‹ Traité de sylvicultureChapitre 40 sur 128 · I. — Classification dbs olixats · texte numérisé non relu

I. — Classification dbs olixats

i2. Du climat en général. — On peut dire que le climat e^t la résultante des effets produits par l'ensemble des phénomènes atmosphériques dans un lieu déterminé.

Plus particulièrement, en ce qui concerne les végétaux qui sont astreints à passer leur existence sur le point même où leurs racines sont implantées dans le sol, la part d'influence du climat est prépondérante. Si on voulait se montrer rigoureux, la multiplicité des effets atmosphériques, la diversité des combinaisons dans lesquelles ils se manifestent, auraient pour résultat de créer autant de climats

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(lislincls qu'il y a de points observés. Mais, dans la pratique forestière, on peut se borner à signaler les principales causes perturbatrices que subit le climat géographique d'une région. Aussi , en tenant compte des eflets généraux dus à Tinfluence de la latitude , pour bien juger de l'aptitude forestière d'un climat, il suffit de faire intervenir les conditions locales suivantes : étal hygrométrique, altitude, exposition, vents dominants et état boisé,

13. État hygrométrique. — Le rôle réservé à l'eau dans le phénomène de la nutrition des plantes indique suffisamment que l'humidité est un des principaux facteurs de la végétation forestière. En effet , on demande aux forêts de produire du bois plutôt que des fruits savoureux et, à ce point de vue, l'humidité est plus efficace que la lumière et la chaleur. Mais l'humidité ne produit ses effets utiles que pendant la durée du fonctionnement des tissus actifs, et pour que la production ligneuse soit aussi grande que possible , il est nécessaire que la sécheresse ne vienne pas l'entraver pendant la saison de végétation. Il importe donc beaucoup moins, pour caractériser un climat, de considérer la quantité absolue de l'eau qui y tombe annuellement, que la manière dont ces précipitations sont réparties pendant chaque saison. Dès lors, tout climat dont les étés sont humides, bien qu'étant plus mal partagé sous le rapport de la lumière et de la chaleur, sera particulièrement favorable à la végétation forestière: aussi, la zone tempérée froide et les régions montagneuses ou maritimes sont la véritable patrie des belles et bonnes forêts.

14. Altitude. — Si, dans un même lieu, on s'élève au-dessus du niveau de la mer, la température s'abaisse dans une proportion telle qu'une différence de 180 mètres produit un effet analogue à celui de l'avancement de un degré vers le Nord. Sous une même latitude le climat sera d'autant plus froid que l'altitude sera plus considérable.

En même temps que la température s'abaisse , l'humidité relative augmente : comme conséquence , Tévaporation est ralentie et les pluies deviennent plus fréquentes ; la sécheresse est donc beaucoup

lu GOINSTITUTION NATURELLE DE LA FORÊT.

moins à redouter dans les hautes régions que dans celles plus basses. Ce fait représente, pour les forêts, un des avantages les plus importants des stations montagneuses.

L'altitude modifie également l'action des phénomènes lumineux. Si parfois, dans les montagnes, la lumière acquiert une intensité exceptionnelle, du moins, les brouillards et les nuages plus abondants qu'en plaine diminuent la somme de lumière annuellement répartie aux plantes.

15. Exposition. — L'exposition modiiie le climat d'un lieu dans des conditions à peu près constantes quelle que soit d'ailleurs sa latitude. Les pentes exposées à l'Ouest et au Midi reçoivent une somme de chaleur et de lumière variable suivant leur degré d'inclinaison, mais, en tout état de choses, plus grande que celles exposées à tous les autres aspects. Ces circonstances exagèrent les avantages et les inconvénients de la lumière et de la chaleur, c'est-à-dire que, sous l'influence d'une meilleure conservation de l'humidité du sol, on voit la végétation plus belle au Nord et à l'Est qu'au Sud et à l'Ouest, où un excès de chaleur amène souvent la sécheresse et, comme conséquence, une répartition différente des espèces avec production moindre; mais, par contre, les bois sont mieux lignifiés et les produits dérivés, tels que: les tanins et les résines, sont plus abondants et de meilleure qualité.

