II-O
La science logico-expérinientale ne peut accepter de théorèmes établissant des rapports entre des clioses qui, toutes ou en partie, sont en deiiors du monde expérimental (479, 1667). De môme elle ne peut accepter, si la vérification expérimentale fait défaut, des théorèmes qui établissent des rapports uniquement entre des choses du monde expérimental, mais qui sont obtenus grâce à l'élimination d'entités non-expérimentales [479, 480* à 482, 1540, 1607*, 1608]. Enfin, elle repousse aussi la conclusion qu'on voudrait tirer du fait que ces théorèmes sont ou ne sont pas vérifiés par l'expérience, pour démontrer l'existence ou la non-existence hors du monde expérimental, de l'entité éliminée [481*, 487, 516 ; voir : Religions, Prophéties, Miracles, Entités, etc.). Toutes ces propositions sont des conséquences de {U-g).
(ll-O
Etant donné qu'on ne peut comparer d'une manière absolue l'étude logicoexpérimentale avec des études non logico-expérimentales, on ne peut dire laquelle est la « meilleure », la « moins bonne », la pire. On pourrait le dire d'une manière contingente, en indiquant le but que l'on veut atteindre [70*, 71 ; voir : Casuistique, Fin, Vérité, etc.].
(Il-m)
Les sciences logico-expérimentales sont entièrement contingentes ; les sciences non logico-expérimentales visent à l'absolu [voir : Absolu et contingent]. Les premières n'ont pas de conclusions «certaines», « nécessaires » [1531], « absolues », mais seulement probables, très probables [voir: Probabilité]. Ces conclusions sont toujours énoncées avec la restriction : dans les limites du temps, de l'espace et de l'expérience à nous connus [69-5°]. Les secondes ont des conclusions « certaines », « nécessaires », « absolues », sans conditions restrictives [47, 69*-5'>, 97, 408, 529Î, 976, 1068, 1531*, 1532, (I-r)].
(Il-n)
Les sciences logico-expérimentales n'ont pas de principes « certains ». Les sciences non-logico-expérimentales ont de tels principes, auxquels elles donnent le nom de « principes naturels » ou « nécessaires », de • lois » considérées comme différentes des uniformités expérimentales, d'axiomes théologiques ou métaphysiques, etc. [55, 56, 90, 91, 642, 1068 : voir : Lois (uniformités). Métaphysique, Religion, etc.].
(II-o)
Les personnes qui cultivent les sciences non logico-expérimentales ne saisissent habituellement pas le caractère contingent des sciences logico-expérimentales, et raisonnent comme si ces sciences avaient aussi en vue un « absolu » quelconque, simplement différent de celui des sciences non logico-expérimentales [973].
Par conséquent elles s'imaginent que les sciences logico-expérimentales ont des dogmes, tels que celui-ci : le « \Tai » ne peut être connu que par l'expérience [16]; ou bien : le « vrai » expérimental est supérieur à d'autres « \Tais » [26, 46*, 69] ; ou encore : les théorèmes des sciences logico-expérimentales donnent la « certitude » ; ils nous font connaître des « lois » et non de simples uniformités expérimentales ; «tout» peut s'expliquer par r «expérience » [déterminisme]. On ne parvient pas à leur faire comprendre qu'un tel énoncé suffit pour montrer qu'il ne peut être celui d'un théorème logicoexpérimental, dans lequel il n'y a jamais aucune place pour l'absolu que renferme le terme « tout » [88, 528* à 532, 976, 1531* ; voir : Lois (uniformités). Vérité, Dérioaiions, Déterminisme, etc.].
(II-p)
Les théories logico-expérimentales sont dans un continuel Devenir ; elles procèdent par approximations successives.
Les théories non-logico-expérimentales atteignent habituellement du premier coup un état qui paraît à leurs fidèles devoir être immuable, bien qu'en fait il change avec les auteurs et les fidèles l69*-9°, 91, 92, 106, 107, 144, 826, 1531*.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
2410 ; voir : Approximalions successives. Faits. Concret, Ondulations, etc.].
Les sciences logico-expérimentales séparent l'analj'se de la synthèse (I-p). Cliacune d'entre elles est essentiellement ana- Iji;ique : elle détache les différentes parties d'un phénomène concret, et les étudie séparément. On procède à la synthèse en unissant les conclusions de plusieurs de ces parties (I-p). Les mouvements réels sont toujours considérés séparément des mouvements virtuels, l'étude de ce qui est, de l'étude de ce qui doit être [pour atteindre un but déterminé]. Les sciences non logico-expérimentales tendent à unir l'analyse et la synthèse, à les confondre, sans même que les auteurs de ces sciences se rendent compte qu'il y a lieu de considérer à part l'analyse et la synthèse.
Ils ne distinguent pas ou distinguent mal les mouvements réels des mouvements virtuels [voir : Mouvements]. Chacune de ces sciences prétend connaître entièrement, d'un seul coup, certains phénomènes ; et lorsque l'expérience démontre que cette prétention est vaine, cette science recourt à des subterfuges souvent puérils, tels que changer le sens des mots [voir : Valeur] ; ou bien admettre, au moins implicitement, que ce qui n'est pas devrait être ; ou encore chercher délibérément ce qui doit être. L'élément nonexpérimental réside dans le terme doit, employé d'une manière absolue, sans indication d'un but expérimental [10, 28"' à 32, 33 à 40, 69*, 253, 265, 277, 279, 297 à 299, 346, 483, 518, 605, 613, 701, 711, 804, 817*, 818, 845, 966* à 975, 1459, 1687, 1689. 2016, 2017, 2147, 2214, 2411, 2219 ; voir : Devoir, Empirisme, Pratique et théorie. Applications pratiques, Absolu et contingent, etc.].
(Il-r)
A elle seule, l'économie ne peut donner une théorie de la valeur, du capital, de l'intérêt, de la protection, etc., si par ces termes on entend des phénomènes concrets. Il est nécessaire d'ajouter les conclusions d'autres sciences (I-p). De même, la comptabilité ne peut, à elle seule, donner une théorie du commerce concret.
ni la thermodynamique une théorie des machines à vapeur concrètes, etc. [35, 36, 38, 2022* à 2024, 2219*].
(Il-*)
Dans les sciences non logico-expérimentales, pour la connaissance du phénomène concret, la synthèse doit suivre l'analyse. C'est pourquoi, lorsqu'il arrive que l'une des sciences logico-expérimentales n'explique pas entièrement un phénomène, il est nécessaire de la compléter à l'aide d'autres théories, et non de la rejeter ni de tenter de la compléter au moyen d'une synthèse arbitraire en changeant le sens des termes employés, ou en divaguant dans le domaine non-expérimental. Au contraire, cette voie est habituellement suivie par les personnes qui ne sont pas accoutumées à raisonner suivant les méthodes des sciences logico-expérimentales, et parfois aussi par les personnes auxquelles ces méthodes sont familières dans les sciences naturelles, mais qui se laissent entraîner par le sentiment et par les intérêts, dans les sciences économiques ou sociales [33* à 39, 2017* à 2024 ; voir : Dérivations].