‹ Traité de physique considérée dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturellesChapitre 47 sur 157 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De l'endosmose et de l'exosmose.

Un grand nombre de phénomènes produits dans les trois règnes de la nature montrent que, lorsque deux liquides quelconques sont séparés par une membrane ou un corps doué d'une certaine porosité, il s'opère deux effets concomitants. Chaque liquide traverse la membrane ou le corps poreux pour se mêler ou se combiner avec l'autre, mais de telle sorte qu'il arrive souvent qu'un liquide reçoit de l'autre plus qu'il n"en donne, d'où résulte que son niveau s'élève, tandis que celui de l'autre liquide s'abaisse. Jadis, on attribuait ce double effet à la capillarité; mais aujourd'hui il est bien démontré qu'il est dû à plusieurs causes réunies, et constitue le phénomène d'endosmose et d'exosmose.

Une preuve que la capillarité n'est pas la seule cause agissante^ c'est qu'il arrive quelquefois que l'un des liquides passe presque entièrement d'un côté, tandis que l'autre liquide, celui qui reçoit le premier, n'en donne presque pas à l'autre. Le niveau , dans ce cas, s'élève de plusieurs décimètres, et l'on ne voit pas comment, si la capillarité intervenait, le liquide pourrait être maintenu. Voyons quelles sont les observations qui ont conduit à la découverte de ce phénomène.

jM. Fischer, de Breslaw, avait un jour placé dans une dissolution de cuivre un tube de verre rempli d'eau distillée et fermé en bas par une vessie, mais de manière que la surface de la dissolution fût d'un pouce plus élevée que l'eau dans le tube. Un fil de fer ayant été plongé dans l'eau, il reconnut que le cuivre provenant du sulfate de cuivre passé dans le tube avait été réduit par le fer; que le liquide s'était élevé dans l'espace de plusieurs seniriines à une hauteur de plus de 1 décim. au-dessus de la dissolution. Cet effet, qui est évidemment dû à l'endosmose , avait été observé par Fischer, avant que M. Dutrochet n'ait décrit ce phénomène.

M. IMagnus fit cette expérience d'une manière inverse; il mit la dissolution de sulfate de cuivre dans le tube, et l'eau distillée dans

le vase. L'eau entra dans le tube, et le niveau du liquide s'éleva au bout de quelque temps de plus de 5 centim. Il reconnut que le diamètre du tube, ainsi que la nature de la membrane , étaient sans effet sur la production du phénomène, qui avait lieu avec des sels quelconques. Il avança qu'avec les sels peu solubles , tels que le sel marin, l'ascension est moins grande, tandis qu'elle est très-notable avec les sels très solubles; que, lorsque la dissolution se trouve dans le tube intérieur ou dans le vase où celui-ci est placé, le liquide monte toujours dans celui des deux vases qui contient la dissolution. Il résulte de là qu'en mettant l'eau dans le vase le plus étroit, le niveau s'abaisse au-dessous de celui de la dissolution saline; les effets ne cessent que lorsque les deux liquides contiennent le sel au même degré de saturation. La dissolution de cuivre , en raison de sa couleur, se prête très-bien à ces expériences.

Parrot fit une expérience que nous devons aussi rapporter.

Si l'on remplit d'alcool, aussi complètement que possible, un petit vase de verre, fermé avec un morceau de vessie de bœuf ramollie dans l'eau , et qu'on renverse cet appareil dans un vase rempli d'eau, au bout de quelques heures une grande quantité d'eau aura pénétré dans l'alcool, et la vessie se distendra à un point tel que, si on la pique avec une épingle , on aura un jet de trois à six décim. de haut. Ce phénomène est dû en partie à la forte affinité de l'eau pour l'alcool , en vertu de laquelle ce dernier s'empare des molécules d'eau engagées dans la vessie, et oblige ensuite la molécule qui vient immédiatement après à prendre la place de celle que l'alcool a enlevée à l'eau.

On doit rapporter en partie à des effets du même genre le fait observé par Sommering, relatif à la concentration de l'eau-de-vie dans des peaux; mais dans ce cas, il faut ajouter que l'eau peut dissoudre certains principes constituants de la peau que l'eau-de-vie ne peut attaquer. Dans ce cas, la vessie ou la peau est pénétrée par une dissolution aqueuse concentrée; l'eau de cette dissolution s'évapore à la surface extérieure de la vessie, tandis que la substance dissoute enlève à l'eau-de-vie une nouvelle quantité d'eau pour se dissoudre.

