Cf. Traité, L, 459 et
La plupart des difficultés que présente l’étude des émotions proviennent de malentendus dans le langage. En 1909, la Société de N eurologie et la Société de Psychiatrie de Paris, avant d'entreprendre dans leur réunion annuelle une diseus-
sion sur les troubles pathologiques déterminés par l'émotion, ont bien voulu nous demander de leur présenter un rapport sur la définition et la conception psychologique des émotions. Ce sont les conclusions de ce rapport que nous résumons ici en quelques lignes.
MAIL EAUE, à notre avis, éviter d'appliquer le mot émotion à aux actes simples qui résultent de l'activation régulière d’une
ancienne tendance. Un animal carnassier voit devant lui
: une proie, i se jette sur elle, la tue violemment et la dévore : il
i ne faut pas dire qu’il a présenté une émotion violente de colère,
maïs simplement qu’il a réalisé correctement une ancienne
D tendance à l'attaque violente ; un lièvre à entendu du bruit | et il à fui à toutes jambes, cela n'implique pas nécessaireà . ment l'émotion de la peur : il a répondu suivant ses tendances
à une réception particulière par la réaction bien organisée de la fuite ; une mère soigne son enfant avec tendresse, elle n’a pas Rent une émotion affective : elle à simplement des tendances maternelles qui s’activent correctement.
… Nous proposons de réserver le mot émotion à un cas tout
particulier. Un individu se trouve placé dans une situation à
laquelle il est déjà au moins en partie assez bien adapté par ses tendances antérieures, ainsi que nous l'avons constaté par ses réactions précédentes à des circonstances analogues. Cette
fois la situation est survenue rapidement, et elle présente certaines circonstances nouvelles auxquelles les tendances
antérieures devraient $ ’adapter par les modifications qui surviennent quand elles sont portées au plus haut decré
d'activation, Mais l'individu semble être actuellement inca-
a able de les porter à ce degré, il n’arrive même pas à activer
correctement les tendances qui auraient été en partie suffi-
SE
l'activation de ces tendances il présente des réactions irréno désordonnées et des troubles de toutes les fonctions. Cest à cet ensemble de troubles se présentant dans ces cir-
LA TENSION PRYCHOLOGIQUE + Er $Es OSCELLATIONS 945
santes telles qu’elles étaient antérieurement. A 1a place de
Le Constances que nous croyons juste de réserver er le io tion. | or Les désbräres que l’on observe à ce s MON sont dort | à eux. On peut les ranger en trois groupes principaux
1° Des modifications générales de sentiments, exprin par l'attitude et le langage, donnent naissance aux sént ments de peur, de colère, de chagrin, de honte, d’indigna n, ñ de ACPOUTASPRIENE de souffrance morale, de désespoir, etc.
Quand ces agitations portent sur leur tendances tout à fait iniérieu es, elles déterminent des troubles viscéraux, des mouvements respiratoires divers, des mouvements des organes | digestifs, des modifications cardiaques, vasculaires ou sécré Ni toires. Quand elles portent sur les tendances d’ordre moyen, on observe des reproductions complètes ou incomplètes d'actes anciens, les expressions de la physionomie de Darwi et de Pideri!, les actes ancestraux de Stanley Hall, de Dewey, de frons, les répétitions d’actes habituels, les tics de toute espèce. Quand agitation porte sur les tendances plus élevées, d'ordre intellectuel, on observe toutes les agitations | langage systématiques ou générales, bavardages, cris, in} jures, jurons, blasphèmes, puis toutes les agitations de la pensée intérieure, exagération des idées relatives à l'événement émotionnant, apparition d’une multitude d'idées étrangères et inutiles qui envahissent la conscience. C’est à ce groupe de faits que nous avons eu l’occasion de rattacher la prétend e. hypermnésie des individus en danger de mort. w. 3° En même temps se montrent des insu et des défaillances de toutes ces mêmes tendances : insuf fisances vi cérales, insuffisances motrices, maladresses de toutes espèc et surtout insuffisances des fonctions supérieures, des fonctions du langage et de l’intelligencequi sont comme décapitées. pa Comme nous avons sans cesse essayé de le montrer, les individus émotionnés ne sont pas eux-mêmes, ils sont an- dess u d'eux-mêmes ; il y a une diminution évidente du langage, gên de la parole, bégaiement, patois, vulearités, mutismes. nil ya abaissement de l'intelligence, rétrécissement du champ de la conscience, suggestibilité, diminution de l'attention. doutes,
confusions du réel et de l'imaginaire, et divers degrés de confusion mentale. Enfin persiste toujours l’impuissance fondamentale à s'adapter à la situation présente, à activer complètement en la modifiant légèrement la tendance qui est évoquée par la circonstance initiale.