C'est surtout dans la basse montagne que l'influence de l'exposition est prépondérante. Elle est beaucoup moindre en plaine et en pays de collines, où les pentes sont moins longues et moins raides.

L'altitude diminue les efiets de l'exposition, si bien que, dans les hautes régions, vers la limite des neiges éternelles j ils sont à peine sensibles ; cela tient à ce qu'il y a partout une grande somme d'humidité, aussi bien au Midi qu'au Nord.

L'influence de l'exposition est d'autant plus marquée qu'on se rapproche davantage de l'équateur. Elle se fait sentir non seulement sur les différents aspects d'une même montagne, mais elle peut s'étendre à tout un système de vallées. C'est ainsi que, dans les grands massifs des Alpes et des Pyrénées, on constate (|ue la végétation Torestière est plus belle et se maintient mieux dans les vallées ou-

vertes au Nord et à TEst que dans celles qui descendent au Sud et à rOuest. Les vallées de la Suisse et de la Savoie sont plus vertes et mieux boisées que celles du Dauphiné, de la Provence et de l'Italie ; la même remarque peut se faire pour les versants français ou espagnols des Pyrénées.

16. Vents dominants. — Les courants aériens exercent sur le climat une action différente suivant les points de Thorizon d'où ils viennent, suivant la constance de cette direction et la violence avec laquelle ils soufflent.

En général, en France, les vents du Nord sont les plus froids, ceux de l'Est les plus secs , ceux de l'Ouest et du Midi les plus chauds et les plus chargés d'humidité. II est nécessaire de noter sur chaque point la direction du vent le plus violent, afin d'éviter les chablis dans la limite du possible; le moyen le plus eOicace consiste à réserver dans sa direction des massifs dits de protection (17).

17. État boisé. — Les grands massifs forestiers agissent sur la composition de l'air, en absorbant l'acide carbonique et en exhalant l'oxygène, et sur la température, en abaissant quelque peu la moyenne annuelle ; mais, en même temps, ils régularisent le climat en diminuant l'intensité des froids et des chaleurs extrêmes.

D'après les expériences poursuivies, pendant plus de 15 ans, par l'École forestière à la pépinière de Bellefontaine * , l'influence du grand massif de la Haye abaisse d'un demi -degré la température moyenne de l'année pour les régions touchant à la forêt. L'écart entre lès températures sous bois et hors bois est de 0%98, pour les minima, et de 1**,89, pour les maxima, de sorte que les maxima et les minima, dont la demi-somme produit la température moyenne, sont, sous bois, plus rapprochés de 2'*,87 que ne le sont ceux qui résultent des observations hors bois.

Puisque les forêts abaissent la température de l'air, elles facilitent la condensation des vapeurs; car, si deux couches d'air saturées et

1. Rapports de M. Mathieu, publiés par la Direction générale des forêts, annérs 1865 et suivantes.

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à des températures différentes se rencontrent , il y a toujours condensation et production d'eau; on sait, en effet, que la quantité maxima de vapeur que Pair peut contenir à une température déterminée s'accroît dans une proportion plus grande que la température. La transpiration des feuilles augmente aussi la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère environnante, par conséquent, l'état boisé d'une contrée active la chute des pluies et le dépôt des rosées.

En modifiant l'état hygrométrique d'un climat, la forêt le rend plus favorable à sa propre végétation : aussi est-il toujoui's avantageux de la cultiver en grande masse. Elle est non moins utile aux cultures agricoles dans les contrées chaudes et sèches , en ce sens qu'elle exerce dans l'intérieur des continents une influence analogue à celle de la mer sur les îles et les côtes.