Il faut encore rapporter à la même cause les effets produits qiîand on laisse séjourner pendant longtemps des fruits dans l'eau-de-vie, tels que cerises , prunes , abricots, etc. : on trouve qu'au bout d'un certain temps ils ont absorbé une grande quantité d'alcool. Il faut donc que Us sucs intérieurs aient attiré une plus grande quantité d'alcool que d'eau.

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II est bon de remarquer aussi que l'urine n'imbibe pas la vessie, tandis que celle-ci peut laisser passer des sérosités de l'extérieur.

Tel était l'état des choses quand M. Dutrochet reprit tous ces phénomènes, en découvrit un grand nombre de nouveaux, et les réunit tous dans une théorie qu'il nomma théorie de l'endosmose et de l'exosmose. Jamais tous ces phénomènes n'avaient été étudiés d'une manière aussi complète. Ce qui précède et ce qui va suivre prouvera que M. Dutrochet , s'il a été aidé par les expériences faites avant lui, a le mérite incontestable d'avoir approfondi le phénomène plus que ses devanciers ne l'avaient fait , et n'en doit pas moins être considéré comme l'auteur de la découverte. Pour mieux étudier ce phénomène, il prit une vessie de poulet, la remplit d'une substance plus dense que l'eau, telle que le lait, la gomme, l'albumine, etc. Après l'avoir fermée par une ligature, il la plongea dans l'eau. La vessie ne tarda pas à se gonfler. L'état turgide dura plusieurs jours , après lesquels l'effet cessa. Le cœcum, par suite de la putréfaction , devint flasque, en sorte que la vessie perdit ce qu'elle avait gagné d'abord. Dans ses expériences , M. Dutrochet s'est servi d'un tube de verre terminé d'un côté par un large évasement, pi. IX, fig. 19, dont l'ouverture est bouchée au moj'en d'un morceau de vessie fixée au moyen d'une ligature. La cavité remplie du liquide dont on veut connaître la force d'endosmose plonge dans de l'eau distillée. Si le liquide qui produit de l'endosmose est de l'eau de gomme, de l'eau sucrée ou une solution saline , on le place dans le tube tenu dans une position verticale. Ce liquide s'élève à une hauteur plus ou moins considérable.

M. Dutrochet a posé en principe, que lorsque deux liquides hétérogènes, pouvant se mêler, sont séparés par une cloison à pores capillaires, ils marchent inégalement l'un vers l'autre , en traversant les pores. Il existe donc deux courants : le plus fort a été appelé ewdosmose , le plus faible exosmose, et l'appareil destiné à produire le double phénomène , endosmomètre.

La différence de densité n'est pas toujours eu rapport avec le degré d'endosmose, quoique ce soit ordinairement du côté le plus dense que se dirige le courant d'endosmose. L'alcool et l'éther font exception ; ils se comportent relativement à l'eau comme des liquides plus denses.

On reconnaît le double courant en opérant avec de l'eau salée d'un côté, de l'eau de l'autre, et se servant de nitrate d'argent pour réactif.

Le mélange des deux liquides hétérogènes est une condition indispensable pour la production du phénomène ; sans cela le volume de l'un ne pourrait pas s'accroître aux dépens du volume de l'autre,

comme cela arrive avec l'eau et l'huile. Il n'en est pas de même quand ou opère avec une huile volatile et une huile fixe, telles que l'huile de lavande et l'huile d'olive ; le courant va de la première à la seconde. Le phénomèue a encore lieu entre l'alcool et les huiles volatiles , parce que ces deux liquides se dissolvent l'un dans l'autre.

Les membranes végétales produisent les mêmes effets que les membranes animales.

On prouve de la manière suivante que la cloison séparatrice, en raison de sa nature chimique , exerce une grande influence sur le phénomène ; on prouve ce fait de la manière suivante. Si l'on prend pour membrane séparatrice du taffetas enduit de caoutchouc, qui n'est point perméable à l'eau , et que l'on opère avec ce liquide et de l'eau sucrée, il n'y a point d'endosmose ; mais il n'en est pas de même quand on met dans le réservoir, à la place de l'eau sucrée, de l'alcool : il y a endosmose de l'eau vers l'alcool. Pendant un certain temps, elle est d'abord très-lente, puis elle devient plus rapide, en raison de l'action exercée par l'alcool sur le caoutchouc , laquelle rend perméable la cloison aux deux liquides. Il y a en même temps exosmose.

