Le défaut des définitions des entités métaphysiques em
iuste indique simplement certains sentiments des hommes qui l'emploient, et qu'il est donc peu précis comme le sont aussi ces sentiments.
436 > Pufendorf-Barbkyrag ; Le dr. de la nat. et des gens, II, .S, 15 : «...nous n'aurons pas beaucoup de peine à découvrir le véritable fondement du Droit Naturel... Voici donc la Loi fondamentale du Droit Naturel : c'est que chacun doit être porté à former et entretenir, autant qu'il dépend de lui, une Société paisible avec tous les autres, conformément à la constitution et au but de tout le Genre Humain sans exception. [Cela deviendra plus tard la loi universelle de Kant]. Et comme quiconque oblige à une certaine fin, oblige en même tems aux moyens sans quoi on ne sauroit l'obtenir, il s'ensuit de là, que tout ce qui contribue nécessairement à cette Sociabilité universelle, doit être tenu pour prescrit par le Droit naturel, et tout ce qui la trouble, doit au contraire être censé défendu par le même droit ».
ployées dans l'étude du droit naturel, n'échappe souvent pas aux auteurs, et chacun s'ingénie, hélas ! avec peu de succès, à trouver une meilleure définition.
439. Voici Burlamaqui, qui déclare vouloir employer la méthode expérimentale et dit ^ : « On parle beaucoup de Viitile, du juste, de Vhonnête, de Y ordre et de la convenance ; mais le plus souvent on ne définit point ces différentes notions d'une manière précise.... Ce défaut de précision ne peut que laisser dans le discours de la confusion et de l'embarras ; si l'on veut faire naître la lumière,^ il faut bien distinguer et bien définir ». Bravo ! Ecoutons-le donc un peu, lui qui nous donnera des définitions claires et précises. Sachez que « (II, 8, 2) une action utile est celle qui, par elle-même, tend à la conservation et à la perfection de l'homme ». Notez ici l'équivoque de l'impersonnel : ihomme. Si l'on disait d'un hommes on pourrait répondre que ce qui tend à la conservation et à la perfection d'un voleur, c'est de savoir voler avec adresse ; mais on ne peut le dire de l'homme en général. Reste encore à démontrer que ce qui est utile à l'homme en général est aussi utile à l'homme en particulier, puisque c'est à lui que le discours s'adresse. Mais l'auteur ne s'en soucie pas.
Une action est dite honnête, quand elle est considérée comme « conforme aux maximes de la droite raison [comment distinguer la droite raison de celle qui n'est pas droite?!, conforme à la dignité de notre nature qu'est-ce que cette nouvelle entité? , méritant par là l'approbation des hommes [et s'il y a des gens qui l'approuvent et d'autres qui la désapprouvent? , et procurant en conséquence à celui qui la fait, de la considération, de l'estime et de l'honneur [parmi les peuples guerriers, c'est l'apanage de celui qui a tué le plus grand nombre d'ennemis; parmi les anthropophages, de qui en a mangé le plus] ». On appelle ordre : « la disposition de plusieurs choses, relative à un certain but, et proportionnée à l'effet que l'on veut produire. » Enfin, il y a encore la convenance : « elle approche beaucoup de l'ordre même. C'est un rapport de conformité [qu'estce que cette conformité!] entre plusieurs choses, dont l'une est propre par elle-même à la conservation et à la perfection de l'autre [qu'est-ce que cette joer/ec/ion?], et contribue à la maintenir dans un état bon et avantageux ^ [bon pour qui? avantageux pour qui?;. Par exemple, un poison qui ne laisse pas de traces est « propre à la conservation et à la perfection » de qui veut empoisonner son
439 > Burlamaqui ; Princip. du dr. de la nat. et des gens, II' part., chap. 8, | 2.
§440-441 LKS THhouiKS gi i dki'asskm i/hXPhHiKNt i 'l'.y.i
prochain, et le maintient dans un état « bon et avantageux » pour lui; mais on ne peut dire qu'il soit « propre à la conservation et à la perfection » de qui est empoisonné, et qu'il le maintienne dans un état « bon et avantageux». On ne peut donc traiter, dans le sens donné par notre auteur, de la convenance en général, niais il faut dire par rapport à qui, en particulier.
