‹ Traité de physique considérée dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturellesChapitre 34 sur 157 · II · texte numérisé non relu

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tous les points de leur corps, et particulièrement du corps des anuélides. Ces étincelles se succédaient avec une telle rapidité, elles avaient une telle ressemblance avec celles que l'on observe dans les décharges électriques, que M. Ehrenberg n'hésita pas à établir leur identité. Il s'est assuré que la lumière émise n'était pas due à une sécrétion particulière , mais bien à un acte sponntané de l'animal , et quelle se ma- . nifestait aussi souvent qu'on l'irritait par des moyens mécaniques ou chimiques, c'est-à-dire en agitant l'eau ou en versant dedans un acide. C'est, de plus, une analogie avec la torpille, qui ne lance sa décharge que lorsqu'on l'irrite. De même, dans ces animalcules , comme dans la torpille, la décharge recommence après un certain temps de repos. De cette similitude d'effets dans les mêmes circonstances, ne peut-on pas en conclure une identité dans les causes ? Il est à remarquer encore que les phénomènes lumineux sont d'autant plus marqués, que les animaux sont plus petits. Il semblerait que cette profusion de fluide électrique , émise par les animaux des classes inférieures , soit destinée à remplir d'autres fonctions dans les êtres d'un ordre plus élevé.

Voici encore quelques observations sur la phosphorescence des substances organiques. Dans le règne végétal, nous placerons en première ligne parmi les corps phosphorescents spontanément, le bois dans un certain état de décomposition et diverses fleurs. Boyie avait déjà reconnu, en 1668 , que la lueur du bois phosphorique disparaissait à mesure qu'on faisait le vide dans un récipient où on le plaçait ; en faisant rentrer l'air , le bois reprenait sa faculté lumineuse. L'air comprimé ne modifie en rien la lumière émise, qui a besoin seulement, pour être produite , de la présence de l'oxygène ; mais comme la combustion est très-lente, une plus grande quantité d'oxygène n'influe en rien sur l'intensité des effets lumineux.

D'après M. Dessaignes, tous les bois, de quelque nature qu'ils soient, deviennent phosphorescents , pourvu qu'ils soient pénétrés d'eau , exposés à une température de 8 à 12° et en contact avec l'air, et que le bois se trouve dans un état particulier de décomposition; quand la phosphorescence cesse, le bois a perdu sa flexibilité, sa force de tissu et une grande partie de sou poids. Le ligneux est intact, quoique sans force de cohésion.

Si l'on enferme du bois luisant dans un vase rempli de mercure, on obtient de l'acide carbonique, ce qui prouve qu'il y a une combustion lente , et par suite un dégagement d'électricité accompagné d'émission de lumière , attendu que le bois est mauvais conducteur.

Jusqu'ici on a fait peu de recherches sur la phosphorescence des "végétaux : nous allons indiquer quelques faits particuliers pour faire sentir la nécessité de multiplier les observations.

Linnée avait déjà décrit un b/jssus phosphorescens que plusieurs botanistes assurent être très - phosphorescent. M. Delille, qui s'est occupé des effets lumineux de ce byssus et de quelques autres champignons , a observé encore ce phénomème sur le champignon de l'olivier , dans les environs de Montpellier 5 il a remarqué que l'hymen ou la face inférieure lamellée était la seule partie qui fût lumineuse; et comme cette face est tournée vers la terre, ce n'est que le reflet de la lumière qui puisse faire apercevoir le pliéuomène pendant la nuit. Quand cet agaric commence à croître , il est phosphorescent pendant plusieurs nuits, même lorsqu'il ne fait plus partie de l'arbre sur lequel il croît habituellement. Il commence à luire un peu avant la nuit, et cesse après le soleil levé. Il ne donne jamais de lumière dans le jour, quelle que soit l'obscurité dans laquelle on le tienne renfermé. Il semblerait résulter de cette observation que l'influence soutenue de la lumière est, comme dans le lampyre, une condition indispensable à la production du phénomène.

Diverses fleurs, telles que la capucine, le souci, montrent, dit-on, des phénomènes lumineux par scintillation pendant les nuits des plus beaux jours de l'été. Ce genre de phosphorescence est analogue à celui qui a été observé dans les annélides par M. Ehrenberg.

