‹ Traité de physique industrielle, production et utilisation de la chaleur (volume 2)Chapitre 130 sur 182 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES DIVERS SYSTÈMES DE VENTILVTION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES DIVERS SYSTÈMES DE VENTILVTION

1189. Principes & observer pour la ventUation des lieux habités. — Les différents systèmes auxquels on peut avoir recours pour effectuer la ventilation d'un local ont, en somme, tous p^^ur but d'assurer l'introduction d'un certain volume d'air neuf, et, simultanément, Textraction des gaz viciés. Tous doivent donc s'inspirer des mêmes principes qui sont très simples et se résument en ceci : faire en sorte que Tair neuf soit respiré aussi pur que possible ; enlever les gaz viciés dès qu'ils sont produits, en ayant soin d'éviter leur mélange avec l'air neuf.

Pour réaliser ces conditions, l'air neuf sera amené dans Tenceinte à desservir par de larges conduits aussi courts que possible et faciles à entretenir dans un parfait état de propreté; on le fera pénétrer à proximité immédiate des occupants à une température voisine de celle qu'on veut maintenir dans la salle et avec les précautions convenables pour s'opposer à la production de courants gênants.

Afin d'éviter son mélange avec les gaz viciés, on profitera du mouvement ascensionnel que ceux-ci tendent spontanément à prendre, en raison de leur légèreté relative ; lemouvement de l'air de ventilation devra donc s'effectuer de bas en haut, les orifices d'introduction étant, comme nous l'avons dit, placés dans les régions habitées, aussi près que possible des mdividus, et les bouches d'évacuation étant, au contraire, ménagées à la partie supérieure des locaux à ventiler.

Certes, on ne pourra pas toujours satisfaire à ces conditions ; mais on devra tout au moins chercher à s'en rapprocher.

C'est presque toujours assez facile dans les salles d'assemblée, les théâtres et, d'une manière générale, dans tous les locaux où les occupants ont des places bien déterminées. C'est ordinairement plus difficile et souvent impossible dans les maisons d'habitation en raison du mode de chauffage qu'on y emploie généralement et qui ne permettrait pas d'évacuer les gaz viciés par des orifices placés à la partie supérieure.

Dans certains cas, on peut recourir à la ventilation naturelle, c'est-à-dire à celle qui se produit spontanément, grâce à l'ouverture d'orifices convenablement placés et servant les uns pour l'introduction, les autres pour l'évacuation.

Le plus souvent il faut employer des dispositions spéciales pour assurer la circulation de Tair destiné à produire la ventilation. Pour obtenir ce résultat, on peut soit faire un appel dans les locaux à ventiler et ménager des orifices d'introduction par où l'air extérieur pourra pénétrer, soit, au contraire, insuffler Tair neuf et disposer des bouches d'évacuation pour la sortie des gaz viciés; enfin la combinaison de ces deux procédés est quelquefois employée.

La ventilation par appel ne nécessite pas d'appareils mécaniques; au contraire, la ventilation par insufflation en exige remploi; c'est pourquoi, dans bien des cas, on est conduit à préférer le système par appel malgré qu'il ne soit pas sans inconvénients.

Avec ce dernier système, en effet, on est obligé de créer dans les locaux à ventiler une certaine dépression, d'autant plus grande que les conduits d'amenée d'air frais sont plus étroits et plus longs et présentent une résistance plus considérable au mouvement de l'air. Pour peu que cette dépression soit assez sensible, et c'est ce qui arrive fréquemment, l'air extérieur tend à pénétrer par les fissures des portes et des fenêtres en donnant lieu à des courants désagréables ou même dangereux.

C'est là un fait d'observation banale que l'on peut constater dans.' presque tous les théâtres, lorsqu'on ouvre la porte d'une

loge; il convient d'ailleurs de remarquer que, dans ces conditions, il n'arrive par les orifices qu'on avait ménagés pour l'introduction, qu'une partie plus ou moins faible du volume total de l'air aspiré ; le reste pénètre par les fentes des portes et des fenêtres, de sorte que, même avec une ventilation abondante, le renouvellement peut n'être pas suffisamment assuré dans la région habitée.

