‹ Traité de physique considérée dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturelles (volume 2)Chapitre 4 sur 76 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

ne la physique générale dans ses rapports avec les autres sciences et la civilisation, depuis les temps les plus anciens jusqu'au xv^ siècle.

Jamais les intérêts matériels n'ont plus demandé aux sciences qu'à l'époque actuelle ; il semblerait que les vérités péniblement élaborées chaque jour dans nos laboratoires n'aient d'autre destination que de servir aux arts. Le philosophe, dans sa retraite, résiste avec peine au mouvement rapide qui entraîne aujourd'hui, dans cette direction, toutes les intelligences.

Il suffit de passer en revue la marche que les sciences ont suivie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, pour bien se pénétrer de leur véritable mission, et reconnaître comment elles ont contribué, de concert avec la morale, la littérature et les arts, aux progrès de la civilisation.

Si la morale, d'origine divine, règle la conduite de l'homme à l'égard

tO TBilTÉ DE PHYSIQUB.

de lui-même, celle d'homme à homme, de nation à nation ; si la littérature forme le langage, développe l'intelligence, et exerce une puissante influence sur le moral , en présentant sans cesse à l'esprit de nobles exemples ; si les beaux-arts adoucissent les mœurs et perpétuent le souvenir des actions héroïques et des services rendus à la patrie , les sciences physiques ont particulièrement pour objet d'initier l'homme aux secrets de la nature en lui dévoilant ses lois, d'agrandir le cercle de ses idées et de fournir à la pratique des arts des principes sûrs qui éclairent l'industrie. Faute de documents historiques, on ne peut en suivre les développements progressifs, tant les premiers âges du monde enveloppent dans leur obscurité l'invention des choses ; on peut dire néanmoins que la nécessité fit découvrir les éléments des sciences et des arts qui ont brillé tour à tour chez un petit nombre de nations civilisées. On les a vus, en effet, naître, se développer, puis s'éteindre pour reparaître dans d'autres contrées et y subir les mêmes révolutions, jusqu'à ce qu'enfin leur influence soit devenue assez puissante pour rendre impossible, pour ainsi dire, le retour à la barbarie. Nous savons encore que l'astronomie existait lors de la fondation des grands empires. Aussi, les observations qui nous ont été transmises d'âge en âge servent-elles aujourd'hui d'archives dans lesquelles on va puiser des documents pour fixer certaines époques historiques, remplir le vide que laissent entre elles de vagues traditions et renouer la chaîne des événements. C'est sous ce rapport que l'on a dit avec raison que le ciel servait à éclairer la terre. Sans entrer dans une discussion approfondie sur tout ce qui concerne le mouvement progressif des sciences, nous dirons que, 2,500 ans avant l'ère chrétienne, Babylone était sans arts et sans défense, et que les Chaldéens, s'en étant empares, y apportèrent les éléments des sciences et des arts qui y furent cultivés dans un collège de prêtres philosophes, et s'y soutinrent avec un certain éclat jusqu'à la conquête de l'empire persan par Alexandre. Bien que nous n'ayons que de vagues traditions à cet égard , néanmoins, la grandeur et la magnificence de Babylone, au rapport des anciens, ne laissent aucun doute sur l'état avancé des arts dans ces temps reculés. De la Ghaldée, ou peut-être de l'Inde, les lumières passèrent en Egypte, qui n'atteint un haut degré de civilisation que par la pratique des arts et les applications de la physique et de la chimie qui n'existaient pas encore comme sciences.

Le philosophe qui parcourt cette contrée pour y chercher des traces de cette ancienne civilisation , la trouve en effet couverte de vastes

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monuments dont les débris épars lui montrent partout l'emploi de la sculpture, de la peinture, des émaux, des verres et des métaux précieux, à un degré de perfection qui fait encore Tadmiration des archéologues, des savants et des artistes. Si, poursuivant sa course investigatrice, il interroge ces ruines gigantesques jusque dans leurs fondements , il y retrouve , particulièrement à Thèbes, détruite il y a environ 4,000 ans^ les restes de constructions antérieures qui dénotent déjà une civilisation avancée; il se demande, mais en vain, à quelle époque il faudrait remonter pour en saisir les premiers rudiments, car de toutes parts il ne trouve qu'obscurité. Il n'en est pas ainsi s'il porte ses regards sur les antiquités astronomiques qui ont été l'objet d'études approfondies de la part de Fonder et ensuite de M. Biot; elles lui apprennent en effet que l'on peut faire remonter l'institution de la sphère égyptienne au xxv^ siècle avant notre ère, et qu'en l'année Julienne, 3285 ans avant cette même ère, les Égyptiens avaient déterminé la vraie position dans le ciel de l'équinoxe du printemps et du solstice d'automne.

D'un autre côté , les écrits des anciens nous apprennent que les Egyptiens^' sous leurs rois, se livrèrent avec une grande sagacité à l'étude de la nature et montrèrent une grande aptitude pour la culture des arts. Leurs philosophes s'attachaient en général à tout ce qui était utile, et faisaient consister le bonheur dans l'étude de l'homme et de la nature. Tel est le point de vue sous lequel on doit envisager les scienceS; si l'on veut leur faire accomplir leur noble mission.

Four leur donner un caractère sacré, les hommes instruits et éclairés furent attachés au sacerdoce, qui réunissant alors la religion, l'administration de la justice et l'enseignement des sciences , des arts et des lettres , avait la force morale nécessaire pour gouverner despotiquement. Aussi les prêtres gardèrent;ils mystérieusement le dépôt des connaissamces humaines, qui pouvaient seules leur assurer la domination exclusive des peuples ; état de choses qui s'opposait évidemment à leur développement.

L'art de traiter les métaux et de faire diverses préparations utiles, ainsi que celui de polir les pierres précieuses et de les graver , fut porté très-loin en Egypte ; on y fabriquait des tissus de lin et de laine d'uniB finesse remarquable , et qui présentaient aux yeux les couleurs les plus brillantes et les plus variées ; la sculpture et la peinture ornaient les édifices. Que d'essais, que d'expériences n'avait-il pas fallu faire pour atteindre un degré de civilisation aussi avancé !

Ce peuple n'était pas moins habile dans la mécanique , comme l'at-

testent les monuments gigantesques qu'ils ont élevés à leurs dieux et à leurs rois ; ils connaissaient en outre Tliydraulique , dont les débordements du Nil leur faisaient une loi de s'occuper pour en répandre au loin les bienfaits. Tout tend donc à prouver que les sciences et les arts avaient déjà atteint un certain degré de perfection en Egypte bien longtemps avant Fère chrétienne. C'est donc dans cette contrée, si l'on veut s'appuyer sur des monuments encore existants , que l'on doit étudier les premiers éléments des sciences. C'est aussi à leurs traditions historiques que l'on a recours pour acquérir quelque notion sur les premières vues théoriques concernant les changements chimiques qu'éprouvent les corps, vues qui ont été plus ou moins modifiées par les philosophes grecs.