Comme nous n'avons encore que très-peu de notions sur l'intervention des fluides impondérables dans la constitution des corps organisés, il nous est impossible de donner une explication entièrement satisfaisante des faits , que nous nous bornons seulement à mentionner.

Phosphorescence de la mer.

La phosphorescence de la mer a été observée depuis un temps immémorial. Dans certaines contrées, le phénomène est tellement brillant, que les personnes qui prennent le moins d'intérêt aux phénomènes naturels sont frappées de l'effet magique qu'il produit quelquefois.

Dans toutes les régions océaniques, mais particulièrement sous la zone tropicale , dès la chute du jour , on voit jaillir du sein des eaux une lumière phosphorique plus ou moins vive, qui est due, soit à des animalcules, soit à des matières organiques tenues en susi)eusion dans ces eaux, et analogues à la mucosité qui suinte des poissons de mer dans lesquels la phosphorescence se manifeste. Cette lumière se montre aux crêtes des vagues qui retombent sur elles-mêmes autour du gou-

vcrnail du vaisseau, claiis les lames qu'eiitr'ouvrela proue et dans les Ilots qui se brisent sur les récifs et les rochers , et partout où l'eau de la mer est percutée. L'effet est souvent si remarquable , qu'un bâtiment poussé par un vent violent laisse au loin derrière lui une trace lumineuse qui s'efface insensiblement.

Il existe dans la mer une foule d'animalcules qui jouissent de la phosphorescence, et dont les débris contribuent à rendre la mer lumineuse.

L'observation de MM. Quoy et Gaimard prouve effectivement que les débris des corps organisés sont une des causes de la phosphorescence de la mer. Étant mouillés dans la petite île de Rawak, placée sous l'équateur, ils virent un soir, sur l'eau, des lignes d'une blancheur éclatante; en les traversant avec leur canot, ils voulurent en prendre une partie ; mais ils ne trouvèrent qu'un fluide dont la lueur disparut entre leurs doigts peu de temps après. Pendant une nuit calme , ils virent près du vaisseau beaucoup de zones semblables , blanches et fixes. Les ayant examinées avec soin, ils reconnurent qu'elles étaient produites par des zoophytes d'une petitesse extrême, et qui renfermaient en eux un principe de phosphorescence si subtil et tellement susceptible d'expansion , qu'en nageant avec vitesse et en zigzags , ils laissaient sur la mer des traînées lumineuses dont nous venons de parler. Ils mirent le fait hors de doute en plaçant dans un bocal rempli d'eau deux de ces animalcules , qui rendirent immédiatement toute l'eau lumineuse. Ils constatèrent en outre que la chaleur était une des causes déterminantes de la faculté phosphorique de ces zoophytes.

Les observations que nous avons faites avec M. Breschet dans les eaux de la Brenta, confirment les précédentes, et prouvent que la phosphorescence de la mer peut être due à une matière organique intimement combinée ou mélangée avec l'eau , analogue à celle qui recouvre le hareng et d'autres poissons de mer quand ils sont phosphoriques. Les eaux de cette rivière, à quelques milles de Venise, jouissent de la propriété, dans les grandes chaleurs, quand elles sont ébranlées par le plus léger choc , de devenir fortement lumineuses. L'effet, sans exagération, peut être comparé à celui produit dans un bol de punch enflammé que l'on agite avec une cuiller ; le corps le plus léger que l'on jette dans l'eau suffit pour faire naître la lueur, non-seulement au point touché, mais encore dans toutes les ondes provenant de l'ébranlement du liquide ; de sorte que dans une obscurité très-grande on peut suivre très-loin toutes ces ondes bwllantes. Il est hors de doute

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que ce brilîant phénomène est dû à rebranlement de l'eau, quels que soient les corps étrangers qu'elle tienne en dissolution ou en suspension. Or, il ne peut y avoir qu'une matière intimement combinée ou mélangée avec elle qui puisse produire un semblable effet, puisque toutes les parties de l'eau possèdent la faculté lumineuse. JNous ferons remarquer que cette faculté diminue à mesure que l'on approche du bras de mer qui sépare Venise de l'embouchure de la Brenta ; il arrive un point où elle n'est plus sensible : dès lors, il est permis de croire que les matières organiques qui se trouvent dans l'eau stagnante de la rivière , et qui sont dans un état particulier de décomposition par suite de la chaleur du jour , se trouvant intimement combinées ou mélangées à l'eau , éprouvent un ébranlement moléculaire par suite du choc communiqué à l'eau , et qui suffit pour rendre celle-ci lumineuse.