Il y a des cas cependant où on peut recourir à ce système : c'est lorsqu'il est facile de faire arriver l'air neuf par des orifices ménagés dans les murs extérieurs, en supprimant toute espèce de conduits ; il n'y a plus alors de dépression sensible à produire dans les locaux et les inconvénients que nous avons signalés plus haut sont considérablement atténués.

Quand, au contraire, on insuffle de Tair dans une salle, on tend à y créer un excès de pression, d'ailleurs très faible, puisqu'il n'a besoin que d'être suffisant pour faire sortir l'air de la salle, soit par des orifices s'ouvrant directement à l'extérieur, soit par des gaines en général laides et courtes. Quand bien même, d'ailleurs, il y aurait dans la salle une surpression sensible, il ne tendrait à se produire que des courants sortants, beaucoup moins gênants que ceux qui sont dirigés de Textérieur vers l'intérieur.

Aussi, à moins de raisons particulières, c'est à ce procédé qu'il faut recourir pour la ventilation des salles d'assemblées, des théâtres, et, d'une manière générale, chaque fois qu'on pourra employer des appareils mécaniques.

En raison des inconvénients auquel elle donne généralement lieu, on ne doit effectuer la ventilation par appel que lorsqu'on ne peut pas faire usage d'appareils mécaniques.

Dans ce système, l'aspiration peut être produite soit par des cheminées chauffées ou non, soit par des ventilateurs aspirants, soit encore par des jets d'air comprimé ou de vapeur.

A l'exception des cheminées, les mêmes appareils peuvent servir pour la ventilation par insufflation ; il suffit de renverser leur fonctionnement.

Nous étudierons successivement :

La ventilation naturelle ;

La ventilation par cheminées chauffées;

La ventilation mécanique.

§ Il VENTILATION NATURELLE.

1 190. — La ventilation naturelle est celle qui se produit sous Faction des mouvements de Tair dans l'atmosphère et dans les lieux habités, sans nécessiter Tintervention d'aucune force artificielle. Dans un lieu habité, il est bien rare que l'air reste complètement stagnant; les plus légères influences déterminent son mouvement, et, lorsqu'une communication quelconque existe avec l'extérieur, il se produit une circulation dans un sens ou dans l'autre.

Si, par exemple, deux orifices sont ouverts, l'un près du plan-* cher, l'autre près du plafond, il s'établit naturellement un courant. L'air extérieur pénètre par une des ouvertures, le plus souvent par celle du bas, se répand dans la pièce et l'air intérieur sort par l'autre orifice. Ce mouvement est nécessairement très irrégulier et dépend des températures extérieure et intérieure et des circonstances atmosphériques.

S'il n'y a qu'une seule ouverture, comme une fenêtre, une porte, il s'y établit deux courants simultanés de sens inverse, l'un entrant, l'autre sortant. L'air intérieur, généralement plus chaud, s'échappe par la partie supérieure, tandis que l'air extérieur, plus froid, rentre par le bas.

C'est ce que l'on constate bien simplement en entr'ouvrant, pendant l'hiver, une porte dans l'intérieur d'un appartement. En approchant une bougie allumée on voit le plus souvent la flamme s'incliner vers Tintérieur près du plancher, tandis qu'elle se penche vers l'extérieur près du plafond.

Si deux fenêtres sont ouvertes en même temps sur les faces opposées d'un bâtiment, comme celles-ci sont inégalement chauffées par le soleil, un courant d'air se produit d'une fe-

Bêtre à l'autre à travers Tappartement et souvent avec une extrême violence.

L'ouverture des fenêtres suffit ordinairement, en raison de leur grande section, pour produire une ventilation abondante et un renouvellement rapide de Tair intérieur. Une fenêtre de 3 mètres carrés de section dans laquelle Tair passe avec une vitesse de o,io par i", ce qui est tout à fait insensible, donne issue à plus de looo mètres par heure, ce qui suffit pour renouveler quinze fois dans ce temps Tair d'une pièce de 70 mètres cubes de capacité (5 mètres de long sur 4 de lai^e et 3°^,5o de hauteur). Le vent le plus faible ayant par exemple o,5o par i" ferait circuler 5 4oo mètres cubes en une heure.

