‹ Traité de physique considérée dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturellesChapitre 107 sur 157 · II. 3o · texte numérisé non relu

II. 3o

En opérant avec un mélange d'un volume d'acide nitrique à 1,35 et d'un volume d'alcool , il ne se dégage aucun gaz sur les électrodes, quand l'un et l'autre sont en éponges de platine. En se servant du platine compacte pour électrode négatif, il se fait sur ce dernier un dégagement abondant d'hydrogène. Quand l'électrode positif est formé d'un peloton un peu gros de fil de platine, on ne voit également aucune trace d'oxygène à sa surface. L'odeur d'acétate se fait sentir sur le platine en éponge ou en peloton , de même que dans les cas précédents.

Si l'on soumet à l'expérience un mélange composé de volumes égaux d'acide nitrique, d'alcool et d'eau , le dégagement d'hydrogène sur l'électrode négatif formé d'une éponge de platine , a lieu sans difficulté, tandis qu'il ne se montre pas sur l'électrode positif formé de platine en éponge ou de platine compacte.

Eu prenant pour électrode positif un fil ou une lame de fer, il y a un dégagement assez vif d'oxygène. Il semblerait résulter de là que le phénomène ne provient pas de ce que l'oxygène, étant à l'état naissant, réagit sur l'alcool , mais bien de l'influence exercée par le platine en éponge sur l'oxygène et l'hydrogène. En prenant pour électrode un fil d'or, il se dégagea sa surface de l'oxygène, mais en moins grande quantité que sur le fer.

Quoi qu'il en soit de cette explication, nous n'en pensons pas moins que l'action combinée des courants et des éponges métalliques peut être employée dans un grand nombre de cas , quand on veut étudier la composition chimique des substances organiques, et surtout déterminer la nature des principes immédiats qui peuvent exister tout formés dans ces substances ou se produire quand leurs éléments se séparent. Cette double action ne peut manquer de donner naissance à des effets puissants, à l'aide desquels on entrevoit la possibilité de produire quelques-uns des composés organiques analogues à ceux que l'on trouve dans la nature.

De Vinflilence de V électricité sur la fermentation alcoolique.

Nous ne terminerons pas ce qui concerne les propriétés électrochimiques des matières organiques appartenant aux végétaux , sans dire quelques mots touchant l'influence qu'exerce l'électricité sur la fermentation alcoolique.

Lorsque l'on plonge deux fils de platine eu relation avec une forte batterie voltaique, dans du jus de raisin conservé à l'abri du contact

de l'air, la fermentation ne tarde pas à se manifester, comme l'a observé M. Gay-Lussac. Il eu est de même à l'égard d'une dissolution sucrée, qui, sans Faction voltaïque, ne fermenterait que longtemps après. De la on doit conclure que le passage de rdectricité dans les substances fermontescibles y détermine un mouvement moléculaire capable de produire le phénomène. Serait-ce par hasard à la présence de l'oxygène résultant de la décomposition de l'eau , et qui est à l'état naissant , qu'on devrait attribuer l'effet? C'est ce qu'on ignore.

Les observations suivantes de M. Colin ne seront pas sans intérêt pour les personnes qui voudront étudier la question dont nous nous occupons.

L'extrait de levure ou ferment soluble, qui est une substance brune, savoureuse, aromatique, dont la solution ne s'altère pas sensiblement à l'air, se comporte comme un ferment, quand il a été purifié par l'alcool ; mais si l'on iiltre la dissolution avant d'y ajouter du sucre , elle ne possède plus la propriété de transformer celui-ci en alcool ; on la lui rend au moyen de l'action voltaïque. En faisant l'expérience sur un mélange de sucre et d'extraits préparés par des dissolutions alternatives et réitérées dans l'eau et l'alcool, il se dépose au pôle positif de petites écailles ou pellicules, et du gaz aux deux pôles. Si ce mélange, au lieu d'être électrisé, est abandonné à lui-même, il se prend au bout de huit ou dix jours en un liquide trouble et très-visqueux; et que, dans cet état, on l'électrise pendant quelques minutes avec la machine électrique ou la bouteille de Leyde, la fermentation s'y établit au bout de peu de jours, quoique lentement, et continue ensuite trois semaines; la liqueur alcoolique devient gazeuse et muqueuse, et on en sépare de la gomme avec le filtre.

