luvEN. ; III
(153) Exeat, inquit,
Si pudor est, et de pulvino surgat equestri, Cuius res legi non sufûcit ; et sedeaut hic Lenonutn pueri, quocunque in fornice nati. Hic plaudat nitidi praeconis filius, inter Pinnirapi cultos iuvenes, iuvenesque lanistae.
Le scholiaste note : nitidi praeconis filius : divitis de génère gladiatoris. Pinnirapi: a pinna. Pinnis pavonum ornari soient gladiatores, si quando ad pompam descendant.
5^ 2Ô97 l'équilibre social dans l'histoire 1 . I*
Et pourquoi pas? Puisqu'ils sont de ceux que la Fortune élève d'un humble à un haut état, chaque fois qu'elle veut jouer? »
2397. La faveur impériale tirait du néant certains affranchis et les portait aux plus grands honneurs '■. Claude se laissait gouverner par eux. Mais leur nombre fut toujours restreint, et la plupart progressaient par leurs mérites, dans les administrations impériales ou privées '. Sénèque parle de la richesse des affranchis ', et Tacite nous les montre envahissant toute la classe gouvernante, malgré la résistance des citoyens ingénus *. Sous le principat de Néron, on parla au Sénat des fraudes des aftranchis «qui traitaient à égalité avec leurs maîtres », et l'on voulait les réprimer. « On alléguait, d'un autre côté, «qu'il fallait punir les fautes des particuliers, sans attaquer les droits d'un corps très étendu ; que ce corps servait à recruter les tribus, les décuries, les cohortes même de la ville ; qu'on en tirait des ofïiciers, des magistrats et des pontifes ; que beaucoup de chevaliers, que plusieurs sénateurs n'avaient pas une autre origine; qu'en faisant des affranchis une classe à
2597* Belot; Hist. des ch. rom., t. II : « (p. 385) Mais ce fut Claude qui fit faire le plus grand pas au pouvoir de ses affranchis, nommés à Kome procurateurs (p. 386) du fisc. Dominé par une camarilla. il ordonna que les sentences de ses affranchis fussent respectées comme les siennes. 11 leur livra ainsi la justice extraordinaire et personnelle que l'empereur se plaisait à substituer à l'action des tribunaux. Ces causes de péculat, ces accusations de repetundis, pour lesquelles les partis républicains s'étaient livré tant de batailles, étaient maintenant décidées à huis-clos par le comptable Pallas. successeur de l'affranchi Ménandre. Les armées et les provinces se ressentirent de la faveur nouvelle des affranchis. L'aflranchi Félix fut nommé tribun de cohorte, et préfet d"aile de cavalerie... et, au sortir de ces commandements militaires, il fut chargé de gouverner la Judée, où Claude envoyait indifféremment des procurateurs chevaliers ou des procurateurs affranchis ». L'auteur note d'autres provinces gouvernées par des procurateurs. « Tacite compte, à la mort de Néron, entre autres provinces gouvernées par les procurateurs, les deux Mauritauies, la Rhétie, la Norique, la Thrace. Bient<;»t les Alpes maritimes, la Cappadoce (p. 387), obéirent a la juridiction pacifique des procurateurs ».
25972 Dion Cass.. LXXVIII, 13. L'auteur raconte que Macrin envoya comme lieutenants Agrippa en Dacie, Decius Triccianus en Pannonie. Le premier avait été esclave. Le second avait été simple soldat et portier du gouvernement de la Pannonie.
2597* Semec. ; Epitt., 27 : Calvisias Sabinus memoria nostra fuit dives; et palrimonium hàbebat libertini. et ingenium... Idem; Epist., 86 : ...Et adbuc plebeias fistolas loquor : quid. cum ad balnea libertinorum pervenero?... Idem; De benef., II, Il : On. Lentulus augur, divitiarum maximum exemplum. antequam illum libertini pauperem facerent... Idem.; Nat. quaest., I. 17 : lam libertinorum virgunculis in unum spéculum non snfficit illa dos, quam dédit populus roroanus Scipioni.
2597* Tacit. ; Ann., II, 48, parle d'une riche aflranchie morte sans avoir fait de testament, et dont Tibère fit attribuer le patrimoine à .l!^miliaâ Lepidus, auquel il paraissait qu'elle eût appartenu.
part, on manifesterait la disette des citoyens libres de naissance»... Néron écrivit au Sénat d'examiner séparément les plaintes des patrons contre chaque affranchi, sans toucher aux droits du corps. Peu de temps après, Paris, affranchi de Domitia, déclaré faussement citoyen, fut enlevé à sa maîtresse, non sans honte pour le prince, qui fit prononcer par jugement que Paris était né de parents libres S). Néron protégeait les parvenus. Suétone nous le montre désireux de gouverner uniquement avec eux ".
2598. D'autre part, la guerre et l'appauvrissement épuisaient le patriciat. Dion Cassius observe que, pour entretenir les sacrifices, Auguste dut créer de nouveaux patriciens, en remplacement du grand nombre de ceux qui avaient disparu dans les guerres civiles ^. Tacite rappelle aussi les nombreux parvenus qui, des municipes, des colonies et aussi des provinces, passèrent au Sénat ^ Il raconte de même que, malgré l'opposition des sénateurs, Claude y fit entrer les Gaulois ^ Et voilà de nouveau que Vespasien
2597* Tacit. ; .4 nn., XIII, 27 (trad. Nisard).