Bien que les Égyptiens connussent un grand nombre de faits relatif à la physique générale, cette science n'existait néanmoins pas encore ; car ils n'avaient pas songé à rassembler toutes les connaissances éparses, et à les disposer dans un ordre méthodique qui permit de les déduire les unes des autres ; ils n'avaient que des notions vagues, plutôt poétiques que philosophiques, sur les causes des phénomènes. Les peuples de la basse Egypte, par exemple , accoutumés à voir leurs terres sableuses fertilisées par les débordements du Nil , durent penser que l'eau , sous des modifications différentes , donnant naissance à des matières diverses , devait être considérée comme un élément. Cette doctrine servit de base à la première école grecque, et fut le point de départ de systèmes plus ou moins erronés.

Avec une civilisation aussi avancée , on dut accourir de toutes parts pour sinstruire ; aussi , tous les hommes illustres de l'antiquité qui exercèrent une grande influence sur leur siècle vinrent-ils chercher des connaissances en Egypte , lesquelles sont parvenues jusqu'à nous à travers le moyen âge. Les Grecs , au rapport d'Hérodote , furent de ce nombre ; ils firent de nombreux emprunts aux Egyptiens, qui n'adoptèrent aucune de leurs institutions. Tout en puisant à bonne école , ils n'en conservèrent pas tous les principes , tant l'esprit do discussion les éloigna de la philosophie positive , en honneur sur les bords du Nil.

Thaïes , né à Milet, 640 ans avant J. C, est le premier qui ait transporté d'Egypte dans sa patrie les connaissances conservées dans les collèges de prêtres. Il croyait la terre sphérique et placée au centre du monde; il connaissait la petite Ouree, pouvait prédire les éclipses ; il savait que la lune n'est éclairée que par la lumière qu'elle reçoit du soleil , etc., etc.

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Il ouvrit une école à Milet pour y enseigner publiquement la géométrie, l'astronomie , et sa nouvelle doctrine. L'impulsion donnée par Thaïes se communiqua dans toute la Grèce. Les philosophes avaient à choisir y pour acriver à la vérité, entre la méthode expérimentale et la méthode à priori. Ils préférèrent malheureusement cette dernière, qui r^na pendant deux mille ans dans la science , et retarda le développement de la civilisation en la privant longtemps du puissant appui que lui donnent aujourd'hui les grandes découvertes scientifiques dont s'honorent les derniers siècles. Néanmoins , de temps à autre on vit des hommes supérieurs essayer de secouer le joug des écoles, mais sans trouver d'imitateurs. Au surplus , laissons parler l'histoire : Anaximandre apprit le premier aux Grecs à tracer des cartes géographiques et des cadrans solaires. Anaxagore ouvrit une école à Athènes, où il enseigna que la matière existait de toute éternité ; qu'elle renfermait des parties élémentaires de diverses natures ; que les parties similaires, en se rapprochant , pouvaient donner naissance à des corps différents ; que l'arc-en-ciel était produit par la réfraction des rayons solaires, etc., etc.

Thaïes avait pris l'eau pour principe universel, Phérécide choisit la terre , Heraclite le feu , et Anaximènes l'air. D'autres philosophes prirent successivement pour principe plusieurs de ces éléments ; il y avait là progrès, car la nature devait leur montrer chaque jour qu'elle ne disposait pas seulement d'un' seul élément pour constituer les corps.

La secte italique, ayant pour chef Pythagore , né 534 ans avant J. G., donna une autre direction aux études en adoptant la méthode expérimentale. Son fondateur, auquel la physique doit d'importantes découvertes, se fit initier, comme Thaïes , aux mystères de l'Egypte, afin de rapporter dans sa patrie les connaissances scientifiques de cette contrée. A part leurs erreurs sur les causes des grands phénomènes de la nature , Pythagore et ses disciples eurent des idées assez justes sur la disposition générale des diverses parties du système solaire, et sur la pitce que devait occuper la terre dans ce système. Ils annoncèrent en effet que la terre tourne, que les comètes ont des révolutions périodiques , et que les étoiles sont autant de soleils , autour desquels gravitent d'autres astres. Voilà , dans l'enfance de la science, des vérités qui sont restées ignorées ou combattues jusqu'à Galilée I

Les expériences de Pythagore sur les vibrations des corps sont pleines d'intérêt. Passant un jour devant l'atelier d'un forgeron , il

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entendit diverses consonnances produites par des marteaux qui frappaient sur une enclume. En étudistnt ce phénomène , ii ne tarda pas à reconnaître que la variété des sons provenait du poids différent des marteaux. Pour tout autre , cette observation eût été sans résultat ; pour Pytbagore , elle fut le germe d'une expérience importante. Il tendit des cordes de même grosseur et de même longueur, et suspendit différents poids à l'extrémité de chacune d'elles. Après quelques essais, il parvint , en faisant vibrer ces cordes , à exprimer en nombre les rapports des sons. II rendit en outre un grand service à la philosophie en répandant le goût des mathématiques , qu'il cultiva avec succès.

Les principes de Pytbagore et de ses élèves, qui essayèrent de les soutenir dans l'école de Sicile , malgré les agitations politiques auxquelles cette île était en proie , furent bientôt oubliés des phUosophes grecs , qui s'étaient habitués à rapporter tous les phénomènes à des théories qu'ils s'étaient créées , et à ne discuter les faits qu'autant qu'ils pouvaient servir à appuyer ces mêmes théories, s'imaginant en outre qu'il était possible de pénétrer tous les secrets de la nature, même les choses qui échappent à l'observation. Dans une telle disposition d'esprit, les obstacles ne pouvaient les arrêter. Ils entassaient préjugés sur préjugés, se contentant de notions vagues et basées sur des systèmes qui étaient adoptés avec empressement par les peuples. L'esprit de système était donc l'esprit dominant ; aussi chaque philosophe en imaginait-il un pour expliquer la nature à sa manière.

Aristoxène conçut la doctrine de l'harmonie, au moyen de laquelle il voulut prouver que la pensée et la sensibilité ne sont que des modifications de la matière.