Quelquefois cependant, dans les temps chauds et lourds, Tair est à peu près complètement calme et stagnant et la ventilation nulle. Si, dans ces conditions, un grand nombre de personnes sont réunies dans une salle, elles ne tardent pas, malgré Touverture des fenêtres, à souffrir du manque d'air.

Pourtant l'ouverture de grandes fenêtres est ordinairement le moyen le plus efficace et le plus rapide de renouveler 1 air des locaux habités. Mais ce moyen n'est pas applicable en permanence pendant l'hiver, ni même pendant l'été.

Lorsque les portes et les fenêtres sont fermées, il s'établit souvent par leurs joints, qui ne sont jamais étanches, des courants animés de vitesses considérables et qui se font sentira d'assez grandes distances. De là, l'usage des bourrelets placés sur les joints des portes et des fenêtres et qui sont souvent cause que les cheminées fument.

Le volume d'air qui entre ou qui sort par les fissures des portes et des fenêtres peut être considérable ainsi que le montrent les quelques faits suivants.

Dans une chambre de 70 mètres cubes de capacité pourvue de deux fenêtres et de quatre portes, on a d^agé de l'acide carbonique jusqu'à ce que l'atmosphère en renfermât 0,07. Au bout d'une demi-heure, la ventilation naturelle par les fissures avait réduit cette proportion à o,oo3.

Dans une pièce munie d'une cheminée sans feu, le général

Morin a constaté qu'il y avait par heure une rentrée d'air de 246 mètres cubes correspondant à l'introduction de 5"% 92 par mètre linéaire de joint de porte ou de fenêtre. La somme des sections de ces fissures est beaucoup plus grande qu'on ne serait disposé à le croire.

Ainsi, on a calculé, dans une expertise sur les chauffage de Téglise Saint-Roch, que la somme des sections de toutes les fissures des fenêtres était de i4 mètres carrés.

On a fait aussi Texpérience suivante :

Une boite de 0,90 de long sur 0,2a de lai^e et 0,11 de hauteur était fermée de toutes parts sauf sur un des deux petits côtés. Elle fut enduite de résine sur toute sa surface et le côté ouvert fut fermé par une brique avec joints de résine. On introduisit dans la boîte de Tacide carbonique, de telle sorte que l'atmosphère de la boite en renfermait seize centièmes au commencement de l'expérience. Au bout de deux heures, cette proportion était réduite à quatorze centièmes. En enduisant la brique de résine, on s'assura que la boîte ne perdait pas. L'acide carbonique avait donc passé à travers la brique.

L'air traverse les plafonds enduits au plâtre; on remarque souvent, en effet, que les traces des solives sont très apparentes. Cela provient de ce que l'air, en traversant le plâtre, est en quelque sorte filtré, abandonne les poussières qu'il tient en suspension et donne au plafond la teinte grise plus foncée qu'on observe dans l'intervalle des solives.

M. Pettenkofer a montré que l'air peut facilement traverser un mur en briques. Il se servait pour cela d'une boîte métallique hermétiquement close et séparée en deux compartiments par un mur en briques bien rejointoyé dont on apercevait les deux faces à travers deux châssis vitrés.

Chacun des compartiments était muni d'une petite tubulure. En soufflant dans l'une de ces tubulures on pouvait éteindre la flamme d'une bougie présentée devant l'autre.

Il résulte d'expériences faites par M. Hudelo que, pour un mur en briques de 0,22 d'épaisseur, hourdé en terre à four, une pression de 0,01 d'eau fait passer environ i mètre cube par

mètre carré et par heure. Quand le mur est mouillé, ce Yolame est réduit aux quatre dixièmes; quand le mur est recouvert d'un enduit de plâtre, il est réduit au tiers.