2597*' SuET. ; Nero, 37. Néron disait qu'il voulait détruire l'ordre sénatorial ac provincias et exercitus equiti romano ac libertis perniissurum. Tacit. ; Hist., 1,58 : ...Vitellius ministeria principatus, per libertos agi solita, in équités romanos disponit. — Pline le Jeune loue Trajan de n'avoir pas imité plusieurs de ses prédécesseurs, qui se laissaient gouverner par les affranchis. Panerj., 88 : Plerique principes, cum essent civium domini, libertorura erant servi : horum consiliis, horum nutu regebantur ; per hos audiebant, per hos loquebantur, per hos praeturae etiam ot sacerdotia et consulatus, immo et ab his petebantur. Tu libertis tuis summum quidem honorem, sed tanquam libertis, habes ; abundeque sufficere his credis, si probi et frugi existimentur. — Hist. Aug.; Antoninns Plus, 11 : Amicis suis in imperio suo non aliter usus est quam privatus : quia et ipsi nunquam de eo cura libertis suis per fumum aliquid vendiderunt: siquidom libertis suis severissime usus est. Pertinax, 7. Cet empereur lit vendre ceux qui avaient appartenu à Commode, mais et de his quos vendi iussit, multi postea reducti ad ministerium, oblectaverunt senem, qui per alios principes usque ad senatoriam dignitatem pervenerunt.
25981 Dio Cass. ; LU, 42, p. 693. L'auteur observe: ovôèv yàç ovruç ùç to yevvalov èv Tolç èfKpvMoiç ■7ro?J/j.oiç àvaXicKprai. «Puisque rien comme la noblesse ne périt dans les guerres civiles». En Angleterre, la guerre des Deux Roses eut un effet semblable.
2598-' Tacit ; Aim., III, 55.
2.598^ Tacit. ; Ann., XI, 23. On objectait : ...non adeo aegram Italiam, ut senatum suppeditare urbi suae nequiret : suffecisse olim indigenas, consanguineis populis; nec poenitere veteris reipublicae. Quin adhuc memorari exempta quae priscis moribus ad virtutem et gloriam romana indoles prodiderit. An parum quod Veneti et Insubres curiam irruperint, nisi coetus alienigenarum, velut captivitas, inferatur f Quem ultra honorem residuis nobilium, aut si quis pauper e Latio senator, fore? Oppleturos omnia divites illos quorum avi proavique, hostilium nationum duces, exercitus nostros ferro vique ceciderint... Mais Claude tint bon et conclut sa réponse au Sénat en disant : (24) Omnia, patres conscripti, quae nunc vetustissima creduntur. nova fuere : plebei magistratus post patricios : Latini post plebeios ; ceteraruni
§25\)9-t2601 l'équilibre social dans l'histoire 17)1
doit restaurer l'ordre sénatorial défaillant en nombre et en qualité*.
2oî>9. La circulation apparaît d'une façon parfaitement claire. Cela n'arrivait pas seulement à Rome entre la classe inférieure et la classe supérieure. Mais de tout l'Empire, et même des contrées situées au-delà des frontières, les esclaves allluaient à Rome. Parmi eux, ceux qui possédaient une plus grande abondance de résidus de la r« classe étaient Grecs ou Orientaux, acquéraient facilement la liberté. Leurs descendants, toujours grâce à la prédominance des résidus de la I"^ classe, s'enrichissaient, montaient dans la hiérarchie sociale, devenaient chevaliers et sénateurs. De la sorte, le sang latin et le sang italique étaient éliminés de la classe gouvernante. Celle-ci, pour de nombreux motifs, dont l'origine servile et la lâcheté asiatique n'étaient peut-être pas les derniers, devenait toujours plus étrangère à l'usage des armes.
2600. Elle y était poussée même par les empereurs, à cause de la crainte qu'ils avaient d'elle. Dion Cassius déjà fait allusion à cette idée, dans le discours, probablement inventé, qu'il met dans la bouche de Mécène, pour conseiller Auguste sur la forme du gouvernement '. Ensuite, les empereurs y veillèrent avec soin, jusqu'à ce qu'enfin Gallien en vint à interdire aux sénateurs d'aller dans le camp de l'armée. Sévère avait déjà supprimé l'usage de tirer les prétoriens de l'Italie, de l'Espagne, de la Macédoine et de la Norique '. Il les avait fait venir de toutes les parties de l'Empire, même des plus barbares ^
2B01. On peut représenter l'évolution à peu près comme suit.
Italiae gentium post Latinos. Inveterascet hoc quoque, et quod hodie exemplis tuemur inter exempla erit. Ainsi, il décrit bien la circulation des f'iites.
•2.">98* SuET. : Vesp.jd : Araplissimos ordines, et exhaustos caede varia, et contaminatos veteri neglcgentia, purgavit, supplevitque, recense Senata et Equité ; summotis indignissimis, et honestissimo quoqu»- Italicorum ac provincialium allecto. — AuR. VicT. ; De Caesar., 9 . ...simul censu more veterum exercito. senatu motus probrosior quisque ; ac, lectis undique optimis viris, mille gentes compositae, cum ducentas aegerrime reperisset. extinctis saevitia tyrannorum plerisque. Ainsi que le remarqua déjà Causabon (ad Suet. : Cap?;.. 41), gentes doit ^tre entendu dans le sens de patriciens.
