II. Corn me ni lu liaison se fait-elle
121. Une syllabe nasale perd-elle ou garde-t-elle, dans la liaison, sa na.salité? Doit-on dire un-n-hoinme ou u-n-homme (ûii-oill ou iiii-om), mon-n-ami ou mo-n-ami (môn-ailii ou iiionaiiii)'/
Il n'y a pas de règles ni d'usages fixes. Cependant on peut fournir (pichpu's indications qui ne semblent guère contestables.
122. On, un, en, bien, combien, rien gardent leur nasalité. Ex. : On aime = ôn-êni ; un homme = fin-om.
123. Mon, ton, son perdent souvent leur nasalité dans le lang'ag'e familier, mais il est mieux de la leur conserver dans les vers. En général, les adjectifs conservent leur nasalité.
124. Dans cette question, comme presque toujours quand il s'agit de liaisons, l'oreille et le gt)ût sont les seuls, les vrais juges.
Voici, à ce propos, une petite consultation de Francisque Sarcev. Des provinciaux avaient engagé un pari sur cette question : faut-il dire divin-nenfant ou divi-nenfant? et s'étaient adressés à lui pour avoir la réponse :
Les personnes qui avaient engagé un pari sur la prononciatiDn de divin enfant ne sont pas contentes de la façon dont je me suis dérobé :
— Moi, leur avais-je répondu en riant, je dirais : l'enfant divin. Elles me somment de rendre ma décision ; elles me poussent au pied du
mur. Eh! mes amis, que voulez-vous que je dise? Voici Jules Lemaître, à qui je propose la difficulté.
— Il n'y a pas de doute à cela, me répondit-il ; il faut dire le divinenfant?
— Ah bah ! pas possible ! Vous dites : le divi-nenfant?,
— Et tout le monde le dit chez moi. Il y a un Xoël célèbre que chantent les femmes :
Un divin enfant nous est né.
Elles disent : « Un divi-nenfant nous est né. »
Je fus un peu ébranlé, je l'avoue. Car Jules Lemaître, c'est une autorité, et il s'appuyait sur le peuple, que je tiens pour le seul maître en fait de prononciation, et même en fait de langue.
Il faut pourtant bien convenir que la logique est contre cette prononciation. In est une diphtongue, c'est-à-dire une seule émission figurée par un groupe de lettres. Mais elle aurait pu aussi bien être figurée par un signe spécial, et elle l'est en effet dans l'orthos^raphe des purs phonétistes. Vous ne pouvez avoir, en aucun cas, le droit de dénaturer le son nasal, sous prétexte que dans le livre et sur le papier, il se termine par une n.
Vous ne dites pas un cerlai-nauteur ; une ancie-nennemi ; vous ne dites pas u-nhomme de loi-n en loin ; du vin bo-nàboire ; nous vivons chacu-nen particulier; enfi-nil est venu; le vi-nest bon, etc.; partout, la prononciation const^rve à la diphtongue sa sonorité particulière devant une voyelle. Pourquoi divin enfant ferait-il exception?
La vérité, c'est qu'en générai la prononciation répugne à taire des. liaisons sur les diphtongues nasales. Je citais tout à l'heure de loin en loin; je ne fais pas la liaison dans le langage ordinaire, et je crois qu'il vaut mieux ne pas la l'aire. Je ne dirai pas : ce salon-n'est plein, je ne dirai pas un-nou deux; je ne dirai pas: au ])ain-net à l'eau. Bref, je retrancherai la liaison partout où l'usage ne me l'aura pas imposée.
(^es réflexions ne manquent pas de justesse; mais le piquant de l'affaire, c'est que Francis(jue Sarcev qui éenvait : « vous ne dites pas u-nhomme », prononçait lui-même ainsi ; je l'ai constaté plus, d'une fois.
Consonnes.
120. b est nul dans les mots aplomb (aplùi, (^olontb (kolô)^ Doubs (dvv), plomb (plô), radoub (radvv), et ne fait pas liaison.
126. Dans les mots commençant par abs, obs, obt, on prononce b comnie/), et souvent aussi dans le corps des mots devant .s ou /.
Ex. : absence = iipsâs ; obtenir = optënir ; subsister =r supsisté.
6 et p.
127. b est une labiale sonore (ou douce); si on a l'habitude de la prononcer plus ou moins comme/;, labiale sourde (ou forte), il faut, pour se débarrasser de ce défaut, fermer la bouche, produire <lans la g"orge la sonorité, le bruit qui annonce b, et n'ouvrir les lèvres pour articuler la con.sonne ipie jors(|u'on est à bout de souffle.
EXERCICES DE PRONONCIATION
1) non articulé ... (brriit de la gorgée) ... be
iderji. ... ba. bi. rie...
Après un bierr bon bain, j'absor-bai beaucoup de bièr-e brune et de bon pain bis, ])uis je bus une bien bniiiie bdiili-ille de I>ii'ii bm» vin blanc vieu.x.
Poisson sans boisson est poison.
aprêz-ù bïî bô bî :,apsorbé bôkw de bïè-r brun-é de bô pî bi pùi -jC biiz-un bïî bou bwtêj de bïî bô vî blâ vïœ pwasô sa bwasô ê pwazô
Le B balbutié par le bambin débile,
Semble faire des bonds sur sa lèvre inhabile;
Bientôt il l'habitue au bonsoir, au bonjour;
Les baisers, les bonbons, sont brigués tour à tour;
A sa bonne Babel il demande sa balle.
Puis il boit de bon lait dans sa belle timbale.
