‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 86 sur 87 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

a d’autres qu’il est impossible d’inspirer en quantité un peu considérable, attendu que leur contact détermine des contractions spasmodiques de l’appareil respiratoire, et principalement l’occlusion de la glotte.

On peut, d’après leurs effets physiologiques, classer les gaz de la manière suivante :

S 3. — A. Gaz qui entretiennent les phénomènes chimiques de la respiration.

1° Gaz qui entretiennent la respiration d’une maniéré permanente sans nuire à la vie, — l’air atmosphérique;

2° Gaz qui l’entretiennent pendant un certain temps , mais non d’une manière permanente, — l’oxygène et le gaz oxydule d’azote.

La respiration de l’oxygène peut donner, dit-on, une couleur rouge vermeille même au sang qui est contenu dans les veines ; mais à la fin les effets de ce gaz sont pernicieux. Cependant Allen et Pepys, dans leurs expériences, ont observé que l’inspiration d’oxygène pur ne déterminait aucune espece de malaise chez l’Homme. Seulement, un Pigeon que ces auteurs placèrent dans du gaz oxygène devint inquiet et lourd dans ses mouvements; mais il revint à son état normal aussitôt après l’expérience. Lavoisier et Séguin ne remarquèrent pas le moindre trouble fonctionnel chez des Cochons d’Inde qu’ils avaient tenus pendant vingt-quatre heures dans de l’oxygène pur. Allen et Pepys ont observé que, lorsqu’on respirait de l’oxygène pur, le gaz expiré contenait une plus grande proportion d’acide carbonique que dans les circonstances ordinaires; cependant, en expérimentant sur un Pigeon, ils trouvèrent qu’il se formait moins d’acide carbonique que pendant la respiration dans l’air atmosphérique. La respiration de l’oxygène pur est funeste aux malades atteints de phthisie pulmonaire.

Le gaz oxydule d’azote n’entretient la vie que fort peu de temps. En effet, il exerce bientôt une action inébriante et stupéfiante, et détermine de l’exaltation, des phénomènes sensoriels subjectifs, de la confusion dans les idées, enfin, la syncope (1). Une partie de ce gaz est absorbée pendant la respiration et va se dissoudre dans le sang, qui devient alors d’un rouge de pourpre , tandis que la figure et les lèvres du sujet soumis à l’expérience prennent un aspect cadavéreux. Pendant l’expiration les poumons exhalent de l’azote et une quantité à peine appréciable d’acide carbonique.

§ 4. — B. Gaz qui sont , à la vérité , respirablcs, mais qui n entretiennent pas les phénomènes chimiques de la respiration.

1° Gaz qui n’exercent pas une action directement délétère, mais qui, ne contenant pas d’oxygène, sont par cela même incapables d’entretenir la vie. — Ces gaz sont l’azote et l’hydrogène.

Lavoisier et Séguin firent respirer à des Cochons d’Inde un mélange d’hydrogène et d’oxygène en quantités égales. Ces animaux n’en parurent nullement incommodés. Seulement ces expérimentateurs trouvèrent que l’hydrogène n’était pas absorbé, et que la quantité d’oxygène consumée était égale à celle qui était absorbée dans les cas où le mélange consistait en parties égales d’oxygene et d’azote. Il parait résulter des recherches d’ Allen et Pepys, que le sang exhale de l’azote quand on fait respirer à un animal de l’hydrogène pur. D’après les observations d’Allen et Pépys et de Wettersledt (2), la respiration de l’hydrogène détermine de la somnolence. Les Grenouilles plongées dans l’hydro gène y vivent ordinairement trois à quatre heures. Il est rare que leur vie

(1) U. Davy, Eesearches on nitrous Oxyde; Untersuchungen über das oxydirte Slickgas. Lemgo, 1814.— (2) Beuzelius, Thierchemie, 101 ; Traité de Chimie , traduit par Esslingeu. t. VII, p. 10«.

