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lit même du torrent et qui, depuis le barrage monumental en maçonnerie jusqu'au simple clayonnage, soutiennent la montagne de la base au sommet. Tous ces ouvrages d'art sont du domaine du constructeur; mais le forestier qui les conduit a souvent besoin de faire œuvre de sylviculteur, pour consolider et défendre immédiatement ses travaux.
Il en est ainsi quand il installe des bairages vivants. Ce sont de fortes boutures ou plançons qui, tout en remplissant le rôle de pieux dans la carcasse des ouvrages, sont destinés à s'enraciner de telle sorte que la vie les entretienne et augmente, par leur grossissement, la résistance à la poussée des matériaux qui s'accumulent à leur pied.
S'agit-il de fixer des berges fraîchement décapées ou des talus en voie de règlement, on a recours à des plantations qui prennent alors le caractère de fascinages vivants, dont la disposition varie suivant les circonstances.
Le plus souvent on ouvre dans les berges une suite de rigoles horizontales d'une largeur proportionnée à la nature plus ou moins meuble du terrain et éloignées en raison des pentes qui atteignent parfois 100 et 120 p. 100. Pour ouvrir ces rigoles destinées à recevoir les plants à élever en haies de soutien, le regretté M. Couturier, alors qu'il était chef de service dans les Basses-Alpes, a imaginé le procédé suivant : dans la partie la plus basse de la berge, on creuse une première jauge en rejetant les déblais dans le fond du ravin. Sur le plafond réglé en revers, on place horizontalement une série de plants assez rapprochéspour qu'ils puissent remplir le rôle de haie vive. Aussitôt ces dispositions prises dans la rigole inférieure, on creuse, immédiatement au-dessus, une seconde jauge semblable dont les déblais sont utilisés pour combler la première et régler le talus dans sa pente d'équilibre. Ainsi de suite jusqu'au sommet de la berge. Les jeunes plants ainsi disposés dans une terre meuble poussent avec vigueur, et, de suite, ils retiennent le sol dont on facilite encore la consolidation par des enherbements en touffes. Le p2Tinier de Bnançon est l'espèce la plus employée pour les travaux de ce genre.
Enfin, autour de cliaque ouvrage et sur les atterrissements, on
plante des aunes blancs (A. incana)^ des saules pourpres ou bleuâtres (S. purpurea, cœsia)^ des hippophaés (H. rhamnoides) , etc., toutes essences soit drageonnantes, soit susceptibles d'être propagées par boutures et par marcottes. Ces plantations traitées en menustaillis préservent parfaitement le thalweg contre les érosions et fournissent à chaque recepage des matériaux qui seront utilisés avec profit dans tous les chantiers, sous forme de pieux, fascmes, etc.. Les pentes les moins déclives, en dehors des parties submersibles, sont plantées au moyen de ces mêmes espèces, par le mode dit c en corbeille > (405).
Toutes les grandes formes exigeantes, peupliers, frênes, ormes, qu'on avait cru pouvoir planter en semblables conditions, n'ont pas donné les résultats qu'on en attendait ; malgré une reprise assez générale, leur végétation est restée languissante.
437. Les boisements proprement dits. — En même temps que l'exécution des ouvrages d'art est poussée vigoureusement, on s'occupe avec activité de fixer les surfaces relativement stables dans l'ensemble du périmètre délimité.
On sait que, dans les pentes, la terre nue n'offre aucune résistance à l'érosion des eaux pluviales ou sauvages, et que la végétation, sous forme de forêts, de broussailles ou d'herbages, est seule capable de rendre au sol son armure protectrice. Ce champ d'action appartient exclusivement au forestierireboiseur.
Avant de passer à l'exécution, il est de la plus grande importance de déterminer, dès l'origine, le but qu'on se propose d'atteindre : gazonnement, broussaillement ou boisement, sans jamais le perdre de vue dans la suite. Il demeure d'ailleurs entendu que toute surface appartenant au périmètre sera scrupuleusement mise en défend. Dans les terrains stables, cette précaution suffit souvent pour ramener une végétation spontanée dont l'effet est de donner une première protection au sol. Mais dans les terrains instables, ce serait mie chimère d'attendre aucun résultat utile de ce côté ; car ces terrains, sans cesse ravinés par les eaux, ne s'enherbent pas naturellement, et l'absence de végétation expulse en tout temps le bétail de ces régions désolées.