Leucippe et Démocrite imaginèrent la doctrine des atomes qui fut défendue plus tard par Épicure , et qui règne aujourd'hui dans la science. Suivant ces philosophes, le vide et la matière composaient essentiellement l'univers, et étaient éternels, attendu que rien ne sort du néant et que rien ne saurait y rentrer. Tous les corps étaient composés d'atomes laissant entre eux des distances immenses ratativement à leur ' dimension , et qui devenaient libres aussitôt après la destruction des corps. Ces atomes , dont la dureté était parfaite , avaient des formes variées, carrées, crochues ou autres; ils étaient toujburs en mouvement, se précipitaient dans le vide, se fuyaient, s'accrochaient, et s'unissaient pour former des corps qui eux-mêmes étaient décomposés par la rencontre d'autres atomes.

Leucippe est celui de tous les philosophes grecs qui a donné les

idées les plas jastes sur la théorie des atomes , en annonçant que leur forme variait avec la nature des corps ; qu'en changeant leur ordre et leur disposition, il en résultait des corps différents. C'est aussi le point de vue sous lequel nous envisageons aujourd'hui Tisométrie.

Oti conçoit que des opinions si diverses, qui n'étaient point appuyées sur l'expérience , durent donner lieu à de vives discussions ; aussi vit-on toutes les écoles de la Grèce en proie à des disputes sur la nature du temps, de l'espace, de la matière.

Après ces philosophes parut Platon , né vers l'année 434 avant l'ère chrétienne. Philosophe lui-même à vingt ans , après avoir entendu Socrate , il reconnut pour cause universelle un Être suprême et prit les quatre éléments pour base de tous les corps, mais il s'est illustré plutôt par ses vues philosophiques que par ses travaux en physique.

A ces divers systèmes succéda celui d'Aristote, qui, en homme éminemment supérieur, se mit à étudier la nature pour l'interpréter; mais , comme tous les philosophes grecs, dominé par l'esprit de système , if paya un tribut à son siècle , en fondant ses doctrines sur des causes occultes, doctrines qui furent suivies dans les écoles pendant deux mille ans, mais qui disparurent sans retour depuis Bacon et Galilée. Aristote, né à Stagyre,en Macédoine, 384 ans avant l'ère chrétienne, fut chargé de l'éducation d'Alexandre pendant huit ans; il se retira ensuite à Athènes, lorsque ce conquérant partit pour l'Asie; mais il ne cessa pas d'entretenir une correspondance suivie avec son élève , qui avait contracté près de lui le goût des sciences et le désir de contribuer à leur progrès; ainsi se hâta-t-il de procurer à Aristote les moyens d'étude qu'il trouvait dans les contrées qu'il parcourait en vainqueur. Des milliers de chasseurs et de pêcheurs furent par lui chargés de rassembler les animaux et autres objets qui pouvaient être utiles à son maître pour l'étude de l'histoire naturelle. Ajoutons qu' Aristote avait une âme ardente pour l'étude; qu'il était possédé du désir d'acquérir des connaissances universelles, désir qui était justlûé par les éminentes qualités qu'il avait reçues de la nature et les grands moyens d'instruction qu'il recevait d'Alexandre. Aussi immortalisa-t-il son nom pour avoir coordonné les connaissances humaines éparses et les avoir réunies dans un corps de doctrines, d'après les règles de la logique. Thaïes avait eu la même pensée, mais non les moyens nécessaires pour exécuter ce vaste projet.

La physique d'Aristote est néanmoins bien inférieure à son histoire naturelle ; ii ne pouvait guère en être autrement à cette époque où les philosophes étaient plutôt occupés à façonner la nature à leur guise

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qu*à décrire les phénomènes pour en recueillir des faits conduisant à des lois. Toutefois, c'est lui qui jeta les bases de la météorologie, et qui lit sentir de nouveau la nécessité d'allier l'étude des mathématiques à celle de la physique. Néanmoins Aristote , qu'on regarde avec raison comme le créateur de l'histoire naturelle, embrassa trop d'objets à la fois pour se former une idée nette de chacun d'eux. Il commit en outre la faute grave d'établir des principes généraux pour les appliquer à des cas particuliers , méthode pernicieuse à la recherche de la Térité dans les sciences en général. Quoi qu'il en soit, son système de philosophie, fondé sur la raison, ne pouvait manquer d'avoir un immense succès; on le vit tour à tour suivi et abandonné par les sectes chrétiennes, et reprendre faveur chez les Arabes qui, dans le moyen âge , l'introduisirent en Europe.

Sans entrer dans l'examen des principes sur lesquels repose son système, je dirai qu' Aristote considérait l'univers comme une vaste machine composée de roues qui , se mouvant par elles-mêmes et s'engrenant entre elles , produisaient des effets dépendants de la nature des principes dont elles étaient composées. Malgré des bases aussi absurdes , qui ne pouvaient le conduire à un système rationnel des phénomènes naturels, il nous a transmis des notions qui prouvent qu'il s'était réellement occupé d'expériences. On trouve, en effet, dans ses ouvrages, des détails sur la différente conductibilité des corps pour la chaleur. Il y parle de la pesanteur de l'air ; de la forme circulaire de l'image formée par des rayons solaires qui passent par une ouverture de forme circulaire, et dont il donne l'explication ; du refroidissement produit par un ciel serein et de la formation de la rosée qui en résulte ; puis de la figure de la terre, déduite de la rondeur de l'ombre que notre globe projette sur la lune dans les éclipses de cet astre. Néanmoins , il s'est contenté en physique de notions vagues, d'observations incomplètes et souvent erronées , qui ne pouvaient le conduire à la découverte des véritables lois de la nature. Nous ferons de plus remarquer qu'en admettant des causes occultes pour expliquer des phénomènes dont il ne pouvait rendre compte, il entravait la marche de l'esprit humain dans les recherches expérimentales. En effet, suivant lui, les impressions produites sur nous par des objets extérieurs étaient dues à des causes en vertu desquelles elles étaient ce qu'elles devaient être ; causes tellement cachées, qu'il était inutile de les rechercher puisqu'on ne pouvait jamais arriver à les découvrir. Bive à priori qu'une chose est introuvable, c'est juger sans examen. U est hors de doute qu'il y a des limites que l'esprit humain

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ne saurait franchir ; mais c*est l'expérience seule qui doit nous l'apprendre , et non des théories dont le temps fait toujours justice quand elles ne sont pas fondées sur la raison. Les ouvrages d'Aristote devaient donc fournir des armes à la controverse, et avoir un immense succès à des époques où les discussions scolastiques et les subtiHtés de raisonnement étaient en grande faveur et conduisaient à la célébrité.

