‹ Traité de physique considérée dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturelles (volume 2)Chapitre 1 sur 76 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Depuis la fin du siècle dernier, la physique et la chimie ont pris un tel essor, qu'elles peuvent aujourd'hui se prêter un mutuel appui et répandre de vives lumières sur la physiologie et les diverses branches des scicuces naturelles.

Pendant longtemps ces sciences sont restées isolées, parce qu'il fallait d'abord les développer et les étendre avant de songer à trouver entre elles des rapports , c'est-àdire, découvrir des faits, les étudier sous toutes leurs faces pour s'assurer de leur exactitude, puis les classer et les analyser, afin d'arriver à la connaissance des causes et des principes, en évitant toutefois de s'élever trop rapidement des faits particuliers aux principes généraux, comme on est trop souvent enclin à le faire.

Cette marche de l'esprit humain, dans l'étude des sciences, suivie instinctivement par Galilée et ses disciples, et formulée si heureusement par Bacon, est devenue une règle de conduite dont on ne saurait s'écarter sans courir la chance de s'égarer; mais si la méthode analytique, qui consiste à diviser pour arriver plus sûrement aux principes, produit de grands résultats, il ne faut pas l'adopter à l'exclusion dé là méthode synthétique qui rapproche les parties pour

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arriver au même but^ quand on embrasse l'ensemble d'une science.

C'est à répoque actuelle qu'il faut employer celte dernière méthode pour cimenter l'alliance entre les sciences physiques, chimiques et naturelles, qu'on cherche à établir de toutes parts ^ depuis que les faits débordent les cadres dans lesquels on les tenait renfermés.

Tous les corps qui frappent nos yeux sont composés de particules réunies en vertu de forces dont la nature nous est plus ou moins inconnue , selon qu'ils sont organisés ou non. La formation des premiers est encore enveloppée d'un profond mystère ; mais il n'en est pas tout à fait de même de celle des corps inorganiques, attendu qu'un grand nombre de faits tendent à prouver que leurs particules sont soumises à l'action de forces qui paraissent avoir des rapports intimes avec les forces électriques.

Les recherches faites à ce sujet par Davy et Berzelius ont donné une impulsion extraordinaire aux sciences physicochimiques; les savants de tous les pays se sont empressés et s'empresseront encore de concourir à la découverte des propriétés d'un principe dont la connaissance sera de la plus haute importance pour la philosophie naturelle , puisqu'elle nous aidera à résoudre un jour la plupart des questions relatives aux actions à petite distance, comme Newton l'a fait pour les attractions planétaires.

La force en vertu de laquelle les particules hétérogènes s'unissent ensemble, dans la nature inorganique, est différente ou du moins n'est pas du même ordre que celle qui préside à l'attraction moléculaire. La première, les affîni-

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tés, est inséparable des forces électriques, elle ne manifeste pas son action sans que celles-ci se montrent et qu'elles aient des intensités égales dans les mêmes circonstances; leur dépendance est telle, que l'une peut servir à reproduire l'autre et réciproquement ; aussi ne saurait-on mettre trop de soin à leur étude comparative. La physique, pour étudier les effets de la seconde force, l'attraction moléculaire, emploie le clivage, l'élasticité et la lumière polarisée. Le clivage fait connaître le système cristallin des substances minérales; les phénomènes d'élasticité nous fournissent des données précieuses pour trouver la constitution des corps en général; un faisceau de lumière polarisée en pénétrant, comme une sonde infiniment déliée, dans un corps transparent, nous indique par les modifications qu'il en éprouve, à quel système cristallin appartient ce corps, et nous donne en même temps les moyens d'en déterminer Tarrangement moléculaire.

La polarisation circulaire nous permet , en outre , d'étudier la constitution de composés organiques, depuis qu'on a découvert cette propriété dans un certain nombre de substances solides et liquides, et que l'on a reconnu que plusieurs d'entre elles, dont la composition chimique est semblable, ne la possèdent pas au même degré. Cette différence dans les effets produits en indique nécessairement une dans le groupement des molécules.

Nous pouvons maintenant, à l'aide de la polarisation circulaire, distinguer dans un certain nombre de dissolutions s'il y a seulement mélange ou combinaison chimique, suivre dans les organes des végétaux la conversion de la

gomme en matière sucrée, et assister , pour ainsi dire, aux élaborations de la sève.

Si Ton joint à ces moyens d'investigation l'emploi du microscope pour découvrir l'organisation de la fécule, du gluten f du pollen , et des divers tissus des plantes , on aura une idée des services que la physique peut rendre à la chimie organique.

Les forces constitutives des corps, quelle que soit leur nature, ont des rapports tellement immédiats avec la chaleur, que leurs effets réciproques doivent être étudiés simultanément.

De quelque côté que Ton porte les regards , on ne voit que des phénomènes qui dépendent d'autres phénomènes, tant est grande la relation qui existe entre toutes les forces de la nature. La phosphorescence en est une preuve manifeste; c'est cette propriété bien digne de fixer l'attention du physicien, du chimiste et du physiologiste, que possèdent la plupart des corps, de devenir lumineux danî) l'obscurité , et quelquefois même au jour, par la chaleur, la lumière, le frottement, le choc, la compression, les décharges électriques, les actions chimiques vives ou lentes, et les fprces vitales soumises à l'action de la volonté chez les auir maux qui sont doués de cette faculté.

Le philosophe doit fair^ aussi une étude spéciale des actions lentes qui ont continuellement lieu à U surface et dans l'intérieur ^e la terre, i^t ^ la production desquelles concp^reat toutes (es forces de la nature, U chaleur, la lumière, l'électricité, les affinités, 1^ capillarité, et même les forces orgaaiques. Jadis q^ $^'ea occupait pqu, pai'ce qu'on ne

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OQpnaissait pas toutes les causes qui concourent à leur développement; en voyant, par exemple, des médailles antiques de bronze , transformées en protoxyde de cuivre , sans que leur forme ait éprouvé d'autres changements qu'une augmentation de volume, on se bornait à dire que cette espèce de mctamorpboso était le résultat d'une cémentation; aujourd'hui on fait plus, on reproduit des effets analogues, et l'on démontre en même temps que la nature a dû employer des forces semblables à celles dont on fait usage. Telle est la puissance do ers forces qu'en agissant lentement, elles permettent de former un grand nombre de produits naturels^ et de suivre, dans les organes et les tissus des animaux et des végétaux, la formation des composés inorganiques, qui s'y déposent quelquefois, connue nous en avons un exemple dans les œufs du limaçon des jardins, dont l'enveloppe extérieure se recouvre intérieurement de cristaux de spath calcaire, aussi nets et aussi transparents que les rhomboèdres de spath d'Islande, qui font l'ornement de nos collections miuéralogiques.

Ne pourrait-on pas, à l'aide des actions lentes, avoir une idée des époques auxquelles ont eu lieu quelques-unes des grandes catastrophes qui ont bouleversé, à diverses reprises, la surface du globe? On sait que certaines roches, entre autres différents granités, se décomposent journellement ; Taction ayant lieu de la surface du sol à l'intérieur, il n'est pas permis de douter qu'elle ne soit due aux influences atmosphériques; or, comme on en suit facilement les progrès dans les terrains coupés à pic et dans les blocs détachés, ne serait-il pas possible d'établir une relation entre ce

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