Dans les essais qui ont été faits pour voir jusqu'à quel point les lames poreuses minérales produisaient des effets d'endosmose, M. Dutrochet a substitué à la membrane organique une lame de grès tendre de 6 mill. d'épaisseur, et a opéré avec de l'eau ordinaire et de l'eau chargée de 2 centièmes de gomme. L'endosmose ne s'est pas produite. Il en a été de même avec une lame de 4 millimètres. Avec une lame de grès dur et ferrugineux de 3 millimètres d'épaisseur, on a eu une endosmose très-faible. En général , le grès ne donne point le phénomène d'endosmose , bien que doué de la perméabilité capillaire.

La porcelaine dégourdie , qui n'est autre qu'un silicate d'alumine avec excès de base, et très-perméable à l'eau, comme on sait, ne donne aucun signe d'endosmose , en opérant même avec des liquides possédant à un haut degré cette puissance, tels que les solutions fortement chargées de sucre, l'alcool, etc. Dans les expériences tentées à cet égard , le liquide supérieur a toujours filtré à travers le liquide inférieur, pour se mettre de niveau avec lui. M. Dutrochet a tiré de ce fait et du précédent , que les corps siliceux étaient privés de la propriété de produire l'endosmose. Il n'en est pas de même des diaphragmes en argile cuite , mais non suffisamment pour mettre obstacle au passage des liquides. Une lame d'argile cuite, dun millimètre d'éj)aisseur, produit le phénomène à un degré assez marqué. Il en est de même en donnant une épaisseur de 2à 6 millimètres au diaphragme.

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On a obtenu également des effets, mais moins marqués, avec des lames d'argile grossière d'un centimètre et demi d'épaisseur. Ainsi donc, les substances alumineuses sont très-propres à produii'e l'endosmose; propriété dont paraissent en grande partie privées les substances siliceuses, comme nous venons de le dire.

Passons au calcaire. Une lame de calcaire tendre ne produit point le phénomène. Des effets négatifs furent produits également avec des lames de calcaire de 3 millimètres d'épaisseur. Une lame de marbre de I millimètre d'épaisseur, et qui perdait par filtration, dans l'espace d'un jour , 21 millimètres d'eau, mesurée par le tube, a donné une endosmose de 7 millimètres, en 24 heures, avec l'eau et l'eau sucrée. On doit considérer le carbonate de chaux comme possédant à un faible degré la propriété endosmomique.

L'élévation de température augmente la quantité de liquide introduit par l'endosmose dans un temps donné. Cette expérience a été faite en adaptant à un tube de verre un cœcum de poulet au moj'en d'une ligature, et remplissant ce cœcum d'une solution composée de deux parties de gomme dans dix parties d'eau. On avait pesé d'abord cet appareil ; on le plongea dans un vase contenant de l'eau distillée à 14° centigrades. Au bout d'une heure et demie, l'appareil n'ayant point changé, on le pesa de nouveau, et on lui trouva une augmentation de poids de 13 grammes. En le plongeant dans de l'eau de 25 à 26", l'accroissement de poids fut de 23 grammes.

L'effet de l'endosmose est en général proportionnel à l'étendue de la surface de la cloison. L'expérience a confirmé ce fait; elle est tellement simple , que je n'en ferai point mention Ici. On prend pour élément de la vitesse et de la force de l'endosmose, la quantité de liquide introduite dans un temps donné pour le même appareil, et par conséquent avec la même membrane. En général, plus le liquide qui se trouve dans l'endosmomètre est dense, plus la vitesse est considérable. Il est nécessaire aussi que les expériences se suivent rapidement; car si elles sont faites à de longs intervalles , on obtient quelquefois des résultats différents de moitié. Ces variations tiennent, soit au changement dû h la densité, soit à celui que la membrane a dû éprouver. Il résulte de plusieurs séries d'expériences faites par M. Dutrochet , que les vitesses de l'endosmose oblenues avec djverscs densités d'un même liquide intérieur, sont proportionnelles aux excès de leur densité sur celle de l'eau. Pour mesurer cette vitesse, M. Dutrochet s'est servi d'un appareil à peu près semblable à celui employé par Haies et divers physiologistes pour mesurer la force ascensionnelle de la