Voilà 9 en peu de mots , les principes de philosophie naturelle sur lesquels la physique reposa pendant près de deux mille ans, et qui furent renversés du moment que Ton eut reconnu que, pour arriver à la connaissance des choses, il fallait observer et étudier ces choses. En général , les philosophes grecs s'attachaient plutôt à des sujets purement intellectuels qu'à l'étude des phénomènes naturels; aussi portèrent-ils l'art de la discussion et de l'analyse au plus haut degré de perfection, sans résultats utiles pour l'avancement des sciences. Davy a dit avec raison des Grecs {Introduction des Éléments de philosophie chimique) « qu'ils avaient , comme par instinct, le sentiment de tout ce qui « est beau, grand et brillant; que leurs philosophes n'errèrent point « pat manque de génie, ni même d'application , mais seulement parce « qu'ils parcoururent une fausse route ; qu'ils raisonnèrent plutôt « d'après un système imaginaire, touchant la nature, que d'après un « ensemble perceptible à la vue et au tact.

Ils s'étaient imaginé, par exemple , qu'en prenant pour point de départ lès idées théoriques les plus simples , ils devaient pouvoir y rattacher les principaux phénomènes; ainsi , le cercle étant la plus régulière des lignes , la révolution des corps célestes devait s'effectuer suivant des cercles et avec des mouvements réguliers ; s'occupant peu de vérifier par l'observation si l'hypothèse était exacte ou non , l'erreur dés Grecs vint de ce qu'ils avaient cru que la méthode qui avait .fait découvrir des vérités importantes en mathématiques , dont tous les faits s'enchaînent , était applicable à la physique.

On doit cependant, parmi les anciens et comme physicien, mettre hors de rang Archimède, né vers l'an 267 avant Jésus -Christ et dont la fin malheureuse est connue de tout le monde. Outre ses grandes connaissances en mathématiques, qui le mettent au rang des premiers géomètres de l'antiquité , on lui doit, à ce qu'il parait, les premières idées sur la réfraction astronomique , et la découverte du principe à l'aide duquel on détermine la densité des corps. Quant à sa réputation de grand mécanicien, elle est immense , bien qu'on ait

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peut-être exagéré Tusage des machines qu'il imagina pour éloigner les vaisseaux romains des remparts de Syracuse ; néanmoins, ses découvertes en mécanique qui nous sont parvenues sont assez importantes pour justifier sa grande renommée.

La physique n'existait donc pas réellement comme science chez Idê GrecSy puisque les vérités connues de leur temps étaient encore épar^ ses 9 malgré les efforts de Thaïes et d'Aristote pour les réunir. Il en fut de même chez les Bomains y plus occupés de conquêtes que d'études scientifiques* Aussi se bornèrent-ils à répéter ce que les Grecs avaient avancé, sans chercher à discutet si les opinions émises par ceux-ci étaient erronées ou non. Après s'être rendus maîtres de l'Italie^ ils portèrent leurs armes au delà et n'eurent d'abord aucun respect pour les établissements littéraires et scientifiques des peuples vaincus* Us ne commencèrent à prendre du goût pour les arts qu'après la prise de Syracuse , d'où Marcellus enleva les statues et les vases pour en décorer les temples de Home. A cette époque, cette ville, qui devait devenir la capitale du plus vaste empire qui ait jamais existé, n'avait encore ni poètes, ni philosophes, ni historiens, ni orateurs. Nous ne suivrons pas le développement de la philosophie chez les Bomains , maisnous dirons seulement qu'on peut leur reprocher, comme aux Grèce dont ils devinrent les élèves après les avoir vaincus , d*avoir été avides du merveilleux; d'avoir accueilli, sans discernement, les traditions souvent les plus absurdes, et de les avoir réunies dans des corps informes de doctrine* Précisons les faits.

Au rapport de Gicéron, la géométrie était peu cultivée à Rome, et l'astronomie , qui était entachée de magie , se bornait à prédire les éclipses. Les discussions scientifiques roulaient principalement, comme du temps de Leucippe et de Démocrite , sur la métaphysique des atomes et le vide*

Lucrèce, contemporain de Cicéron, dans son mémorable poëme dé Nature rerum , expose le précis des opinions d'Épicure, comparées à celles d'autres philosophes célèbres. On y trouve des notions assez exactes , quoique vagues ^ sur plusieurs points de la physique. Il avance, comme du reste on devait le savoir depuis Archimède , que la chute des graves ne s'effectue pas de la même manière pour tous les corpsi et que les corps sont composés de matière et de vide ; il décrit avec exactitude les effets du tonnerre, etc. On trouve dans Sénèquedes observations sur le grossissement que produisent les globes de verre par réfraction > et les miroirs courbes par réflexion^ et d'autres sur les couleurs de l'iris qui se forme dans les prismes de verre ;

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sur Ja diminution de la chaleur dans les hautes régions de l'atmosphère; il parle des différentes couleurs des étoiles ^ et dit que les comètes ont un cours régulier, que les tremblements de terre sont dus à une chaleur centrale, eta, etc.

Pline, dans son Histoire naturelle, fait de larges emprunts àThéophraste et à Aristote; il y rapporte une foule d'observations relatives aux arts , et y donne quelques notions sur le dégagement de l'électricité par frottement, et sur divers phénomènes électriques. Quant à ses principes de physique , ils sont à peu près ceux de Platon et d'Aristote , qui régnaient alors dans toutes les écoles.

Les anciens, du temps de Pline et môme avant , connaissaient la propriété dont jouit la torpille, de produire un engourdissement quand on la touche avec une pique ou une baguette. Galien rapporte le môme fait. Piutarque dit que ce poisson fait éprouver un engourdissement aux pêcheurs , par l'intermédiaire de leurs filets , et que si l'on verse de l'eau sur une torpille vivante, la sensation se propage jusqu'à la main à la faveur de l'eau tombante.

Appien a décrit les deux organes qui possèdent la faculté de donner des commotions, dont les anciens se servaient comme d'un moyen curatif, particulièrement dans la goutte , la paralysie, etc. D'autres observations analogues prouvent que les Grecs et les Romains avaient observé avec soin le phénomène de la torpille , dont l'origine électrique est aujourd'hui bien démontrée.

Vossius rapporte que , de son temps, on faisait usage de la commotion de la torpille pour guérir les maux de tête invétérés , et qu'on l'employait comme remède contre la goutte.

