ce dernier cas, il se produit des convulsions dans les muscles du Poisson. Dans cette expérience , le pôle positif de la pile détermine un courant électrique dans la direction de l’organe au cerveau. Si l’on expérimente avec la pile sur un organe électrique entièrement détaché du corps avec ses nerfs, alors la direction du courant n’exerce plus aucune iufluence,et la décharge a heu, quelle que soit la position des pôles. Quand, après avoir isolé les nerfs de la Torpille, on y applique les deux pôles d’une pile, on provoque toujours une décharge; mais on n’obtient plus ce résultat, lorsque les pôles sont appliqués à l’organe seul ; ce qui démontre la nécessité des nerfs pour qu’une décharge puisse s’effectuer. Au reste, le galvanomètre reste insensible, pendant que la Torpille opère une décharge, quand on le met en rapport avec les nerfs isolés de l’organe.

S S i. — Matteuci conclut de ces faits que l’électricité de la Torpille ne se produit pas dans les organes électriques, que le courant part du cerveau et que l’électricité se renforce simplement dans l’appareil, comme dans une bouteille de Leyde. Ces conclusions ne me paraissent nullement justifiées par les observations qui précèdent. Après l’ablation des organes électriques, les phénomènes électriques cessent dans le reste de l’animal, tout aussi bien qu’après la section des nerfs qui se rendent à ces organes particuliers, et l’on ne peut démontrer directement que les courants électriques aient lieu dans la direction du cerveau aux nerfs.

11 est encore impossible , dans l’état actuel de la science , de donner une théorie satisfaisante des phénomènes électriques que présentent les Poissons dont nous parlons. Nous ne connaissons pas mieux le rapport mystérieux qui existe entre les nerfs et l’électricité dans les autres parties du corps, que nous ne le connaissons dans le cas spécial des Poissons électriques. Nous ne pouvons ici discuter que des possibilités. Les organes électriques sont ils eux-mêmes la source de l’électricité, ou non? Dans le cas de réponse négative, la source immédiate de l’électricité réside-t-elle dans les nerfs eux-mêmes ?

Dans la première hypothèse, il faut admettre que les organes électriques se chargent eux -mêmes sans le concours des nerfs, et que néanmoins les nerfs, par leur action soudaine et non électrique sur la substance même des organes, peuvent déterminer dans cette dernière un état électrique hétérogène, de même que la lumière se développe dans les corps organisés sous l’influence de la vie.

Dans la seconde hypothèse, c’est-à-dire, si l’on suppose que des courants électriques existant dans les nerfs eux-mêmes sont la source immédiate des phéno-

(I) Matteuci , Essai sur les phénomènes élecfriques des animaux, Paris. 1810.

mènes électriques, l’organe peut se comporter à l’égard de ces courants de deux manières différentes.

1° Les organes électriques peuvent jouer le rôle d’un condensateur demi-conducteur, duquel l’électricité s’échappe sous forme de décharge, lorsque la force du courant qui émane des nerfs vient à augmenter subitement. Ou bien encore les organes électriques peuvent représenter une pile secondaire dans laquelle il ne s’engendre pas d’électricité, et qui, au contraire, est chargée par les nerfs. C’est la théorie de Matteuci. On entend en physique par pile secondaire une pile formée de plaques métalliques homogènes, alternant avec des disques humides. Celte espèce de pile est incapable d’engendrer par elle-même de l’électricité; mais quand elle est mise en rapport avec une pile galvanique ordinaire, elle se charge d électricité. Une fois que la pile secondaire est chargée, si on la retire de cette chaîne, elle conserve l’électricité qu’elle a reçue, et on peut alors en tirer une décharge.

2° Si un courant électrique circulait dans les nerfs eux-mêmes, les organes électriques pourraient encore représenter un appareil qui s’électriserait sans recevoir le courant qui marche dans les nerfs, c’est-à-dire, s’électriserait par induction, de même qu’une spirale électrique complètement isolée, introduite dans une autre spirale isolée, détermine dans cette dernière un courant électrique, sans que les deux spirales aient la moindre communication entre elles. Si l’on suppose les nerfs en général parcourus par le fluide électrique, ces courants doivent toujours être tout— à-fait isolés dans les canaux des fibres primitives, car jamais un nerf ne laisse dévier le courant électrique. L’inflexion des fibres nerveuses à leur extrémité périphérique pour rebrousser chemin, disposition que Prévost et Dumas se sont efforcés de rendre vraisemblable et qui a été démontrée par Valentin, Emmert, Ern. Burdach ne favorisent pas davantage la déviation de l’électricité; toujours dans l’hypothèse qu’il existe des courants électriques dans les nerfs. J’ai vu moi-même des plexus et des anses de ce genre dans les organes électriques de la Torpille, en en examinant de minces lamelles sur des animaux frais. Suivant celte supposition, le courant électrique qui s’effectue dans les nerfs y resterait renfermé; l’organe spécial du Poisson s’électriserait alors par induction, et serait seul susceptible de laisser échapper l’électricité. Mais tout cela est hypothétique, et jusqu’à présent la présence de l’électricité dans les nerfs est encore bien loin d’être prouvée, comme nous le verrons plus tard.