•J«i<X)« Dion.Cass. : LU, li à 'iti, p. •.... ,. «..)2. Dion met simplement dans la bouche de Mécène les principes idéaux de l'Empire de son temps. Il insiste (27, p.tiSl) sur l'opportunité de séparer entièrement les fonctions civiles des fonctions militaires.
•2G(X)* Dion. Cass. ; LXXIV, 2, p. 1243. L'auteur ajoute que ce fut la cause de la perte de la jeunesse italienne, qui se livra an brigandage et aux luttes des gladiateurs.
•i6«X)' M.vRQUARDT. ; Organ. de l'emp. rom., t. II, p. 585.
Sous la République, obligation effective du service militaire pour les membres de l'élite. Dans les premiers temps de l'Empire, obligation toute formelle, mais sans que le service effectif fût interdit. Ensuite, absence de service effectif.
2602. Pline le Jeune nous donne un exemple de ce qu'était le service militaire des jeunes chevaliers dans le temps de transition ^ Tandis qu'il faisait son service militaire, il s'occupait de comptabilité. D'autre part, il loué Trajan d'avoir fait un service militaire effectif, Claude « institua un genre fictif de troupes, appelé surnuméraire, qui servit de titre aux absents » ^
2603. Auguste interdit aux sénateurs de s'éloigner de l'Italie sans sa permission, exception faite de la Sicile et de la Gaule Narbonnaise, « parce que les hommes y étaient désarmés et pacifiques.»* Il était interdit aux sénateurs de mettre le pied en Egypte -, et cela était si important qu'il s'y ajouta aussi des sanctions religieuses ^ Selon Borghesi, sous Alexandre Sévère, ou selon Kulin,
2602' Plin. ; Epist., VII, 31. Il parle d'un individu qu'il a connu lorsqu'il faisait son service militaire : Hune cum simul militaremus, non soluiii ut commilito inspexi. Praeerat alae militari : ego iussus a legato consulari rationes alarum etcohortium excutere... Il paraît aussi qu'il trouvait le temps de s'occuper de philosophie et de littérature. — Epist., I, 10. Il parle du philosophe Euphrate : Hune ego in Syria, cum adolescentulus militarem, penitus etdomi inspexi, amarique ab eo laboravi, etsi non erat laborandum. — Epist., III, 11. Il parle d'un autre philosophe : ...et Artemidorum ipsum iam tum, cum in Syria tribunus militarem, arcta lamiliaritate com^lexus sum... D'ailleurs, ceux qui voulaient pouvaient aussi faire autrement, et, comme Trajan, faire réellement le service militaire. Paneg., 15 : Neque enim prospexisse castra, brevemque militiam quasi transisse contentus, ita egisti tribunum, ut esse statim dux posses, ...Tacite loue Agricola de n'avoir pas imité les jeunes gens qui passaient dans les plaisirs le temps du service militaire. — Tagit. ; Agric, V : Nec Agricola licenter, more iuvenum qui militiam in lasciviam vertunt, neque segniter, ad voluptates et commeatus titulum tribunatus et inscitiam retulit. .
2602 2 SuET. : Claud., 25.
26031 Dion. Cass. ; LU, 42, p. 694. Lauteur remarque ensuite (LUI, 12, p. 703) que le véritable motif de la division des provinces entre Auguste et le Sénat fut qu'Auguste voulait être seul à avoir des soldats sous son commandement. En outre (LUI, 13, p. 705), il défendit aux sénateurs délégués pour gouverner les provinces de porter l'épée et le vêtement militaire, ce qu'il permit au contraire à ses gouverneurs.
2603 2 Tagit.; Ann., II, 59: ...nam Augustus, inter alla dominationis arcana. vetitis, nisi permissu, ingredi senatoribus, aut equitibus romanis illustribus, seposuit Aegyptum : ne fama urgeret Italiam quisquis eam provinciam, claustraque terrae ac maris, quamvis levi praesidio adversum ingénies exercitus, insedisset.
2603* Hist. Aug .; Trigint. Tyr., 21 : ...qui cum Theodoto vellet imperium proconsulare decernere, a sacerdotibus est prohibitus. qui dixerunt fasces consulares ingredi Alexandriam non licere... Fertur enim apud Memphim in aurea columna Aegyptiis literis scriptum, tune demum Aegyptum liberam fore eum in eam venissent Romani fasces, et praetexta Romanorum.
§ 2604-2605 i/éouilibre social dans l'histoire 175$
sous Aurélien, le gouvernement des provinces fut divisé en deux. C'est-à-dire qu'il y eut un praeses pour l'administration civile et un ilux pour l'adminislralion militaire.
2604. La séparation toujours croissante entre la classe militaire et la classe civile rendait celle-ci toujours plus lâche et plus incapable de se défendre à main armée. Quand Septime Sévère traversa l'Italie avec ses légions, les villes furent frappées de terreur, «car, en Italie, les hommes étaient depuis longtemps étrangers aux armes et à la guerre ; ils ne s'entendaient qu'à la paix et à l'agriculture » '. De la sorte, on avait un indice de la faiblesse ou de l'absence de résistance qu'ils auraient ensuite opposée aux invasions barbares.