On voit par là que la levure, dans un certain état, peut convertir en alcool ou en gomme la matière sucrée, selon que l'on emploie ou non l'action de l'électricité.

Action de Vélectricité sur tes matières animales.

Quand l'électricité traverse un corps, elle exerce, outre l'action cbimique , une action répulsive sur toutes ses parties. Si son énergie est suffisante pour vaincre la force d'agrégation, le corps se trouve brisé, fondu ou volatilisé, suivant sa nature. C'est ainsi que MM. Prévost et Dumas, en faisant passer des étincelles électriques à travers une petite goutte de sang, ont observé que celle-ci prenait

un aspect framboise, annonçant la séparation partielle des globules élémentaires qui la composaient. Passons à l'action voltaïque.

Si l'on soumet pendant plusieurs jours à l'action d'une batterie voltaïque composée d'un yrand nombre d'éléments , un morceau de chair musculaire servant à établir la communication entre deux vases remplis d'eau distillée, dans chacun desquels plonge une lame de platine en relation avec la batterie, ce morceau devient sec et dur, et ne laisse aucune trace de matière saline après l'incinération. Dans le vase négatif, on trouve de la potasse , de la soude , de l'ammoniaque et de la chaux; dans le vase positif, de l'acide sulfurique, de l'acide nitrique , de l'acide chlorhydrique et de l'acide phosphorique. On voit donc qu'il ne restait plus du morceau de chair musculaire que des charbons et des matières ne contenant plus ni alcalis, ni terre.

Davy, en soumettant à l'action d'un courant traversant deux vases remplis d'eau distillée, mis en relation avec une matière organique vivante, de la substance animale, est parvenu également à vaincre les affinités de certaines combinaisons. Ayant plongé ses doigts, préalablement lavés avec de l'eau distillée, dans le vase positif, renfermant de l'eau très-pure, il apparut rapidement une substance acide, qui avait les caractères d'un mélange d'acide chlorhydrique, d'acide phosphorique et d'acide sulfurique. En plongeant le doigt dans le vase négatif, il s'y manifesta promptement aussi une substance alcaline fixe. Or, puisque les substances acides et alcalines peuvent être séparées de leur combinaison dans les corps vivants, au moyeu des forces électriques, il est possible d'introduire par le même moyen, dans l'intérieur du corps, diverses substances capables de réagir chimiquement sur les oi-ganes. Il suffit pour cela d'humecter un linge de la dissolution contenant le principe que l'on veut introduire (supposons une dissolution d'iodure de potassium) , de l'appliquer sur une partie quelconque du corps, de poser dessus une lame de platine en relation avec le pôle négatif, et d'introduire dans une autre partie, au moyen de l'acupuncture, une aiguille de platine communiquant avec l'autre pôle; on ne tardii pas a reconnaître avec des réactifs convenables la présence de l'iode à l'extrémité de la pointe.

De la coagulation de V albumine.

L'albumine joue un si grand rôle dans l'économie animale , que quiconque veut appliquer l'électricité à l'examen des composés liquides qui en dépendent, doit connaître le mode d'action qu'exercent les courants sur cette substance.

Brandt avait observé que ralbiimine du blanc d'œuf se coagulait au pôle positif. MM. Prévost et Dumas reconnurent en outre qu'il se formait au pôle négatif une substance analogue à la gelée, parfaiment transparente et possédant des propriétés propres au mucus. Ces deux coagulums sont, l'un, de l'albumine combinée avec l'acide qui se porte au pôle positif , et l'autre , de l'albumine combinée avec de l'alcali qui se rend au pôle négatif.