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438. Traitement des parties stables. — Pour procéder au boisement (les parties fixes et conservant encore quelques vestiges de végétation, on commence par receper toutes les broussailles ligneuse^ fatiguées par la dent du bétail. Puis, on distribue avec soin les ouvriers planteurs ou semeurs ; car, dans ces travaux, la bonne organisation des chantiers et leur surveillance constante est la seule garantie pour assurer la réussite et éviter le gaspillage. Qu'on opère par semis ou par plantations, le sol doit être préparé par une forte culture avec défoncement dans les formes connues — bandes alternes continues ou brisées, trous, potets, corbeilles, etc.. La seule précaution à prendre est de donner au plafond des cultures un léger devers du côté d'amont pour retenir les eaux et éviter les ravinements. Quelquefois même, au-dessus des rigoles ou potets, on trace deux sillons de captage destinés à ramener les eaux dans les parties défoncées. La préparation du sol a pour but de prévenir la sécheresse qui est l'ennemi redoutable dans la plus grande étendue de ces régions. L'opération est d'autant plus indispensable que les stations sont plus chaudes et plus basses; son importance décroît, en raison de l'altitude, et même il y a lieu de s'abstenir dans les stations froides et très froides, où le déchaussement sous l'influence du gel et du dégel est à craindre. La limite de l'urgence du défoncement est marquée par la zone où l'herbe reste verte pendant toute l'année.
Les plantations se font, le plus souvent, au printemps avec des jeunes sujets élevés en pépinières. Les résineux s'emploient surtout pour former les massifs dans les surfaces solides en pente régulière, entre les berges des torrents ou ravins. Les feuillus sont localisés dans le fond des ravins et partout où il y a chance de rencontrer un peu de fraîcheur. Les différentes espèces locales sont utilisées suivant les qualités du sol, l'altitude ou l'exposition, et ce n'est pas le moindre talent du directeur des travaux que de savoir faire ainsi varier les essences pour mettre chacune à sa place ^
En terrain préparé, les semis se font à l'araire pour les grosses graines (glands, châtaignes) , en rigoles tracées à la pioche pour
1. Le périroèire de Luz-la*Crotx-Haute (DrAme), reboisé sous la direction de M. le conservateur des forêts Darcy, est particulièrement remarquable k ce point de vue.
les autres semences. En terrain non préparé^ quand les circonstances le permettent, on sème sur la neige (346) ; mais, le plus souvent, on opère par potets dont la surface est simplement pelée et ameublie, en ayant soin d'en choisir les places en amont de buissons ligneux ou de touffes de gazon, dans le petit bourrelet de terre végétale qui s'y forme.
On peut se. contenter, quand le sol est enherbé, de percer des trous au pic en plein gazon ; ces trous sont remplis de terre meuble et on y sème quelques graines. Ënfm, dans les pelouses, on creuse aussi des sortes de godets au hache-pré, en enlevant à la surface un petit gazon en forme de coin; on émiette la terre mise à nu et on y jette quelques graines.
439. Traitement des parties mouvantes. — Parallèlement au boisement des terres solides, on s'occupe des parties nues et mouvantes. C'est là que se rencontrent les principales difiScultés. En semblable circonstance, il s'agit bien moins de créer des forêts et des pâtures que de fixer rapidement le sol. Les végétaux robustes, de croissance rapide, traçants ou drageonnants, ligneux ou herbacés, peu impoite, mais, en tous cas, vivaces, sont seuls convenables pour atteindre ce but : saules, sumacs, hippopbaé, corroyère, bugrane, sainfoin des Alpes, valériane aux racines puissantes et charnues, tout est bon pour créer un premier revêtement dont on active l'expansion par le marcottage des brins traînants. C'est seulement quand un tel broussaillemenl aura accompli son œuvre de fixation qu'il sera possible de tenter l'installation définitive de la forêt.
Si, à la rigueur, la réussite de quelques espèces forestières semblait possible, on a recours à Venherbement pour fixer la terre entre les potets. On procède par sillons horizontaux, espacés de 4 ",50 à 2 mètres, suivant les cas. Chacun de ces sillons ne tarde pas à former une petite haie de verdure qui soutient la terre et tue la vitesse d'écoulement des eaux superficielles.