260o. Cependant, au temps de Gallien, le danger grave et imminent dune invasion barbare parut réveiller pour très peu de temps la valeur de la population. « L'empereur Gallien se trouvant au-delà des Alpes, occupé à la guerre contre les Germains, le Sénat romain, voyant le danger extrême, arma autant de soldats qu'il y en avait dans la ville, et donna des armes aux hommes les plus vigoureux du peuple, rassemblant de la sorte une armée plus grande que celle des Barbares, qui, craignant d'en venir aux mains, s'éloignèrent de Rome...))^ Mais roligarchie militaire qui exploitait l'empire se mit bientôt à l'abri, et Gallien, par crainte que le pouvoir ne passât aux optimales, interdit au Sénat d'avoir des troupes, et même de venir à l'armée '. Alexandre Sévère disait : « Les sol-
26(M ' Hekoihkn : II, 11. L'auteur relève aussi le contraste entre les Italiens, au temps de la République, et ceux du temps de Septime Sévère. Il remarque que ce fut .\uguste qui leur ùta leurs armes.
2605 ' ZosiM. ; I, 37.
2t>05- AuREL. VicT. ; De Caesaribus, 33 : Quia priinus ipse, raetu socordiae suae, ne imperiura ad optimos nobilium transferretur, senatum militia vetuit. etiam adiré exercitura. La séparation entre les optimales et l'armée continua à devenir toujours plus rigide. lust. Cod., X. 32 (31), .35 : hnpp. Theodosius et Valentininiius AA. Isidoro pp. Si quis decurio aut suhiectus curiae ausus fuerit ullam adfectare militiam, nulla praescriptione temporis muniatur, sed ad condicionem propriam retrahatur, ne ipse vel eius liberi post talem ipsius statum procreati quod patriae debetur valeant declinare. — D. Ill non. April Constant inopoli Isidoro et Senatore conss. [a. 43(j]. Cfr. Ibidem, XII. :a (:M>. 2. — Theod. Cod.. VIII, 4. 28. L»service militaire était aussi interdit à d'autres classes de la population. — lust. Cod., XII, 34 {tS>). 1. Imp. lustinianus A. Menae pp. Eos, qui vel in hac aima urbe vel in provinciis cuidam ergaslerio praesunt. militare de cetero prohibemus. D'ailleurs, il en excepte les banquiers, auxquels il interdit seulement d'entrer dans la troupe arm/'C, ainsi qu'aux armuriers, à cause de leur utilité pour l'armée. Xegotiantes eteniui post hanc sanctionem huiusmodi militia privabuntur : illis, qui ad armorum structionem suam professionem contulerint. minime prohibendis ad competentem suae professionis venire militiam et huiusmodi negotiationem nihilo minus.
1754 CHAPITRE xiii §2606-2607
dats ont leur fonction, tout comme les littérateurs. C'est pourquoi chacun doit s'occuper de ce qu'il connaît b^ Arrius Menander (Dig., XLIX, 16, 1) nous dit : « Se faire soldat est, de la part de celui qui n'en a pas le droit, un crime grave, lequel est rendu plus grand, comme d'autres délits, par le rang et par la dignité de l'armée».
2606. Ainsi, l'armée de l'Empire finit par être un ramassis de propres à rien, et il fallut recourir aux Barbares pour avoir des soldats, ce qui était proprement installer l'ennemi chez soi. Végèce décrit bien le phénomène : « Le temps n'améliora jamais une armée où l'on négligea le choix des recrues. Nous le savons par notre usage et notre expérience. De là proviennent les défaites que les ennemis nous infligèrent partout. On doit les imputer à la grande négligence et à l'incurie que, par suite d'une longue paix, on met dans le choix des soldats ; au fait que les meilleurs citoyens {honestiores) recherchent les fonctions civiles ; au fait que, par la faveur ou par la fraude des recruteurs, on accepte dans l'armée de la part des propriétaires qui doivent les fournir, des hommes tels que leurs patrons les dédaignent » ^
2607. La société romaine se cristallisait. Toute sorte d'obstacles s'opposaient à la circulation légale aussi bien qu'effective des élites. Si de temps à autre la faveur impériale surmontait ces obstacles pour un individu en particulier, il entrait souvent dans la classe gouvernante des hommes peu dignes d'y être. Donnant probablement une forme légale à ce qui existait déjà en partie, Alexandre Sévère institua des corporations d'arts et métiers ^ Cette organisa-
retinere [an. 528-529]. Aux colons aussi l'accès de l'armée était interdit. — lust. Cod., XII, 83 (34), 3. Impp. Arcadius et Honorius AA. Pulchro magistro utriusque militiae. Cura pervigili observare debebit sublimitas tua, ne coloni vel saltuensesautultro se offerentes ad militiam suscipiantur armatam aut cogantur inviti.
2605» Hist. Aug.; Alex. Sev., 45.
260() ' Veget. ; 1, 7. Plus loin : I, 28 : Sed longae securitas pacis homines partim ad delectationem otii, partim ad civilia traduxit officia. lia cura exercitii militaris primo negligentius agi, postea dissimulari, ad postremum olim in oblivionem per- «lucta cognoscitur... On put observer des faits semblables en Chine; on en peut observer maintenant, en 1913, chez quelques peuples (|2423i) qui manifestent leur mentalité par l'humanitarisme démocratique.