séve. Cet appareil, pi. IX, fig. 20, se compose d'un endosmomètre dont le tube est recourbé deux fois sur lui-même. On verse , par l'ouverture supérieure, du mercure qui prend son niveau en g g. Au sommet de la courbure supérieure, se trouve une ouverture par la([uelle ou introduit le liquide sur lequel on expérimente. Ce liquide doit remplir non-seulement le réservoir A , mais encore la partie E B, B G du tube recourbé; le niveau du mercure baisse de G en F; on ferme ensuite l'ouverture G avec un bouchon très- bien adapté. L'ouverture 0 du réservoir est fermée par trois morceaux de vessie supeiposés; et pour donner plus de consistance à cet assemblage, on y adapte un morceau de canevas. Quand on veut opérer , on plonge l'ouverture 0 , qui a 5 centimètres de diamètre , dans un vase a rempli d'eau. Au fur el à mesure que l'eau entre dans l'endosmomètre, le niveau/ baisse, tandis que le niveau du mercure dans la grande branche monte. Dès que le mouvement ascensionnel du mercure cesse, l'opération est terminée. M. Dutrochet emploie ordinairement la gomme arabique et le sucre; mais de préférence ce dernier, attendu qu'il s'oppose à la putréfaction de la membrane. 11 a reconnu que lorsque le liquide intérieur acquiert une odeur putride , il cesse d'être propre à la production de l'endosmose.

En employant de l'eau sucrée , on préserve la face intérieure de la membrane d'altération , mais non la surface extérieure. Dans ce cas, l'endosmose s'arrête; mais, en changeant l'eau, on la voit reparaître. Les expériences qui ont été faites montrent que la loi qui préside à la force de l'endosmose est la même que celle que l'on a reconnue pour sa vitesse.

Cette loi, néanmoins, ne doit pas être considérée comme générale, attendu que l'endosmose ne dépend pas seulement de la différence de densité des deux liquides , mais encore des qualités propres aux liquides. En effet, comme on l'a déjà vu précédemment , l'alcool, qui a une densité moindre que l'eau , produit une endosmose très-énergique dirigée de l'eau vers l'alcool. On remarque des effets semblables avec des liquides organiques, effets qui ne dépendent nullement de la densité. M. Dutrochet a cherché la mesure comparative de l'endosmose produite par différents liquides mis en rapport avec l'eau pure, en se servant de la même membrane. Ses expériences présentent quelques difficultés, attendu que la membrane séparatrice ne conserve pas le même degré de perméabilité , quand les expériences sont de longue durée. Les expériences qu'il a faites à ce sujet montrent qu'il est impossible d'obtenir des résultats rigoureusement comparables en

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mesurant, avec le même endosmomètie , le pouvoir d'endosmose de chaque liquide. Cependant, c'est le seul moyen d'expérimentation que l'on puisse employer; seulement, il faut faire un grand nombre d'expériences, écarter les résultats les plus discordants et prendre des moyennes. C'est en opérant de cette manière que M. Dutrochet a trouvé qu'à même densité une solution de sel marin et une de sulfate de soude ont un pouvoir d'endosmose dans le rapport de 1 à 2. Ces solutions étant mises en rapport avec l'eau pure , avec l'eau de gomme arabique et l'eau sucrée à même densité , le rapport paraît être également de 1 à !i , ou plus exactement de 8 à 1 7.

Des expériences ont été faites pour comparer le pouvoir d'endosmose de l'eau chargée de gélatine et d'albumine , qui sont les deux substances les plus répandues dans l'organisme animal. La gélatine a été tirée de la colle de poisson, et l'albumine de l'œuf d'une poule.

L'eau gélatineuse avait une densité de 1,01. L'eau albumineuse, à la même densité, contenait 0,041 de son poids d'albumine ; quantité égale à celle de la gélatine contenue dans l'eau gélatineuse ayant la même densité. Les moyennes des résultats obtenus ont montré que le rapport du pouvoir d'endosmose de l'eau gélatineuse , au pouvoir d'endosmose de l'eau albumineuse , l'eau pure étant le liquide extérieur, était : : 1 : 4.