Bien des théories ont été proposées pour expliquer ou plutôt pour synthétiser tous ses phénomènes. Chacune de ces théories choisit l’un des symptômes précédents de l’état émotion-
nel, le considère comme essentiel et primitif et en fait déri-
ver tous les autres. ;
Les ‘théories sentimentales. (Dugald-Stewart, Bain, Garnier) se préoccupent des sentiments qui constituent le premier groupe : elles les analysent, les font dériver les uns des autres et surtout cherchent à les faire sortir du phénomène de la souffrance morale considéré comme primitif. Les phénomènes des autres groupes sont ou méconnus ou considérés comme des expressions de ceux-ci. Les théories intellectuelles! (Herbart, Waïtz, Nahlowski) considèrent comme essentiels les phénomènes intellectuels et surtout les agitations intellectuelles systématiques. Les idées du sujet, les jugements à propos de l'événement, les représentations mentales de cet événement jouent le rôle principal. Les autres phénomènes sont méconnus ou considérés comme des conséquences logiques et des suggestions. Les théories viscérales, que l’on a souvent le tort de considérer comme modernes, sont fort anciennes : elles étaient parfaitement exposées par Malebran-
che. Ici le groupe des phénomènes viscéraux et surtout des agi-
tations viscérales est considéré comme essentiel, les autres phénomènes sont des interprétations de ceux-ci : « Sorry because we cry ». On peut donner le nom de fhéorie instinctive à l'interprétation qui s’est développée récemment en Amérique (Stanlay Hall, Dewey, Irons). Les phénomènes pris comme point de départ sont les phénomènes d’agitation motrice systématisée. Ces auteurs ont montré dans la colère, dans la peur, dans la pitié, d'innombrables résurrections d'actes anciens autrefois exécutés utilement par nos ancêtres
4, N. Traité, 1, 671,
ou par les animaux. Ils croient que l'essentiel b
matismes anciens dont parlent les auteurs américains, ma
Pérmes: FORMES GÉNÉRALES D'0.
consiste dans la résurrection de cet automatisme les autres phénomènes s’y rattachent par association les éléments d’un complexus psychologique. La dise de ces diverses théories à été souvent faite et il n’est difficile de voir qu'elles néglisent toutes des faits es tiels. | ca
de l'émotion aux diverses études que nous avons publiées depuis vingtans sur un grand nombre d’observations précises de ce: phénomènes. Le symptôme pris comme point de départ est avant tout Pinsujfisance systématique de l'action pour réa à la circonstance provocatrice. On retrouve cette suppressior ou cette dégraation de l’action au point de départ de toute émotion, quand on analyse bien les faits qui se sont produits. Cette insuffisance dépend de bien descauses variées, nouveauté trop grande de la situation, rapidité trop grande des événements, faiblesse et dépression antérieure du sujet, mobilisation et dépense excessive des forces en raison de l'éveil d’une tendance trop primitive et mal adaptée, ete.; elle
est toujours un faux pas de l'esprit, un arrêt de l’évolution,
mine une dérivation : l’activité qui n’est pas employée pour ce phénomène supérieur défaillant se répand et se dépense en phénomènes inférieurs. C’est alors. qw’apparaissent les auto-
ces phénomènes ne sont déjà que des dérivations secondaires. Comme la circonstance provocatrice pose toujours à l’esprit un problème qui n’est pas résolu et excite à l'effort, à la dépense d'activité, les choses se répètent de la même manière: excitation excessive à l’action, réaction insuffisante, et dérivation vers des phénomènes inférieurs. Mais ces répétitions # intervenir extrêmement vite un nouveau facteur, c’est épuisement. On ne saurait assez répéter qu’il y à une identité presque complète entre les phénomènes de la fatigue et ceux de l'émotion, entre les maladies déterminées par la fatigue et les maladies déterminées par l'émotion. Or la fatigue à un 4 caractère essentiel, c’est qu’elle détermine un abaissement du
RM ‘514
TPS
niveau mental avec disparition des phénomènes supérieurs d'adaptation au présent et exagération des opérations infé-
, Tieures par dérivation, c’est-à-dire qu’elle va précisément
accroître les symptômes précédents. Ce processus une fois commencé fait boule de neige et détermine des troubles de plus en plus grands. Ces troubles de toutes les fonctions sont très irréguliers et très difficiles à prévoir d’une manière précise : l'émotion n’en reste pas moins dans s0n ensemble une dépression de la tension psychologique accompagnée de dérivation déterminée par l'insuffisance de l'adaptation et par les efforts impuissants pour y remédier.