440. Traitement des terres noires. — Les marnes généralement confondues sous le nom de terres noires, quelles (|ue soient leur coloration et la formation géologique à laquelle elles appartiennent, sont
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particulièrement réfraclaires à la végétation, et leur présence, en assises puissantes sur un très grand nombre de points, constitue un des principaux obstacles à vaincre dans l'œuvre si difficile du reboisement des Alpes. Ces terres noires, mises à nu par Térosion des eaux, apparaissent avec leur composition primitive, telles qu'elles ont été déposées en des âges où les conditions de la vie, à la surface du globe, étaient bien différentes de celles de nos jours ; elles sont tassées, schisteuses, et c'est dans leur masse affouillable que les torrents les plus dangereux , creusant les gouffres qui leur servent de lit, récoltent les matériaux qui portent avec eux la dévastation.
Outre leur instabilité, ces marnes présentent un grave inconvé* nient : à cause de la grande quantité de pyrite qu'elles renferment, elles absorbent tout l'oxygène disponible dans le sol pour transformer les sulfures de fer en sulfates. Ceux-ci, sans grande fixité, se décomposent ; le fer devenu libre s'hydrate, et l'acide sulfurîque se combine avec les bases pour former les efflorescences blanches, calcaires ou magnésiennes qui caractérisent la contrée. Aussi, pour acquérir une force productive qui les rende capables de noun'ir la flore actuelle, il est nécessaire qu'elles subissent une certaine préparation par l'exposition aux agents atmosphériques : elles ont besoin de s'aérer, de respirer, pour ainsi dire. Une telle transformation ne se fait pas en un jour. D'ailleurs on la voit s'accomplir lentement, de proche en proche, sur les emplacements que leur peu de déclivité met à l'abri des érosions et des éboulements continus ; avec le temps, leur coloration noire va sans cesse en s'atténuant pour se rapprocher des tons ocreux du fer hydroxydé.
Quoi qu'on fasse, on ne réussira jamais à planter les grandes espèces Ugneuses dans une terre noire fraîchement décapée. En cela, il faut encore, suivre les indications de la nature, c'est-à-dire commencer par les espèces inférieures les plus rustiques; à mesure que la terre perd son poison, elle accepte des végétaux d'un ordre d'autant plus élevé que la couche désinfectée est elle-même plus profonde. On peut ainsi mesurer l'instant où on pourra lui confier des arbres à nourrir.
Dès que les pentes s'accentuent, notamment sur toutes les berges des ravins, la surface est entraînée d'autant plus facilement qu'elle est plus ameublie par l'aération ; c'est toujours la même marne vierge.
réfi*actaire, qui revicnl en affleurement. Alors, il faut à tout prix empêcher la terre végétale de s'écrouler au fur el à mesure de sa formation. Dans ce but, on cherche, autant que possible, à installer la végétation dans le fond même de chaque ravin afin d'arrêter les aflbuillements. Pour cela, on commence par tuer la vitesse d'écoulement des eaux par des fascinages, des barrages rustiques qui transforment les pentes régulières en une suite de petits ressauts, entre chacun desquels, sur les plates-formes d'alterrissement, on bouture, on plante, on sème, on gazonne suivant les cas, en apportant à ces travaux tous les soins désirables.
Quand la proximité d'un peuplement forestier rend la chose possible, on fait mieux encore. Au moyen de produits provenant des éclaircies, on recouvre tout le fond des ravins de menus brins encore munis de leur feuillage, disposés bout à bout, dans le sens de leur longueur et la cime vers l'amont. La terre végétale fine et meuble, provenant du lavage des berges, s'arrête dans les interstices des feuilles et des ramilles; celles-ci, en pourrissant, se transforment elles-mêmes en terreau, et l'ensemble constitue un compost éminemment favorable au développement des plantes herbacées ou ligneuses qui s'y jettent naturellement ou qu'on y introduit avec succès. De ces coulées de verdure, on voit, suivant l'heureuse expression de M. Carrière qui a traité de cette façon la Combe désolée d'Alavar (périmètre de Seyne), on voit la végétation c monter à l'assaut des berges » qui sont bientôt fixées à leur tour. Là, comme dans la dune, le problème est résolu par l'installation artificielle d'une couverture morte qui prépare et protège les éléments de la forêt future.
441. Les enherbements. — En tout état de choses, VenherbemerU est une opération auxiliaire du boisement , et il ne faut pas le confondre avec le gazonnement qui s'entend de la création de pâtures permanentes, et s'exécute seulement dans les régions alpines, aux limites de la végétation ligneuse.