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

persiste plus longtemps; cependant j’ai vil un de ces animaux vivre encore au bout de douze heures. Dans tous les cas, à la fin de l’expérience ces Grenouilles étaient comme stupéfiées et semblaient oublier de respirer; mais, quand on les frappait ou secouait dans l’intérieur de l’appareil qui les contenait, elles exécutaient encore quelques mouvements respiratoires.

2° Gaz toxiques. — Cette catégorie comprend l’hydrogène carboné, l’hydrogène phosphoré, l’hydrogène sulfuré, l’hydrogène arsénié, l’oxyde de carbone, et le cyanogène. Suivant Thénard , de l’air atmosphérique qui contient 1/1500 d hydrogène sulfuré fait périr un Oiseau. Lorsqu’il en renferme 1/800, il peut empoisonner un Chien, et 1/250, il produit le mèmè effet sur un Cheval. L’acide carbonique est aussi un gaz délétère. Inspiré même en grande quantité il n’excite pas la toux; mais il narcotise et asphyxie sans accidents de suffocation. L’air atmosphérique qui contient plus de dix pour cent d’acide carbonique tue avec rapidité. Les gaz dont nous venons de parler causent également la mort, quand on les injecte dans le sang même en petite quantité (1, § 56).

§ 5. — C. Gaz qu'on ne peut inspirer en grande quantité , parce quils déterminent l'occlusion spasmodique de la glotte , et qui excitent de la toux , lorsqu'on les inspire en petite quantité.

Ces gaz sont tous les gaz acides, à l’exception de l’acide carbonique qui tue, non en produisant simplement l’asphyxie, mais en agissant comme stupéfiant et toxique. Ce sont, en outre, le chlore, le bioxyde d’azote, le gaz fluoborique, le gazfluosilicique et l’ammoniaque (1).

Tout liquide, l’eau, par exemple, agit sur la glotte comme le fait un corps solide ; c’est-à-dire qu’il détermine l’occlusion spasmodique de la glotte , et même produit la suffocation, tandis que la présence de ce même fluide dans les poumons n’y excite qu’une très légère irritation. Ainsi l’on peut , par une ouverture de la trachée-artère, injecter dans le poumon une assez grande quantité d’eau sans provoquer de la toux. Dans le premier cas , la mort est causée par l'occlusion de la glotte. En effet, si l’on pratique la trachéotomie, l’introduction du liquide par cette voie devient tout-à-fait inoffensive.

5 6. — Parmi les animaux qui vivent dans l’eau, les uns, c’est-à-dire, les Reptiles et les Mammifères aquatiques, viennent à la surface de l’eau pour respirer l’air atmosphérique et l’aspirent dans leurs poumons; d’autres, au contraire , comme les Poissons, sont pourvus de branchies dans lesquelles le sang est aéré par l’eau elle-même , ou plutôt par l’air que ce liquide contient à l’état de dissolution. L’eau des lacs, des rivières et de l’Océan est imprégnée d’air atmosphérique, ou, pour mieux dire, d’oxygène et d’azote dans des proportions déterminées. C’est de l’atmosphère elle-même que l’eau tire ces gaz. Humboldt et Provençal, ayant fait bouillir de l’eau de Seine, obtinrent sur dix mille parties de liquide 0,0264 a 0,0287 parties d’air. Celui-ci contenait 0,306 à 0,314 parties d’oxygène, et 0,06 à 0,11 parties de gaz acide carbonique. Il ne faut pas croire que l’eau subisse le moindre changement pendant la respiration. C’est uniquement le gaz contenu dans l’eau à l’état de dissolution qui éprouve certains changements dans sa composition : l'oxygène est absorbé, et l’eau se trouve contenir, à sa place, une plus grande quantité d’acide carbonique qu’auparavant. Lorsqu’on fait respirer des Poissons dans de l’eau imprégnée d’oxygène et d’hydrogène, l’oxygène est absorbé, mais la quantité d’hydrogène reste constamment la même. Si l’on place des Poissons dans de l’eau qui a été soumise pendant longtemps à l’ébullition, ils y périssent dans l’espace de quatre heures, par suite de l’absence

(1) ïîF.RZELirs, Thierchemie, p. 105: Gmf.lin, Cfiemie , Bd. iv, p, 1527.

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