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CHAPITRE XI

TRAITEMENT DES NÆVI

PAR E. GAUCHER ET C. BARBE Professeur agrégé à la Faculté Ancien interne de l'hôpital Saint-Louis. de Paris, Chef du laboratoire de dermatologie Médecin de l'hôpital Saint-Antoine. de l'hôpital Saint-Antoine. Divisions.

Les nævi, vulgairement appelés envies, sont des altérations cutanées localisées, congénitales, permanentes, dues soit au développement exagéré des vaisseaux, soit à une production anormale de pigment sur une surface limitée des téguments. Cependant tous les nævi ne sont pas congénitaux : quelques-uns ‘peuvent se développer tardivement, même plusieurs années après la naissance.

Les nævi se divisent done en deux grandes classes : les nævi pigmentaires el les nævi vasculaires.

Nævi pigmentaires.

Les nævi pigmentaires sont formés par des taches de pigment sans où avec épaississement de la peau sous-jacente: ils peuvent ètre glabres ou couverts de poils {n. pilaires). Ces

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nævi se subdivisent en nævi lisses, nævi verruqueux, nævi hypertrophiques (Kaposi); ces deux dernières variétés renferment quelquefois beaucoup de pigment, mais, dans d’autres cas, sont à peine teintées en gris jaunâtre. Voyons maintenant les différents procédés de traitement applicables à chacune de ces formes.

Les nævi lisses pourront être cautérisés avec les acides : nitrique, chlorhydrique, phénique, et mieux encore avec la pâte de Vienne. De tous les agents caustiques, la pâte de Vienne est certainement le meilleur. On pourra se servir aussi du thermo-cautère à pointe fine et mieux encore du galvano-cautère. L’électrolyse n'a pas donné de bons résultats. Il faut bien savoir que tous ces moyens laissent à leur suite une cicatrice plus ou moins visible, et le plus souvent il sera préférable de ne pas toucher à ces productions.

C'est pour les nevi verruqueux que l'électrolyse à donné de réels succès; nous donnerons plus loin sur ce procédé tous les détails nécessaires. Le raclage, la destruction avec le galvano-cautère pourront être aussi employés.

Les nævt hypertrophiques sont du ressort de la chirurgie, si les moyens précédents ne sont pas applicables.

Dans les nævi pilaires, on détruira chaque poil à l'aide de l’électrolyse, en mettant le pôle négatif en communication avec l'aiguille électrolytique implantée dans chaque follicule.

Nævi vasculaires.

Les nævi vasculaires se subdivisent en nævi sanguins et nævi lymphatiques suivant qu'ils sont dus à la néoformation de vaisseaux sanguins ou de Iymphatiques.

À. — NÆVI SANGUINS

Les nævi sanguins (angiomes, hématangiomes) se subdivisent en nævi plans et en nævi tubéreux.

Avant d'aborder toute question de traitement, il est né-

cessaire de savoir qu'il ne faut pas opérer de tout jeunes enfants: car certains nævi ont de la tendance à rétrocéder et mème à disparaitre. Si, au contraire, le nævus ne fait: qu'augmenter, au bout de quelques semaines, de quelques mois, alors on interviendra. Il est inutile aussi d'agir sur les nævi peu étendus,siégeant sur des parties cachées. C'est surtout à la face qu'on est appelé à les opérer habituellement.

Les nævi vasculaires peuvent être {traités comme les nævi pigmentaires, par les acides où par la pate de Vienne: si l'on emploie cette dernière, on en appliquera une couche mince qu'on enlèvera au bout de deux ou trois minutes.

Chez les sujets non vaccinés, la vaccination produit souvent une inflammation suffisante pour faire disparaitre un nævus. Lorsque l’on pratique cette vaccination, il est bon de ne pas enfoncer profondément l'aiguille chargée de vaccin, de façon à ne pas provoquer de petites hémorragies, ce qui pourrait nuire à l’inoculalion, mais on lintroduira superliciellement, en grattant pour ainsi dire la surface du nævus. Les inoculations seront très rapprochées. Quand les pustules vaccinales se seront développées, on n’attendra pas plus longtemps que le cinquième jour pour inoculer les points qui ont été épargnés, le sujet devenant à ce moment réfractaire à la vaccinalion. Mais tous ces procédés, et beaucoup d'autres que nous n'énumérons pas parce qu'ils ne sont pas employés, doivent céder le pas aux moyens suivants : scarifications linéaires, thermo-cautérisation, galvano-cautérisation, électrolyse.

