‹ Traité de physique industrielle, production et utilisation de la chaleur (volume 2)Chapitre 123 sur 182 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

1172. Considérations générales. — Les fonctions de la vie ne peuvent s'accomplir d'une manière normale et régulière chez rhomme qu'autant qu'il est placé dans un air pur, auquel il emprunte l'oxygène nécessaire à sa respiration et que la température de son corps reste très sensiblement constante.

Or, la respiration donne lieu à une véritable combustion et à un dégagement de produits (acide carbonique, vapeur d'eau et matières organiques) qui sont rejetés dans l'atmosphère ambiante dont ils tendent ainsi à souiller la pureté.

En plein air, ces produits viciés se diluent dans une masse énorme et doivent disparaître promptement, car on a maintes fois constaté que la composition de l'atmosphère reste absolument invariable.

Dans une enceinte fermée, il n'en est plus ainsi; l'atmosphère confinée s'altère et peut même devenir irrespirable si on n'a pas soin de ventiler, c'est-à-dire d'assurer par des moyens convenables un renouvellement d'air suffisant.

1 173. Nécessité de la ventilation. — Quand on séjourne peu de temps dans une salle occupée par un certain nombre de

personnes, on ne s'aperçoit pas, le plus souvent, de la viciation de Fair ; mais, si on se place aux conduits d'évacuation de Tair vicié, les effets produits par cette altération prennent une intensité telle qu'on en est immédiatement frappé. Quelques faits feront comprendre combien cette modification de Tair est devenue dangereuse et combien, par suite, la ventilation est chose indispensable.

Dans une salle de bal où personne ne paraissait gêné par Tétat de Tair, le pompier de service, obligé de se tenir près du plafond, dans le conduit de sortie de Tair vicié de la salle, n'y pouvait rester plus d'une demi-heure; au bout de ce temps, il était pris de vertiges, de nausées suivies de syncopes.

La même insalubrité, caractérisée par une odeur des plus désagréables, a été constatée par Péclet dans la cheminée de ventilation de la Chambre des députés.

Dumas, ayant eu occasion de s'occuper de la circulation de Tair dans la salle des séances des députés, reconnut que, tandis qu'on était dans une position tolérable sur le plancher de la salle, l'air au plafond était insupportable, les métaux s'y sulfuraient rapidement et les. hommes ne pouvaient pas y séjourner sans inconvénient grave.

« A une certaine époque », dit ce savant, « on avait essayé pour les écoles une disposition particulière de ventilation qui paraissait satisfaisante ; l'air frais entrait largement par une des extrémités de la salle et la sortie se faisait par un orifice placé au-dessus et à peu de distance de la maîtresse d'école. On s'aperçut bientôt que les maîtresses devenaient malades. Elles avaient des accidents nerveux très pénibles, tombaient dans un grand état d'anémie et étaient obligées de suspendre leur service. On reconnut la cause de ces désordres ; on renonça à pratiquer la ventilation de cette manière et tous ces accidents cessèrent. »

On conçoit d'après cela que l'accumulation d*air vicié dans un espace habité peut produire les accidents les plus graves et qu'il serait impossible de séjourner longtemps sans grand danger dans une enceinte hermétiquement close, où Tair

ne se renouvelle pas. Cela est, du reste, prouvé par de nombreuses expériences faites sur des animaux qu'on enfermait dans une petite chambre close en verre ; au bout de peu de temps ils étaient pris de malaise et leur mort survenait promptcment.

Béclard cite des faits qui confirment ces expériences.

En 1730, aux assises d'Old-Bailey en Angleterre, qui se tenaient dans une pièce affectant la forme d'un carré de 3o pieds de côté, la plupart des juges et des assistants périrent asphyxiés ; ceux qui survécurent étaient près d'une fenêtre ouverte.

En 1756, au mois de juin, i45 prisonniers de guerre, aux Indes, furent enfermés dans une salle carrée de ao pieds de côté. Au bout de douze heures, 28 seulement étaient encore vivants.

Les substances organiques, dit Béclard, concourent pour leur part à déterminer les accidents qui surviennent. Il a été constaté, en effet, rapporte-t*il , que les individus qui ont survécu dans les deux cas précédemment cités « ont pour la plupart été pris de fièvres graves, ce qui généralement n'a pas lieu chez les personnes asphyxiées par l'acide carbonique produit par la combustion du charbon et qu'on parvient à rappeler à la vie. »

Des expériences concluantes ne laissent du reste aucun doute à cet égard. Il suffit de citer la suivante due à Gavarret.

Un petit animal fut enfermé dans un espace bien clos. Des dispositions avaient été prises pour remplacer à chaque instant l'oxygène consommé par la respiration et enlever l'acide carbonique produit. L'animal, sans avoir jamais manqué d'ox)gène, sans avoir été jamais soumis à l'action délétère de l'acide carbonique, mourut sous l'influence des miasmes qu'il avait dégagés dans l'atmosphère qui l'entourait.

Tous ces faits montrent que l'air des agglomérations nombreuses d'êtres humains est vicié. D'après Dumas, il contient, en outre de l'acide carbonique, des ammoniaques composées de nature dangereuse, des acides divers et, entre

autres, celui qui donne une odeur toute spéciale aux oiseaux.

Cet air est un composé très complexe qui exerce sur la santé des effets d'autant plus regrettables qu'il agit sur des individus plus jeunes ; les adultes sont moins éprouvés que les adolescents, qui eux-mêmes résistent mieux que les enfants en basâge. On peut donc dire que les exigences de la ventilation croissent en raison inverse de Tâge des individus qui se trouvent réunis dans les lieux qu'il s'agit d'aérer.

Aux causes de viciation inhérentes à la respiration, il faut ajouter le fonctionnement des appareils de chauffage et d'éclairage qui donne lieu à un dégagement de gaz nuisibles en quantités plus ou moins grandes.

La nécessité du renouvellement de l'air dans les lieux habités ne saurait donc être contestée. Ce renouvellement est le but de \dL ventilation j qui doit avoir pour effet l'évacuation de l'air vicié et son remplacement par de l'air pur, de manière à maintenir la composition de l'atmosphère de l'enceinte sensiblement la même que celle de l'air extérieur.

Mais, si tout le monde reconnaît la nécessité du renouvellement de Tair dans un lieu habité, les opinions sont très différentes aussi bien sur le volume à introduire pour assurer une ventilalion vraiment efficace que sur les meilleurs moyens à employer pour produire le renouvellement de l'air. Avant de passer en revue les divers systèmes proposés et les diverses opinions émises, il convient d'abord d'étudier les causes de la viciation de l'air dans une enceinte habitée.

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