Des B les plus mignards son doux babil est plein,
Et d'un bobo, s'il boude, on est sûr qu'il se plaint.
Mais du bègue bavard, la langue embarrassée.
Par le B qui la brave est souvent harassée ;
Sa bouche sur ses bords semble le retenir
Et, tout en balançant, brûle de le bannir.
(A. DE Pus.)
128. Dans l'écriture habituelle, c représente deux sortes de consonnes, la g-utturale forte q. k (k), comme dans car, et la dentale sourde s (SI, comme dans cent. Il a même représenté lag-ulturale douceur (g); autrefois secret se prononçait segrê; cette prononciation n'a survécu que dans second et ses dérivés ( segô), 011 c a encore la valeur de g. tandis quo fécond et ses dérivés se prononcent avec c fort (k).
129. r := k devant une consonne et devant a, o, 11, à moins qu'il n'ait une cédille {ç).
Devant e, i, y. et devant a, o, 11 quand il a une cédille, c = S. Ex. : car = kar ; cent =: sa ; çà =: sa.
i3o. Le premier c du double c a toujours le .son fort (k^, le second suit la rè^le g-énérale.
Ex. : accord = akor; accent :=^ aksâ>
1 3 1 . c est nul dans les mots suivants : Accroc (akrô), almanach lalmana), aspect (aspé), Banc ibâi, blanc (blâ), broc (brô .
fJaoïitchoiic (kawtchw), circons/tert (sirkôspè), clerc <^klèr), cric (kri », croc ( krù),
Distinct (distî), donc (dô), sauf quand il sig-nifie par conséquent : je ponsc, donc (dôk) je suis,
Escroc (èskrô), estomac (èstoma),
Flanc (flîl), franc (frâ),
Indistinct (îdistî), instinct (îstî ; mais dans instinctif, c se prononce),
Lacs (là), substantif masculin désig-nant une sorte de filet à oiseaux; ne pas confondre avec le lac, les lacs (Iak). Dans les liaisons, lacs = lâ.Z.
Ex. : Le lacs était usé = le lî\z-étèt-lizé.
Jonc (5Ô),
Marc (mâr), lorsque ce mot désig-ne le reste d'une substance dont on a extrait le suc (du marc de café); mais lorsqu'il est nom propre ou désig-ne la monnaie allemande, on prononce ma>*k (du reste, marc, terme monétaire, s'écrit souvent mark).
Respect (rèspè),
Succinct (siiksî) , succinctement (silksîtémâ) , suspect (suspê),
Tabac (taba), tronc (trô).
i32. Il est rare qu'on fasse la liaison après ces mots. On peut la faire après : almanach, aspect, caoutchouc, estomac, franc, instinct, respect, suspect, tabac; la liaison se fait alors avec c (k) au sing-ulier, avec s (z) au pluriel.
Ex. : Un aspect imprévu = ûn-aspêk-îprévu.
Des instincts étranges = dèz-îstîz-étrâj.
Donc fait en général la liaison.
Dans clerc et marc, c'est r qui fait la liaison.
Ex. : clerc ignorant = klér-injorâ.
i33. Dans le féminin et dans les dérivés de circonspect, distinct, indistinct, suspect, on prononce le c.
Ex.: circonspecte (sii'kôspôkt) ; circonspection (sirkôspèksïô.
i.'V4. District est prononcé tantôt distrik, tantôt distrikt, (picli]uefois aussi distl'i.
Croc-en-Jamhes --= ki'okri;^:'!!).
Porc se prononce aujourtlliui pork plutôt (jue poi*.
i35. c est nul clans vaincre et convaincre, à l'indicatif et à l'impératif présents sing-uliers.
Ex.: je vaincs =: 3 e VÎ ; vaincs ou meui-s = vîz-\v-n[iœr.
i36. se = sk devant a, o, m, et s devant e, i. Ex. escorte = èskort, sceptre = sèptr.
Crescendo == krèsèndô ou krèsîdô (quelques-uns disent krèchèndô).
ch.
187. Dans l'écriture habituelle, ch représente deux sortes de consonnes : la marg-inale sourde (ch) qu'on prononce dans chemin, chapeau, et la g-utturale forte (k) qu'on prononce dans chœur.
i38. ch = ch devant les voyelles, dans presque tous les mots de formation populaire et venant du latin. Dans un certain nombre de mots de formation savante, et venant surtout du grec, ch = k.
189. ch = k devant les consonnes et à la fin des mots, Ex. : chronique =: kronik ; varech =: varèk.
i4o. Voici une liste de mots où cA = k devant une voyelle :
Anac/ioré^e (aiiakorôt), arc/jafsme (arkaism), archange (arkâj), archéologue (arkéolog) et ses dérivés, archiépiscopal {i\v\i\ép'\S>\KOpii\), archiépiscopal, archonte (arkôt),
67iaos(kaô), chaotique, chélonien (kélonïî), chiromancie (kiromâsi-), chiromancien, chœur (kœr) et tous les mots venus du latin chorum ou du grec choros, choléra (koléra).
Echo (ékù),
Lichen (likèii),
Machiavel (makiavèl) et ses dérivés, malachite (inalakit), Michel-Ange (mikèh"i3, mais Michel, le prénom français, se prononce michèl).
Orchestre (orkèslr) et ses dérivés, orchis (orkis); orchidée^
Psychologue (psikolog) et ses dérivés.
Trichine (trikin) et ses dérivés (on entend aussi trichio).
