‹ Traité de physique expérimentale et mathématique (volume 2)Chapitre 26 sur 121 · FIXATION ET DÉGAGEMENT · texte numérisé non relu

FIXATION ET DÉGAGEMENT

tude ; avant de le tenter, il faut que nous nous formions beaucoup de moyens d’observation qui nous manquent , et que nous acquérions plus de connaissance sur la constitution des corps ; mais il était dès à présent nécessaire d’insister sur ces phénomènes remarquables, pour pouvoir y rapporter plusieurs autres faits analogues qui se présenteront bientôt à nous dans le cours des expériences, et dont sans cela l’observation directe nous aurait entièrement échappé.

Ces disparitions et ces réapparitions de chaleur ont servi de base au système des chimistes qui regardent le calorique comme une matière. Ils en ont conclu que le calorique pouvait exister dans deux états différens , ou combiné ou libre. Combiné avec la substance des corps , il disparaît à nos sens , et n’agit plus sur le thermomètre ; ils l’appellent alors chaleur latente, c’est-à-dire cachée. Dégagé de cette combinaison , ils lui donnent le nom de chaleur libre ; alors il agit sur le thermomètre et sur nos organes , il dilate les corps , les fond , les vaporise, et produit tous les phénomènes sensibles. On voit que ce système est parfaitement approprié aux circonstances qui s’observent quand les corps changent d’état. Il est, pour ainsi dire, moulé sur eux; mais satisfait -il également aux autres faits qui ne lui ont pas servi de base , par exemple , à la propagation de la chaleur dans î’air et à travers les corps ? Ce sont des questions que nous examinerons par l’expérience , quand nous étudierons spécialement les propriétés du calorique.

Au contraire , les physiciens , qui regardent la chaleur comme l’effet d’un mouvement de vibration excité dans les particules des corps , assimilent les effets que nous venons d’examiner à la loi connue en mécanique sous le nom de conservation des forces vives. On appelle ainsi dans un système de corps la somme des produits de leurs masses par les carrés de leurs vitesses , et l’on démontre que cette somme est constante lorsque le mouvement du système n’est dû qu’aux attractions réciproques des corps qui le composent. Ainsi , en regardant la chaleur comme un effet produit par la force vive des corps , résultante du mouvement de vibration de leurs particules, on voit que sa quan-

DU CALORIQUE. g-

tité totale doit rester constante dans tous les différons états par lesquels ils peuvent passer ; et l’on conçoit alors pourquoi après s’ètre augmentée, par exemple, dans le corps qui se vaporise aux dépens de celui qui l’échauffe , elle y diminue de nouveau, et est restituée quand ce corps revient à l’état de liquidité. Mais on voit aussi que cette hypothèse est , de même que la précédente , spécialement établie sur les phénomènes qui se passent dans les changemens d’état des corps , et par conséquent il faudra la soumettre encore à d’autres épreuves indépendantes de ces premiers principes, pour pouvoir apprécier sa probabilité par l’étendue de ses applications.

Les partisans de la matérialité du calorique se sont beaucoup occupés de savoir si les degrés du thermomètre étaient ou non proportionnels aux quantités de calorique introduites dans les corps. Mais en réduisant, comme nous l’avons fait, l’idée de température à sa signification véritable , qui n’exprime qu’un état apparent et sensible où les corps se trouvent amenés par Faction que le calorique exerce sur eux , on voit que le thermomètre, pour indiquer cet état, n’a pas besoin d’avoir une marche proportionnelle à l’intensité d’action que le calorique exerce sur lui ; il suffit que ses indications soient toujours semblables et constantes , c’est-à-dire, que quand Faction sensible du calorique redevient la même , le degré de température indiqué par le thermomètre soit le même aussi. Or , cette constance se vérifie parfaitement toutes les fois qu’on en réitère l’épreuve , en exposant le thermomètre à des circonstances semblables , par exemple, quand on le plonge dans un même corps échauffé jusqu’au degré de fusion. Seulement pour que cette observation soit exacte et comparable à elle-même , quoique faite avec différées thermomètres , il faut que leur influence propre sur la température des corps où ils sont plongés puisse être regardée comme nulle , afin que leur introduction dans ce corps ne la change pas sensiblement. Voilà à quoi se réduit l’indication du thermomètre : vouloir proportionner sa marche à la quantité ou à l’intensité du calorique qui agit sur les corps , c’est vouloir lier une hypothèse à un fait certain , et compliquer un instrument

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