Les scarifications linéaires constituent un bon procédé, applicable plutôt aux télangiectasies, surtout à celles de la face. Elles seront faites avec une aiguille tranchante: elles seront parallèles entre elles, très rapprochées les unes des autres, assez profondes pour atteindre le derme sans le dépasser; enfin elles seront quadrillées, c’est-à-dire qu'après avoir fait une première série de scarilications, on en fera une deuxième série, qui coupera la précédente très obliquement. Ce procédé n’est applicable qu'aux productions très peu étendues et très

superficielles, car il expose aux hémorragies,

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Le thermo-cautère à pointe fine ou le galvano-cautère à une ou plusieurs pointes donne d'excellents résultats dans les nævi, mais il faut presque toujours y revenir à plusieurs fois pour en obtenir la disparition complète, et il faut bien savoir que la cautérisation laisse une légère cicatrice blanche, qui peut pourtant finir par s’effacer. Ce procédé n’est applicable qu'aux taches vasculaires de petites dimensions.

L'électrolyse est vraiment le procédé de choix dans les nævi plans; dans les nævi tubéreux, c'est le seul procédé efficace. L'électrolyse est une méthode un peu longue; elle demande plusieurs séances, mais elle est exempte d'hémorragie et de suppuration.

Pour pratiquer l'électrolyse, il faut une pile donnant un courant d’une intensité élevée, c’est-à-dire une grande quantité d'électricité, les effets chimiques ou électrolytiques étant proportionnels à la quantité d'électricité. Aussi aura-t-on un galvanomètre divisé en milliampères pour évaluer cette intensité. La pile sera composée d'éléments à grande surface, puisque l'intensité est en rapport avec la surface; il y aura un petit nombre d'éléments seulement,pour qu'il y ait peu de tension ou de force électro-motrice. La douleur provoquée par le passage du courant sera également moindre avec quelques éléments. Il faut en outre que la pile ait un débit constant et produise un courant bien continu ; aussi l’on rejettera les piles au bichromate de potasse ou au bisulfate de mercure, et l’on emploiera celles au bioxyde de manganèse où au chlorure d'argent.

De plus, on aura une aiguille en or ou en platine, car les aiguilles en acier sont altaquées par les acides qui se dégagent au pôle positif. L'aiguille sera enfoncée à une profondeur variable, de 2 à plusieurs millimètres. Si la tache angiomateuse est large ou la tumeur volumineuse, on emploiera plusieurs aiguilles qui seront jointes au même pôle.

A quel pôle réunira-t-on l'aiguille implantée dans le nævus? Au pôle positif, car c’est au pôle positif que se produisent la coagulation de la fibrine et la modification chimique des tissus et des tumeurs, appelée par Tripier la résolution électrique,

landis que le pôle négatif détermine la destruction des tissus ou la chimie caustique. Le pôle négatif sera done placé dans la main du malade et consistera dans une large plaque métallique, recouverte d'une peau de chamoïis humectée d'eau salée.

L'intensité du courant évalué en milliampères et sa durée d'application varieront avec l'étendue et la profondeur de la lésion. Si la tache est petite, 2 à 3 milliampères pendant quelques secondent suffiront. Pour les taches larges et les angiomes saillants, on emploiera 8 à 10 milliampères pendant 8 à 10 minutes: progressivement on ira jusqu'à 30 milliampères. Mais, à la tête, il faudra user d'une grande prudence, car un courant d'intensité trop grande, surtout à la partie supérieure de la face (joues, tempes, nez, front), pourrait donner lieu à des sensations oculaires lumineuses, à des nausées, à des vertiges, à la syncope même (zone dangereuse de Boudet de Paris, située au-dessus d'une ligne horizontale s'étendant du bord inférieur des narines au lobule de l'oreille).

De même, à la fin de l'opération, on n'interrompra pas brusquement le courant, de peur d'avoir une syncope, mais on diminuera graduellement le nombre des éléments. Aussitôt après le passage du courant, la tache prend un aspect blanchâtre: puis, au niveau des piqüres, elle devient d’un rouge violacé ; cette coloration cesse au bout de quelques semaines. Quant au nævus tubéreux, il devient pendant deux ou trois jours le siège d’un certain gonflement et d'une certaine induration qui disparaissent peu à peu.

Les séances d’électrolyse seront renouvelées tous les huit ou quinze jours; en moyenne il en faudra trois ou quatre.

Avant et après chaque séance, il sera bon de pratiquer l'antisepsie de la peau, à l’aide de lavages ou de pulvérisalions avec une solution de sublimé au 1/1000.

B. — NæÆvIr LYMPHATIQUES. — LYMPHANGIOMES

Le traitement des lymphangiomes consistera dans la deslruction des tumeurs par le gal/vano-cautère où l'électrolyse.

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