Au reste, deux questions encore exigent de nouvelles recherches : Pourquoi les Poissons électriques ne souffrent-ils pas de leur propre électricité? Quelles sont les conditions nécessaires pour que ces Poissons déterminent des convulsions dans leur propre corps au moyen de leur -électricité?

article h. — Phénomènes électriques chez d’autres animaux.

S 85. — Les phénomènes électriques des Poissons électromoteurs se manifestent à l’aide d’appareils particuliers. Quanta savoir, si, dans le règne animal et chez l’Homme, c’est l’activité organique ordinaire qui développe l’électricité, c’est une toute autre question.

Au printemps, avant l’accouplement, les Grenouilles manifestent une irritabilité extraordinaire sous l’influence du stimulus galvanique. Non-seulement le stimulus d’une simple paire de plaques appliqué uniquement au nerf, ou au nerf et au muscle à la fois, détermine des convulsions dans la cuisse d’une Grenouille, mais encore il suffit, pour les produire, de toucher avec un simple morceau de métal homogène une cuisse dépouillée de sa peau, après avoir disséqué le nerf et T. i.

l'avoir placé sur un disque de verre isolant. L’animal ainsi préparé, lorsqu’on touche le nerf avec une lame de zinc que l’on lient d’une main, on provoque chaque fois de violentes convulsions à l'instant où l’on touche la cuisse de l’animal avec un doigt de l’autre main. Cependant les phénomènes galvaniques les plus remarquables sont ceux que l’on produit sur les Grenouilles, sans employer ni substance métallique ni corps étranger. Ce phénomène a été découvert parGalvani, et depuis a été confirmé par les observations de Humboldt et d’autres physiologistes. Pour exécuter cette expérience, on fait une incision transversale à la région lombaire, et l’on détache la cuisse du tronc, de manière à ce qu’elle ne tienne plus que par le nerf sciatique, puis on renverse les muscles de la jambe vers ce nerf. Dès que le contact a lieu, il s’opère immédiatement une convulsion chez les Grenouilles très-irritables. J’ai moi-même exécuté une expérience analogue : sur une cuisse de Grenouille complètement détachée du corps, et dont le nerf sciatique avait été disséqué, je déterminais des convulsions, lorsqu’à l’aide d’une baguette isolante je recoin bais le nerf et le mettais en contact avec la peau humide de la jambe. Il survenait également une convulsion au moment où je faisais cesser le contact. Une expérience plus compliquée est celle qu’Aldini, de Humboldt ont exécuiée, et que j’ai répétée moi-même. Dans celle-ci, après avoir préparé la cuisse de la Grenouille, on ferme la chaîne formée par le nerf et les muscles, soit avec une autre Grenouille vivante ou morte, soit avec un lambeau de chair musculaire.

S 86. — Galvani, Aldini, A. de Humboldt et tout récemment Malteuci ont mis à profit ces expériences pour établir que le développement d’électricité qui s’opère alors doit être rangé parmi les phénomènes vitaux de l’organisme. Volta, au contraire, prétend que, dans ces phénomènes, il faut simplement considérer le nerf et le muscle comme les éléments physiques d’une chaîne, qui agissent à la manière de métaux hétorogènes, non pas en vertu de leurs propriétés vivantes, mais seulement en vertu de leur état matériel. D'après cette doctrine, la convulsion est le seul phénomène vital qui se produise ici. La convulsion est l’électromètre qui mesure l’intensité des forces physiques. Ces forces doivent aussi se manifester dans une chaîne formée par le muscle mort et le nerf également mort; mais alors elles ne peuvent plus être mesurées comme auparavant par une contraction vivante, laquelle constitue le plus sensible des électromètres. Si l’on ne peut pas dire que la vérité de la théorie de Volta soit démontrée d’une manière décisive, cependant on n’a pas non plus jusqu’ici réussi a prouver l’exactitude de la théorie opposée.