Un mur de o, 1 1 , hourdé en plâtre, ne laisse passer que o"%7oo par mètre carré. Deux enduits de plâtre réduisent à o"%20o environ le volume d'air qui passe à travers le mur.

Enfin, un mur en briques, hourdé en ciment, est encore traversé par Tair. Sous une pression de 0,0 1 d'eau, il passe o"%oi3 par mètre carré et par heure.

Il n'est donc pas douteux que l'air pénètre et circule dans des capacités que l'on peut croire complètement closes, mais le volume ainsi introduit est beaucoup trop faible pour qu'on en tienne compte pour la ventilation. Ainsi, pour un mur de briques de 0,1 1, par exemple, enduit de plâtre de deux côtés, le volume qui passe, pour une pression d'eau de 0,00026 correspondant à une vitesse de vent de 2 mètres par mètre carré, est de o"*,o32, soit, pour une surface de 20 mètres carrés o"*,e4o, c'est-à-dire un volume insignifiant au point de vue de la ventilation.

Un mur de o,5o en moellons laisserait certainement passer beaucoup moins encore. C'est surtout par les joints des portes et des fenêtres que l'air s'introduit dans les appartements.

En somme, on peut dire que même dans les locaux qui ne sont munis d'aucune ouverture spéciale pour la ventilation, il y a toujours un renouvellement d'air, mais, comme celui-ci est en général très faible, très irrégulier et qu'il peut même être nul pendant un temps assez long, il est nécessaire que ces locaux présentent un cube assez grand pour constituer une résen^e capable de suffire, pendant plusieurs heures au moins, aux besoins de la respiration.

Les règlements administratifs indiquent déjà que la hauteur des plafonds ne doit pas descendre à Paris au-dessous de 2",6o, et c'est un vrai minimum. Aucun règlement ne prévoit un cube minimum par personne, mais dans les constructions où on se préoccupe de réaliser des conditions hygiéniques satisfaisantes, il importe de ne pas descendre au-dessous d'une certaine limite.

Pour les casernes, une commission anglaise a fixé ce minimum à 17 mètres cubes par soldat.

En France, pour les hôpitaux, on a indiqué 4o mètres cubes et plusieurs salles sont même établies avec 5o et 55 mètres cubes à Lariboisière et 70 mètres cubes au nouvel Hôtel-Dieu.

1191. — Pour donner à la ventilation naturelle une certaine efficacité, il faut établir des orifices différents pour l'entrée et la sortie de Tair. La principale difficulté dans la disposition de ces ouvertures est d'éviter les courants d'air, qui sont souvent incommodes et dangereux.

On fait encore usage en Egypte d'un dispositif qui remonte aux temps les plus reculés et qui consiste en deux espèces d'entonnoirs dont les ouvertures sont directement opposées. L'une, dirigée dans le sens du vent dominant (nord-est en Egypte), sert pour l'introduction de l'air dans les appartements, et l'autre sert pour la sortie.

Sur les navires, on emploie pour aérer les entreponts, des appareils connus sous le nom de manches à vent^ et dont le fonctionnement est assez analogue à celui de l'appareil égyptien, mais avec cet avantage que la manche à vent étant mobile, son ouverture peut toujours être placée de manière à profiter de la vitesse du bateau.

En Autriche et en Allemagne, on a essayé de régulariser la ventilation au moyen de gaines munies d'orifices et de registres convenablement disposés. Il fallait continuellement manœuvrer ces registres selon les variations des températures intérieures et extérieures et encore, malgré toute cette peine, le fonctionnement n'était pas assuré ; aussi le système a reçu peu d'applications.

En Angleterre, on a établi dans certaines constructions des communications directes de l'intérieur à l'extérieur des habitations, en se servant de briques perforées pour une ou deux assises des murs. Ces briques sont percées de conduits intérieurs évasés de manière à atténuer les courants et les rendre moins gênants. On a recours également à des bouches placées dans le plein des murs et aboutissant à des gaines verticales surmontées d'une pyramide qui en forme le couronnement et dont les

«Bft VENTIUTION ET CHAUFFAGE DES LIELK HABITÉS.

faces sont munies d'une foule de petits ajutages en bois ou en verre de i3 miUimëtres de diamètre.

