SES
des rieurs n’est pas sans influence — - bien au contraire — sur
l'intensité de notre rire.
« I semble, dit BERGSON, que le rire ait Denon d’un be
anian le bien ; ce n’est pas un son articulé, net, terminé;
c’est quelque chose qui voudrait se prolonger en 8e répercutant de proche en proche, quelque chose qui commence par
un éclat pour se continuer par des roulements, ainsi ape le
tonnerre dans la montagne. » (16).
Mais cette imitation du rire, cette contagion ne se se pas au hasard, en vertu d’un pur automatisme, en s’irradiant dans toutes les directions d’un milieu humain, quel qu’il soit; nous avons dit ailleurs (Traïté, IT, L’Interpsychologie) combien on avait exagéré l'influence de l’imitation automatique dans la propagation d’une émotion ; nous l’avons même dit à propos du rire. En fait, comme l’a écrit encore BERGSON, « la répercussion du rire ne va pas à l’infini ; elle peut cheminer à l’intérieur d’un cercle aussi large qu’on voudra ; le cercle n’en reste pas moins fermé. »
Et ce qui fait la participation des rieurs au même rire, c’est leur participation au même état moral, aux mêmes idées, aux mêmes opinions, aux mêmes préjugés, aux mêmes potins, de telle sorte qu’il y à autant de rires qu’il y a de groupes et de sous-groupes humains.
Le rire du comique est donc, au premier chef, un rire social et suppose toujours, quand il est intense, la présence d’autres rieurs. Au contraire, nous rions peu dans la solitude, quelle que soit la lecture que nous fassions ou les souvenirs qui nous reviennent, ou du moins nous nous bornons le plus souvent à sourire comme s’il était inutile de rire tout haut. Bien mieux, l’homme qui rit tout seul nous paraît aussi étrange que l’homme qui parle seul, et cependant ce rire solitaire s’explique, celui qui rit tout seul comme celui qui parle seul ou qui pleure dans la solitude jouant le plus souvent, par la pensée, un rôle dans une scène à plusieurs personnages qui laisse à son rire ou à ses paroles une signification sociale.
Sous cette forme sociale, le rire n’est pas seulement un langage ; c’est une réaction de défense, c’est, comme le veut
BERGSON, le châtiment imposé par la société à quiconque commet Contre l'adaptation sociale une de ces fautes lévères que constituent les réactions automatiques se manifestant hors de propos.
! « Ce que Ia vie et la société exigent de chacun de nous, dit-il (18), c’est une attention constamment en éveil, qui discerne les contours de la structure présente, c’est aussi une élasticité du corps et de l'esprit qui nous mette à même de nous y adapter. Tension et élasticité, voilà deux formes complémentaires l’une de l’autre que la vie met en jeu. » Une fois écartées les grandes inadaptations physiologiques, intellectuelles, morales qui intéressent le sérieux de lPexistence, la société peut vivre. « Mais elle demande autre chose encore ; il ne lui suffit pas de vivre, elle tient à vivre bien. Ce qu’elle à maintenant à redouter, c’est que chacun de nous, satisfait de donner son attention à ce qui concerne l'essentiel de la vie, se laisse aller, pour tout le reste, à l’automatisme des habitudes contractées. Ce qu’elle doit craindre aussi, C’est que les membres dont elle se compose, au lieu de viser à un équilibre | de plus en plus délicat de volontés qui s’inséreront de plus en plus exactement les unes dans les autres, se contentent de respecter les conditions fondamentales de cet équilibre. Toute raideur du caractère, de l'esprit et du corps sera donc suspecte à la société parce qu’elle est le signe possible d’une activité qui s’endort et aussi d’une activité qui s’isole. » Le rire châtie ainsi la raideur, l’inconscience, l’automatisme marques d’insociabilité.
Le rire de la joie se préterait à des considérations très analogues; comme le rire du comique, il se renforce du fait qu'il est collectif, et comme le rire du comique, il devient une sorte de langage qui témoigne, sinon de notre subtilité d'esprit, du moins de nos bonnes dispositions à l’égard de nos interlocuteurs, et qui, suivant les circonstances, tient lieu de souhaits de bienvenue ou de remerciements.
Maïs, pour que le rire du comique et le rire de la joie devinssent une sorte de langage, il a fallu que ces deux rires tombassent, au moins partiellement, sous l'influence de la
714 LES ASSOCIATIONS SENSITIVO-MOTBICES Hit volonté, et il n’est pas douteux que l’utilisation du rire comme langage à été gênée par le caractère réflexe de l'expression. Chez le commun des hommes, la volonté est tout à fait impuissante à reproduire directement le rire, et nous ne pou-. yons guère le gouverner que de deux facons : 1° en refrénant ou en ne refrénaut pas, par inhibition corticale, le déclenchement moteur dont les couches optiques sont le point de départ ; 2° en nous prêtant ou en ne nous prêtant pas au sentiment qui produit le rire.
T1 convient d’ajouter que, dans le rire prolongé, les couches optiques tendent à s'affranchir complètement de l’action inhibitrice de l'écorce et que les rafales de rire finissent par se produire sans raison OU pour l'excitation la plus légère.
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