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SENSATIONS EXTERNES ET SENSATIONS INTERNES

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Les sensations en général. — Nous entendrons par sensalions, suivant l’acception qui prévaut aujourd’hui en psychologie, les phénomènes primitifs et élémentaires de la vie ‘ mentale qui résultent de l’action de la lumière, du son, de la Chaleur, etc., sur les organes de nos sens. Tout phénomène

. psychologique qui doit en partie ses caractères à Phabitude, à la mémoire devra donc être exelu du groupe des sensations.

Beaucoup de sensations sont causées par quelque action du monde extérieur sur nos sens ; mais il en existe aussi dont la cause physique est interne : ainsi des sensations se manifes-

- tent lorsque nous faisons un effort, lorsque nous mouvons nos membres, lorsque nous avons faim ou soif. NRA |

Considérons spécialement les sensations dues à quelque

‘aetion du monde extérieur sur nous. On conçoit d'ordinaire - la production de ces sensations de la manière suivante : une cause extérieure, la lumière, par exemple, détermine une modi- * - fication dans un organe nerveux périphérique, cette modif- cation en entraîne une autre dans un nerf qui continue cet or- -&ane, cette dernière finalement en excite une autre dans les centres nerveux et en particulier dans Je cerveau : c’est la À modification produite ainsi en dernier lieu dans le cerveau qui j fait apparaître le phénomène psychologique appelé sensation ; | tous les phénomènes qui ont précédé en nous la sensation,

ment

LES SENSATIONS 0020 y compris la modification cérébrale elle-même, sont de nature physiologique, c’est-à-dire physique ou chimique.

. L’explication précédente renferme évidemment une péti-

“tion de principe ; on suppose, en effet, pour expliquer les

Sensations visuelles, par exemple, la lumière donnée et agis-

sant sur la rétine ; OT, NOUS ne pouvons savoir qu’il existe de la tumière que par les sensations visuelles. D’une manière

générale, si nous admettons que les sensations sont les phé-

nomènes psychologiques primitifs, nous n’avons plus le droit

de rien supposer avant elles ; C’est, au contraire, d’elles qu’il faut partir pour tout expliquer: lumière, son, mouvement, etc.

La pétition de principe signalée a conduit d’ailleurs tous les

philosophes qui l’ont commise, — et qui ne se sont pas

rendu compte qu'ils la commettaient, — à des difficultés inextricables, telles que celle de l'explication des rapports entre l'excitation physiologique cérébrale et la sensation, phénomène supposé d’une nature essentiellement différente.

Néanmoins, l'explication des sensations est beaucoup faci-

litée si on postule d’abord l'existence de la lumière, du son,

du mouvement, bref du monde extérieur; l'essentiel est de se souvenir qu’il y a là une pétition de principe. Nous nous conformerons donc, dans ce qui va suivre, à l’usage.

On peut appeler excitant la cause physique, lumière, Son,

etc., qui impressionne l’un de nos organes pour produire la

sensation, et excitation la modification physique qu’entraîne

dans l’organe l’action de l'excitant 1.

Primitivement une sensation ne peut se manifester que si

l'organe périphérique à d’abord été excité. Plus tard, cette

excitation périphérique n’est plus absolument nécessaire :

des hallucinations, ayant absolument le caractère de sensa-

tions, peuvent se produire chez certains malades sans que

leurs organes périphériques soient excités ; On Sait aussi que les amputés éprouvent parfois des sensations dans leurs membres disparus. |

Supposons un excitant agissant pendant un certain temps |

1. Le mot excilation est employé assez Souvent, en France, à tort, H nous semble, dans le sens d'excitant. C'est ainsi qu'on dira : « La sensation . Croft comme le logarithme de l'excitation. »

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sur un organe : l’excitation croît d’abord jusqu’à: un maximum, elle peut ensuite rester stationnaire comme intensité, enfin elle peut décroître ; elle décroîtra nécessairement lorsque l’excitant aura cessé be On peut donc distinguer une période d'établissement, une période d'état et une période de descente ou de décroissance de l’excitation.

T’excitation et la sensation persistent après que l’excitant a disparu : d’où la fusion de sensations qui se succèdent avec une rapidité suffisante. La durée de cette persistance dépend de diverses conditions, telles que la qualité de la sensation, l'intensité de l’excitation, la durée pendant laquelle l’excitant s’est trouvé en rapport avec l’organe.

Une excitation prolongée d’un organe produit de la fatigue qui se traduit notamment par une moindre excitabilité de l’organe à l’égard du même excitant.

On distingue dans toutes les sensations l’intensité et la qualité. Aïinsi, un son, une lumière sont plus ou moins intenses. La qualité est ce qui fait qu’une lumière est verte ou rouge, etc., qu’un son est un do ou un sol, etc. Quelques psychologues considèrent encore la durée et l'étendue même comme des propriétés de toutes les sensations. Mais la doctrine d’après laquelle toute sensation serait primitivement étendue est difficile à défendre ; beaucoup, en effet, se refuseront à admettre que la propriété d’être longs ou courts, épais ou minces, appartienne primitivement aux sons, par exemple. Quant à la durée, il est exact que toute sensation, lorsqu’elle dépasse une certaine durée, est sentie comme durant ; mais, au-dessous d’un certain minimum de durée, la sensation peut subsister et nous apparaître alors comme instantanée, c’est-à-dire sans durée : tel est un bruit sec extrêmement court.