Remarque. Les étrangers donnent quelquefois au ch français,, précédant une voyelle, le son du ch allemand (ich, mich) ; c'est une grosse faute.
i4i. Le préfixe archi, exprimant l'idée de superlatif, qui se construit dans le lang-ag-e familier avec les substantifs, les adjectifs, est toujours prononcé iirchi cl non iil'ki.
Ex. : archifou, archimillionnaire (ai'Chimilïoné'P).
142. Dans trachée, trachéotomie, ch = ch', mais la plupart des autres mots venant du même radical arec, se prononcent avec k. Ce sont, du reste, des termes scientifiques peu usités.
143. sch = sk dans schéma (skéma; on prononce au.ssi clléma) et scherzo (skêrdzo) ; dans les autres mots, peu nombreux, qui renferment ce groupe de consonnes, scli = ch.
Ex. : schiste' ■= chist ; schisme = chisill ; schelling" = chelî.
Sclteik (chèïk) et schako (cliakù) s'écrivent aujourd'hui cheik et chako.
ch et ;.
i44- On sait la difficulté que certaines personnes ont à faire la différence entre ch (ch) et y (j). Pour la vaincre, il faut des exercices répétés.
ch est une consonne sourde, c'est-à-dire prononcée avec la glotte g;-rande ouverte, et .sans que les cordes vocales résonnent, tandis que y est une consonne sonore. Pour s'habituer à bien prononcer le y, il faut, en serrant les dents, faire entendre une sorte de bourdonnement d'abeille prolong-é, et n'articuler / qu'au bout d'un moment, sans cesser de garder les dents serrées.
EXERCICES DE PRONONCIATION
j non articulé... (bourdonnement) ... ja
idem. ... ... je, ji, jo, etc.
Nous voici chez sa chère sœur à Chang-is-Saint-Jean.
Jean Chanjeon, juché sur son joli cheval jaune, va ja.ser et chasser chez le jeune et charmant Charles Jazel.
Mon cher g-endre Jean San.sarg^ent, je vous chargée aujourd'hui des ouvrag-es k la bôchc aux champs et au jardin.
Un jour, étant à jeun, je mang-eai du jujube.
(ùhasseurs, .sachez chns.st*r sans chiens.
nw vwasi ché sa chê'r sœr a châ^i sî 5a
5a châ^ô juché sur sô joli cheval jô'n va jâzér-é chasé ché le jœii-é charma charl jazèl
mô cher jâdrë jâ sâzarjâ r,e vw char^j-ôjwrdûi déz-wvra- 5ëz-a la bêch-ô châz-é ô jardî
û jwr-étât-a 511 je mâjé du gujub
chasœr sache chasé sa chïî
145. d final ne se prononce que dans sud, Talmiid et dans «ertains noms propres comme Bagdad, Cid, etc. — d final prononcé fait liaison.
Ex. : Le sud et le nord = le sud-é le nor.
i46. Au sujet de la liaison du d final muet, on peut faire les remarques oénérales suivantes :
lO Quand la liaison a lieu, d se prononce comme t.
2° On ne fait pas la liaison après les substantifs; cependant elle a Heu dans les expressions pied-à-terre (piét-a tè*r), pied à pied (piét-a pïé), de pied en cap (de piét-îl kap); les uns la font avec </, les autres avec r dans nord-est, nord-ouest (nordèst, nordwèst ou norèst, norwèst).
3'j On la fait après les adjectifs suivis de la conjonction et ou du mot qu'ils qualifient.
Ex. : g-ourmand enfant =: gwnxiât-âfâ ; grand et fort = grât-é for.
Du reste, cette liaison est facultative dans bien des cas ; affaire -de goût et d'oreille. Très facultative aussi, la liaison après froid <frwat-ô pïé ou frwa ô pïé).
4" On fait la liaison après quand, second et après les verbes.
Ex. : Répond-il? = répôt-il ; perd-il = pèrt-il ; quand il -apprend à lire = kât-il-aprât-a lÎT; second échec = segôtéchèk.
d et /.
147. «/est une dentale sonore, t une dentale sourde. Si l'on a <le la peine à différencier ces deux consonnes, il faut travailler le
d comme suit : appuvez le devant de la lang-ue contre le palai» (comme pour /), puis faites vibrer les cordes vocales, c'est-à-dire produisez un son quelconque, inarticulé, dans votre g"org"e, et n'articulez d qu'au bout d'un instant.
EXERCICES DE PRONONCIATION
d non articulé. . . (résonance des cordes vocales) . . . da
idem. ... de, di, do, etc.
La reine Didon dîna, dit-on, du dos tout cru d'un très tendre et dodu dindon.
Pendant dix ans, le podestat, dur potentat, sordide tyran, domina tout un duché touchant à la douce Toscane.
la rê'iî didô dina ditô du dô tw kru dû Irô lâdr-é dodu dîdô
pâdâ diz-â le podèsta dur polâta sordide tira domina twt-û duché Iwchât-a la dwsë toskan
A déclincp le D, jamais l'enfant ne tarde; Sa langue, sans délai, contre ses dents le darde; Il nomme un lit dodo, puis, sur le même ton, Il appelle dada son cheval de carton.
(A. DE Pus.)
i48. Cette consonne est généralement prononcée à la fin des mots, et fait la liaison en conservant sa valeur propre. Ex. : bref et clair = bl*èf-é klôr.
149. L'adjectif numéral neMy est excepté de la règ-le générale. Tout d'abord, on n'en prononce pas le f (piand il précède un chiffre ou un mot commençant par une consonne.
Ex. : 1900 = diz nœ sa ; neuf personnes = nœ (ou ndfe) I)(>rson.
En second lieu, ley de neuf nu. pas toujours la même valeur dans les liaisons. Devant les mots heure et an, f=^ V; dans le» autres cas,y= f.