L'enherbement fournit aux jeunes plants naissants un abri tutélaire contre la sécheresse dans les surfaces stables. C'est aussi le meilleur moyen d'éviter le déchaussement. Pour tous ces usages, le sainfoin ou Vesparcette rend les plus utiles semces. En terrains préparés, il
s'emploie, soit en mélange avec la graine forestière, soit sous forme de rigoles entre les lignes de plantations ou de semis.
Dans les terres noires, on a recours à des mélanges de sainfoin avec de la fenasse : semence d'herbes comprenant principalement les espèces suivantes :
Calamagrostis argentée {Calamagrostis argentea), la féluque bleue (Festuca cœrulea), le chiendent {Triticiim repen$)y le brome des prés (Bromus erectus)^ la houque molle (Holctcs mollis), le fromental {Avma elatior) et la pimprenelle (Eupatorium sanguisorba).
Dans les régfons chaudes et tempérées, les travaux de semis et d'enherbement peuvent se faire indifféremment à l'automne et au commencement du printemps; dans celles froides ou très froides, ils ne se font qu'au printemps, aussitôt après la fonte des neiges, quand la terre est imbibée d'eau , de telle sorte que les graines restent le moins longtemps possible sur le sol, sans germer.
442. Le gazonnement. — Le gazonnement ayant pour but de créer des alpages ou pelottses permanentes destinées à nourrir le bétail , n'est pas applicable indifféremment à toutes les altitudes des régions montagneuses. C'est seulement dans les grandes hauteurs avoisinant la limite de la végétation ligneuse, régions purement pastorales, que ces travaux peuvent fournir le degré d'utilité qu'on leur demande. Dans les régions plus basses , alpestres ou inférieures encore , le boisement s'impose davantage au fur et à mesure qu'on descend.
A tous ces points de vue, le gazonnement intéresse la production pastorale bien plus que la production forestière. Néanmoins, dans les régions montagneuses, il existe plus d'un point de contact entre ces deux modes d'exploitation du sol; el, sans sortir du cadre de ce traité, il est permis de faire ressortir les suivants :
Si on cherche à se rendre compte de l'origine de ces gazons naturels, de ces pelouses unies qui tapissent les flancs des montagnes au-dessus des forêts actuelles, tout indique qu'elles n'ont pu s'installer que grâce à la protection de la végétation ligneuse. Celle-ci a disparu par le fait de l'komm^ qui a méconnu les lois de la nature en exploitant les forêts d'une manière désordonnée et en abusant d'elles avec une imprévoyance coupable. C'est ainsi que la limite
actuelle des forêLs ne doit pas être considérée comme réelle, mais comme artificielle : les arbres épars et les souches recouvertes qu'on retrouve dans toutes les pâtures en font foi.
Ces pelouses ne se reforment plus sur les terrains nus, et celles qui existent encore sont destinées, si Thomme n'y prend garde, à disparaître à leur tour et à suivre la loi d'abaissement que son égoïsme a déjà imposée aux forêts.
Dans les Alpes de la Provence, par suite du climat sec qui carac-^ térise cette région, la création de nouvelles pelouses sur les terrains supérieurs absolument dénudés ne peut être assurée que par l'intermédiaire de la forêt.
On constate, en effet, que les plantes herbacées qui végètent audessus de la limite réelle imposée à la végétation ligneuse par la température du lieu, ne forment pas des gazons sérieusement exploitables et susceplibles de protéger le sol contre les influences météoriques. C'est en poussant le reboisement jusqu'à cette limite qu'on peut espérer ramener la pelouse partout où le sol est dénudé et assurer la consolidation des terres dans les régions les plus élevées du bassin de réception.
Telles sont du moins les conclusions auxquelles s'est arrêté M. Demontzey dans son XI* chapitre, intitulé Travaux de gazonixement. Il suffit d'ailleurs de constater la présence du beau gazon qui tapisse le sol de toutes les forêts de mélèze, même celles de récente création, pour être convaincu de ce fait.
443. Conclusion. — Tout en constatant l'efficacité des moyens d'action, la parfaite exécution des travaux et Timportance des résultats obtenus sous Thabile direction du service forestier, il est permis d'appeler, une fois encore (417), l'attention du personnel sur une série de faits dont la gravité s'accroît de jour en jour.