A Londres, Tatmosphëre est tellement chargée de poussières de suie que ces appareils s'encrassent rapidement, et qu'au bout d'un certain temps l'air qui les traverse est plus sale que l'air extérieur.

Ou remédie à cet inconvénient en disposant des filtres à air. destinés & retenir les poussières. Ces filtres se salissent en peu de temps, il faut avoir soin de les remplacer souvent. A défaut de cette précaution, les vides du filtre s'obstruent bien vite et l'introduction d'air ne peut plus avoir lieu.

En France, on établit souvent la communication entre l'atmosphère et l'intérieur des appartements au moyen d'un vasitas. C'est un chftssis mobile (lig. 660), ordinairemeol vitré, disposé dans le haut d'une fenêtre et qu'on peut ouvrir ou fermer à volonté, au moyen de cordes ou de tringles. Pour éviter les courants trop directs sur les personnes voisines on le munit de joues latérales. Le courant est dirigé vers le plafond. Souvent, dans le même but, on dispose dans la baie du vasistas, soit une tdle perforée, soit un canevas qui brisent le courant et l'empêchent de se faire sentir à grande distance. Mais il faut toujours se réserver les moyens de fermer complètement un vasistas, pour le cas où le Fig. 660. vent devient trop fort ou la température trop

basse. On en a fait dont on pouvait r^ler à volonté l'ouverture par des mécanismes plus ou moins compliqués. 1192. Vitres perforées. — M. le professeur Emile Trélat a indiqué une très heureuse solution pour supprimer, dans une enceinte habitée, les inconvénients résultant de l'entrée de l'air froid par des orifices de grande section réser%'és dans les fenêtres ou de son introduction par des gaines étroites, d'un nettoyage difficile, dans lesquelles se forment des dépôts de

poussières minérales et organiques. Son système (fig. 661) consiste à percer les vitres d'une multitude de petits orifices tronconiques dont la petite base est placée à Textérieur. Les vitres, en raison de leur destination, présentent l'avantage capital d'être toujours entretenues en état de propreté. Ce produit dont la préparation a présenté de grandes difficultés est maintenant couramment obtenu par MM. Appert, Geneste et Herscher. flr\ ^\

Les vitres ont 3"", 5 d'épaisseur ^ ^n x^

et sont perforées de trous espa- ^ ^ i

ces de i5 millimètres d'axe en © © ^

axe ; les trous ont 3 millimètres à ^ © ^

Textérieur et 6 millimètres à l'in- ^ ^ ^

térieur. La surface libre d'entrée ^ ^ |

par mètre carré de vitres est de ^ ^ m

3'*""»,5. L'air qui s'introduit dans ^ J ^

la salle, même par un vent assez Fig. 66i.

fort, s'épanouit à l'intérieur en

suivant les génératrices du cône et n'entre dans la pièce qu'avec

une vitesse très réduite, insuffisante pour blesser les habitants.

Pour pouvoir, au besoin, réduire la ventilation par les vitres perforées, soit lorsque le vent est violent, soit quand le temps est froid, on les double de châssis vitrés pleins qu'on peut fermer à volonté. Cette fermeture permet d'ailleurs d'éviter un refroidissement excessif et nuisible des locaux pendant les périodes de non-occupation.

L'application des vitres perforées ayant été faite dans certaines classes de lycée, M. Wallon fut chargé de faire des expériences sur le régime des courants d'aii* et sur la quantité d'acide carbonique que renfermait l'atmosphère de la salle.

M. Wallon a expérimenté directement et simultanément sur des classes contenant 28 élèves, l'espace cubique était de 10 mètres cubes et le chauffage était obtenu par un ruban de chaleur contournant la partie basse des murs.

Ces salles étaient, d'ailleurs, munies près du plancher de bouches d'introduction d*air et près du plafond d'orifices situés

à la base de gaines d'évacuation. Les croisées étaient garnies de verres perforés à la partie supérieure sur les deux faces opposées de la salle.