On a vu que le sucre était, de toutes les substances végétales , celle qui, dissoute dans l'eau, avait le plus de pouvoir d'endosmose. Ou a cherché naturellement quel était le rapport du pouvoir d'endosmose de l'eau sucrée et de l'eau albumineuse ayant la même densité que celle déjà indiquée, 1,01. Ce rapport est d'environ 11 à 12. Dès lors, on peut établir le rapport suivant pour les pouvoirs d'endosmose :

Eau gélatineuse 3

Eau gommée 5,17

Eau sucrée 11

Eau albumineuse 12

Voyons maintenant comment se comportent dans l'endosmose les acides et les alcalis. Dans ses premières expériences, eu 1826 , M. Dutrochet avait annoncé que les acides avaient une action opposée à celle des alcalis , dans leur réaction sur l'eau dont chaque solution était séparée par une membrane. Avec la solution alcaline , le courant allait de l'eau vers cette solution. Deux ans après , en soumettant à l'expérience divers acides, M. Dutrochet reconnut que le vinaigre et les acides nitrique et hydrochlorique, séparés de l'eau par

nue vessie , donnaient lieu à un courant d'endosmose dirigé de l'eau vers Tacide. Quant aux ' acides sulfurique et hydrosulfurique, qui sont impropres à la production de l'endosmose, ils ont reçu en conséquence la qualification de liquides inactifs.

Dans une autre série de recherches , M. Dutrochet a été conduit à une suite de faits que nous allons faire connaître. Dans ses premières expériences, les acides avaient toujours été placés dans l'endosmomètre, par conséquent au-dessus de l'eau. L'acide hydrochlorique , à divers degrés de densité , et l'acide nitrique seulement à des degrés assez élevés de densité, avaient montré un courant d'endosmose dirigé de l'eau vers l'acide. L'acide sulfurique assez étendu , et l'acide hydrosulfurique , descendaient toujours et graduellement dans le tube de l'endosmomètre. Il en conclut aussitôt que les acides ne produisaient aucune endosmose et filtraient mécaniquement à travers les pores de la membrane , en vertu de leur propre poids ; mais , ayant opéré avec de l'acide oxalique placé dans l'endosmomètre , il vit l'acide s'abaisser rapidement dans le tube ; il répéta alors l'expérience inverse , c'est-à-dire qu'il plongea l'endosmomètre rempli d'eau dans une solution d'acide oxalique ; il vit alors l'eau monter dans le tube , ce qui annonçait évidemment un courant dirigé de l'acide vers l'eau. En analysant cette expérience , il constata l'existence du double courant. L'endosmose était d'autant plus rapide, que l'acide oxalique extérieur avait une plus forte densité. Voilà donc un liquide plus dense que l'eau , qui donne naissance néanmoins à un courant en sens contraire ; ce fait était une exception à la règle générale , à laquelle ne pouvaient être rapportés que l'alcool et quelques liquides végétaux. M. Dutrocheta cherché quelle pouvait être la cause de cette inversion; voici les expériences qu'il a faites à ce sujet. Il a commencé par comparer la filtration de ces liquides dans le même endosmomètre , dont la membrane était baignée extérieurement par le même liquide, en observant la quantité de son abaissement dans le tube de l'instrument , pendant le même temps employé pour observer la filtration de l'eau , les circonstances, bien entendu, étant exactement semblables. En opérant ainsi, il a trouvé qu'à la température de 4-21", la filtration de l'eau de pluie étant représentée par 24 , la filtration d'une solution aqueuse d'acide oxalique à la faible densité de 1,005 était représentée par 12; à la densité de 1,01, la filtration était 9. Ou voit donc que l'eau traverse plus facilement les membranes animales que ne le fait une solution aqueuse d'acide oxalique; et cependant ce dernier liquide traverse la membrane animale plus facilement et en plus

grande quantité que ne le fait l'eau, lorsque cette dernière baigne la face extérieure.

Cette propriété de l'acide oxalique est partagée par les acides lartrique et citrique , qui sont beaucoup plus solubles. De plus , ces deux acides jouissent de la singulière propriété que leurs effets d'endosmose, à différents degrés de densité, ne sont pas dans le même sens, c'est-à-dire que des solutions très-denses et des solutions moins denses présentent l'endosmose dans des sens inverses. A l'égard de l'acide tartrique, quand la solution a une densité supérieure à 1;,05, et qu'elle est séparée de l'eau par une membrane animale, à la température de -+- 25' centigrades, le courant va de l'eau à l'acide; pour les densités Inférieures à 1,05, le courant va en sens inverse. A la densité moyenne de 1,05, il n'y a point d'endosmose, mais il y a pénétration d'acide et d'eau à travers la membrane.