En même temps que Toeuvre du reboisement se poursuit en France, des ennemis jusqu'alors inconnus ou , du moins, méprisés comme inoffensifs, se montrent partout. Leurs attaques prennent un caractère inquiétant. Du Nord au Midi, on n'entend plus parler que d'insectes, de champignons qui détruisent, en totalité ou en partie, les jeunes forêts créées à grands frais et sur lesquelles on fondait les plus belles
espérances. Sous une forme animale ou sous une forme végétale, chaque essence artificiellement installée semble porter en elle son parasite, sorte de phylloxéra, qui s'attache à sa perte. Les espèces exotiques, celles étrangères à la région, sont plus particulièrement atteintes; on dirait que le climat, à la rigueur suffisant pour qu'elles puissent s'en accommoder, est particulièrement favorable au développement de leurs ennemis.
Le moment semble venu de couper court au mal, par la reconstitution de la foret spontanée. Sans attendre qu'on y soit contraint par la force majeure, il faut profiter du premier abri, de la première couche de terreau fournis par le boisement pour installer en mélange les espèces de la région. Le pin noir d'Autriche, par exemple, qu'on pouvait à bon droit considérer comme une essence définitive, ne sera probablement qu'un auxiliaire utile, mais provisoire. Dans les Alpes de la Provence, comme dans les Pyrénées, il est à craindre que, son rôle d'introduction à la forêt étant accompli, il ne soit voué à une élimination prochaine. Les premiers symptômes du mal se manifestent partout; les arbres périssent d'abord isolément, puis apparaissent des vides, des clairières plus ou moins étendus. Pour les combler, il serait peut-être dangereux d'avoir recours au pin sylvestre ou au pin de montagne qui, attaqués par les mêmes parasites que le laricio, seraient infestés par lui. Dans ces stations, il ne faut pas non plus compter sur l'épicéa, qui y semble sorti de son aire. Le mieux , partout où cela sera possible, sera de créer des sous-bois de feuillus, le hêtre étant toujours l'essence la plus précieuse. A défaut de hêtre, le sapin formera d'excellents sous-étages dans les stations moyennes ; enfin, dans les plus grandes altitudes, le mélèze, dont les parasites lui appartiennent en propre, est toujours indiqué pour remettre en état de production les espaces de quelque étendue.
J 2. — FixaUon des dunes,
444. Les dunes maritimes. — Le long du littoral de l'Atlantique, de Bayonne à Dunkerque, partout où la mer n'est pas brisée par des falaises, elle dépose sans cesse, sur les plages basses, des sables sili-
BOISEMENT DES TERRAINS NUS. Ai\)
ceux, blancs, fins, provenant de matériaux triturés lors des mouvements du flux et du reflux. La tempête soulève ces sables mobiles, les chasse vers l'intérieur où ils s'accumulent en chaînes de CQllines voyageuses, tantôt parallèles au littoral, tantôt confusément orientées, en tous cas, donnant à la contrée ce relief particulier auquel on a donné le nom de dunes.
Entre chacune de ces chaînes s'étendent les leltes, sorte de vallées marécageuses, errantes comme les dunes, et dont les eaux malsaines, refoulées dans le mouvement général de transport, inondent les terres fermes en même temps qu'elles charrient la fièvre.
L'accumulation des eaux dans les lettes tient à la constitution toute particulière du sable cru qui constitue la duite blanche. Dans leur mouvement de translation , ces grains lavés , presque chimiquement purs, se dessèchent à la façon des poussières atmosphériques et se déposent absolument privés de leur eau globulaire. On sait que de tels milieux restent longtemps imperméables (36) ; aussi toutes les eaux pluviales qui tombent sur les pentes s'écoulent rapidement vers le fond des cuvettes où elles sont retenues par des causes semblables. Parfois le dessèchement rend les matériaux de transport tellement réfractaires à la capillarité, qu'ils peuvent se déposer en couches assez épaisses à la surface des eaux tranquilles pour former les blouses, dont l'aspect trompeur a été fatal à plus d'un voyageur imprudent.
Aussitôt que le boisement a revêtu la surface de cette couverture forestière dont on connaît les propriétés hygrométriques, en même temps que diflusé la matière organique dans les couches plus profondes, le régime des eaux reprend son cours d'infiltration normal. L'assainissement des lettes devient ainsi la conséquence nécessaire du boisement des dunes.