Nobili et Malteuci ont fait voir que dans ces expériences le nerf est positif par rapport au muscle, ou, en d’autres termes, que le courant électrique qui se développe alors marche du nerf vers le muscle. Malteuci a le mérite d’avoir donné aux expériences de ce genre un haut degré de précision. Mais lorsque Malteuci, pour faire prévaloir son opinion, argumente de ce fait, qu’une chaîne formée par de la chair musculaire, des nerfs et de l’eau salée, et mise en rapport avec le galvanomètre, agit sur celui-ci, il ne prouve absolument rien; car cette expérience peut tout aussi bien être invoquée en faveur de la doctrine de Volta. En effet, le fil du galvanomèlre et l’eau salée ne sauraient être regardés comme des éléments galvaniques indifférents. Et lors même qu’on mettrait complètement de côté ces éléments dans la formation de la chaîne, le développement de l’électricité pourra néanmoins toujours être regardé comme une confirmation de la théorie de Volta. 11 serait donc nécessaire de faire une contre expérience avec de l’eau salée et une cuisse de Grenouille morte et privée de toute irritabilité Ed. Weber a observé que le contact d’un corps animal vivant ou mort avec cuivre et cuivre, de manière à former une chaîne, engendre de l’électricité. En conséquence, les expériences

de Donné, dans lesquelles ce physiologiste mettait le galvanomètre en rapport avec les diverses substances sécrétoires, et prétendait y constater un courant électrique, ne prouvent rien en réalité. 11 est évident que toutes les recherches exécutées à l’aide de cet instrument, dans lesquelles il forme une chaîne avec des parties animales hétérogènes, ne sauraient avoir aucune valeur.

Aujourd’hui donc, les physiologistes doivent s’atiacher à étudier les courants électriques, en expérimentant directement sur les nerfs ou les muscles eux-mêmes, et sans les faire entrer dans une chaîne galvanique. On peut faire ces expériences de deux manières :

1° En éprouvant, au moyen du galvanomètre, les nerfs ou les muscles pendant qu’ils sont en action. Parce procédé, je n’ai jamais réussi à obtenir le moindre signe de réaction. D’autres observateurs n’ont pas été plus heureux que moi (1). Mais on peut objecter que, dans l’intérieur de son tube nerveux , la fibre primitive est entourée d’une couche graisseuse isolante ; que, par conséquent, la fibre nerveuse ne conduit ses propres courants que dans le sens de sa longueur, ctqu'enfin, si les nerfs n’exercent aucune action sur le galvanomètre, cela dépend de ce que les courants centripètes et centrifuges marchent cote à côte dans les différentes fibres d’un seul et même nerf.

2° En recherchant si les nerfs sont capables d’attirer d’autres courants électriques isolés, ou de déterminer d autres courants par induction dans d’autres conducteurs isolés. A cette méthode se rapportent les expériences d’Éd. Weber, auxquelles il se réfère dans son mémoire sur les phénomènes électro-magnétiques du corps humain, mais dont il n’a pas encore fait connaître les détails (2). Weber a observé que l’aiguille magnétique était affectée, lorsqu’un Homme contractait les muscles d’une partie de son corps dans le voisinage d’une barre de fer doux. Maison ignore encore si ce trouble de l’état magnétique de la barre de ferne dépend pas de quelque autre cause. Prévost a remarqué qu’une aiguille de 1er doux implantée longitudinalement dans un muscle devenait magnétique, et, au moment de la contraction musculaire, attirait la limaille de fer. Toutefois, Peltier (3), Valentin (4) et d’autres observateurs ont répété cette expérience sans aucun succès.

J’ai moi même cherché à reconnaître si les courants électriques que l’on suppose exister dans les nerfs agissent sur des spirales isolées. Pour cela, je plaçai dans l’intérieur d’un fil métallique contourné en spirale comme le fil d’un galvanomètre, tantôt un nerf ou un muscle, tantôt une cuisse de Grenouille préparée; mais je n’obtins aucun résultat. Il était à présumer que, dansle tétanos d’une Grenouille, des courants intenses émanant de la moelle épinière agiraient sur j’aiguille magnétique suspendue au-dessus de la moelle épinière, du nerf sciatique, ou des muscles de l’extrémité postérieure de l’animal ; cependant, je n’ai rien observé de semblable. Il est vrai de dire qu’ici encore on peut faire la même objection que tout à l’heure Si dans cette expérience, peut-on objecter, l’aiguille ne manifeste aucune sensibilité, c’est qu’il existe toujours dans un seul et même nerf des courants en sens contraire, qui marchent côte à côte les uns des autres.