Ex. : neuf heures = nœv-CJBT; neuf amis = iKPf-ami ; neuf ou dix = nœf-W ClIS.
i5o. /"est muet dans le pluriel des mots œuf (^lèz-œ), bœuf (le bœ) et nerf (\è lier), ainsi que dans les expressions cer/^ volant (sév\o\vi), nerf de 6o?My (nèrdebœf), chef-d'œuvre (ehèdœvr), le cortège du Bœuf gras (bœ grà), et dans clef (klé).
Dans chef -lieu, on prononce le y".
loi. Pour cerf ei serf , il est impossible de donner des indications précises. Au théâtre et dans les milieux cultivés, on entend les prononciations les plus diverses. Les uns prononcent sêr au sing-ulier comme au pluriel; les autres, serf au singxilier, sèl* au pluriel; d'autres encore prononcent toujours sêr quand il s'agit de l'animal, serf quand il s'agit de l'homme...
102. Au pluriel des mots terminés par/*, c'est s (z) qui fait la liaison.
Ex. : veufs inconsolables = vœfz-îkôsolabl ; clefs immenses = kléz-iniâs.
i53. Dans l'écriture usuelle, g représente deux consonnes : la gutturale sonore (Q) qu'on prononce dans gare, et la marginale sonore (3) qu'on prononce dans gémir.
i54. g = ^ devant e et i.
g ^ q devant les autres voyelles et devant les consonnes.
i55. Les mots terminés par g ne sont pas nombreux. Dans quelques-uns d'entre eux, le g ne se prononce pas et ne fait pas liaison.
Ex. : étang ^ étâ ; orang-outang (au pluriel : orang-outangs) = orâwtâ.
On prononce le g dans grog {grog), pouding (pwdïg), zigzag (zigzag) et quelques mots étrangers peu usités.
i56. Le mot Joug est prononcé par les uns JW, par les autres jwg ; il se lie au mot qui suit; au Théâtre-Français, on entend même la liaison dans Joug honteux (jwg-ôtofe), quoique honteux commence par h aspiré.
Le mot sang fait la liaison dans les vers et dans la diction élevée, mais alors g ^U.
Ex. : un sang impur = 11 sâk-îpui*.
lô-]. g est nul dans doigt (dVva), doigter, imbroglio (îbrôllô), signet (sînê) et legs (le). Ce dernier mot fait la liaison. Ex. : ce leg-s est nul = se lôz-ê (ou è) nul.
g et h.
i58. Comme il a été dit plus haut g (g) est une g-utturalc sonore et douce ; k (c'est-à-dire c fort, k et q, dans l'écriture usuelle) est une g-utturale sourde et forte.
Si l'on a de la peine à différencier ces deux consonnes et à bien prononcer g, il faut faire des exercices analog^ues à ceux qui ont été indiqués pour d'autres consonnes sonores, comme b et d.
EXERCICES DE PRONONCIATION
g non articulé (résonance des cordes vocales) ... g'a
idem. ... g-ue, g-o, etc.
Gare ! car on distingue encore les g-rosses crosses des fusils et les g-ueules caves des grands canons.
Quand le marquis Grigant quitte ses grands g-ants clairs, qui ne regarderait sa bague d'ag-ate.
Trois g-rands g-ros crapauds g"ris tigré dans trois g-rands gros trous creux.
gâ'r kar-ô distîg-âkor lé grô'së kros de fuziz-é le goe'l ka*vë de grâ kanô
kâ le marki grigâ kite se grâ gâ klêr ki ne rëgardërê sa bagë dagat
trwâ grâ grô krapô gri tigré dâ Irwâ grâ grô trw krdb
gn.
159. Dans l'écriture usuelle, gn représente tantôt g fort suivi de n (gn), comme dans gnome (gnù*m). tantôt n mouillé (n|) comme dans régner (rénjé).
On pourrait Hafurer n mouillé par il ou par ni ; jcle Hguri" j)ar nj, parce (ju'il me semble que, mieux (pie n, cela fait sauter aux yeux, pour ainsi dire, la valeur «le cette articulation, et <|ue, d'autre part, cela rond la lecture plus facile que ni. In lecteur
peu habitué aux textes phonétiques, rencontrant le mot kôpani risquerait fort de prononcer compagnie au lieu de compagne. Pour la prononciation de j, voir le | 178.
160. Y a-t-il une différence de prononciation entre n mouillé et n suivi de / semi-voyelle, entre régner et panier?
Quelques-uns disent oui, la majorité dit non. Ym fait, la différence, chez les srens qui en font une, est si minime qu'il ne vaut pas la peine de s'y arrêter ; du reste, parmi les meilleurs diseurs, les uns la font, les autres pas, comme le prouve cette remarque de F. Sarcey:
Si quelques-uns de mes lecteurs ont la curiosité de voir aux prises sur le même théâtre les deux écoles, l'une faisant sentir, l'autre supprimant, après / ou Yn mouillée, cet / très faible dont parle rAcadémie et après elle M. Brasc'het, ils n'ont qu'à se rendre à la Comédie-Française, un soir où l'on joue du Corneille ou du Racine. Vous savez combien souvent revient dans nos tragédies classiques le mot seigneur.
Eh bien ! écoutez MUe Moreno, qui se pique de dire le vers et même de le chanter ; vous entendrez sonner très distinctement dans gnear cet /' faible : elle dit seigniear, comme M. Braschet veut qu'on dise : campagniard... A côté, tel de ses camarades prononce nettement seigneur'. sans qu'il soit possible d'y distinguer l'intervention du moindre /.