Les anciens paraissent s'être occupés beaucoup des propriétés du tonnerre ; suivant eux , faire descendre le tonnerre ou la Divinité ellemême était même chose. Selon Pline, Numa avait eu fréquemment ce pouvoir. On a été même jusqu'à dire que le procédé à Taide duquel on retire des nuages le fluide électrique , était connu des anciens et en partie de Numa Pompilius, et que TuUus Hostilius, son successeur, périt pour avoir maladroitement employé ce dangereux procédé. On trouve en effet dans Pline ce passage remarquable relatif à Tulius Hostilius: «Dans le moment où il évoquait la descente de la foudre par le procédé de Numa, mais maladroitement, Tullus fut frappé de la foudre. Quod scilicet fulminis evocationem imitatum parum rite, Tullum Hoslilium ietum fulmine. Plin., lib. a , c. 53. » On trouve encore , dans Lucain, un passage remarquable relatif au même sujet.

Aruns, savant étrurien , instruit dans les mouvements du tonnerre,

est dit avoir rassemblé les feux de l'éclair dispersés dans Tair , et les avoir ensevelis dans la terre.

Mruns dispersas fulminis ignés

Colligit, et terra mœsto cum murmure condit, LuCAN., Phars,, /, 606.

Il est impossible de s'expliquer avec plus de précision sur l'emploi des paratonnerres pour soutirer la foudre. Ce passage ne doit pas étonner; car les Étrusques» an rapport des auteurs anciens, et à en juger par les antiquités qui nous restent, avaient une civilisation fort avancée à une époque très-reculée.

L'astronomie , entachée de magie , fit de tels progrès à Rome pendant le premier siècle de l'ère chrétienne , que les astronomes combattirent les astrologues, et s'efforcèrent de démontrer Terreur de leur prétendue science. Mais ces attaques ne servirent qu'à l'accréditer davantage , et bientôt après tout l'empire romain crut à l'astrologie. Plusieurs empereurs même partagèrent cette erreur.

D'un autre c6té, les attaques réitérées des barbares , et la lutte entre le christianisme et le paganisme, qui devint si vive que l'on quitta les sciences positives , quoique encore dans leur enfance , pour se livrer à des sujets purement spéculatifs, arrêtèrent non-seulement pendant longtemps les études scientifiques , mais finirent même par les anéantir presque entièrement pendant plusieurs siècles.

Mais avant d'indiquer quelles étaient ces études dans le moyen âge, arrêtons-nous un instant pour parler de la chimie, considérée plus tard comme une des branches de la physique générale, et qui a cpntribné à l'impulsion que celle-ci reçut dans le xv^ siècle, en appelant continuellement l'attention des philosophes sur l'art des expériences , sans lequel la physique ne saurait exister.

La chimie, comme science , était inconnue des anciens; cependant plusieurs peuples, et en particulier les Égyptiens, cultivèrent avec succès , comme on l'a vu précédemment , les applications de cette science aux arts, sans en connaître les principes. Ce peuple était surtout habile dans l'art de teindre les étoffes, de travailler les métaux, le verre et les émaux , et colorer ces derniers de diverses teintes ; il savait purifier la soude ou natrum, et retirer la potasse des cendres.

Les Phéniciens avaient également des connaissances assez étendues dans les arts qui dépendent de la chimie. Ces peuples connaissaient l'usage du cuivre , de l'or , de l'argent , du plomb , de l'étain et du fer ; ils savaient retirer ces métaux de leurs minerais , les allier entre eux, et produire divers composés métalliques, tels que la litharge,

INTRODUCTIOlf HI8TOBI0US. 2i

les vitriols ; ils connaissaient aussi l'usage des liqueurs fermentées. Malgré toutes les connaissances qu*cxigeaient les opérations préalables pour obtenir ces composés , ils ne possédaient encore que des règles pratiques qui , réunies , ne formaient pas un corps de doctrine. Les arts chimiques passèrent des Égyptiens chez les Grecs et les Ronudns^ qui s'occupèrent peu des connaissances scientifiques sur lesquelles ils reposaient, puisque leurs philosophes n*en ont pas fait mentton. Voici quelques faits signalés par eux :

Suivant Laërce Diogène, Démocrate s'était occupé à imiter les pierres précieuses.

DioscoridCy qu'on suppose avoir été le médecin de Cléopâtre , avait indiqué le moyen de retirer le mercure de sa mine par la sublimation, etc. Mais toutes ces assertions ne suffisent pas pour prouver que la chimie existât comme science , il faut remonter jusqu'au vu' ou vm* siècle pour en apercevoir les premiers rudiments ; mais avant de le prouver, revenons à l'état dans lequel se trouvait la physique générale en Europe dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, alors que, de toutes parts, l'empire romain croulait sous les coups réitérés des barbares. Peu à peu les ténèbres couvrirent les ruines de l'empire .d'Occident 9 et menacèrent bientôt celui d'Orient.

Les Grecs, entourés de barbares, gouvernés par des princes inhabiles et ignorants , accablés sous le poids de guerres intestines et étrangères 9 virent bientôt s'éteindre les sciences, les arts et la littérature, qui avaient fleuri , surtout ces derniers, pendant tant de siècles parmi eux. La destruction totale de l'idolâtrie entraîna celle des différentes sectes des philosophes de l'antiquité , et fit fermer les écoles oà les sciences étaient enseignées par des païens. La lutte entre les deux religions devint si grande que l'une s'efforçait d'anéantir l'autre.

L'esprit de discussion qui avait pris naissance chez les Grecs , et dont nous avons signalé la funeste tendance pour l'avancement des BcieDces physiques 9 ne tarda pas à être partout à la mode. L'étude des choses fut négligée pour raisonner sur les mots ; mais peu à peu hi barbarie fit évanouir les lueurs que la dialectique avait conservées , et les Grecs furent eux-mêmes plongés dans les ténèbres.

Dans les vi^ et vu® siècles, Justinien, qui voulait abattre l'idolâtrie dans l'Occident , détniisit les écoles, et en particulier celles d'Athènes; il ne conserva que celles d'Alexandrie , dont les chaires étaient occupées par des chrétiens ; mais bientôt elles furent anéanties à leur tour. Il n'existait donc plus alors d'établissements scientifiques , aussi les astrologues devinrent-ils les philosophes par excellence, et r^nè-

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rent-ils sans partage sur les esprits , qu'ils dirigeaient à leur gré. Néanmoins , sous Justinien , il existait quelques hommes de mérite , tels qu'Anthémius et Isidore, sortis de Técole du philosophe Proclus , qui , au commencement du vi® siècle , ranima le goût et l'étude des mathématiques dans la Grèce. Au rapport d'Agathlas, continuateur de Procope de Césarée, Anthémius était un ingénieur habile, joignant la connaissance de la géométrie à celle de la physique. Justinien le chargea de reconstruire Téglise de Sainte-Sophie. Cet homme , supé^ rieur à son siècle , avait quelque idée de la force expansive de la vapeur, autant qu'on en peut juger d'après les détails dans lesquels entre Agathias.