26071 ffist. Aug., Alex. Sec, 32; Corpora omnium constituit vinariorum, lupinariorum, caligariorum, et omnino omnium artium : hisque ex sese defensores dédit, et iussit quid ad quos iudices pertineret. — Cowrs, t. Il, §803: « (p. 144) D'une manière générale et sans attacher trop d'importance à des dates qui sont assez incertaines, on peut distinguer une période d'Auguste à Alexandre Sévère. dans laquelle les corporations autorisées par le gouvernement se recrutent libre-
$ 2(UW l'équilibre social dans l'histoire 1755
tion s'accrut ensuite et prospéra, se rapprochant de celle qu'on voudrait instaurer aujourd'hui avec les syndicats obligatoires*. Peu à peu, l'artisan est attaché à son métier, l'agriculteur à la glèbe, Vaugustalis à sa corporation ', le décurion à la curie. Tous s'efforçaient de se délier et de fuir; mais le gouvernement donnait la chasse aux fugitifs, et si la faveur de l'empereur ou des grands ne les sauvait pas, ils étaient ramenés aux fonctions auxquelles ^ux et leurs descendants devaient pour toujours rester attachés.
2008. I-a production de la richesse diminue et le gaspillage en augmente à cause des nombreuses charges imposées aux riches.
ment. I>e3 empereurs interviennent quelquefois pour donner des encouragements à certaines corporations qui ont des buts d'utilité publique. Une seconde période commence avec .\lexandre Sévère, qui organisa, ou peut-être réorganisa les corporations... Dans (p.l4."t) la troisième période, qui va de Constantin à Théodose, le ^•araclère coercitif des corporations s'accentue. L'équilibre est rompu ; les privilèges ne compensent plus les charges. Entin, de Théodose à Ilonorius, la corporation établit une sorte de servitude et les hommes font tous leurs efforts pour s'y soustraire. Le recrutement est forcé, comme le dit Serrigny {Droit pub., ï, p. 170) : ,, Cette interdiction de changer sa condition est un des traits le plus caractéristique de la législation impériale. Elle s'appliquait à un si grand nombre d'états ou de professions, qu'on peut la considérer comme une règle générale pour la masse des habitants de l'empire romain '• ».
■2Wl- Il faut entendre cela au point de vue de la production, qui est celui dont il s'agit maintenant. .\u point de vue de la répartition des richesses, une organisation dans laquelle les corporations sont exploitées diffère entièrement d'une autre où ce sont elles qui exploitent le pays.
2607' La cristallisation s'étend à l'ordre des aiigustales, qui était au-dessous de celui des décurions. De Rlgoiero; ioe. cit. % 2583' : «(p. 851) Depuis la fin. de la troisième décade du II* siècle, une transformation radicale s'accomplit dans les institutions augustales. Elle s'étend d'une manière spéciale à ces communautés dans lesquelles il y avait eu jusqu'alors un collège annuel de sexviri Auffustales... Mais dans les communes mêmes où jusqu'alors il n'y avait eu que des Augustales... on rencontre maintenant à leur place bon nombre de sexviri Augustales, organisés en corporations... Là même où le culte d'.\uguste de la plèbe n'avait d'abord pas été admis,., surgit actuellement une corporation organisée en collège qu'on désigne par le nom de sexviri .lugustnlesD. .\u temps de la prospérité de l'Empire, c'était un honneur très recherché de faire partie des sexviri .Augustales. Au temps de la décadence, pour beaucoup de personnes cela devient un fardeau insupportable auquel on tâche d'échapper de toute façon. — Bouché-Leclerco, cité dans Mar- OUARDT ; Le culte chez les Romains : «(p. 233) Gomme tous les honneurs sous l'empire, ceux-ci étaient onéreux et il vint un moment où ils ne furent plus guère qu'un impôt ajouté à tant d'autres... on rendit à la corporation quelques-ans des droits (ju'elle avait perdus en cessant d'être une association privée, la capacité civile ou faculté de recevoir des legs et donations, la gestion de ses deniers et le choix de ses comptables... C'était un moyen de rendre un peu de vie à des organes menacés <i'atix)phie. Et cependant il fallut, vers la fin du III* siècle, appliquer à ce sacerdoc* le système de l'investiture forcée au moyen duquel on maintenait au complet les conseils municipaux et les municipalités (C. I. L., X. 114. Cfr. II, 4514). Les décurions qui nommaient les .\ugustales exerçaient ainsi sur d'autres la contrainte qu'ils subissaient eax-mèmes ».
D'autre part, les hautes classes n'étaient plus les classes gouvernantes, et le fait d'y appartenir donnait plus d'honneurs que de pouvoir. Les empereurs étaient nommés par une troupe grossière, corrompue, dépourvue de tout sens politique. Il manquait des révolutions non-militaires, civiles, qui auraient mélangé les classes, produit une nouvelle circulation des élites, et élevé des hommes abondamment pourvus de résidus de la !'« classe. Avec beaucoup de raison, Montesquieu compare l'Empire romain de la décadence à la régence d'Alger, en son temps. Mais il faut ajouter qu'Alger n'avait pas une bureaucratie qui, à l'instar de la bureaucratie romaine de la décadence, tarît toute source d'activité et d'initiative individuelle. La société romaine déclinait économiquement et intellectuellement, tandis qu'elle subissait les dégâts d'une caste militaire imbécile et d'une bureaucratie vile et superstitieuse.