{Le Temps du 12 août 1895.)
iGi. Voici les mots les plus usités dans lesquels, ainsi que dans leurs dérivés, gn se prononce gn :
Diagnostic (diagnostik), gneiss (gnèïs), gnome, gnose (^gnô'z), inexpugnable (inèkspugnabl\ igné (igné), magnat (magna), magnificat (magnifikat) , magnolia (magnolia), stagnant (stagna), stagnation (stagnasiô).
Nota. — On entend souvent prononcer n mouillé dans. inexpugnable, stagnant, stagnation.
Si ce n'est pas rigoureusement correct aujourd'hui, cela le deviendra peut-être.
162. L'n de doria (anciennement dona, donné) est mouillé : doiîa Sol := donja Sol.
i63. Cette consonne peut être muette, et on n'en tient aucun compte dans la prononciation, ou faussement dite aspirée, et alors
elle empêche toute liaison ou élision, mais cependant n'a pas d'articulation propre. Dans l'un et l'autre cas, l'écriture phonétique supprime h, purement et simplement.
Après r et t, le h muet est nul ; pli = £ ; pour ch et scliy cf. il 187-143.
164. Le véritable h aspiré ne se fait entendre en français que lorsqu'il s'ag"it de donner une expression particulière de moquerie, de colère, etc., à certains mots. On ne prononcera pasye vous hais comme je vouais; l'aspiration (il faudrait plutôt dire l'expiration) sera sensible dans je vous hais (5e VW hè). Encore tout le monde n'est-il pas de cet avis. MM. Mounet-Sullj et Coquelin aîné, par exemple, ne font jamais entendre h aspiré; ils semblent ne pas le connaître.
Pourtant, M. Leg"ouvé semble avoir raison quand, a propos de ces deux vers de La Fontaine :
Moi, des tanches! dit-il, moi, héron, que je fasse Une si pauvre chère! et pour qui me prend-on?
{Le Héron).
il fait la recommandation suivante :
« Marquez bien Y h aspirée de héron; g-uindez-le, hissez-le sur cette h comme sur ses long"ues pattes ! »
A ce propos il est intéressant de relever cette constatation de M. Koschwitz, que M. Desjardins, le journaliste-conférencier, a l'habitude « de prononcer les h aspirées (ou même muettes) presque comme des h allemandes, avec une véritable aspiration g-utturaie. » [Les parlers parisiens.) Voilà de (juoi réjouir les mânes de Littré qui s'est exprimé ainsi dans son dictionnaire « Aujourd'hui, surtout <\ Paris, beaucoup n'aspirent pas l'A et se contentent de marquer l'hiatus: le éros, la onte, etc. ; mais dans plusieurs provinces, la Normandie entre autres, l'aspiration est très nettement conservée et cela vaut mieux. »
i65. Les mots les plus usuels qui ont, ainsi (jue leurs dérivés et composés, h dit aspiré, sont :
hAbler, hache, hag'ard, haie, haillons, haine, haïr, haler, hâlei , hâle, haleter, halle, hallebarde, halte, hamac, hameau, hanche, hanu^ar, haïuiefon, Hanovre, haiitor, haj)per, haranyuo, harasser, harceler, hanh^'^. Ii;n(li. hariMn. hjiicnt;. Ii.iiuikmix. haricot, hari-
délie, harnais, harpe, harpon, hasard, hâte, hausse, haut (toutefols exhausser, exhaussement se prononcent comme exaucer, exaucement), hâve, Havre, havre-sac;
héler, hennir, héraut, hérisser, hérisson, hernie, héron, héros {mais les dérivés de ce mot ont h muet), hêtre, heurter;
hibou, hic, hideux, hiérarchie, hisser;
hocher, honte, hoquet, houille, holà. Hollande, homard, Hongrie, horde, horion, hors, hotte, houblon, houle, houppe, housard, housse, houx, hoyau;
huche, huée, huer, hua^uenot, huit (après un autre nombre h muet, ainsi dix-huit = dizùitj, humer, huppe, hurler, hussard, hutte. Hyacinthe est le seul mot commençant par hy où h soit aspiré.
i66. Dans hier, h n'est pas aspiré, aussi avant-hier se prononce-t-il g-énéralement avâtïèl*.
Hameçon, hyène n'ont pas h aspiré, comme le croient certaines personnes.
167. Cette consonne est nulle dans baril (bari), chenil (cheni), courtil {)i.wTi\),fenil {ieui), Jîls (tis), fusil (fuzi), gentil (gâti), gril (gri), outil (wti), persil (pêrsi), pouls (p\v), saoul ou soûl (s>v), sourcil (s>vrsi).
On ne fait e^énéralement pas de liaison après ces mots, sauf Jils et pouls.
Ex. : fils aimé = fis-èmé ; pouls ag-ité= pwz-ajité.
168. Au pluriel de ceux de ces mots qui sont susceptibles de prendre ce nombre, la liaison a lieu avec s (z).
Quand à gentil, il fait la liaison tant au singulier (et alors / = j) qu'au pluriel; cette règle s'applique aussi à la prononciation de gentilhomme.
Ex : gentil enfant = 3âtij-âfâ; gentilhomme = ^âtijom ; gentilshommes = jâtizom.
169. Au dix-septième siècle, on ne prononçait pas le / du pronom il devant une consonne, ni au singulier, ni au pluriel. Cette prononciation s'est conservée dans le peuple, qui olx'it tou-
jours, en fait de lang-age, à la loi du moindre effort, et fait cettesuppression, même ailleurs que devant une consonne.