Tel fut l'état des choses jusqu'au commencement du viii® siècle, où Léon risaurien, ce furieux iconoclaste, enveloppa dans la même proscription les sciences, les arts, les images. Son aveuglement était tel, qu'il fit brûler, la nuit , dans leurs maisons , avec tous leurs livres, douze ecclésiastiques , ses conseillers , qui ne partageaient pas son horreur pour les images. Tout semblait donc concourir à l'anéantissement des sciences , et tous les efforts de l'esprit humain durant toute l'antiquité, en Egypte, en Grèce et dans l'empire, auraient été perdus pour la civilisation , si les livres échappés à la proscription générale n'eussent été conservés dans les communautés religieuses.

Saint Benoit , qui , en 543, fonda le premier ordre monastique en Occident , sur le mont Cassin , a donc droit , sous ce rapport, à notre reconnaissance. La règle de son ordre était de prévenir la vie purement contemplative que l'on reprochait aux moines d'Orient. En conséquence , elle recommandait le travail manuel , et faisait un devoir de la lecture et du travail intellectuel. Néanmoins, les bénédictins ne parurent en France que vers le commencement du vu® siècle ; et, bientôt après, il se forma de toutes parts des couvents qui eurent d'abord des bibliothèques , et plus tard des écoles. Les travaux littéraires et scientifiques furent l'apanage des communautés religieuses, et, en particulier , de celles qui suivaient la règle de Saint-Benoit ; aussi ne vit'On pas un seul auteur, pendant un grand laps de temps , qui n'appartint au cloître. A la vérité , les sciences physiques n'y gagnèrent d'abord rien ; mais plus tard elles reçurent une impulsion par les travaux de quelques moines, qui les enrichirent de découvertes importantes dont je parlerai bientôt. Mais avant ^ assistons à la renaissance des sciences et des arts.

Par une de ces singularités dont l'histoire ne nous offre qu'un seul exemple , le dépôt des connaissances humaines en Orient fut recueiW,

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conservé et mis au jour dans le moyen âge par un peuple qui avait été plongé dans la barbarie pendant toute Fantiquité , et chez lequel les lumières ne brillèrent pendant quelques siècles que pour s'éteindre ensuite tout à fait. l.es Arabes, à l'époque où Mahomet les asservit, étaient dans l'ignorance la plus profonde , état favorable aux vues politiques de ce conquérant; aussi se servit-il de Tascendant de »a religion pour empêcher que les sciences ne pénétrassent parmi eux. Ce n'est que vers le viif siècle, sous les Abbassides, que les Arabes commencèrent à sortir de la barbarie dans laquelle l'islamisme les avait maintenus. Les Abbassides appelèrent près d'eqi( des médecins chrétiens, qui répandirent peu à peu en Arabie le désir d'acquérir des connaissances positives, connaissances qui flattaient singulièrement l'esprit de ce peuple, avide du merveilleux.

Ils firent rechercher les livres scientifiques épars, écrits en différentes liingiies> et en confièrent la traduction It des chrétiens. C'est ainsi que les œuvres d'Aristote prirent faveur parmi eux et leur inspirèrent le goflt du péripatétisme et de la médecine. Le calife Mahmoud, qui régnait an commencement du ix® siècle, répandit plus tard l'étude des mathématiques qu'il cultiva lui-môme avec passion. Il employa toute son influence pour populariser la philosophie grecque. Les successeurs de cet homme éclairé encouragèrent Iqs sciences, qui finirent par se répandre dans tous les Ëtats soumis à l'islamisme : auwi vit'^on en Asie, en Afrique, en Espagne, et particulièrement à Cordoue, des écoles où l'on enseignait la médecine, l'astronomie, les mathématiques et la philosophie, écoles fréquentées même par des chrétiens. Cette civilisation avancée pour le temps dura jusqu'au xiv^ siècle, époque où Tamerlan dévasta l'Asie,

Bien que les sciences, les arts et la littérature aient été en honneur ebaii les Arabes, néanmoins, leur prédilection pour Aristote, dont ils adoptèrent les principes sans les comprendre, contribua à les égarer* J^s eul'cnt continuellement recours à des commeptateurs qui défigurèrent tellement ces principes, qu'il était impossible de les retrouver au milieu de ce chaos. Des sectes de péripatéticiens sa formèrent de toutes parts, et chacune, croyant avoir saisi la pensée d'Aristote, combattait toutes les autres et lançait contre elles l'anathème. L'étude de la philosophie portait donc plutôt sur le mécanisme des propositions que sur les idées et les faits, et fournissait par conséquent des armes à la controverse.

Les Arabes «ulUvèrent néamoQoins avec succès la géométrie, l'as-

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troDomie, la médecine, et surtout la chimie. Le plus célèbre d'entre eux est Gheber-Aben-Moussa-Djafa-Alsof) y qui florissalt dans le Yiii*' siècle, et que l'on regarde comme le fondateur de l'école arabe. On lui doit la découverte de l'alambic, du sublimé corrosif et de l'acide nitrique. Les Arabes ont encore découvert Tean régale, le nitrate d'argent et diverses préparations pharmaceutiques qui passè^ rent en Europe, par l'intermédiaire de ceux qui fréquentaient leurs écoles. Mais la chimie ne fut cultivée par les Arabes que comme une branche d'une autre science, de la science par excellence selon eax^ qui prit naissance vers le vu® siècle de l'ère chrétienne, et à laquelle la physique et la chimie doivent d'avoir mis en faveur la méthode expérimentale comme moyen de recherches : je veux parler de l'alchimie. '

Dans les auteurs anciens on ne trouve rien qui ait trait à cet art. Pline rapporte seulement que Caligula fut le premier qui prépara de l'arsenic pour le transformer en or, et qu'il n'arrêta ses recherches que parce que la dépense surpassait le profit. Mais il est probable qu'il ne fit que séparer l'or d'un minerai arsenifère; ce qui parait certain, c'est que cet art prit naissance chez le^ Arabes; qu'il fût répanda en Europe par Baymond Lulle de Majorque, dans le xiii® siècle, par Arnaud de Villeneuve d'Aragon, au commencement du xrv** siècle, et qu'il eut ensuite pour adeptes Azot, Paracelse et autres.

L'alchimie avait pour but principal la transmutation des métaux; ses partisans pensaient que tous les métaux renfermaient une seule et même substance, le métal par excellence, et dont la pureté était masquée par la présence de substances étrangères ; suivant que ces dernières se trouvaient en plus ou moins grande quantité, le mélange était plus ou moins grossier. L'or était le composé qui s'approchait le plus du principe primitif. La substance qui pouvait transformer toutes les autres en or ne devait opérer ce changement qu'en enlevant les matières étrangères qui altéraient sa pureté; cette même substance devait enlever aussi du corps humain les principes moir bides qui altèrent les fonctions vitales : c'était la pierre philosophale, la panacée universelle. En s'attachant à cette chimère, les alchimistes, je le répète, ont mis sur la voie des méthodes expérimentales pour interroger la nature, et ont contribué par là à la grande impulsion que reçurent plus tard les sciences physiques et chimiques.