Les grands arbres font obstacle aux vents dont ils brisent la violence. Leur influence protectrice est partout sensible, dans la plaine comme dans la montagne; mais c'est surtout vers les limites supérieures de la végétation que la forêt a besoin d'être défendue par la forêt. Partout, en pays de montagne, on constate que le déboisement des cimes les plus élevées fait descendre la végétation forestière de proche en proche. Les forêts restent régulièrement constituées tant que des abris les protègent ; mais, dès que ceux-ci viennent à disparaître , les peuplements vont sans cesse en se dégradant sous l'influence du vent dont ils sont seuls à supporter tous les efforts; de là résulte la nécessité de conserver avec soin des zones d'abri auxquelles on fait subir un traitement spécial entièrement subordonné au rôle que , par la force des choses, elles sont appelées à jouer. En plaine, ces zones sont également utiles; elles prennent alors la forme de rideaux forestiers, qui, s'étendant sur une largeur plus ou moins grande, suivant la violence des vents à craindre , protègent efficacement l'intérieur des massifs.

Dans les régions alpestres, les forêts font aussi obstacle à la formation des avalanches; elles s'opposent, par l'irrégularité de leur surface, aux premiers glissements de neige qui sont l'origine de ces désastreux accidents. Elles sont d'ailleurs impuissantes à arrêter l'avalanche dans sa chute ; car une fois la masse en mouvement, elle

brise tout sur son passage , et il n'y a pas de massifs forestiers assez denses pour lui résister.

18. Bases du classement adopté. — En agriculture, on distingue les climats par le nom des plantes qu'on y cultive le plus avantageusement. On dit, par exemple : le climat de l'olivier , du maïs , de la vigne, de la betterave, etc. On pourrait procéder de même pour les forêts, et cela avec d'autant plus de raison, que les espèces forestières indigènes sont elles-mêmes la résultante de tous les phénomènes météorologiques d'une série en quelque sorte indéfinie d'années; par leur longévité, elles ont eu à traverser les années les plus excessives : les hivers les plus rigoureux, comme les étés les plus secs. Par conséquent, les forêts spontanées qui sont l'œuvre de la nature , représentent la meilleure expression du climat d'un lieu *. Il serait donc naturel de dire : climat du charme, du sapin, du mélèze, du pin maritime, du chêne-liège, etc.

Cependant, dans un espace aussi restreint que celui occupé par la France, dont les limites ne s'étendent pas au delà de 13 degrés en longitude et de 8 degrés en latitude, un certain nombre d'espèces ligneuses, même parmi les plus utiles, sont susceptibles de s'accommoder des conditions climatériques qui se rencontrent sous les latitudes les plus extrêmes. Pour trouver des formes purement locales, on serait parfois conduit à les prendre parmi des arbrisseaux d'une importance tout à fait secondaire. 11 paraît, dès lors, plus rationnel de distinguer les climats par leur degré d'humidité pendant la saison de végétation.

A ce point de vue , deux grandes divisions naturelles s'imposent, ce sont : d'une part , le climxil de plaine, dans lequel la sécheresse est è craindre pendant une ou plusieurs saisons ; d'autre part, le climat de montagne, dans lequel l'humidité fait rarement défaut, quelle que soit l'époque de l'année. Toutefois , en admettant

1 . U n'en est pas de même pour la plapart des plantes agricoles qui sont introduites par Tbomme, soignées par lui, abritées au besoin pendant Thiver, et qui, enfln, peuvent être facilement remplacées, lorsqu'elles succombent, par rapport de semences étrangères.

20 CONSTITUTION NATURELLE DE LA b'ORÊT.

ce principe , il ne faudrait pas en exagérer l'application et fixer à une altitude invariable la ligne de démarcation entre ces deux régions , car la latitude et l'exposition créent vers leur point de rencontre une bande indécise d'une largeur quelquefois assez étendue. C'est seulement en tenant compte des circonstances locales qu'on pourra déterminer, sur chaque point, où finit le climat de plaine , où commence le climat de montagne. D'ailleurs, les zones forestières, il faut bien l'admettre, ne sont jamais bien franchement tranchées et, étant données les aires d'habitation spéciales à chaque espèce, à leur Umite elles se fondent entre elles et se pénètrent plus ou moins sur leurs bords, aussi bien les zones de plaine entre elles que chacune de celles-ci à l'égard des massifs montagneux qu'elles renferment.

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