En ce qui concerne le régime des courants d'air, il a été constaté que, tant que le vent ne souffle pas trop fort, tout se passe bien, à la condition que des batteries de chauffage soient établies au bas des baies vitrées, ce qui est justement admis comme un parti excellent de tous points.

Lorsque le vent était trop violent, on était amené à fermer les orifices des vitres perforées. Malgré cela, pourvu que les bouches d'évacuation fussent laissées ouvertes, il a été constaté que la ventilation restait suffisante, grâce aux fissures inévitables des portes et des fenêtres et que, dans ces conditions, il ne se produisait aucun courant d'air gênant quand on faisait fonctionner les appareils de chauffage placés au bas des fenêtres munies de vitres perforées.

Voici les résultats constatés quant aux proportions d'acide carbonique dans l'air des salles :

Plroportion de CO^

(en Tolame)

après deux benres

d'occupation de la saU<.

i"" Sans aération ménagée dans la salle 0,0027

2* Avec carreaux perforés ouverts sur les

deux faces o,ooao

3° Avec utilisation de bouches d'introduction d'air et de gaines d'évacution 0,0018

4® Avec verres perforés, bouches d'introduction et gaines d'évacuation 0,001 5

Observation. — Quand la classe munie de carreaux perforés est restée inoccupée pendant une heure et demie, l'acide carbonique reprend sa dose normale o,ooo3 (en volume).

1193. — L'ouverture des fenêtres et même seulement d'orifices communiquant plus ou moins directement avec l'extérieur, bien que désirable en tout temps pour assurer la salubrité des locaux habités, ne peut se faire d'une manière permanente. Aussi, en Angleterre principalement, a-t-on essayé de nombreux dispositifs permettant de réaliser une ventilation naturelle. Nous

allons en indiquer très sommairement quelques-uns bien que ces appareils, dont Teffet dépend de Faction du vent, fonctionnent toujours d'une manière très irrégulière.

1 1 94. Ventilateur de Maoklnnel. — Il se compose d'un double tube placé dans le plafond de la pièce à ventiler et communiquant avec Fextérieur. L'air extérieur s'introduit par la partie annulaire et l'air vicié sort par le tuyau central.

1 195. Ventilateur de Mulr. — C'est une cheminée carrée en charpente placée au-dessus du toit du local à ventiler. Sur les quatre faces sont des persiennes. La cheminée est divisée en quatre compartiments. Suivant la direction du vent, l'air s'introduit par un ou deux de ces compartiments et sort par les autres.

1196. Appareil Noualhler. — £n France on a essayé divers dispositifs pour faire concourir le vent à l'évacuation de l'air des locaux habités.

Un des appareils le plus employé est formé d'un tuyau en tôle galvanisée tout autour duquel sont enroulés un certain nombre de conduits hélicoïdaux dont les orifices inférieurs sont disposés sur toute la circonférence, de sorte que le vent de quelque côté qu'il souffle s'introduit toujours dans un certain nombre d'entre eux. Les filets fluides pénètrent d'abord horizontalement, se relèvent ensuite en suivant les ajutages et sont lancés verticalement dans la direction de l'orifice de sortie du tuyau central. Leur mouvement détermine dans ce dernier une aspiration et, par suite, un écoulement d'air emprunté au local avec lequel l'appareil est en communication. Mais, dans les temps calmes, l'appareil n'agit pas et même, lorsqu'il fait du vent, son action est forcément irrégulière.

1 197. Appareil mobile. — Dans certains cas, on place, au sommet du tuyau T d'évacuation, un cylindre vertical de diamètre plus grand que le tuyau fig. 662. Ce cylindre mobile autour d'un axe est pourvu d'un ajutage conique à sa partie inférieure; sa base est fermée et percée d'un orifice dans lequel s'engage le tuyau T. L'extrémité supérieure est ouverte et recourbée d'équerre, elle est surmontée d'un appendice métallique M, disposé de façon que l'orifice de sortie de l'enveloppe

se présente toujours du côté opposé au vent, tandis que Tajutage A fait toujours face au courant. L'air s'engouffre dans cet

ajutage, monte verticalement dans le vide annulaire qui entoure le tuyau T et sort par Torifice supérieur. Le mouvement de la colonne fluide détermine un appel d'air dans le tuyau T communiquant avec le local à desservir.