Quelques psychologues considèrent encore comme une propriété de toute sensation le ton affectif, c’est-à-dire le caractère agréable ou désagréable. Nous reviendrons ultérieurement sur ce point (I, 388).

Loi de l’énergie spécifique des nerfs de son — Cette loi … a été établie par le physiologiste allemand J. Mü£LER (t. II, . 251 et suiv.). Il commence, en effet, dans son traité de phy- «

LES SENSATIONS VSD T

siologie, l'étude des sens par l'énoncé et la justification d’un :

certain nombre de principes qui peuvent se ramener à, celui-

Ci, qui constitue la loi considérée : Les Sensations des divers

sens tiennent leur qualité particulière des organes excités et non de la qualité des excitants. Il pose, entre autres, les prin- <ipes suivants : |

19 « Nous ne pouvons avoir, par l'effet de causes extérieures, aucune manière de sentir que nous n’ayons également sans ces Causes ét par la sensation des états de nos nerfs. »

Ainsi, des causes internes peuvent provoquer des sensa-

tions de froid, de chaud, de son, de lumière, ete.

29 « Une même cause interne produit des sensations différenies dans les divers sens en raison de la nature propre à Chacun d'eux. »

Par exemple, la congestion des vaisseaux capillaires des nerfs sensibles détermine des phénomènes lumineux dans les nerfs optiques, des bourdonnements dans les nerfs aCoustiques, de la douleur dans les nerfs tactiles.

39 « Une même cause externe produit des sensations différenies dans les divers sens en raison de la nature propre à

<hacun d'eux. »

Un courant électrique, par exemple, causera des sensations

i tactiles, visuelles, auditives, gustatives, selon qu’il agira sur les nerfs du toucher, de la vue, de l’ouïe, du goût.

49 « Les sensations propres à Chaque nerf sensoriel peuvent étre provoquées à la fois par plusieurs influences internes et

externes. »

Müller cite, par exemple, comme pouvant provoquer des Sensations lumineuses : la lumière, des influences mécaniques teiles qu’un choc, Pélectricité, des influences chimiques résultant de l'introduction de certaines substances dans le sang, lirritation causée par la congestion.

\ 5° « La Sensation est la transmission à la CONSCIENCE, non pas

d'une qualité où d’un état des Corps extérieurs, mais d’une qualité, d’un état d'un nerf sensoriel, déterminé par une cause exté-

| frieure, et ces qualités varient dans les différents nerfs senso- | riels. »

Müller est ainsi conduit à attribuer à chaque nerf une

TRAITÉ DE PSYCHOLOGIE, I. a

« énergie » déterminée. « Ainsi la sensation du son est l'énergie propre du nerf acoustique, celle de la lumière et des couleurs est l'énergie partieulière du nerf visuel, ete, », 6 « la connaissanée que nous acquérons du monde extérieur par nos sens. ne peut rien nous apprendre touchant la nature et Pessence de ce monde ».

La loi en question est plus ou moins difficile à vérifier suivant les sens. La vérification est particulièrement nette pour la vue. Si l’excitant du nerf optique, au lieu d’être la. lumière, comme à l'ordinaire, est une cause mécanique, un courant électrique, il se produira néanmoins toujours une sensation lumineuse. Ainsi, on provoquera facilement l’apparition de phénomènes lumineux, de phosphènes, en exerçant une pression sur le globe de l’œil; si on fait passer à travers. la tête, de manière à atteindre le nerf optique, un courant électrique, on pourra constater encore facilement des phénomènes lumineux.

Des excitants de nature diverse peuvent agir sur un même organe. On distingue, toutefois, à cet égard, les excitants adéquats et les excitants inadéquais. L’excitant adéquat est celui qui agit normalement sur un organe déterminé : tels sont la lumière pour la vue, le son pour l’ouiïe. L’électricité, au contraire, sera un excitant inadéquat des organes de ces deux sens.

Non seulement les sens, comparés l’un à l’autre, présentent des énergies spécifiques, mais, dans le domaine d’un même sens, il peut exister aussi des énergies distinctes ; certains, du moins, l’ont admis : ainsi, la doctrine d’après laquelle il existerait dans le nerf optique trois espèces de fibres correspondant chacune à une couleur fondamentale revient à attribuer à chaque espèce de fibres une « énergie » particulière ; l’hypothèse proposée par Helmholtz, d’après laquelle les sons de hauteurs différentes impressionneraient dans l’oreille des terminaisons nerveuses différentes, multiplie, dans le seul domaine de l’ouie, les énergies spécifiques.

Le principe de l'énergie spécifique des nerfs sensoriels n'implique naturellement pas que tout excitant doive agir . sur tous les sens : la lumière, par exemple, n’agit pas sur le

‘| toncher, L’électricité peut exciter tous les sens; on doit,

: toutefois, se demander si parfois les sensations qu’elle vecasionne ne sont pas dues plutôt aux substances mises en liberté

. dans les tissus par électrolyse qu’à l’action directe du-conrant

électrique sur les nerfs. | | \ On peut noter encore, relativement à la loi de Pénergie spé-.

