PRÉFACE
L'homme, pour vivre et pour se développer, n'est pas seulement en rapport nécessaire avec le milieu physique, il est encore en rapport nécessaire avec le milieu social. Supprimez la première de ces deux atmosphères qui enveloppent tout homme venant au monde, vous rendrez impossibles la respiration et la vie; supprimez la seconde, vous tarirez la source de la connaissance et de la pensée. L'homme reçoit de la société, avec le langage^ les idées qui précisent les sensations, qui complètent l'organisation cérébrale et qui mettent en action le^ aptitudes morales et in-^ tellectuelles. C'est par la société que Thomme échappe au cercle Fatal dans lequel se meuvent les espèces animales, en faisant servir aux générations qui se succèdent les conquêtes accumulées dans les âges antérieurs, en réalisant le progrès dans
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l'ordre moral et dans Tordre physique, et en dirigeant les pensées et les actes vers raccomplisseinent du but suprême, qui est la constitution fraternelle de Thumanité.
De même qu'il importe à l'homme de faire concourir à sa grandeur et |i son jpien-être les influences du monde physique et de lutter sans cesse conlre celles qui peuvent l'arrêter ou lui nuire, de même il lui importe de faire acte de discernement entre les influences diverses de la so ciété, de manière à faire triompher celles qui son^ bonnes et à faire disparaître celles qui sont mauvaises, k cet égard, notre sollicitude doit être d'autant plus persévérante qu'aucune action n'égale l'action sociale. A elle il appartient, par une hygiène efficace, d'accroître l'énergie des populations, de les préserver d'un grand npnibre de maux, et par une éducation permanente, d'accroître leur moralité , de les préserver des erreurs et des défaillances. En dehors de la société, qui dispose des plus puissants moyens d'action sur l'homme et sur la nature elle-même, les efforts individuels et isolés seraient nécessairement stériles ou impossibles. Il est donc de notre devoir à tous de nous préoccuper de l'œuvre sociale et de veiller sur elle avec une constante prédilection*
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Pour remplir ce premier des devoirs, il faut acquérir la coiinais$ance des éléments gépéraux don| se compose la société et des principes sur lesquels elle repose. Cette connaissance, surtout d^ns le temps où nous vivons, ne doit jamais être négligée^ On ne saurait faire, pour la répandre, une propagande assez active. Sa place , dans renseignement d'un peuple libre ou qui aspire à l'être, est au premier rang. Il est permis à un homme de n'être pas un savant dans Tordre des choses naturelles, mais il n'est pas permis à un citoyen d'être un ignorant daqs les choses sociales. Comme son obligation est d'intervenir directement ou indirectement, de près ou de loin^ dans la direction de l'œuvre commune, une telle ignorance est un véritable malheur.
C'est cette pensée qui a surtout préoccupé Bûchez et qui l'a décidé à écrire ce traité qu'il a pu achever avant de mourir. Nous publions le manuscrit tel qu'il l'a laissé, nous refusant le droit d'y toucher en quelques points , ce qu'il aurait sans doute fait lui-même en le livrant à l'impression. Le nombre de pages dans lequel, à une époque où les gros volumes ont si peu de lecteurs, l'auteur a cru devoir renfermer un aussi vaste sujet, a peut-être été trop petit, et le temps