Une preuve que ces matières organiques se trouvent dans un certain état de décomposition qui précède la putréfaction, c'est que, si l'on tient l'eau renfermée dans des vases pendant quelques heures, elle perd ses propriétés lumineuses.

Conclusions.

Nous croyons avoir passé en revue les principales observations qui ont été faites jusqu'ici sur la phosphorescence. Elles ont été classées avec le plus d'ordre qu'il a été possible, afin de montrer la relation existant entre les principaux phénomènes qui constituent la phosphorescence proprement dite. On a vu que ces phénomènes sont produits par le frottement, la percussion , les actions mécaniques en général ; la lumière , la chaleur, les décharges électriques, les actions chimiques vives et lentes, et l'acte de la volonté chez les animaux des classes inférieures, qui possèdent cette faculté souvent à un haut degré, tandis que les classes supérieures en sont privées. La phosphorescence paraît donc se manifester toutes les fois que les particules des corps perdent leur position naturelle d'équilibre par une cause (pielconque.

Or , comme dans les mêmes circonstances l'équilibre des électricités qui sont associées aux particules des corps est également troublé, leur recomposition, quand elle est plus ou moins de temps à s'effectuer, doit produire de la lumière; dès lors, les corps très-bons conducteurs donnant lieu à une recomposition immédiate, les effets lumineux ne doivent pas être visibles; aussi trouve-t-on que les cor[)s conducteurs lic sont pas phosphorescents.

On peut se demander comment il se fait que la lumière produise un semblable effet ; la réponse est facile. La lumière, en agissant sur les électricités associées aux particules, peut très-bien déranger leur position d'équilibre; de ce déplacement résulte une perturbation dans l'arrangement des particules, à tel point que si l'on soumet à la lumière électrique des cristaux de spatb -fluor non phosphorescents, ils se colorent et deviennent lumineux par la chaleur. On trouve sur quelques-uns des teintes violacées plus vives sur les bords ; sur d'autres , des teintes bleues plus fortes sur les angles des fragments et sur les angles solides des fentes, ou les couleurs sont inégalement réparties. Les portions de fluor qui sont naturellement le plus colorées sont aussi celles qui , après avoir été blanchies par l'action de la chaleur et avoir perdu leurs facultés lumineuses , recouvrent le plus promptement par l'électricité, du moins partiellement, les couleurs qui leur sont propres, ainsi que la faculté lumineuse qui les aecom pagne. On peut donc , au moyen de la lumière électrique agissant au contact, modifier le mode d'agrégation des particules, de manière à rendre les corps phosphorescents? D'après cela, comme il n'est pas probable que la lumière agisse directement sur les particules, ce n'est que par son action sur l'électricité qui leur est associée qu'elle peut amener le nouvel arrangement moléculaire. Au surplus , nous donnerons encore comme preuve de l'influence que la lumière exerce sur l'arrangement moléculaire des corps les exemples suivants. Les na turalistes citent un grand nombre de substances , et particulièrement de variétés de spath-fluor et de chaux phosphatée, qui jouissent pendant quelque temps, après leur sortie du sein de la terre, de la faculté lumineuse , et qui la perdent ensuite graduellement. Il est infiniment probable que la perte de cette propriété doit être attribuée à un changement dans le groupement des particules , produit par l'action répétée de la lumière solaire, ou peut-être par des variations de tempe rature. Mais comme on obtient des effets analogues avec des fluors qui,a3'ant été exposés à l'action de la lumière électrique, ont été couh serves à l'obscurité, puis exposés au jour, dans ce cas la cause du changement moléculaire n'est pas douteuse. Cette opinion est appuyée de faits tellement bien constatés , que l'on ne saurait la révoquer en doute. On voit donc que les phénomènes de phosphorescence peuvent servir à resserrer les liens existant entre tous les agents impondérables qui dérivent très-probablement d'une seule et même cause diver-^ sèment modifiée.

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