‹ Traité de physique expérimentale et mathématique (volume 2)Chapitre 4 sur 121 · XX SUR I FS PRINCIPES GENERAUX · texte numérisé non relu

XX SUR I FS PRINCIPES GENERAUX

poser les faits , les mesurer, les amener dans un ordre tel, qu’ils s’enchaînent les uns aux autres; puis, quand vous en aurez assemblé un assez grand nombre , de ceux qui, par leur précision, peuvent servir à déterminer des caractères, leur seul rapprochement vous conduira aux idées théoriques les plus propres à représenter leur ensemble ; et l’analyse , en vous dévoilant toutes les conséquences de ces idées, vous apprendra ensuite si elles peuvent être admises. Ce ne sera donc ni Æpinus , ni Francklin , ni tout autre qui vous donnera son système , ce sera la nature même qui vous enseignera ses lois.

En effet, que pouvons-nous déterminer autre chose que des lois et des propriétés ? une foule d’agens naturels, les plus influens peut-être, ne nous sont pas connus autrement. Parlez -vous de la lumière, vous pourrez déterminer le mode de sa transmission , sa vitesse, la manière dont elle se réfléchit et se réfracte ; en letudiant plus minutieusement, vous découvrirez les intermittences de réflexion etde transmission qu’elle éprouve , intermittences conditionnelles qui la disposent seulement à l’un ou l’autre de ces deux états ; vous reconnaîtrez les propriétés physiques permanentes quelle reçoit par sa réflexion sur toutes sortes de substances, ou par sa réfraction dans certains corps cristallisés ; vous pourrez fixer si exactement les lois de tous ces phénomènes, que vous parviendrez dans tous les cas à les prédire en nombres; vous pourrez encore, en les rapprochant, les réduire à un certain nombre de propriétés générales dont tous les effets dérivent. Mais si, après toutes ces recherches , on vous demande quelle est la nature même de la lumière, il vous sera impos-

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sible de le dire avec certitude : les uns voudront y voir des particules matérielles lancées avec une extrême vitesse par les corps lumineux; d’autres , l’effet d’ondulations propagées dans un fluide éminemment élastique ; d’autres enfin mélangeront ces deux idées. Mais peu vous importe. Si vous avez suivi méthodiquement les phénomènes , si vos mesures sont exactes , si vous avez trouvé des lois qui les représentent avec justesse , ou des propriétés qui les reproduisent fidèlement, toute cette diversité de systèmes vous est indifférente, car elle n’y portera aucune atteinte. Il faudra toujours que ceux qui inventeront un mode d’action pour produire les phénomènes donnent à leurs agens les propriétés que vous avez établies, et qu’ils les assujettissent à vos lois. Par exemple, si l’on examine bien tous les systèmes qui ont été imaginés pour expliquer la nature de la lumière, on verra que leurs auteurs, à mesure qu’ils ont voulu se rapprocher des phénomènes , ont été conduits, et pour ainsi dire forcés à emprunter toutes les propriétés que Newton a reconnues aux accès ; mais toutefois avec cette différence capitale , que NewHon s’est borné à les définir exactement, sans rien prononcer sur leur nature, qui dépasse les indications de l’expérience; au lieu que les auteurs dont je parle ont dû, à cause du but même qu’ils se proposaient, leur donner un corps et les réaliser hypothétiquement. Nous pouvons donc être assurés , par cette remarque, qu’en nous bornant, comme l’a fait Newton, à suivre les conséquences de ces propriétés aussi loin qu’elles peuvent s’étendre, nous ne risquerons jamais de nous égarer, puisque les résultats auxquels nous parviendrons seront des élémens nécessaires de tous les sys»

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tèmes possibles. Il serait utile sans doute de pouvoir aller plus loin, et de parvenir ici , comme pour 1 électricité , à combiner toutes les propriétés de manière à en former un ensemble théorique ; mais si la chose est exécutable , une condition essentielle , indispensable de cette théorie, ce sera sans doute qu’elle soit calculable, c’est-à-dire qu’on puisse , par une déduction rigoureuse, en tirer des formules susceptibles d’être comparées à l’expérience. Or on est bien loin d’avoir cet avantage avec le système des ondulations; car, dans l’état actuel de l’analyse , il n’y a que quelques circonstances , infiniment particulières , du mouvement ondulatoire qui puissent être calculées ; et tout le reste ne présente que des aperçus vagues. Ainsi ce système , fût-il vrai au fond, ce que nous ne pouvons savoir, ne doit pas, en. bonne logique, être reçu aujourd’hui, puisque tous les moyens rigoureux nous manquent pour constater sa réalité par ses conséquences. Ce motif ne subsiste pas contre l’hypothèse de l’émission, parce que toutes les particularités qu’elle admet ou qu’elle suppose sont nettes et précises, comme dépendant de directions et d’intersections de lignes droites , toutes choses que nous savons calculer. En la liant avec le principe de la composition des vitesses, on en déduit, non-seulement l’explication , mais la mesure précise de l’aberration des astres : en la combinant avec les lois générales de l’attraction à petite distance , que l’on sait être le principe d’une infinité d’actions de la nature , on parvient à démontrer la constance du rapport du sinus d’incidence au sinus de réfraction; et l’on en déduit encore , avec une précision mathématique, les limites des réflexions intérieures au contact des différens mi^

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Heux opaques ou diaphanes, dont les effets, dans cette circonstance, se trouvent liés à ceux de la réfraction, à leur première surface, d’une manière exactement conforme aux faits. Quel est celui de ces phénomènes que, dans l’état actuel de l’analyse , on puisse, je ne dis pas expliquer , on explique tout , mais calculer , c’est-àdire, déduire mathématiquement, comme conséquence nécessaire d’un ébranlement primitif propagé dans un fluide rigoureusement défini? Car voilà ce que l’on peut faire , en admettant des particules lumineuses susceptibles d’être affectées par les forces émanées des corps. Au reste, s’il est vrai , comme je crois l’avoir découvert, que la lumière éprouve dans l’intérieur des cristaux , et à la surface même des corps , des alternatives de polarisation semblables à celles que produiraient des mouvemens de rotation et d’oscillation , exécutés suivant certaines lois et certaines périodes déterminables, cela pourra fournir de nouvelles épreuves pour ou contre l’hypothèse de l’émission, puisqu’il faudra en déduire ces mouvemens des particules lumineuses , d’après la direction des forces qui les sollicitent. En attendant, j’ai adopté dans cet ouvrage la considération de l’émission, comme plus simple que l’autre, et plus susceptible d’être suivie dans ses conséquences; mais, d’après ce que je viens de dire, on devra comprendre qu’il ne s’agit, au fond, que des propriétés et des lois, les seules choses que , jusqu’ici , nous sachions déterminer. Cette marche , que j’ai tâché partout de suivre, est celle que Newton nous a enseignée par ses ouvrages, et qui , après ce grand homme , a été peut-être trop peu suivie. C’est encore celle que l’auteur de la Mécanique céleste a fait revivre , qui lui a valu plusieurs de ses

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