Nous ne pouvons insister ici sur les autres études que réclameraitla théorie de l'émotion, sur le problèmede sa localisation dans & temps avec ou sans période de latence, sur celui de sa localisation sur telle ou telle tendance qui lui donne des apparences particulières, comme celle de la timidité, de la peur, de la colère, sur l’évolution des émotions et sur la disposition à l’émotivité. Celle-ci dépend d’une faiblesse de plus en plus grande de la tension psychologique, d’une dépression croissante qui amène des insuffisances et des dérivations à propos de tout. Dans l’émotivité, la dépression est devenue constante au lieu d’être accidentelle.
Il est plus important de rappeler que certains états psychologiques ressemblent par certains côtés aux oscillations émotionnelles, mais présentent des caractères inverses : on à pu les appeler des émotions excitantes, Elles présentent en effet ces Caractères que nous avons attribué à l'excitation : Padaptation à la situation et le calme. Mais cette transformation ne semble pas produite par le réveil du sommeil ou par le repos, elle semble rapide et en rapport avec une certaine manière de se conduire vis-à-vis des circonstances. L'action complète, réussie, fait remonter la tension générale de lesprit par une sorte d’induction psychologique qui ressemble à la dérivation avec quelques caractères nouveaux. La nécessité, le besoin urgent ont réveillé des instincts profonds qui onÿ Secouru la tendance défaillante, et l'acte réclamé par la situation à pu être fait. C’est ainsi que les grands dangers sont souvent excitants, tandis que les petites difficultés de la vie
950 LES FORMES GÉNÉRALES D'ORGANISATION sont déprimantes. C’est le succès de l’acte, quelle qu’ en + ia raison, qui relève tout l'esprit,
Eufin, pour terminer cette revue sommaire de quelques-uns des états psychologiques où se manifestent des oscillations . de la tension, il faut indiquer ici la place d’un grand nombre de maladies mentales. À côté des maladies dites organiques, dans lesquelles des tendances entières sont détruites dans leurs conditions matérielles, il y à des maladies fonctionnelles, où les tendances subsistent sans altérations profondes, mais où la tension qui permet de les utiliser subit des modifications graves. Dans les accès épileptiques et dans les crises de psycholepsie, sur lesquelles nous avons insisté, il y à une dépression profonde et rapide mais suivie d’un relèvement plus ou moins coraplet et également rapide. Dans+l’hystérie, dans la psychasténie (v. Traüté, IT, La Pathologie mnentale), ces dépressions, ordinairement moins profondes, souvent systématisées de préférence à certains groupes de tendances, commencent plus graduellement, mais se prolongent bien davantage; le relèvement est lent et difficile, ce qui distingue ces états des fatigues et des émotions considérées d'ordinaire comme normales. La dépression peut être bien plus profonde dans le délire psychasténique où les tendances intellectuelles à la réflexion, à la croyance après réflexion sont plus fortement atteintes. Il ne nous semble pas absurde d'admettre l'existence d’une démence psychasténique dans laquelle les tendances subsistent encore, mais ne peuvent presque plus jamais être utilisées à cause d’une dépression encore plus profonde. On reconnaîtra plus tard des faits de ce genre quand on pourra débrouiller l’ensemble de faits que nous groupons provisGirement sous le nom de démence précoce,
Les mélancolies sont sur bien des points analogues aux
délires psychasténiques ; elles présentent en outre quelquefois un fait bien intéressant, c'est qu'elles sont spontanément péricdiques et peuvent fournir un des plus beaux exemples des oscillations pathologiques de l’esprit. Sans doute, il ne faut pas trop vite assimiler la période d’agitation de la folie circulaire aux périodes d’excitation dont nous avons étudié les earactères. < Ces excitations étaient an retour à l’état normal et
Pagitation du circulaire est loin d’être un état normal, Maïs en dehors de ces agitations, il y à dans ces états périodiques des phases d'activité Dormule pendant lesquelles il ne serait. pas difficile de montrer la restauration momentanée de la volonté et de l'attention. Sans entrer dans ces détails, les exemples précédents suffisent pour montrer combien, dans les maladies de l'esprit, on doit tenir compte de. ce fait singulier que lesprit est susceptible d’osciller, de monter et de descendre, quoique l’abaissement et l’élévation ne prennent pas toujours la même forme.
