‹ Traité de prononciation française et exercices de dictionChapitre 31 sur 114 · QUATORZIÈME PROVINCIALE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME PROVINCIALE

Fragment de la célèbre lettre dans laquelle Pascal reproche aux jésuites d'accorder trop facilement à l'homme le droit de tuer son prochain.

Il est donc certain, mes pères, que Dieu seul a le droit d'ôter la vie, et que, néanmoins, ayant établi des lois pour faire mourir les criminels, il a rendu les rois ou les républiques dépositaires de ce pouvoir. Et c'est ce que saint Paul nous apprend, lorsque, parlant du droit que les souverains ont de faire mourir les hommes, il le fait descendre du ciel en disant que « ce n'est pas en vain qu'ils portent l'épée, parce qu'ils sont ministres de Dieu pour exécuter ses vengeances contre les coupables. »

Mais comme c'est Dieu qui leur a donné ce droit, il les oblige à l'exercer ainsi qu'il le ferait lui-même, c'est-à-dire avec justice, selon cette parole de saint Paul au même lieu : « Les princes ne sont pas établis pour se rendre terribles aux bons, mais aux méchants. Qui veut n'avoir point sujet de redouter leur puissance n'a qu'à bien faire, car ils sont ministres de Dieu pour le bien. » Et cette restriction rabaisse si peu leur puissance, qu'elle la relève au contraire beaucoup davantage, parce que c'est la rendre semblable à celle de Dieu, qui est impuissant pour faire le mal et tout-puissant pour faire le bien ; et que c'est la distinguer de celle des démons, qui sont impuissants pour le bien, et n'ont de puissance que pour le mal. Il y a seulement cette différence entre Dieu et les souverains, que. Dieu étant la justice et la sagesse même, il peut faire mourir sur-le-champ qui il lui plaît, quand il lui plaît, et en la manière qu'il lui plaît ; car, outre qu'il est le maître souverain de la vie des hommes, il est sans doute qu'il ne la leur ôte

(le la sort \ parskil sô lèlmâ ministre de duv / kil sôl-om |

néâmwî \ é nô pâ dïœ \\ le movêzëz-îprèsïô | le pwrè sur-

prà'dr \ le fô swpsô | le pwrêt-ègrir / la pâsïô | lô purèl-

âporté \\ é se se ki léz-a âga:,éz-œmêm-a dèsâdrë dâ le

mvv ajîz-umî / é a établir | dâlœrz -éla | de jWj / ôkèl-ilz-ô

komuniké se pwvwar \ afî ke sèt-ôtorité | ke dïœ lœr-a

doné* / ne swat-âplwajé* ke pwr la fî p^^T lakèl-il lô re-

sir \\

kôsëvé dô I mè pê'r | ke pwr-ètr-ègzâ domisid / il fot-

a^ir I twt-âsâbl | é par lôtorité de dïœ / é selô la ^ustis

de dïœ \ é ke | si se dœ kôdisïô ne sô jwî'l / ô pèch |

swat-â tuât-avèk son-ôtorilé | mê sa j,ustis/ swat-â tuàl-

avèk j^ustis / mê sa son-ôtorité \\

paskal

le korbo é le renar

mêtrë korbô | sur-ûn-arbrë | perché /

tenèt-â sô bèk-fi froma'j \\

mêtrë renar | par lodœr-aléché /

lui tît-a pœ prê se lâga'j \\

hé I bôjwr / mesïœ du korbô \\

ke vwz-êtë ^oli \\ ke v\v me sablé bô \\

sa mâtir | si votre rama'5 | se raport-a votre pluma*g / vwz-êtë le féniks dêz-ôtë de se bwà \\ a se mô / le korbô | ne se sa pà de ^â* \ é I pwr môtré sa bèlë vwâ / il-wvr-û larjjë bèk / lèse tôbé sa prwâ* \\ le renar | sa sèzit-é di \ mô bô mesïdî \ aprené / ke tw flald'r vit-ô dépâ de selui ki lékwt \\ sèlë lesô I v(^ bïîn-û froma'j / sa dwt \\ le korbô | ôld;z-é kôfu / :,ura I mêz-û \nh lar / ko ne II piruirr plu \\

la fôtôn

jamais ni sans cause, ni sans connaissance, puisqu'il est aussi incapable d'injustice que d'erreur. Mais les princes ne peuvent pas agir de la sorte, parce qu'ils sont tellement ministres de Dieu qu'ils sont hommes néanmoins, et non pas dieux. Les mauvaises impressions les pourraient surprendre, les faux soupçons les pourraient aigrir, la passion les pourrait emporter ; et c'est ce qui les a engagés eux-mêmes à descendre dans les moyens humains et à établir dans leurs états des juges auxquels ils ont communiqué ce pouvoir afin que cette autorité que Dieu leur a donnée ne soit employée que pour la fin pour laquelle ils l'ont reçue.

Concevez donc, mes pères, que pour être exempt d'homicide, il faut agir tout ensemble et par l'autorité de Dieu et selon la justice de Dieu ; et que, si ces deux conditions ne sont jointes, on pèche, soit en tuant avec son autorité, mais sans justice; soit en tuant avec justice, mais sans son autorité.

Pascal.

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