‹ Traité de prononciation française et exercices de dictionChapitre 73 sur 114 · LA CHASSE DE L'AIGLE · texte numérisé non relu

LA CHASSE DE L'AIGLE

L'aig"le noir aux yeux d'or, prince du ciel mong-ol. Ouvre, dès le premier rayon de l'aube claire, Ses ailes comme un larg-e et sombre parasol.

Un instant immobile, il plane, épie et flaire. Là-bas, au flanc du roc crevassé, ses aig'lons Erig-ent, affamés, leurs cous au bord de l'aire.

Par la steppe * sans fin, coteau, plaine et vallons. L'œil luisant à travers l'épais crin qui l'obstrue. Pâturent, çà et là, des hardes d'étalons.

L'un d'eux, parfois, hennit vers l'aube ; l'autre rue ; Ou quelque autre, tordant la queue, allèg-rement. Pris de vertige, court dans l'herbe jaune et drue.

La lumière, en un frais et vif pétillement, Croît, s'élance par jet, s'échappe par fusée. Et l'orbe du soleil émerg-e au firmament.

A l'horizon subtil où bleuit la rosée.

Morne dans l'air brillant, l'aig-le darde, anxieux,

Sa prunelle infaillible et de faim aiguisée.

Mais il n'aperçoit rien qui vole par les cieux, Rien qui surgisse au loin dans la steppe aurorale, Cerf ni daim, ni gazelle aux bt)nds capricieux.

Il fait claquer son bec avec un âpre râle ;

D'un coup d'aile irrité, pour mieux voir de plus haut,

Il s'enlève, descend et remonte en spirale.

• steppe est du masculin, mnis nomlux* d'écrivains le foni du it inuim.

L'heure passe, l'air brûle. Il a faim. A défaut De g-azelle ou de daim, sa proie accoutumée, C'est de la chair, vivante ou morte, qu'il lui faut.

Or, dans sa robe blanche et rase, une fumée Autour de ses naseaux roses et palpitants, Un étalon conduit la hennissante armée.

Quand il jette un appel vers les cieux éclatants, La harde, qui tressaille à sa voix fière et brève. Accourt, l'oreille droite et les long« crins flottants.

L'aig-le tombe sur lui comme un sinistre rêve.

S'attache au col troué par ses ong-les de fer

Et plong-e son bec courbe au fond des yeux qu'il crève.

Cabré, de ses deux pieds convulsifs battant l'air. Et comme empanaché de la bête vorace.

L'étalon fuit dans l'ombre ardente de l'enfer.

Le ventre contre l'herbe, il fuit, et, sur sa trace. Ruisselle de l'orbite excave un flux sanglant ; Il fuit, et son bourreau le mang-e et le harasse.

L'ag"onie en sueur fait haleter son flanc ; Il renâcle, et secoue, enivré de démence. Cette g-rande aile ouverte et ce bec aveug-lant.

Il franchit, furieux, la solitude immense, S'arrête brusquement, sur ses jarrets ployé, S'abat et se relève et toujours recommence.

Puis, rompu de l'effort en vain multiplié.

L'écume aux dents, tirant sa lang-ue blême et rêche.

Par la steppe natale il tombe foudroyé.

Là, ses os blanchiront au soleil qui les sèche ; Et le sombre chasseur des plaines, l'aig-le noir. Retourne au nid avec un lambeau de chair fraîche.

Ses petits affamés seront repus ce soir.

Leconte de Lisle.

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