2609. En Occident, l'invasion barbare vint briser cette société cristallisée (| 2551 et sv.), à laquelle, avec l'anarchie, elle apporta aussi une certaine espèce de souplesse et de liberté. Celui qui passe sans autres des corporations de la fin de l'Empire romain, c'est-àdire d'un état de liaisons très fortes ma (fig. 48), aux corporations du moyen âge, c'est-àdire à un autre état de liaisons, fortes aussi, pc, suit une ligne ac qui ne coïncide pas avec la ligne réelle abc, et il néglige un minimum de liaisons nb, qu'on atteignit avec l'anarchie qui suivit les invasions barbares \ La confusion que l'on fait entre l'état réel et l'état légal d'un pays contribue à entretenir cette erreur. Là où la loi n'accorde pas explicitement la liberté, on suppose que celle-ci n'existe pas et ne peut exister, tandis qu'au contraire elle peut fort bien être la consé-
2609* Guizot, en peu de mots, décrit bien l'état de la société au temps de saint Grégoire de Tours. Guizot: Grég. de Tours, t. II : «(p. 265) Ce qu'était l'administration en ces temps de confusion, on pourrait l'imaginer, ne le sùt-on pas par les documents. Les institutions procédant du pouvoir central se sont effacées; les institutions municipales ont été en partie conservées par les villes, à l'existence desquelles elles étaient nécessaires, et tolérées par leurs nouveaux maîtres. Ceux-ci ont ramassé quelques-uns des rouages de la grande machine administrative créée par les Eomains et les ont utilisés, mais en leur laissant subir les altérations qui devaient résulter du contact des habitudes germaines. Le désordre s'est étendu des institutions administratives aux circonscriptions géographiques qui leur répondaient... ».
§2610 l'équilibre social dans l'histoire 17r)7
quence, soit de l'absence des lois, soit — et c'est le cas le plus fréquent — du fait qu'elles ne sont pas exécutées, ou qu'elles sont mal exécutées. De même, la cristallisation d'un pays est souvent moindre qu'il ne ressort de Texamen des lois, parce que celles-ci ne représentent que très en gros l'état réel. La corruption des ofliciers publics est aussi, en de nombreux cas, un remède efficace à l'oppression des lois qu'autrement on ne pourrait supporter.
2610. Dans l'Empire romain d'Orient, l'étal de cristallisation subsista, alors qu'il avait été brisé dans celui d'Occident ; et l'on put observer les etlets de l'organisation poussée à l'extrême *. Une anecdote conservée jusqu'à nos jours peut nous donner un aperçu pittoresque de ce qu'on pouvait observer au temps d'Attila. Priscus, (jui accompagnait Maximin, envoyé en ambassade par Théodose à
■^10» Cour*, t. II, §802 : «(p. 144) La mauvaise organisation économique de l'Empire romain, la destruction systématique des capitaux mobiliers, affectaient de plus en plus la production. Au lieu de tâcher de remonter le courant qui conduisait à d'aussi funestes résultats, on s'enfonça de plus en plus dans la protection, et le gouvernement s'occupa d'organiser la production économique. On commença par donner des privilèges aux corporations d'arts et métiers, en finit par les réduire en une sorte de servage ». Voir : .Iules Nicole, Le livre du préfet ou l'Edit de V Empereur Léon le Sage sur les corporations de Constantinople, pour savoir jusqu'où put arriver, en ce temps là, la cristallisation sociale, Vorganisation. et par conséquent pour avoir une lointaine idée de la limite analogue vers laquelle s'acheminent aujourd'hui nos sociétés. La description faite par l'auteur du Cours, de révolution économique de l'Empire romain, n'est pas exempte des erreurs indiquées aux I 2334 et 2335. Ce fait est remarquable, parce que la théorie des crises économiques du même auteur non seulement les évite, mais encore les dévoile. Ce fait est peut-être en rapport avec les suivants (§ 2547*). 1» L'auteur cédait, au moins en partie, au préjugé des économistes qui estiment qu'on peut séparer entièrement le phénomène économique des autres phénomènes sociaux. Ce n'est qu'après avoir achevé les études exposées ici qu'il se rendit pleinement compte de cette erreur. En attendant, celle-ci l'avait empêché de faire le petit pas qui, de la théorie particulière des crises économiques, conduit à la théorie générale des phénomènes sociaux, indiquée aux § 2^J30 et sv. — 2« Il cédait aussi, sans trop s'en rendre compte, à la tendance habituelle aux économistes et aux sociologues, qui ne veulent pas se borner à la recherche et à la découverte des uniformités (lois) que contiennent les rapports des faits, mais qui, bien que disposant seulement de connaissances assez rudimentaires et assez imparfaites, croient pouvoir connaître le but vers lequel la société « doit » et peut marcher, et qui s'imaginent que leurs discours ont la vertu de contribuer à changer les faits et le pouvoir de rapprocher de ce but. Ils n'ont pas encore réussi à donner une forme tant soit peu bonne à l'étude des mouvements réels (§ 129), et ils s'imaginent pouvoir accomplir l'étude beaucoup plus difficile des mouvements virtuels t| 130, 26.53 : Il-a). Il ne leur suffit pas de se livrer à des recherches scientifiques: ils veulent aussi conseiller et prêcher. — 3» L'auteur s'efforçait de substituer partout l'expérience scientifique à la foi, et ne s'apercevait pas qu'il restait en lui un vestige de foi, manifestée par une certaine inclination pour la liberté. Cette inclination dépasse la science pure, qui recherche les rapports des faits, sans aucune idée préconçue. Nous relevons cela dans le but de donner un exemple des obstacles qui, dans les sciences sociales, s'opposent à la recherche de la vérité expérimentale.