On conçoit, jusqu'à un certain point, comment on crut dans l'origine à la transmutation des métaux. En voyant, sous l'influence d'opérations nouvelles, un minerai d'une apparence grossière se

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transformer en métal pur, les mineurs durent penser qu'il n'était pas impossible d'obtenir les métaux les plus précieux en opérant la purification des autres. C'est une fatale conséquence de Terreur où étaient tombés les Grecs, qui avaient admis sans examen que les corps n'étaient formés que d'un très-petit nombre d'éléments, et que l'on pouvaitarriver à la connaissance des choses au moyen de principes simples. On voit par là quelle influence les sciences ont exercée sur la civilisation. Les Arabes conservèrent donc le foyer des lumières intellectuelles au milieu des ténèbres qui couvraient alors tout l'Occident, et dont les monastères recueillirent d'abord quelques faibles rayons.

En Occident, jusqu'au viii* siècle, il n'existait d'écoles que dans les cathédrales et dans quelques communautés, pour le besoin des ecclésiastiques. Dans ces temps de barbarie on prit pour guides un certain Gapella , né en Afrique dans le v^ siècle , et qui avait écrit quelques ouvrages en latin sur les sciences et les arts, puis, dans le vi^ siècle, Cassiodore, sénateur romain. Les ouvrages de ces auteurs n'étaient que des compilations propres tout au plus à conserver quelques documents relatifs aux sciences. Cet état de choses subsista jusqu'à ce que Charlemagne, s'étant rendu maître d'un vaste empire, et alors que les Français commençaient à respirer sous la protection de ses lois, sentit la nécessité^ pour civiliser ce peuple, de répandre l'étude des sciences, des arts et de la littérature, dont on le regarde, à juste titre, comme le restaurateur.

Pour donner l'exemple, il se livra lui-même à l'étude, vingt-cinq ans après son avènement au trône, c'est-à-dire, vers 794. Ce grand monarque prit pour maître un nommé Flaccus Albinus Alcinnus (Alcuin)^ diacre de l'église d'York, jouissant alors d'une grande réputation, en raison de ses connaissances variées dans les lettres, les mathématiques et l'astronomie.

A cette époque , l'Angleterre possédait quelques hommes éclairés ; parmi ceux qu'on y avait envoyés dltalie pour la propagation de la foi, il s'en trouva plusieurs qui avaient quelques notions des sciences, qu'ils transmirent à d'autres religieux. C'est par ce moyen et par le concours des bénédictins que, depuis le vi* siècle, elles furent conservées pour arriver jusqu'à l'époque de Charlemagne.

Aidé de son maître, ce grand homme ouvrit bientôt des écoles publiques, non-seulement à Paris, mais encore dans les diverses parties de la Gaule et de la Germanie soumises à sa domination. Ces écoles étaient dirigées par des hommes venus de l'Angleterre et de

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rirlande ; pour donner plus de faveur à ces établissements, il en fonda un, dans son propre palais, et Ton y enseigna toutes les parties qui constituaient alors les études. Gharlemagne se livra lui-même avec ardeur à celle de la rhétorique^ de la dialectique et de i'as« tronomie.

Sous les successeurs immédiats de Gharlemagne, je veux dire sous Louis le Débonnaire et Charles le Chauve, les écoles furent à peu près fermées. Dans les siècles suivants, jusqu'aux xii® et xm^, l'Europe continua d'être plongée dans les ténèbres ; les croisades absorbaient trop l'attention des esprits pour que l'on pût se livrer à l'étude.

Vers la fin du xi^ siècle, la scolastique, mélange monstrueux de subtilités dialectiques, de théologie et de notions scientifiques , fut en grande faveur; aussi, l'art de discuter, qui conduisait à la célébrité, fut-il la passion dominante. Dans le siècle suivant, les doctrines d'Aristote furent très-répandues en Occident. Frédéric 11^ qui régnait en Allemagne, y contribua beaucoup; mais, d'un autre côté, il rendit un (service éminent, en faisant traduire les livres arabes qui traitaient de mathématiques, de physique et de médecine. L'enthousiasme pour Aristote fut porté à un tel degré, que l'on ne s'occupait pas de rechercher ce qui était vrai ou non dans ces ouvrages, mais bien ce qu'avait dit le maître.

Depuis les Arabes , on ne voit , dans tous les ouvrages de physique, aucune expérience nouvelle ; il faut aller jusqu'au xiii® siècle pour trouver un homme qui se soit occupé de la physique, sous le rapport expérimental ; cet homme , considéré encore par le peuple comme le magicien par excellence, est Albert, né à Lawingen en Souabe, vers 1205. Beligieux de l'ordre de Saint-Dominique, il se livra de bonne heure à l'enseignement à Cologne, où il eut de nombreux élèves. Dans un voyage qu'il ût à Paris , le nombre de ses auditeurs fut si considérable, qu'il fut obligé de donner ses leçons sur une place qui reçut alors le nom de Maître- Albert, et appelée aujourd'hui place Maubert, Les ouvrages qu'il nous a laissés ne renferment aucun des contes absurdes que l'on a publiés sous son nom; on y voit seulement qu'il était partisan de la doctrine d'Aristote, dont il a fait de nombreux commentaires. Il avait une grande aptitude pour les sciences mécaniques , et s'occupait de l'étude des phénomènes naturels. On trouve dans ses ouvrages une dissertation sur les aérolithes , sur l'existence desquels il n'élève aucun doute , et qu'il cherche à expliquer, soit en les considérant comme formés dans les hautes régions de Fatmosphère, ou bien comme étant tombés de la lune, hyr

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pothèses qui ont été renouvelées de nos jours , et auxquelles on en a m'outé une autre ^ celle de corps errants dans l'espace , et qui tombent sur la terre dès Tinstant qu'ils se trouvent dans sa sphère d'activité. Il parait qu'il cultivait dans des serres chaudes des plantes qui fleurissaient et des arbres qui donnaient des fruits avant la saison , ce qai le mit à même de donner en hiver, à un évoque, ce fameux festin au milieu d'un jardin fleuri. Ce repas fit événement , et ne con* tribua pas peu à le faire accuser de magie. Au surplus » la variété des connaissances d'Albert relevait si fort au-dessus de ses contemporains, qu'on s'explique facilement tout ce qu'il y a d'absurde dans ce qu'on a débité sur son compte.

