‹ Traité de physique considérée dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturellesChapitre 109 sur 157 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la transmission de la clialeur rayonnante dans les corps.

Lorsqu'un corps est placé dans un milieu où se trouvent d'autres corps, dont la température est plus ou moins élevée que la sienne , un équilibre de température ne tarde pas à s'établir entre tous ces corps , par suite d'un rayonnement calorifique d'un corps à l'autre, celui qui en a le plus en cédant à celui qui en a le moins. Cette transmission s'opère non-seulement quand les coi'ps sont en contact, mais encore lorsqu'ils sont à distance.

On appelle chaleur rayonnante, cette portion de la radiation calorifique émise par un corps chaud à travers les milieux non résistants, et au moyen de laquelle s'opère l'équilibre de température. C'est en raison de l'analogie qui existe entre la chaleur rayonnante et la lumière, qu'on a appelé rayons calorifiques, les rayons qui produisent les effets dont nous parlons, et qui sont soumis aux mêmes lois physiques que celles qui régissent les propriétés des rayons lumineux.

Dans les phénomènes de la chaleur rayonnante, on distingue le pouvoir émissif, le pouvoir réflecteur et le pouvoir absorbant, dont nous avons déjà parlé dans la notice historique, et le principe de l'équilibre mobile de température, dont voici l'énoncé :

Concevons une enceinte fermée quelconque, dont tous les points possèdent au même degré les pouvoirs rayonnants, absorbants et réfléchissants. La surface extérieure de cette enceinte étant maintenue à une température invariable quelconque, la surface intérieure aura la même température au bout d'un certain temps, et l'équilibre existera dans toute l'étendue de l'enceinte, quelle que soit sa grandeur. Pour concevoir cet équilibre, on peut admettre 1° que la surface intérieure ayant perdu sa faculté rayonnante, chacun des points n'émet et ne reçoit rien, de sorte que tout est dans un état d'immobilité; 2° que malgré l'équilibre, la surface intérieure conservant encore la faculté ra^'onnante, chacun de ses points émet des rayons calorifiques dans tous les sens et en reçoit également de tous côtés; de cette manière, le calorique est toujours en mouvement,

quoique la température soit fixe. Cette seconde hypothèse, dont l'idée appartient à M. Prévost de Genève, constitue le principe de V équilibre mobile de température^ d'après lequel nn corps quelconque, quelle que soit sa température, rayonne constamment de la chaleur dans tous les sens et en reçoit des corps environnants. Ce principe, défini rigoureusement par Fourier et développé dans les ouvrages sur la chaleur de deLaplace et Poisson, rend compte de tous les faits relatifs au rayonnement de la chaleur.

Les lois physiques de la chaleur étant les mêmes que celles de la lumière, il s'ensuit 1 " qu'ellese ré/léchit en faisant un angiede réflexion égal à l'angle d'incidence; qu'elle se polarise également suivant des lois semhlables; qu'elle se réfracte, en donnant un indice de réfractton qui présente peu de différence avec l'indice de réfraction de la lumière; 2° que le decroissement de son intensité est en raison inverse du carré de la distance; 3° que l'intensité des rayons de chaleur est proportionnelle au cosinus de l'angle que forment ces rayons a^ ec la normale de l'élément qui rayonne; 4° que la vitesse de la chaleur est la même que celle de la lumière. Cependant iM. AYrède, en s'appuyant sur le principe suivant, a trouvé une différence : « Si la chaleur a la même vitesse que la lumière dans un télescope, l'image calorifique du disque solaire sera superposée à l'image lumineuse; mais s'il en est autrement, la chaleur aura une plus grande ou une plus petite aberration que la lumière, et les deux images calorifique et lumineuse du soleil ne se superposeront pas; ce fait sera indiqué par la difféi-ence de température entie le bord oriental et le bord occidental de l'image solaire. « En faisant usage d'un appareil thermo-électrique très-sensible , INI. Wrède a trouvé, d'après ce qu'il a annoncé, une différence d'une fraction de degré, indiquant que la température du bord oriental est supérieure à celle de l'autre bord. La chaleur présenterait donc une aberration plus grande que celle de la lumière. D'après le calcul des positions du centre des images calorifique et lumineuse, M. AN'rede en a conclu que la vitesse de la chaleur est à celle de la lumière :: 20",25 : 25",03, ou comme 4 : 5. Ces résultats contredits par quelques personnes ne seront adoptés que lorsque les expériences rapportées auront été répétées avec un égal succès. iS^ous ferons seulement remarquer que la différence d'une fraction de degré trouvée par M. Wrède dans la déviation de l'aiguille aimantée du multiplicateur tiieriuoélcelrique, est insii,ni(iante, car on sait parfaitement qu'avec un appareil très-iensible la déviation d'une fraction de degré peut être produite par des causes qui échappent à l'observation.

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