445. Les dunes continentales. — D'ailleurs les effets du phénomène éolien qui préside à la formation et au déplacement des dunes ne sont pas limités aux plages maritimes. Sur les différents points de l'immense désert qui s'étend des confins delà Sibérie au cap Vert, en passant par lesplateaux Iraniens et Touraniens, par la Perse, l'Arabie, le Sahara et le Soudan, le sable s'accumule aussi en dunes. Les oasis
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du sud de TAlgérie et de la Tunisie sont parliculièrement exposées à des ensablements de celle origine \
Bien que les mouvements de ces dunes continentales n'aftectcnl pas les allures régulières des dunes marines, les moyens pour les combattre sont à peu près partout les mêmes et les remarquables travaux exécutés sur les côtes de France peuvent semr de modèle en toutes situations.
446. Les moyens d'action. — Le boisement est le seul procédé efficace pour fixer les dunes. Comme pour la restauration des montagnes, la loi devait intervenir en vue de donner à l'opération son caractère obligatoire*. D'ailleurs dans Tune comme dans l'autre de ces entreprises, il y. a deux parts à faire r Arrêter les masses, puis fixer les surfaces. Le premier de ces résultats est obtenu par la création de la dune liUorale et le second par le boisement de la dune blanche.
447. La dune littorale. — Sans cesse renouvelée par les apports inépuisables de l'Océan, la masse des sables poussés par le vent de mer remonte les pentes assez faibles que présentent les collines du côté du rivage. Elle s'accumule sur les sommets d'où elle s'éboule, en vertu de son poids, suivant des profils atteignant 45 degrés et plus, à cause du manque de cohésion des matériaux. La base de ce talus s'avance ainsi continuellement vers les terres avec des vitesses variables suivant les années et les saisons, mais pouvant atteindre 12 et même 20 mètres en une année. Aucun obstacle ne peut arrêter la marche de ces collines envahissantes dont la hauteur dépasse parfois 70 à 80 mètres : forêts, villages et clochers qui se rencontrent sur leur passage, disparaissent ensablés.
Pour combattre le fléau, il faut l'étoufler à sa naissance. La question a été posée à la fin du siècle dernier par l'inspecteur général des ponts et chaussées Brémontier. En imaginant les procé-
i. Baraban, A travers la Tunisie. (Revue des eaux et forêts, 1886.) 2. Décret-ioi du 14 décembre 1810, relatif k la plantation des dunes.
Ordonnances des 15 Juillet 1818, S mal 1810, contenant règlement des digues et dunes du Pas-de-Calais.
dés de plantalion sur les sables errants, le bienfaiteur des Landes s'est acquis des droits à la reconnaissance de ses concitoyens. Le premier aussi, il avait eu l'idée de préserver ses semis au moyen de la dune artificielle. Mais le problème ne devait être résolu que plus tard.
En deux mots, la dune de défense ou dune littorale se construit de la manière suivante ^ :
A 50 ou 80 mètres de la laisse des hautes eaux, parallèlement au rivage, c'est-à-dire perpendiculairement à la direction du vent, on place une palissade formée de madriers d'une largeur de 12 centimètres et d'une épaisseur de 3 centimètres ; ces madriers sont profondément enfoncés dans le sable avec une saillie de 1 mètre audessus du soi ; ils sont espacés les uns des autres de 2à3 centimètres. A la suite de chaque tempête, le sable, poussé par le vent, s'accumule devant la palissade et coule de l'autre côté par les vides laissés entre les planches ; suivant la dimension des grains, l'équilibre s'établit plus ou moins facilement entre les dépôts des deux aspects. Mais, contrairement à ce qui se passe dans la dune naturelle, l'inclinaison est assez forte sur le talus du côté de la mer, tandis qu'à l'opposé la pente s'allonge bien davantage, une partie du sable Jetant entraînée, par la force du vent, en arrière de la palissade et plus ou moins loin suivant la grosseur des grains. Lorsque les madriers sont enfouis presque jusqu'au sommet, on les relève et l'opération suit son cours jusqu'à ce que la dune ait atteint la hauteur voulue : en général, 10 à 12 mètres au-dessus du niveau de la haute mer.
C'est ainsi que le vent, dompté par l'homme, travaille lui-même à élever l'obstacle qui détruira les effets nuisibles de sa force d'entraînement : tout comme la vapeur, il actionne en même temps les freins et les moteurs.
