CONNAISSANCES D'EAUX
Dans un remuement de chaises traînées Chacun s'est levé, l'estomac content ; Et par le salon aux teintes fanées Avant de sortir, on passe un instant.
On ne se connaît que d'hier à peine :
Mais qu'importe?... Aux eaux le temps ne fait rien.
L'ennui vous rapproche, et rive une chaîne
Qui dure fort peu, mais qui tient fort bien.
On parle tout haut, on crie, on s'appelle....
On se prend la main, on se dit bonjour....
« Gomment donc, mon cher ! — Oui, ma toute belle! »
C'est de l'amitié, presque de l'amour.
On fait maint projet de folles parties En breaks, en landaus, à pied, à cheval.... Compliments sucrés,... douceurs assorties.... Tout est beau, charmant C'est un vrai rég-al.
Entre g-ens d'esprit et « du même monde » — Car cela se voit dès le premier mot — Pourquoi s'éviter ? Entrons dans la ronde ! S'ennujer tout seul serait par trop sot !
Et l'on se recherche, on cause, on se livre.... Dans le parc, aux jours les plus étouffants.
On se prête ombrelle, éventail ou livre
Puis on laisse entre eux jouer les enfants.
Et plus tard, après la dernière douche, Quand vient le départ, ce sont mille cris, Mille beaux serments remplissant la bouche : « A Paris, alors?... — Sans doute, à Paris ! »
L'hiver a passé sans qu'on se revoie ;
Le printemps venu, dans le monde, un soir.
Cri d'étonnement plutôt que de joie :
« Vous ! c'est vous ! Ah ! quel plaisir de vous voir ! »
Trois ou quatre mots, et puis on se quitte.... Et si quelque ami demande tout bas
Quelle est la « personne, » on répond bien vite : « Connaissance d'eaux Je ne connais pas ! »
Jacques Normand.