440. Au contraire, l'auteur traite de tout objectivement et comme si ces entités avaient des existences indépendantes (§471). De plus, remarquez comment il emploie ses délinitions : « (II, 8, 3) Il ne faut donc pas confondre le juste, l'utile et l'honnête,.... Mais ces idées, quoique distinctes Tune et l'autre, n'ont cependant rien d'opposé entre elles : ce sont trois relations, qui peuvent toutes convenir et s'appliquer à une seule et même action considérée sous différens égards. Et même, si Ion remonte jusqu'à la première origine, on trouvera qu'elles dérivent toutes d'une source commune, ou d'un seul et même principe, comme trois branches sortent du même tronc. Ce principe général, c'est ïapprobation de la raison... ». Etait-il vraiment besoin d'un si long détour pour arriver enfin à dame Raison, présentée tant de fois déjà comme la mère du droit naturel ?
441. Vattel laisse de côté la droite raison; mais nous n'y gagnons pas grand'chose, car un certain bonheur, encore plus inconnu, apparaît à son tour. L'auteur dit ' : « (I, p. 39) Le droit naturel est la science des lois de la nature il se confondrait donc avec la chimie, la physique, l'astronomie, la biologie, etc., qui sont certainement des lois de la nature? Non, parce que l'auteur change brusquement de roule , de ces lois que la nature impose aux hommes, ou auxquelles ils sont soumis par cela même qu'ils sont hommes; science dont le premier principe (p. 40) est cette vérité de sentiment que peut bien être cette entité?], cet axiome incontestable [et si quelque hérétique le contestait?] : La grande fin de tout être doué d'intelligence et de sentiment est le bonheur». Mais quel bonheur? Celui du « destructeur de villes » n'est certainement pas celui des citoyens tués. Celui du voleur n'est pas celui du volé. Il s'agit donc ici d'un certain bonheur spécial, et l'on ne dit pas en quoi il se distingue de ce qui porte ordinairement ce nom. Ce bonheur spécial s'appelle souvent : vrai bonheur; mais cet adjectif ne nous fait guère approcher de la réalité expérimentale. Le blâme et les injures contre ceux qui refusent de reconnaître ce bonheur ne servent à rien non
4U • Vattel ; Le droit des gens, t. I.
plus. « (p. 40) Il n'est point d'homme, quelles que soient ses idées sur l'origine des choses, eût-il même le malheur d'être athée, qui ne doive se soumettre aux lois de la nature. Elles sont nécessaires au commun bonheur des hommes. Celui qui les rejetterait, qui les mépriserait hautement, se déclarerait par cela même l'ennemi du genre humain, et mériterait d'être traité comme tel » (§ 593). Mettre un homme en prison ou le brûler n'est malheureusement pas une démonstration logico-expérimentale.
442. Toutes ces définitions et d'autres semblables ont les caractères suivants : 1° elles emploient des termes indéterminés, qui font naître certains sentiments, mais qui ne correspondent à rien de précis (| 380, 387, 490); 2° elles définissent l'inconnu par l'inconnu ; 3" elles mélangent des définitions et des théorèmes qu'elles ne démontrent pas ; 4" leur but est en somme d'exciter autant que possible les sentiments, pour amener à un but déjà déterminé la personne à laquelle on s'adresse.
443. Selden ^ commence par observer que les auteurs qui se sont occupés du droit naturel lui ont assigné quatre origines différentes : 1° ce qui est commun à tous les êtres vivants ; 2° ou bien à toutes les nations ou au plus grand nombre d'entre elles; 3» la raison naturelle et son droit usage; 4» enfin la Nature, et par conséquent la raison naturelle des ancêtres, c'est-à-dire l'autorité et les préceptes des dieux sacro-saints. Il repousse les trois premières et n'accepte que la quatrième, en la réduisant à la raison naturelle des Hébreux et à l'autorité de leur Dieu.