Ex. : i-z-ont dit; vient-i?
Un parler correct proscrit de telles nég-ligences.
170. Il faut cg-alement se g-arder d'imiter ceux qui prononcent <iuèque, quèque chose, au lieu de quelque, quelque chose ; inutile de dire que la prononciation tièlque, tièlque chose est archimauvaise.
171. Pour terminer, une remarque de Francisque Sarcevi « On raille aig-rement, dans la Touraine et même aussi de l'autre côté de la Loire, notre façon de doubler / dans ces locutions: je l'ai vu, tu l'as dit, que tout bon Parisien prononce: je liai vu, tu lias dit. Il est évident que cette prononciation est déplorable et absurde. Mais... elle n'a pas encore obtenu dans la maison de Molière ses lettres de grande natuialisation. »
/ mouillé.
172. Dans son dictionnaire de la lang-ue française, Littré s'exprime ainsi : « /simple comme dans péril, bail, ou double comme dans paille (dans l'un ou l'autre cas avec un / antécédent) forme une articulation qu'on nomme // mouillées et qui a un son particulier, rendu en espag-nol aussi par //, et en italien par gl (dans l'ancien français on la rendait souvent par Ih ou par //).... La juste prononciation des // mouillées est souvent manquée; en Flandre, on fait entendre seulement une /: bou-tè-V ; à Paris on les prononce souvent comme un y : bou-tè-ye, a-yeur ; partout je préviens contre cette prononciation vicieuse. »
Cette « prononciation vicieuse » est aujourd'hui, sinon la .seule^ du moins la plus généralement employée, au Théâtre-Français comme dans les salons; elle est donc devenue la bonne prononciation. L'autre, qui s'entend encore en France, au sud de la Loire» et dans la Sui.sse française, devient une prononciation fossile, selon la pittoresque expression de Francisque Sarcey.
Faut-il regretter que l'une de ces prononciations se perde, et déclarer <juc l'autre est vulgaire? Question oiseuse. I^i prononciation actuelle est plus simple cpio l'ancienne; cela assure son succès et garantit .sa durée.
Mais on ne doit pas l'étendre, comme on le verra plus loin, à des mots tels que singulier, escalier, etc.
173. Quelle est la valeur exacte de j qui représente le / mouillé actuel?
Préparez-vous à prononcer un ja allemand, un yes anglais, ou le mot hier en français, mais ne prononcez pas brusquement ces syllabes ; prolongez, avant d'articuler les voyelles a ou e, le bruit sourd (sans résonance des cordes vocales) qui annonce les mots ja, yes, hier : c'est ce bruit que figure j.
Quand j se trouve dans l'intérieur des mots, les étrangers l'articulent facilement ; mais souvent ils ne font pas entendre le / mouillé final dans des mots comme travail (travaj), soleil (solèj ou solèj), etc.
On pourrait représenter / mouillé, dans l'intérieur des mots, par ï ; cette transcription ne convient pas aussi bien à / mouillé final (la prononciation de œil est mieux figurée par œj que par œï), et j'ai préféré garder le même signe pour tous les / mouillés.
174. On mouille / précédé de / {il = j) dans les terminaisons, et // précédé de i {ill = j) partout, sauf au commencement des mots.
Cette règle générale comporte des exceptions et nécessite quelques remarques.
Les mots terminés par il précédé d'une consonne, se rangent en trois catégories.
Dans les uns, / est nul (| 167).
Dans les autres on ne mouille pas /; ainsi en est-il de:
Alfjuazil (algwazil), bill, bissextil (bisèkstil), Brésil, cil, civil, exil (ègzil), fd, incivil, mil (abréviation de mille), .V/7, profil, puéril, pistil, subtil, volatil, vil, viril.
175. La troisième catégorie comprend des mots sur la prononciation desquels règne encore quelque indécision. Bien des personnes mouillent / dans avril, babil, grésil, mil (la graine) et péril, mais cette prononciation perd du terrain, particulièrement en ce qui concerne avril, babil et péril, qu'il est mieux de prononcer aujourd'hui avril, babil, péril.
Les dènxcs babiller, grésiller (^rézi\é), périlleux, etc., ont / mouillé.
176- Dans un certain nombre de mots, et leurs dérivés, on ne mouille pas ///; voici les plus usités:
^ac///e (basil), capillaire (kapilô'l*), codicille (kodisil), distiller (distilé), maxillaire (maksilèT), mille (mil), osciller (osilé), pupille (pupil), pusillanime (puxilanim), titiller (titilé), tranquille (trâkil), vaciller (vasilé), vaudeville (vôdvil), ville (vil).
Dans le verbe scintiller, les uns mouillent //, les autres pas; Hatzfeld-Darmesteter indique / mouillé dans scintillement, mais non dans scintillation!
177. Les mots où /'// est suivi de i ont / mouillé; on prononce le substantif médaillier (médajé), comme le verbe médailler.
Mais on prononce I, non j, dans million, milliard et leurs dérivés, ainsi que dans les mots où / simple est suivi de / ; escalier, singulier, etc.
M. Léon Clédat, dans sa Grammaire raisonnée de la langue française, dit qu'on commence à prononcer miyon, et que le français perdra / suivi de / semi-voyelle, de môme qu'il a perdu / mouillé.
On arriverait donc à prononcer des mots tels que million, singulier, escalier, mijô, sîgujé, èskajé, au lieu de millô, sîgulié, èskalïé.