S 87. — Une question dont la solution offre beaucoup d’intérêt, c’est celle de la conductibilité des nerfs pour l’électricité, comparée à celledesautres corps. D’après les observations de Weber, les diverses parties du corps humain ne sont pas meilleurs conducteurs d’un courant galvanique, qu’on ne pouvait l’attendre de

(1) Voy. Person, sur l’hypothèse des courants électriques dans les nerfs, dans Journal de Physiologie de Magendie, t, x, 1830; Bischoff. dans Müller’s Archiv., 1841, 20. — (2) Ed. Weber, Qiiœsliones physiotogicœ de phœnomenis galvano-magneticis in corpore humano observalis. Lipsiœ, 1836. — (3) Annales des Sciences naturelles , 9, 183S, p. 89. — (4) Bepertorium, ni, 41.

substances imprégnées de sang et de liquides salins possédant un certain degré de chaleur : c’est-à-dire qu’elles sont de dix à quinze fois meilleurs conducteurs que l’eau distillée à la même température, et que, par conséquent, elles conduisent l’électricité comme le fait de l’eau salée élevée à une égale température. Je crois pouvoir conclure de diverses expériences qui me sont propres, que les nerfs ne sont pas meilleurs conducteurs que toute autre partie animale humide. Dans les expériences de Bischoff (1 ), les nerfs se sont montrés assez mauvais conducteurs. Pendant que des aiguilles de platine, mises en rapport avec des fils du galvanomètre, étaient implantées dans le nerf sciatique d’une Grenouille, à une distance de quatre lignes l’une de l’autre, les électrodes d’une paire de plaques de vingt pouces carrés furent mis en rapport avec le même nerf, de manière à ce que la portion du nerf qui servait à former la chaîne contînt également les fils du galvanomètre ; les convulsions provoquées par le courant galvanique ne s’accompagnèrent d’aucune action sur le galvanomètre. Un nerf détaché se comporta delà même manière sous le rapport de la conductibilité.

S 88. — Au reste, que ce soit l’électricité qui agisse dans les nerfs ou non, il semble, dans tous les cas, impossible que les phénomènes chimiques si variés dont le corps animal est le théâtre s’opèrent sans qu’il se développe de l’électricité ; et l’état électrique que déterminent ces phénomènes chimiques doit, en général, se manifester à la surface du corps. C’est ici le lieu de citer quelques anciennes expériences exécutées par Pfaff et Ahrens (2), à l’aide d’un électromètre à feuilles d’or. La personne sur laquelle on expérimentait était placée sur un isolateur. Le plateau collecteur d’un condensateur qui était vissé sur l’électromètre était touché par la personne, pendant que le plateau supérieur du condensateur était en communication avec le sol. Ces physiciens obtinrent les résultats suivants :

1° En général, l’électricité qui se manifeste chez un Homme bien portant est positive ;

2° Il est rare que l’électricité qui se produit alors surpasse en intensité celle qui se développe, lorsque le cuivre déjà mis en communication avec le sol vient à être mis en contact avec le zinc ;

3° Les individus irritables doués d’un tempérament sanguin possèdent plus d’électricité libre que ceux qui sont apathiques et de tempérament phlegmatique ;

4° La quantité d’électricité est plus grande le soir qu’à tout autre période de la journée;

5° Les boissons spiritueuses augmentent la quantité d’électricité ;

6° Les Femmes donnent plus souvent que les Hommes de l’électricité négative. Mais il n’existe aucune règle déterminée par rapport à ce phénomène. Suivant Gardini, il se développe chez les Femmes de l’électricité négative pendant la menstruation ainsi que pendant la grossesse ;

7° Dans l’hiver, le corps d’une personne qui est saisie par le froid ne donne d’abord aucun signe d’électricité; mais cette dernière se manifeste à mesure que la personne reprend sa chaleur naturelle.

8° On observe le même phénomène, quand le corps ou bien une partie du corps est mis dans un état complet de nudité ;

9° Pendant la durée des affections rhumatismales, l’électricité paraît réduite à zéro; mais elle se manifeste de nouveau, quand la maladie disparaît.

Quant à l’électricité qui se développe pendant la végétation des plantes, nous ne pouvons en parler ici (3).

(l) Dans Müller’s Archiv., 1841, p. 20.— (2) Dans MeCKël’s Archiv., Ut, 101. —(5) Voy. PouiLLET, dans Annales de Chimie et de Physique, xwv, 420.

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