‘cifique des nerfs sensibles, les faits suivants : là fibre ner-

veuse, qui fait suite à l’appareil périphérique d’un sens, est en général réfractaire à l’excitant adéquat de ce sens : par exemple, la lumière n’agit pas directement surle nerf optique. D'autre part, toutes les fibres, à quelque sens qu’elles appartiennent, pourraient être impressionnées par des excitations banales, mécaniques, électriques (Morar et DoYon, t. II, 514 et suiv.).

Une question, enfin, se pose, pour le physiologiste, au sujet de la même loi : la spécificité tient-elle à l’organe périphérique, au nerf, au centre nerveux, à l'organe considéré dans sa totalité, c’est-à-dire comprenant l'appareil récepteur périphérique, le nerf et le centre nerveux ? Müller considérait la question comme insoluble à son époque et se bornait à affirmer que certaines parties du cerveau participent aux énergies spéciales ; à l'appui de cette affirmation, il signalait, par exemple, le fait que des images lumineuses peuvent persister après destruction de la rétine, Mais on peut objecter que, lorsque la cécité est congénitale, tout phénomène optique fait défaut. La question, actuellement, reste soumise à discussion. Cependant la tendance de la physiologie contemporaine est de reporter la spécificité à l'organe central, à la

partie des centres nerveux où se termine le nerf sensoriel,

bien que l’histo-physiologie soit hors d’état de supposer ComMment l’excitation de tel groupe de cellules centrales donne

…. toujours naissance à la même sensation (GLEY, A, 968).

La loi de l'énergie spécifique des nerfs sensibles présente un certain intérêt philosophique en ce sens qu’elle fournit

… aux subjectivistes un argument en faveur de leur doctrine

d’après laquelle nous ne pouvons savoir ce qu'est en s0é le monde extérieur. Müller fait lui-même remarquer, AU COM-

—…. mencement de son étude des sens, que « les sens ne nous

procurent, à proprement parler, que la conscience des qualités et des états de nos nerfs ». Une discussion approfondie du subjectivisme ne serait pas ici à sa place. Nous nous bornerons à la remarque suivante : le monde extérieur est connu par nos sensations et il ne peut être question de l’opposer radicalement à celles-ci ; les sens ne nous procurent pas, comme l’affirme Müller, « la conscience des qualités et des” états de : nos nerfs »; nous ne savons même pas, avant d’avoir étudié l'anatomie, que nous avons des nerfs. Les sens nous font connaître les couleurs, les sons, les odeurs, la durée, l’espace, le mouvement, l’extériorité elle-même, ete., et tous ces phénomènes constituent à la fois le monde extérieur et nos yeux, nos oreilles, nos nerfs, notre cerveau, ete. Les faits relatifs à l'énergie spécifique des nerfs sensibles prouvent simplement que chaque fois qu’il y à couleur, par exemple, on constate, quelles que soient les autres conditions du phénomène, la présence d’un organe visuel. La couleur verte d’un objet n’est évidemment pas une « qualité », ni un « état » de notre nerf optique, et nous la chercherions vainement, si une telle recherche était possible, en nous, dans notre cerveau.

Division, nombre des sens. — La division ordinaire, qui admet cinq sens, est essentiellement anatomique : le vulgaire distingue autant de groupes principaux de sensations qu’ il reconnaît d’organes des sens.

Si on considère simplement les sensations, en faisant abstraction des organes, on remarque tout de suite qu’il est impossible de réunir l’ensemble des sensations tactiles en un seul groupe : une sensation de douleur, une sensation de chaud, une sensation de contact diffèrent psychologiquement entre elles autant qu’un son et une couleur.

En fait, la division en cinq sens n’est plus admise aujourd’hui par les physiologistes. D’ailleurs, même du point de vue anatomique, on est obligé aujourd’hui d'admettre plus de cinq sens : comme on le verra, les sensations de pression sont fournies par d’autres organes que celles de chaud ou de froid; dans l’oreille, on distingue aujourd’hui souvènt deux organes et, par conséquent, deux sens.

L'accord n’est pas encore fait entre savants sur le nombre

des sens qu’on doit reconnaître. Certains, d’ailleurs, étendent d’une façon exagérée l'emploi du mot sens. La doctrine d’un « sens musculaire » est défendable, mais celle d’un « sens de l’espace », celle d’un «sens du temps » ne le sont guère, la derdhière surtout. Il n'existe pas, en effet, d’organe nous donnant spécialement des sensations de temps, pas plus qu'il

n’en existe nous don-

Û : AN nant exclusivement des sensations d’intensité.

Comme tout le monde n’admet pas encore qu’il soit légitime de parler d’un Sens du chaud, d’un sens du froid, etc., nOUS Continuerons de grouper sous le nom de sensations tactiles les sensations que le Vulgaire rattacherait au toucher, en distinguant, toutefois, celles qui viennent de

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