M. Dutrocbet , en s'occupant de la même question , a reconnu également que les solutions alcalines concentrées coagulent l'albumine, et que quelques acides, tels que les acides acétique et pbosphorique, dissolvent l'albumine, quand ils n'ont qu'une énergie médiocre , tandis que l'acide nitrique ne produit l'effet que lorsqu'il est très-concentré. En étudiant avec un microscope les effets d'un courant sur du blanc d'œuf, placé sur une petite lame de verre entre les deux bouts libres de deux fils de platine en communication avec une pile , il a observé qu'il se formait autour du pôle positif une sorte d'atiiiospbère transparente, à laquelle il a doinié le nom d'onde positive , et qui n'est autre que de l'albumine dissoute dans de l'acide faible ; autour de cette onde, et par conséquent dans l'albumine environnante , on aperçoit des ondulcitions continuelles. En soumettant à l'expérience de Teau rendue émulsive par le jaune d'œuf, on observe d'autres effets : dés l'instant que les deux fils conjouctifs sont mis en communication avec la pile , on voit une onde diapbane jaunâtre naître autour du pôle négatif, et une onde opaque à sa circonférence et diapbane, jaunâtre, à son centre au pôle positif. L'onde alcaline paraît être due à la matière organique du jaune d'œuf dissoute dans un alcali , et l'onde positive à la même matière dissoute dans un acide, l'acide et l'alcali provenant de la décomposition électro-chimique des sels contenus dans le liquide.

Ees deux matières organiques , dissoutes l'une dans un acide , l'autre dans un alcali , conservent leur structure globulaire ; ce sont les petits globules qui, par leur rapprochement , forment la partie opacjue de l'onde positive. Quoi(iu'on n'aperçoive aucun globule dans l'onde négative, il en existe cependant, comme on peut le voir, eu substituant au jaune d'œuf quelques gouttes de lait. Les deux ondes s'éloignent de plus en plus des pôles, et finissent par se toucher. A leur intersection commune , il se forme un solide allongé , formé d'un agglomérat de globules. En intervertissant les communications avec la pile, c'est-à-dire en rendant négatif le fil positif, et réciproquement, il se produit une autre série de phénomènes : le coagulum

central s'efface peu à peu , la matière est dissoute et finit par disparaître entièrenjent. On voit alors apparaître deux nouvelles ondes semblables aux précédentes , et qui s'avancent et produisent les mêmes effets.

Si l'on ajoute à l'émulsion de jaune d'œuf , une quantité extrêmement petite d'alcali , on n'obtient plus qu'une seule onde, qui est celle du pôle positif 5 tout le reste du liquide forme i'onde négative. Le coaguhim a lieu toujours à la jonction commune ; en rendant l'émulsion légèrement acide, il ne se manifeste que l'onde alcaline.

Les résultats précédents sont d'autant plus remarquables que jusqu'ici on n'avait observé des précipités, dans les dissolutions soumises à l'action de la pile , qu'à l'extrémité des fils métalliques. Dans ce cas-ci , ils se forment entre les deux pôles ; ils sont dus à la rencontre des globules chassés des pôles par l'action du courant. Voici les conséquences qui peuvent être tirées de ces faits : les muscles, les nerfs, et en général les tissus organiques, sont formés de globules, dont les dimensions sont les mêmes p;)ur chaque organe. Or , si nous considérons ces globules comme les particules organiques élémentaires , nous devons les assimiler aux particules des composés inorganiques , et leur supposer par conséquent des propriétés électriques analogues ; dès lors il est probable qu'il existe des globules jouissant de la faculté, quand ils sont séparés d'une combinaison par l'action d'un courant , de se transporter les uns au pôle positif, les autres au pôle négatif. La coagulation doit donc avoir lieu lorsque deux globules , possédant des électricités contraires, se rencontrent au milieu de leur course entre les deux pôlts, et que de leur coiubinaison doit résulter un composé insoluble. Cependant il pourrait se faire que l'acide et l'alcali qui servent de dissolvants aux globules, venant à se combiner, abandonnassent ces mêmes globules, ce qui produirait le coagulum.

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