Attila, rencontra, dans le camp des Huns, un Grec alors riche chez les Scythes. Cet individu lui raconta comment, fait prisonnier de guerre, et échu comme part de butin à Onégèse, le premier des Scythes après Attila, il recouvra la liberté et acquit de la fortune. «Ensuite, ayant combattu avec valeur contre les Romains et contre la nation des Acatires, et ayant donné à son maître barbare le butin qu'il avait fait à la guerre, il obtint la liberté, suivant la loi des Scythes. Il épousa une femme barbare. Il en eut des enfants, et, devenu le commensal d'Onégèse, il lui semblait mener alors une vie plus agréable qu'avant ; car ceux qui se trouvent chez les Scythes ont, après la guerre, une vie tranquille. Chacun jouit de ses biens, et n'est molesté en aucune façon par qui que ce soit. Au contraire, ceux qui sont chez les Romains sont facilement tués à la guerre, car ils doivent remettre en d'autres l'espoir de leur salut, puisque les tyrans ne leur permettent pas de faire usage des armes. Et à ceux qui en font usage, l'incapacité des chefs est pernicieuse : ils dirigent mal la guerre. D'ailleurs, en temps de paix, les charges sont plus accablantes que les maux en temps de guerre, à cause de la très dure exaction des impôts et des vexations des malfaiteurs, car les lois ne sont pas égales pour tout le monde. Si quelque violateur de la loi est un riche, son délit n'encourt aucune peine ; si c'est un pauvre, ignorant des roueries, on lui applique la peine prévue par la loi, à moins qu'il ne meure avant que le jugement soit rendu, étant donnés la longue durée du procès et le grand gaspillage des fortunes. Il y a, en effet, une manière absolument inique d'obtenir par marchandage ce qui ressortit à la loi ; et de vrai aucun tribunal ne mettra un frein aux injustices subies, si l'on ne donne pas de l'argent aux juges et aux chanceliers» -. Pris-
•J6102 Prisgus Panites, dans Fragm. hist. graec, t. IV, p. 80-87. .Si la période ascendante de notre ploutocratie démagogique se prolonge un certain temps, et amplifie le mouvement dont nous voyons le début, on peut imaginer qu'un homme ayant réussi à fuir l'oppression de ce temps-là, et réfugié chez certains X, répète sans y changer beaucoup le discours de l'interlocuteur de Prisons. Il dira que « ceux qui se trouvent chez les X ont la vie tranquille, après avoir travaillé pour faire quelques épargnes : chacun jouit de ses biens, et n'est molesté en aucune façon par qui que ce soit; tandis que là où il était avant, de toute manière, il était dépouillé et opprimé. De lourds impôts l'accablaient, établis par le vote du plus grand nombre, lequel ne les payait pas ; c'était un nombre toujours plus restreint de gens qui les payaient ; et ils étaient augmentés sans mesure, pour faire face aux dépenses énormes du gouvernement de la ploutocratie démagogique. En outre, il subissait les vexations de ceux qui font partie de ce gouvernement ou en sont les suppôts. Les lois ne sont pas égales pour tout le monde. Si quelque violateur de la loi appartient d'une manière ou d'une autre à la classe dominante, son délit n'encourt aucune peine; si c'est quelqu'un qui, comme le contrebandier, attente aux
^ 2H11 l'équilibkk social dans l'histoire 1759
eus répond et tresse des couronnes au gouvernement romain. Il est remarquable que l'ambassade dont ii faisait partie démontrait précisément la lâcheté et la corruption de ce gouvernement. Maximin était un honnête homme, une de ces personnes dont en tout temps les gouvernements se servent pour masquer leurs actions mauvaises et malhonnêtes (§ 2268, 2300) ; mais il était accompagné par Edécon et Bigilas, qui devaient ourdir la trame pour assassiner Attila ^ Le gouvernement impérial savait organiser toute chose, même l'assassinat. Pourtant, cette fois, cela ne lui réussit pas. Attila eut vent de la machination, et envoya des ambassadeurs qui admonestèrent l'empereur par de fières paroles. Attila rappelait que Théodose, en lui payant tribut, s'était fait son esclave ; et il ajoutait : «Il n'agit donc pas justement celui qui tend des embûches, tel un esclave malfaisant, à celui qui est meilleur que lui, et dont la fortune a fait son maître» *.
26H. Une seule anecdote sufïira, parmi l'infinité qu'on pourrait citer, pour montrer comment on s'élevait à la classe gouvernante, là où régnait Y organisation byzantine. Synésios, qui vivait environ un siècle avant le temps auquel se rapporte l'anecdote précédente, écrit à son frère ^ : « L'entremetteur Chilon n'est vraisemblablement pas inconnu à beaucoup de gens, étant donné son art très célèbre ; car la comédienne Andromaque, la plus belle des femmes qui brillèrent de notre temps, fut de sa troupe. Après avoir passé sa jeunesse à un si beau métier, parvenu à l'âge mûr, il estima qu'il convenait à son état précédent de s'illustrer dans l'armée. Il vint donc, il y a peu de temps, ayant obtenu de l'empereur le commandement des terribles Marcomans. Puisqu'ils étaient précédemment des soldats très braves, maintenant qu'on leur a donné un si célèbre général, il semble qu'ils nous feront assister à
privilèges fiscaux de cette classe, on lui applique la peine prévue par la loi. Un sort meilleur n'attend pas l'innocent accusé à tort, qui ne porte préjudice à personne, et voudrait qu'on ne lui en portât pas non plus, en traînant en longueur les procès, en lui faisant dépenser son argent, grâce aux caprices des « bons juges », et aux menée» de ceux qui veulent se concilier la faveur des politiciens et des avocats-princes. Il y a. en effet, une manière absolument inique dobtenir par protection ce qui ressortit à la loi ; cela en se mettant au service des gouvernants, et en leur étant utile aux élections, par lesquelles ils accaparent le pouvoir ».