Ce résumé rapide montre le grand nombre de faits normaux eb pathologiques que l’on peut réunir sous la conception de la tension psychologique et de ses oscillations. Cette notion est un complément nécessaire de la théorie des tendances, elle permet d'appliquer avec plus de précision cette théorie à l'interprétation de la conduite de l’homme sain et du malade.
Cette notion permet aussi de mieux comprendre l’évolution et l’organisation des fonctions psychologiques. Les opérations qui subsistent dans la dépression sont des opérations anciennement acquises. Mais il faut une tension élevée pour arriver à l’action présente, à l’action nouvelle exactement adaptée à la situation présente dans ce qu’elle à d'original, N ous voyons Sous nos yeux le travail de l’évolution qui se manifeste par un fait caractéristique.
. Enfin cette notion permet de présenter les faits psychologiques d’une façon plus claire, plus analogue à celle qui est adoptée dans toutes les sciences. En nous permettant de considérer la pensée intérieure comme un degré de l’action et la conscience comme une réaction-particulière, elle ramène tous les faits psychologiques à des actions que l’on peut observer du dehors et que l’on peut décrire avec des termes empruntés à l'observation externe; elle peut contribuer à faire rentrer la psychologie dans le cadro des autres sciences de la nature, Aïnsi, nous l’espérons, sera-t-elle capable de rendre des services à la psychologie et à la psychiatrie.
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Liste des PDO ratours Traité." Qu ORNE RS AE IR 1 DD UE | LR. nie \
I FT Remarques historiques. ÉPuele Me telle) "+ ere sl le "elleiel telle 1 1 Domaine de la psychologie... . . . . 2e 6 O0 à 1° Psychologie de réaction, 6. — 2 Psychologie de conscience
et de sympathie, 8. — 3° Psychologie réflexive et critique, 10.
— 4° Psychologie ontologique, 42.
HI. — La méthodé d'introspection . . . . . AUS Ve AVR ES A 4° La notation des faits, 44. — 2% L'intuition, 49. IV. — L'inérospection expérimentale . . . . . . .. Ne EN SA V. — La méthode physiologique et le parallélisme . RU SAR 28 VI. — Les méthodes comparatives . . + AS ES ANA PE LE AR 26
1° Méthode pathologique et psychoanalyse, 26. — % Méthode génétique et méthode sociologique, 31. — 3° La psychologie des animaux, 40.
VIL. — Méthodes de laboratoire. La mesure en Psychologie. . . . 492
4° Méthode des plus petites différences perceptibles, 44. — 2° Méthode des gradations moyennes, 44. — 3° Méthode des cas vrais et faux, 44. — 4° Méthode des erreurs moyennes, 45. Utilisation de la mesure en psychologie, 46.
VIIL. — Le langage psychologique .,. . . .…. . ... . .. . . % 580 OS OR AN RM ANEUNR ad AO AA
st TABLE DES MATIÈRES