M. Clédat a peut-être raison. Ce qu'il y a de sûr, c'est que cette prononciation populaire n'a pas encore été acceptée par la société cultivée, comme le faisait remarquer F. Sarcey à l'un de ses correspondants :
Dans soulier, escalier, cavalier, 17 n'est pas et n'a jamais été mouillé, que je sache. Il y a, en effet, des g-ens qui disent sout/er, escai/er, cavai/er; mais ce n'est point du tout parce <|u'ils chantrcnl en ijod Yl mouillé, c'est qu'ils suppriment, par défaut d'oreille et par veulerie de prononciation, une lettre qui de sa nature n'a pas une accentuation forte. Il en est de 1'/ comme du v. C'est une lettre qui tend à disparaître de la prononciati ;n des personnes peu attentives. De même que les gens du |)euple disent Va é on n pour Vavez-vons m, ils disent souyer pour soulier et escayer pour escalier.
Mon correspondant send)le croire que celte horrible prononciation de souyer, escayer et cavaycr gagne du terrain et menace d'être adoptée par un certain nond)re de personnes de la bonne compagnie. Il se
trompe absolument. Je ne sais pas de prononciation qui disqualifie plus
un homme, qui le relègue plus nettement parmi les gens mal élevés, que
celle de souijer et tVescai/er ; et si je n'ajoute pas « que celle de cavaijer, »
■c'est qu'à vrai dire je n'ai jamais entendu qui que ce soit à Paris dire un
cavaijer. Cette affreuse prononciation m'est inconnue ; elle m'a été
révélée par mon correspondant.
{Le Temps, du 12 août 1895.)
178. Dans prunellier, Montpellier et les mots semblables, faites entendre / et è moyen (prunèlïé. non prunèjé ou prunelle).
Juillet se prononce gùijê ou jujè.
EXERCICES DE PRONONCIATION
ll = \. l ou II— l
railler z= ràjé rallier = ralïé
piller = pijé pilier =^ pillé
souiller = swjé .soulier = sulïé
rouiller = r\v|é roulier = rwilé
vermillon = vèrinijô million = miliô
groseillier = (jrùzèjé sellier = sèlie
cailler = kàjé escalier =: èskalié
Nota. — Dans plusieurs mots lï qui, avec la voyelle suivante, ne forme qu'une syllabe, devient en poésie li et prend une valeur syllabique propre. Ainsi rallier a deux syllabes dans la prose, trois dans la poésie.
Il marche d'un pas tranquille, en s'appuyant sur sa béquille, et entre dans la ville avec sa fille, qui achète une ang-uille et des aiguilles.
On raille à Montpellier ce chef, vrai pilier de café, qui ne sut pas rallier ses vaillants batailleurs aux souliei*s souillés de sang', occupés à piller les hôteliers.
il mardi dû pà trâkil-â sapuijâ sur sa békij é â'trë dâ ia vil-avèk sa fij ki achèt-un-âg-ij-é dêz-èguij
ô ràj-a môpèlïé se chef vrê pilïé de kafé ki ne su pâ ralïé se vajâ balajœr ô swlïé swjé de sa okupéz-a pijé lêzôtëlïé.
p, ph,
179. p final est nul et ne fait pas la liaison, sauf dans les mots cap (kap), cep (sèp), croup (krwp), Gap (gap), hanap (ansip), j'alap (jalap), ya/e/) (julèp).
180. Le p final nul de trop et beaucoup fait cependant la liaison. La liaison s'entend quelquefois après coup, mais non après tout à coup.
181. p est nul dans les mots suivants, ainsi que dans leurs dc'-rivés et composés :
Baptême (batê'm), compte (kô*t), dompter (doté), exempt (ègzâ; mais exemption ^= èAjzCiliSiô), prompt (prô), sept (sèt), sculpter (skulté).
182. p est nul dans corps (kor); dans la diction élevée, c'est s qui fait la liaison ; dans la diction familière, c'est r.
Ex. : le corps et l'âme = le korz-é là'lil ou le koi*-é là- m.
i83. p est nul aux trois personnes du sing-ulier de l'indicatif présent et à la deuxième personne du singulier de l'impératif des verbes rompre, interrompre et corrompre. Gomme pour l'adjectif/^rom/?^, c'est alors la consonne finale qui fait la liaison.
Ex. : romps avec lui = rÔZ-avèk lui; interrompt-il = îtèi"ôt-il ; prompts et vifs =: prôz-é-\if.
184. On est censé devoir prononcer le p dans symptôme (sîptô*m) et dans impromptu (îprôptu), mais beaucoup de personnes ne le prononcent pas.
i85. Le mot gypse doit se prononcer ^ips (et non g y). Le terme gypsier (jipsïé, et non gypier) très employé dans la Suisse française pour désig-ner un ouvrier en plAtre, est peu usité à Paris et ne fig-ure pas dans tous les dictionnaires.
ïSQ.ph = t. Ex. : phlébite=flébit; physiologie = flzrolo5l.
187. Cinq se prononce slk, sauf quand il détermine un nom commençant par uuo consoimo.
Ex. : En voilà cinq = à vwala SÎk ; cinq pommes =: SÎ poni ; cinq cents = SÎ Sâ-
Coq se prononce kok, sauf dans coq d'Inde (kôdîd).
i88. La prononciation classique du r est celle qu'indiquait jadis le professeur de philosophie à M. Jourdain {Le Bourgeois gentilhomme, II, 6). Cette consonne s'articule « en portant le bout de la lang-ue jusqu'au haut du palais, de sorte qu'étant frôlée par l'air qui sort avec force, elle (la langue) lui cède, et revient toujours au même endroit, faisant une manière de tremblement. » Prononcer la lettre r de cette façon, c'est ce qu'on appelle la rouler, la faire vibrer. Ce r dental est presque inconnu aux Parisiens; g-énéralement ils grasseyent, c'est-à-dire articulent r dans l'arrière bouche. Leur usasre n'a rien de désagréable, pourvu que ne s'v joigne pas un roulement qui, se produisant dans la gorge, n'a rien de la netteté, de la légèreté du tremblement signalé par Molière.
