L'ÉCRITURE ET LA LECTURE
. La civilisation a compliqué le langage par un systèmesurajouté de signes matériels destinés à être vus. Ici encore c’est par une imitation, mais beaucoup moins spontanée, que l’enfant apprend à lire et à écrire, en partant du langage parlé et entendu. En effet, les nouveaux signes, muets, doivent évoquer les signes sonores. On dresse l’enfant à épeler en même temps qu’il trace les caractères ; de même on le fait répéter à haute voix les syllabes ou les mots en lui montrant l’écriture. Chez beaucoup de gens, le mécanisme de l'écriture, c’est-à-dire le système compliqué de mouvements aboutissant à tracer les caractères, reste toute la vie soumis à Pépellation motrice à voix haute, à voix basse ou mentale.
L'écriture peut-elle finalement devenir aussi automatique que la parole et avoir un centre différencié comme siège ? C’est une question encore discutée. S'il y avait un centre spécial de lécriture, sa lésion isolée entraînerait l’agraphie. VAN
GEHUCHTEN (417) admet que cela peut parfois se produire et il cite un cas personnel d’agraphie pure. T’agraphie est une apraxie, dont le centresiégerait dans le pos dela deuxième frontale gauche. k
Dans l’immense majorité des cas, l’agraphie est une conséquence de l’aphasie motrice. C’est peut-être que le voisi- 4 - nage des centres de la parole et de l'écriture entraîne facile- # ment leur lésion simultanée. En tout cas, la subordination habituelle de l'écriture à l’épellation plus ou moins mentale \ explique la chose physiologiquement. Comme l’épellation est souvent sous la dépendance du centre auditif verbal, « lagraphie peut être aussi la conséquence de la surdité verbale. Enfin, comme la lecture à été acquise avec l'écriture,
plus ou moins complète de la lecture, entraîne l’'agraphie. Cels doit avoir lieu surtout chez ceux qui copient l’image visuelle du mot en écrivant. PU
‘ La lecture peut devenir aussi automatique que l'audition verbale. Ce que nous avons dit du mécanisme compliqué de: celle-ci peut S’appliquer mutatis mutandis à celle-là. Chez les. gens peu habituéson peut voir des mouvements d’articulation de la parole accompagner la lecture, mais chez. les gens entraînés l’articulation ou l’audition se fait mentalement, et même ces intermédiaires finissent par disparaître complètement de la conscience, pour ne laisser subsister, dans les cas. extrêmes, que la compréhension, réduite souvent, elle aussi, au minimum. Pourtant tous ceux qui corrigent des épreuves savent Combien il est nécessaire d’oublier le sens pour ne faire attention qu’à l’écriture elle-même. Inversement, dans la cécité verbale, on peut rencontrer des cas où l’aphasique sensoriel convalescent peut être capable de lire à haute voix sans comprendre un seul mot de ce qu'il lit. « Le cerveau tendu tout entier vers l'acte de la lecture, dit Mou-
TIER (212), ne peut en même temps déchiffrer le mot et le.
comprendre. »
L'élève de Pierre Marie interprète ce fait commeun trouble de l'intelligence qui, diminuée, est incapable de partager entre deux actions simultanées une activité insuffisante. Nous croyons que cette insuffisance est relative. Elle suffirait en. temps normal, alors que le déchiffrage et lépellation des mots Se font automatiquement. Elle ne suffit plus quand la destruction de cet automatisme contraint l’attention à S’absorber dans des opérations dont elle était autrefois
déchargée.
Cet automatisme verbal a son siège dans le pli courbe del'hémisphère gauche. C’est une partie du mécanisme de la. « gnosie » verbale visuelle. La lecture et Pécriture forment. le complément de la technique du langage.
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‘est naturellement bien plus complexe et plus variable encore