Eu cherchant comment la température Intervenait dans ces diverses expériences , M. Dutrochet a reconnu que l'abaissement de température favorise l'endosmose vers l'eau ; que son élévation la favorise vers l'acide, et par un grand nombre d'expériences que nous ne rapportons pas ici, que l'endosmose est soumise à des lois tout à fait différentes de celles qui régissent la simple liltration capillaire. Nous ajouterons que les liquides acides sont les seuls qui aient offert le courant d'endosmose dirigé vers l'eau. L'acide sulfurique, par exemple, à la densité de 1,093, et à la température de+ 10° centigrades, étant séparé de l'eau par un morceau de vessie, le courant est dirigé de l'eau vers l'acide; à la densité de 1,024 , pour la même température et une partie du tube étant plongée dans l'eau , l'endosmose est dans un autre sens. Il y a absence d'endosmose à la densité de 1,07.

L'acide sulfureux qui, à la densité de 1,02, n'offre que la seule endosmose vers l'eau , avait assez d'énergie à la température de + 5", comme à celle de + 25°,

L'acide hydrosulfurique se comporte de la même manière.

L'acide chlorhydrique, qui est le plus puissant pour opérer l'endosmose de l'eau vers l'acide, exige que l'on affaiblisse considérablement sa densité pour avoir un courant en sens inverse. Ainsi, à la température de-f- 22°, il faut que cette densité soit réduite à 1,003. A une température au-dessous de 22% le même acide produit la même endosmose : en possédant une plus forte densité, le terme moyen où il y ait absence d'endosmose est la densité 1 ,0 1 7, à la température de -1- 1 o" centigrades. A cette même température et à la densité de 1,02 , l'en-

dosmose est dirigée vers l'acide, et à la densité de 1,015, le phénomène est en sens inverse. Aune température plus élevée, l'endosmose est dirigée vers l'acide. En employant une membrane végétale au lieu d'une membrane animale, la singularité de ces phénomènes est encore plus évidente.

Quand l'acide oxalique est séparé de l'eau par une membrane animale, l'endosmose est toujours dirigée de l'acide vers l'eau. On a rempli d'une solution de cet acide une gousse de baguenaudier, dont on a fait un endosmomètre; l'immersion dans l'eau de pUiie a indiqué que l'endosmose se dirigeait vers l'acide. Il en a été de même avec une membrane d'allmm porum. Ces effets inverses de ceux produits par la membrane animale sont les mêmes avec les acides tartrique, citrique et hydrosulfurique.

L'acide sulfureux à la densité de 1,02, qui produit avec une membrane animale l'endosmose vers l'eau , à toutes les températures audessus de zéro et jusqu'à 25", ne jouit pas de cette propriété avec la membrane végétale , tandis qu'avec une lame d'argile cuite on a une endosmose très-énergique vers l'eau. Dans les expériences avec les acides, il n'a été question que du courant d'endosmose, mais l'on peut facilement voir le courant d'exosmose ; il suffit de plonger le réservoir de l'endosmomètre contenant de l'acide nitrique et chlorhydrique dans un bocal rempli d'eau : on voit alors l'acide traverser la membrane et descendre dans l'eau sous forme de stries nombreuses.

M. Dutrochet, dans ses premières expériences, avait remarqué qu'en ajoutant un peu d'acide sulfurique ou hydrosulfurique à l'eau gommée, le courant d'endosmose cessait de se porter de l'eau vers l'eau gommée , de sorte que le liquide du tube s'abaissait. Cet effet est évidemment dû à la direction du courant d'endosmose de l'acide vers l'eau. On a vu plus haut que l'endosmose était due à l'existence d'un courant fort, opposé à un contre-courant faible 5 mais si ces deux courants, qui sont antagonistes, deviennent égaux, il ne peut s'accumuler de liquide ni d'un côté ni de l'autre. Dans ce cas , il y a absence d'endosmose.

On conçoit maintenant comment il se fait que la présence de l'acide hydrosulfurique dans les liquides qui renferment des substances animales en putréfaction, détruise l'endosmose. On a vu qu'avec tous les acides l'endosmose est dirigée vers l'eau quand leur densité est convenable ; l'acide hydrosulfurique donne conslammei^t cette direction.

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