2G10Ï Prisc. Pan. ; loc. cit. 5 2»ilO*. p. 77.
«10* Prisc. Pan. ; loc. cit. % 2610», p. 97.
2611» ^xnKsaepistolae, dans Epist. graeci (Didot). p. 708, <252--.i5y) epist. CX : XûMÇ 6 noçvo^Kôç... Voir, epist. CXXVII, p. 714-71.5. (262), ce qu'on dit d'un certain ^•,- ■'->-, -—•'■> '"'"^ypte ot brigand très brave.
de grands et nobles exploits ». Comment ce Chilon obtint-il la laveur impériale? Par l'entremise de certains Jean et Antiochus, qui paraissent également n'avoir pas valu grand'chose. Avec de semblables façons de constituer la classe gouvernante, on comprend aisément que peu à peu les provinces de l'Empire lurent perdues, et finalement la capitale elle-même. Il faut remarquer que le phénomène n'est pas spécial à la bureaucratie byzantine : il est général et apparaît presque toujours à l'âge sénile des bureaucraties. On l'observa et on l'observe encore en Chine, en Russie et en d'autres pays. De la sorte, l'organisation sociale commence par amener la prospérité, et finit par provoquer la ruine ^ (§ 2585).
2612. Ainsi que nous l'avons relevé plusieurs fois et naguère encore (§ 2553), les ondulations des dérivations suivent celles des faits. C'est pourquoi, lorsqu'il y a environ un siècle on était dans
2(511 2 Au temps de la guerre européenne de 1914, la bureaucratie russe renouvela exactement les erreurs commises dans la guerre contre le Japon. Elle sembla n'avoir rien appris de l'expérience. Un discours prononcé à la séance de la Douma, le 14 août 1915, par M. Maklakov, frère d'un ex-ministre de l'Intérieur, oflre sous une forme modérée une vue synthétique de cet état social. «...Gela nous amène à la <juestion la plus épineuse de notre vie politique. Ce n'est un secret pour personne que la Russie est, par malheur, le modèle classique de l'Etat où beaucoup de gens ne sont pas à leur place [sénilité d'une bureaucratie qui autrefois fut bonne] {approbations à gauche et au centre). C'est le pays où l'on se plaint de manquer d'hommes et où l'on ne fait aucun cas de ceux qui y sont. Nous savons que, par malheur, ce sont surtout les gens complaisants qui réussissent, les nullités aimables (approbations), les causeurs agréables, les gens qui savent descendre le courant et deviner où le vent va souffler; et ceux qui ne réussissent pas sont tous les hommes de caractère et de volonté et de science réelle [cette description de la circulation de la classe gouvernante est remarquable ; elle est faite par un homme pratique]. Les choses en sont là, messieurs, qu'une carrière rapide et parfois brillante est un mauvais point pour un homme ; nous savons que derrière une belle carrière il n'y a pas des talents, des mérites et des services, mais des complaisances, des compiicilés, des protections et des faveurs (approbations à gauche et au centre). Nombre de nominations sont un scandale public, un défi à l'opinion publique; et quand on s'aperçoit de l'erreur, il est trop tard pour éloigner ces créatures, le prestige du pouvoir ne le permet pas. Le nouveau gouvernement, dont la tâche est de vaincre les Allemands, verra bien vite qu'il est plus difficile encore de vaincre la résistance de ses subordonnés. Le grand obstacle contre lequel sont venues se briser tant d'initiatives, c'est le personnel administratif». Un orateur socialiste avait rejeté sur le régime « despotique » la faute du manque de préparation de la Russie. M. Markov répondit très bien : « Mr. Adjemov a dit très justement que, dans cette affreuse guerre, l'Allemagne était prête. Il nous a dit aussi, en manière de reproche, que la France l'était aussi. Les Français étaient encore plus mal préparés que nous, et la guerre a montré que l'allié le plus fort c'est la Russie. A gauche, on dit que si nous ne sommes pas prêts, c'est qu'on a enchaîné la liberté ; mais les gouvernements français, anglais et belge ne l'ont pas enchaînée, et pourtant ils n'étaient pas prêts, ils l'étaient moins que la Russie ». (Journal de Genève, 3 septembre 1915). Ajoutons que, comparé au gouvernement russe actuel, le gouvernement de la grande Catherine était plutôt plus que moins autocratique, ce qui ne l'empêcha pas d'être \ùctorieux en difîérentes guerres.
5^2612 I. KQL'ILIBRK SOCIAL DANS i/HISTOIRE 1761
!a période ascendante de la liberté, on blâmait les institutions cristallisées et restrictives de l'Empire byzantin. Aujourd'hui que nous sommes dans la période descendante de la liberté, ascendante de V organisation, on admire et on loue ces institutions; on proclame que les peuples européens doivent une grande reconnaissance à l'Empire byzantin, qui les a sauvés de l'invasion musulmane ; et l'on oublie que les vaillants soldats de l'Europe occidentale surent vaincre et chasser seuls à mainte reprise Arabes et Turcs, et qu'avant les peuples asiatiques, ils se rendirent aisément maîtres de Constantinople. Byzance nous fait voir où peut atteindre la courbe que nos sociétés sont en train de parcourir. Quiconque admire cet avenir est nécessairement amené à admirer aussi ce passé, et vice-versa.