1198. Appareil fixe. — On se contente souvent d'établir des conduits verticaux ou cheminées débouchant au-dessus des toits, s'ouvrant à leur partie inférieure dans les lieux à ventiler et, autant que possible, près du plafond. On les surmonte quelquefois I T d'un chapeau muni de lames de per-

*-■ 1— ' siennes pour empêcher Tintroduction

de la pluie.

En hiver, avec une hauteur de lo à 1 5 mètres et une différence de température de lo* à i5*, il s'établit, dans chacune de ces cheminées, un courant d'air qui peut avoir une vitesse de o,6o à o,8o par i*.

En été, ce courant n'existe plus quand les températures sont les mêmes à l'intérieur et à l'extérieur et les effets sont moins sûrs. On constate même fréquemment l'existence, dans ces gaines, de courants descendants. Cet effet peut du reste, se produire, aussi en hiver quand les conduits n'ont pas une grande hauteur et qu'on ne ménage pas des orifices suffisants pour l'entrée de Tair. 1199. Dimensions des gaines d'évacuation. — Une commission anglaise, chargée d'assurer la salubrité des casernes en Angleterre, a fait de nombreuses expériences sur les procédés permettant d'obtenir une ventilation naturelle. Elle en a conclu que, l'espace cubique par homme étant de 1 7 mètres cubes, il convient de donner aux orifices d'entrée et à ceux de sortie les sections indiquées dans le tableau suivant :

Fig. 663.

Sections des gaines d'évacuation d'air vicié pour 100 mètres cubes de capacité des salles à ventiler [soit pour six hommes) :

i** Étage. 3'*'',5o vitesse moyenne supposée 0,80.

Les sections vont en diminuant à mesure que le tirage augmente avec la hauteur des gaines d'évacuation.

La Commission a également constaté que, lorsque les fenêtres étaient ouvertes, le courant d'air était très faible dans les conduits; au contraire, quand celles-ci étaient fermées et les chambres occupées, on évacuait par les gaines environ 17 mètres cubes par homme. Dans toutes les chambres il y avait, en outre, une cheminée produisant à peu près le même effet que les gaines. On avait ainsi 34 mètres cubes par homme, ce qui a été jugé suffisant.

Comme l'espace cubique était de 17 mètres cubes, on voit que cette ventilation correspondait à un renouvellement de deux fois par heure.

Il n^est pas inutile de remarquer qu'il s'agit, dans l'espèce, de salles habitées de jour et de nuit. Le chiffre assigné par la Commission anglaise se rapproche de ceux que nous avons calculés précédemment (1180).

Lorsqu'il s'agit de locaux occupés d'une manière intermittente, comme des salles de classes, d'études, etc., dont la durée d'occupation ne dépasse ordinairement pas deux heures par séance, on admet (1189) qu'il suffit d'une ventilation bien moindre que dans le cas précédent.

1200. Conclusion. — La ventilation naturelle présente le grand avantage de coûter fort peu d'installation et de n'exiger aucune dépense de fonctionnement, mais elle dépend évidemment des circonstances atmosphériques et est nécessairement irrégulière. Si elle peut suffire pour des locaux momentanément occupés par un petit nombre de personnes, elle devient souvent tout à fait insuffisante, en été surtout, pour des locaux où les causes de viciation de l'air sont très nombreuses, Sbr. II. — 44

incessantes et actives, pour des théâtres, par exemple, et en général, pour les salles où les foules s'entassent en grand nombre. Il en est de même pour les hôpitaux où le renouvellement de Tair ne saurait sans graves inconvénients rester quelque temps suspendu ; dans ces différents cas et dans ceux analogues, il faut recourir à la ventilation artificielle.

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