Sur les côtes sinueuses, en pointe, exposées à tous les vents violents, on est conduit à considérer les effets combinés de ces vents pour en calculer la résultante et placer les premiers travaux à l'ori-
i. Pour plus de détails, voir les articles publiés par MM. (Soursaud, Revue des eaux et forêts, tome XIX, 1880, et Grandjean, Revue des eaux et forêts, tome XXVI,
gine de raclion de celte force. Il en est ainsi à la dune de la Coubre (Charente-Inférieure) * ; il en sera de même, à plus forte raison , quand il s*agira d'établir des dunes continentales de défense.
Tout en exhaussant les madriers, on se préoccupe de la forme la plus favorable à donner au profil de la dune. On surveille la marche des dépôts pour rectifier le travail, parfois peu précis, du vent, par des fascinages, des épis et autres moyens complémentaires. Enfin, le relief normal étant acquis, on fixe la surface en la plantant de touffes de gourbet (Calamagrosds arenacea). Cette précieuse graminée est l'auxiliaire indispensable auquel on a recours en toute occasion. Elle se propage par voie de boutures comme par voie de semis, lance ses drageons à de grandes dislances, et pousse de nouvelles racines au niveau du sol, à mesure que sa tige est ensablée.
La dune littorale étant ainsi achevée et garnie, il ne reste plus qu'à l'entretenir. Pour assurer la bonne conservation d*un ouvrage qui sera la sauvegarde contre tous les dangers à venir, une surveillance conslante est indispensable. Il faut, sans aucun retard, réparer les brèches ouvertes sur les flancs par les rafales de vent ou les paquets de mer de la dernière tempête. Dans les départements des Landes et de la Gironde, un personnel de cantonniers est spécialement préposé à la garde de la dune littorale, dont la plate-forme a été kilométrée pour faciliter la direction du service et la transmission des ordres.
448. Boisement de la dune blanche. — À l'abri de cette dune de défense et sans craindre de nouvelles invasions sableuses, on peut attaquer la dune blanche pour la reboiser.
Tout le système de fixation repose sur le principe suivant : Dans toute la masse de sable nu, susceptible d'être corrodée par le vent, le transport s'opère grain par grain, roulé à mesure que chacun, débarrassé de ceux qui le recouvraient, arrive à la surface pour être transporté à son tour. Dès lors, si on parvient à arrêter le
t. De Vasselot de Régné, Notice sur les dunes de la Coubre, Paris, Imprimerie nationale, 1878. "»
déplacement des grains à la superficie, il n'y a rien à craindre pour ceux qui sont au-dessous et la masse entière est fixée.
Les moyens imaginés par Brémontier pour obtenir cette immobilité première sont encore ceux employés aujourd'hui, sauf quelques . légères modifications dans les détails d'exécution. Ils consistent simplement à semer le pin maritime sotis couverture.
Pour empêcher les graines d'être entraînées avec le sable, on dispose sur toutes les surfaces ensemencées un revêtement de broussailles. Cette précaution est aussi nécessaire pour préserver les jeunes plants contre l'action des sables en mouvement ; car les arêtes vives des grains, sans cesse projetés contre les tiges naissantes, les usent au point que, ne pouvant plus soutenir leur tête, elles se renversent : c'est la mort pour le.plus grand nombre.
Dans la pratique, on distribue aussi régulièrement que possible, dans les espaces à semer, des amas de fagots, de broussailles, à raison de 2,500 environ par hectare. Ces fagots ont 1 mètre de circonférence mesurée à la hart, et 1 ",30 de longueur ; pour leur confection , la matière préférée est l'ajonc ; puis vient le genêt, ensuite les brandes, les bruyères, les branches de pin, les herbes grasses de chenaux ou marais salés, les rouches et roseaux des marais doux. Les épines, ronceSy fougères et bois blancs ne donnent qu'une protection insuffisante au sol, et sont rigoureusement exclus des fournitures.
Cette disposition prise, on sème à la volée, et sans autre préparation, un mélange de graines formé, pour un hectare, de :
Pin maritime 30 kilogr.
Ajonc 3 —
Genêt 3 —
Courbet 3 —
Graines diverses pour attirer les oiseaux insectivores 3 —
Cette formule est celle employée dans la dune de la Coubre. — Dans les chantiers des Landes, les quantités sont réduites à 10 kilogr. de pin maritime , 9 kilogr. de genêt et 4 kilogr. de gourbet.
Immédiatement après le répandage de la graine, on recouvre les