Si l'on peut parler très correctement, très agréablement même, sans faire vibrer r, il est impossible, en revanche, de dire vraiment bien les vers en grasseyant ou en escamotant cette consonne. Aussi doit-on regarder comme extrêmement fâcheuse la négligence actuelle de beaucoup d'acteurs qui, sous prétexte de réalisme, de naturel, ne se donnent plus la peine de vibrer en déclamant des vers. S'ils savaient combien, dans ces conditions, la poésie est moins sonore, moins expressive, moins pittoresque !
Pour en revenir au grasseyement, voici le moyen à l'aide duquel le grand tragédien Talma s'en corrigea : il prononçait l'upidement le, de, te, de pendant quelques minutes, puis, quand cette gymnastique avait bien assoupli la langue, adjoignait r à son exercice, et tâchait d'articuler cette consonne du bout de la langue, comme les deux autres.
Les manuels de prononciation indiquent divers exercices de ce genre ; il est d'autant plus superflu de les citer, que bien peu de lecteurs en font usage, et qu'on ne saurait les blâmer, puisque la vibration n'a d'utilité que dans certains cas. Constatons, du moins,
qu'un travail persévérant finit toujours par vaincre le grasseyement.
189. r final n'est muet que dans monsieur (mesïdî), messieurs (mèsïdî) et dans les terminaisons er, ers.
Ex. : entier = âtïé ; les premiers = le preillïé.
190. Les terminaisons er, ers se prononcent êr dans les mots suivants :
Amer, cancer, cher, devers, divers, enfer, envers, élliery fier (adjectif), yra/er, liier, hiver,
Magister (majistèr), mer, outremer, pater, pervers, placer (subst.), revers, revolver (revolver),
Stathouder (statwdèr), tiers, travers, univers, ver, vers (préposition et substantif).
Le mot cuiller s'écrit aussi, et se prononce comme s'il s'écrivait toujours cuillère (kiiijê'r). On a prononcé, le peuple prononce encore kflijé, kœjé, kœjêr, mais ces prononciations n'ont plus cours dans la société cultivée.
Henri IV ayant dit à Malherbe qu'il fallait prononcer cuillé et donner à ce mot le g-enre masculin, Malherbe répondit que, si puissant fût le roi, il n'obtiendrait jamais qu'on parlât ainsi en deçà de la Loire.
La liste ci-dessus fait abstraction de quelques mots peu usités et des noms propres tels que Jupiter, Luther, Thiers, etc.
191. r final muet ne fait la liaison que dans les cas suivants: I" Après l'adjectif suivi du nom qu'il qualifie; ainsi la liaison
a lieu dans \q premier homme (preniïér-om), mais non dans le premier est parti (preillïé ô).
2" Après les verbes de la 1'''= conjugaison, tout au moins dans la lecture à haute voix, le discours et la récitation des vers.
192. Dans l'écriture usuelle, s représente doux consonnes : la dentale sourde fs^ de sur, fosse, et la dciilah» soiimo f/^ d(> osery raser.
Pour arriver à bien prononcer z, il faut, serrant les dents et faisant vibrer les cordes vocales, pro<ltiiro un bruit sonore qui
s'accompagne dune sorte de sifflement, et n'articuler la consonne qu'au bout de quelques secondes, sans desserrer les dents.
igS. s = s : 1° Au commencement des mots.
2" Quand s est redoublé (ss).
3° Dans le corps des mots, après ou avant une consonne ;
4° Dans les mots composés d'un préfixe et d'un mot français commençant par s sourd.
Ex. : soleil = solèj ; passer = pâsé ; feston = fèstô ; tsar = tsar ; lorsque = lorsk ; semblable = sâblabl ; vraisemblable = vrèsâblabl ; préséance = préséâ's.
i()4- Alsace se prononce alzas.
iQÔ. Plusieurs prononcent z dans des mots tels que disgrâce (disgrà's ou dizgrîi's), subsister {subsisté ou subzisté),
etc.
196. Des verbes tels que réserver, préserver, résider, présider, résigner, résilier, résister, résonner, résoudre, résulter, résumer, présumer nous venant du latin, ne peuvent être considérés comme formés d'un préfixe et d'un mot français ; la règle ne s'v applique donc pas. Mais si l'on prenait un des verbes simples comme sonner, signer et qu'on y ajoutât le préfixe re indiquant la répétition de l'acte, alors on ferait usag-e de la règle (resilljé> resoné et non pas rezigné, rezoné).
ig-j. s = Z entre deux voyelles et devant li.
Ex. : amuser = aimizé ; déshonnête = dézonè't; résister = rézisté.
198. On fait exception à cette règle pour bien des noms propres, et pour certains substantifs tels que désuétude (désùétud), dysenterie (disâtéri*), vésicatoire (qu'on prononce aussi, cependant, vézikaUVar).
La prononciation à' abasourdir n'est pas fixée (abaswrdir ou abazwrdir).
199. Quelques-uns font entendre S et non z dans certaines formes du verbe gésir ; cette prononciation, conforme k l'ancien français, où l'on écrivait souvent il gissait au lieu de gisait, gissant au lieu de gisant, est plutôt rare.