Dans le xiii* siècle parut encore Boger Bacon , cordelier , professeur à Oxford, élève d'Albert surnommé le Grand, et appelé lui-^ même le docteur admirable. Il conçut l'idée de fonder les sciences physiques sur l'observation , et d*interroger la nature au moyen de rexpérience. . Essayer de secouer le joug de l'autorité scolastique, était une innovation sans exemple; aussi produisit-elle un grand scandale. Il parvint néanmoins à faire des élèves qui réunirent une somme considérable pour le temps, aûn de subvenir aux frais des expériences. Une entreprise aussi hardie devait attirer sur lui des persécutions dans un siècle d'ignorance. Il fut condamné par le général desoordeliers à une prison perpétuelle , au pain et à l'eau , pour avoir essayé de dissiper les préjugés dont son siècle était imbu ; il en sortit après s'être justifié , mais à la condition de ne plus s'occuper de physique.

On lui doit des notions sur les propriétés des verres concaves et convexes, dont il parle daas son Opus majus^ en disant que « les « Pères, quand lis seront âgés , pourront se servir de ces verres pour « lire.» Il y fait mention également de combinaisons de verres, à l'aide desquelles on pourrait grossir les objets et voir à des distances immenses , qu'il s'exagère ; de la possibilité de faire mouvoir des chariots et des vaisseaux à l'aide d'un mécanisme intérieur auquel on pourrait appliquer la force du vent : prévision de l'emploi de la vapeur.

Dans son Spéculum alchimiœ , il parle des propriétés de la poudre à canon , dont l'usage était déjà vulgaire de son temps, puisque les enfants s'amusaient à en enfermer dans du parchemin , pour y mettre ensuite le feu. Bacon , que son génie élevait au-dessus de son siècle, a avancé qu'en employant la composition de salpêtre, de soufre et de charbon , on pourrait renverser des villes. Bien que cet homme supérieur ait partagé toutes les erreurs des alchin^isteSy er-

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reurs bien pardonnables dans les temps de ténèbres où il vivait, on ne lui en doit pas moins une grande reconnaissance pour avoir été un des fondateurs de la physique expérimentale. Quoique Roger Bacon ait donné à cette science une grande impulsion , néanmoins il n*a pas peu contribué à répandre, comme son maître, la doctrine d'Aristote, tout en cultivant les mathématiques, la mécanique^ rastronomie, l'optique et la chimie.

Les événements qui troublèrent l'Europe dans le xiv® siècle arrêtèrent l'impulsion que Roger Bacon venait de donner aux sciences; il peut se faire aussi qu'il ait eu des idées trop avancées pour être compris de ses contemporains.

Aussi faut-il aller jusqu'au xv» siècle pour voir reprendre aux sciences une marche régulière et progressive. Je passe sous silence tout ce qui n a pas rapport à l'avancement des sciences expérimentales, pour arriver à Paracelse, né en 1496, et auquel on doit des préparations chimiques qui produisirent quelquefois des effets si heureux y que les médecins commencèrent à croire que la science à laquelle il s'était voué , pouvait leur fournir d'excellents moyens de soulager l'humanitc souffrante. C'est à cette époque que la chimie reçut elle-même une grande impulsion. Médecins, chimistes, métallurgisteis, naturalistes et industriels se mirent à l'œuvre , chacun dans l'étendue de sa sphère. Les découvertes se succédèrent rapidement , et la métallurgie abandonna les méthodes routinières pour en suivre d'autres fondées sur des découvertes récentes.

Paracelse occupa à Bâle, en 1527, la première chaire de chimie; de cette époque date une ère nouvelle pour cette science, dont nous ne suivrons pas tous les progrès ; nous dirons seulement qu'Agricola, après avoir étudié la minéralogie dans les mines de Bohême et de Schemnitz, aida aussi à jeter les bases de la chimie rationnelle. Déjà, depuis deux siècles, on s'en occupait en Allemagne, et avec ardeur, à cause de l'exploitation des mines qui a toujours été productive dans cette contrée.

L'alchimie fit alors de grands progrès; les préparations mercurielles, sulfureuses ou antimoniales qui venaient d'être découvertes et qui étaient des remèdes héroïques pour certaines maladies que les anciennes doctrines n'attaquaient jamais avec succès, contribuèrent à lui donner une vogue prodigieuse. Ses adeptes avancèrent de nouveau et avec plus de force qu'il devait exister un principe unique, au moyen duquel on devait élaborer l'or et chasser les principes morbides. La lutte devint vive entre les chimistes et les partisans

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de la pierre philosophale, dont la secte s'évanouit entièrement dans le xviii* siècle.

L'électricité et le magnétisme y dont il n'a point été fait mention jusqu'ici , ne constituaient pas encore une des parties les plus importantes de la physique générale. Gilbert est le premier qui ait publié , en 1590, un ouvrage rempli d'idées neuves sur quelques-uns des phénomènes qui en dépendent. C'est lui qui à commencé à classer les corps d'après leurs propriétés électriques de frottement.

Nous voilà aux xv^ et xvi^ siècles, à cette époque peut-être unique dans les fastes du monde, où les esprîts s'agitaient de toutes parts pour étendre la sphère de leurs connaissances, et chasser les erreurs qui , accumulées depuis des siècles dans nos annales , retardaient les progrès de la civilisation. En effet, comme l'a dit M. Herschel {Preliminary discourse on the study of natural philosophy, London , 1833), Yasco de Gama doublait le cap de Bonne-Espérance; Colomb découvrait l'Amérique ; Magellan cherchait les terres australes ;Drake ffusait le tour du monde; l'astronomie se débarrassait des chaînes que lui avaient imposées les doctrines d'Aristote ; Copernic , en faisant revivre le système de Pythagore, annonçait que la terre tourne; Tycho-Brahé étudiait le cours des planètes et celui des comètes; Kepler découvrait les trois grandes lois qui régissent les mouvements des corps célestes ; Galilée explorait les cieux avec son télescope, découvrait la pesanteur et jetait les bases de la physique expérimentale ; Toricelli trouvait la pression de l'atmosphère ; François Bacon , enfin , énumérait les connaissances humaines , et traçait aux générations futures la route qu'elles devaient suivre pour arriver à des vérités nouvelles.

Voilà des découvertes dont l'esprit humain pouvait s'enorgueillir. Honneur donc à ces intrépides philosophes qui n'ont pas craint de braver les mers , de risquer leur liberté et même leur vie , pour établir le règne de la vérité sur des bases inébranlables!

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