RÉACTIONS DIVERSES
I Réaction de Van Deen. — La matière colorante du sang, ajoutée à un mélange d’essence de térébenthine vieillie (ozonisée) (1) et de teinture de gaïac, produit une coloration bleue. Cette réaction est fréquemment utilisée en médecine légale ; lorsqu’elle est négative on peut affirmer qu’il ne s’agit pas de sang ; lorsqu’elle est positive, il peut s’agir de toute autre substance que de sang, car
elle est très banale.
Une goutte d’une solution concentrée d’oxyhémoglobine placée sur du papier imbibé de teinture récente de gaïac donne une tache rouge entourée d’une auréole bleuâtre. Le papier intervient dans ces conditions soit par suite d une action de la cellulose, soit par suite de la présence d’un reste des substances oxydantes qui ont servi à blanchir le papier. Sur un support de verre ou de porcelaine le sang seul n’agit pas sur le gaïac.
m D’après Florence, le moyen le plus commode d'obtenir une essence active est de la faire vieillir en vase ouvert. La substance active ne serait pas 1 ozone, mais une aldéhyde de nature non encore déterminée.
Morat et Doyon. — Physiologie. I. — 41
LA MATIÈRE COLORANTE DU SANG : HÉMOGLORINE
La réaction de Van Deen est positive même à l'abri de l’air et avec du sang saturé de CO (Kowalewski).
La térébenthine vieilli e peut être remplacée par quelques gouttes d’eau oxygénée (Schonbein). La réaction s’obtient aussi avec les leucocytes, le sérum, la sueur, la salive, les poumons, le foie, la thyroïde, les capsules, le pancréas, etc.... Pour la plupart des organes (foie, rate, cœur), elle est moins nette après l’ébullition qu’avant (Enriquez et Sicard).
La réaction de Vax Deen n’est plus possible si le sang a été chauffé à 202°, J hémoglobine à 210°, l’hématine et l’hémine à 356° (Strzyzowski). D’après Enriquez et Sicard la réaction bleue avec la teinture de gaïac et l’eau oxygénée est positive même après calcination des leucocytes ou des hématies.
II. Action sur l’eau oxygénée. — L’oxyhémoglobine impure, c est-à-clire contenant un peu de stroma, décompose l’eau oxygénée neutre sans changer de couleur (Hoppe-Seyler). L’oxyhémoglobine chimiquement pure ne dégage pas de bulles ; elle brunit, se transforme en méthémoglobine, puis se décolore avec départ de fer (Bergengruen 1888, Korert).
Un grand nombre de substances jouissent de la propriété de détruire l’eau oxygénée ; une simple action physique (introduction de poudre de charbon, d'une baguette de verre) suffit parfois à provoquer ce résultat.
De tous les tissus le sang est un des plus actifs.
Cotton a constaté des différences d’une espèce à l’autre. Le sang de l’homme décompose l'eau oxygénée avec une puissance triple que le sang de hœuf et décuple que celui de mouton. — L’action destructive du sang appartient à la fibrine et aux globules (Schonbein, AL Schmidt).
Il est probable que les substances actives du sang sont contenues dans le stroma. Ces substances présentent certaines analogies avec les ferments (Spitzer, Raudnitz). Ville et Moitessier ont isolé du stroma globulaire des hématies des substances qui décomposent l’eau oxygénée et se comportent à la façon des zymases. Ces substances peuvent être séparées dans le sang laqué au moyen du phosphate de calcium formé au sein même des liqueurs. Les solutions de ferment deviennent inactives lorsqu’on les porte à 70° pendant une heure. La fibrine préparée dans les conditions ordinaires doit son activité sur l’eau oxygénée à la fixation de ces substances extravasées. Raudnitz estime que l’action principale du sang sur l’eau oxygénée revient au stroma. Cette action est supprimée par l’ébullition. L’hémoglobine, la méthémoglobine, l’hématine exerceraient cependant, même après l’ébullition, une certaine influence, plus faible, due probablement à la présence du fer (Raudnitz). •
L’acide cyanhydrique, l’hydrogène sulfuré, l’iode, l’hydroxylamine affaiblissent ou suppriment l’action du sang sur l’eau oxygénée. Il est à remarquer que ces substances exercent le même effet défavorable sur la décomposition de l’eau oygénée par le platine colloïdal (Schonbein, Jacobsen, Sciiaer, Buchner, Bredig et Muller, Bredig et Ikeda).
Parmi les autres humeurs de l’organisme, la bile fraîche est une des plus actives; bouillie, la bile perd toute action (Dastre et Floresco). Les tissus enflammés exercent une action supérieure à celle des tissus normaux.
L'eau oxygénée s’emploie en médecine, soit comme antiseptique (Bernard, Baldy, P. Bert et Regnard), soit pour faciliter le décollement des pansements