CHAPITRE XIII
R. DU CASTEL
Médecin de l'hôpital Saint-Louis.
Considérations générales.
Les verrues ne se présentent pas toujours dans les mêmes conditions et sous les mêmes aspects: on en décrit trois variétés principales : les verrues vulgaires, les verrues planes juvéniles, les verrues séniles.
A.— Les verrues vulgaires sont des hypertrophies de la portion papillaire du derme avec épaississement de l'épiderme : elles se présentent sous la forme de petites excroissances sessiles ou pédiculées, dures, les unes minces, filiformes et acuminées, les autres plus volumineuses, tubériformes, cylindriques, sphériques, en chou-fleur. Leur couleur est le plus souvent brune où gris noirâtre, jaune rosé; indolentes habituellement, elles peuvent devenir douloureuses quand elles s'enflamment: elles sont alors fendillées, crevassées, suinlantes. Il faut prendre garde de confondre les verrues simples avec les lésions de la tuberculose verruqueuse. Cornil et Babes ont signalé dans les verrues simples la présence d'un microbe, le bactertun porri, qu'ils considèrent comme la cause de l'affection. Il est rare que les verrues soient isolées; on
en rencontre généralement plusieurs chez le même malade, dans la même région; il se fait, chez les sujets qui en sont atteints, des inoculations de voisinage; la lésion se sème.
Les verrues vulgaires sont plus abondantes et plus développées chez les jeunes sujets : chez les adultes, elles s'observent surtout aux extrémités des doigts, au cou-de-pied, aux régions fessières, aux saillies articulaires, dans la rainure péri-unguéale. Elles forment des figures irrégulières, s'étalent en nappes; celles-ci forment des plaques surélevées, entourées d’une zone érythémateuse étroite; leur surface est irrégulière, granitée; sous l'influence des irritations extérieures, elles peuvent s’enflammer, s’ulcérer, se couvrir de fissures suppuratives. Quand on a fait tomber l’épiderme corné qui les recouvre, on se trouve en présence d’une surface de laquelle s'élèvent des saillies papilliformes, simples ou divisées, à sommet acuminé ou obtus.
J'ai observé un malade chez lequel elles s’exagéraient chaque année à la saison chaudeets'affaissaient à lasaison froide.
B.— Les verrues planes juvéniles ont en général un volume peu considérable; elles sont très nombreuses; elles se présentent sous forme d’une élévation arrondie, polygonale ou irrégulière, à sommet plan faisant au-dessus de la peau une saillie d’un millimètre environ, leur sommet est plan, uni ou légèrement bombé; leur couleur, jaune brun ou rosé, tranche quelquefois très peu sur celle de la peau avoisinante ; leur surface est lisse, brillante, polie : elles s’'observent surtout sur la face, sur le dos des mains et des poignets les verrues planes ont beaucoup des aspects des papules du lichen plan avec lequel elles sont facilement confondues.
Les verrues planes sont habituellement très nombreuses chez les sujets qui en sont atteints.
C. — Les verrues séniles se montrent surtout après l’âge de cinquante ans; elles sont plus communes chez l’homme que chez la femme; elles s'observent surtout sur la face, sur le tronc et le cou. Elles forment des élevures planes, plus ou moins saillantes, de forme arrondie ou irrégulière, à surface
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inégale : leur couleur est jaune sale, noirâtre, noire, se rapproche quelquefois de celle de la peau normale: elles sont revêtues d'une couche épithéliale épaisse, grasse, très adhérente. Les verrues séniles se développent de préférence sur les peaux grasses, huileuses, séborrhéiques:; le point important de leur histoire est qu'elles subissent facilement, sous l'influence des irritations extérieures, la dégénérescence épithéliomateuse.
Au moment de l’avulsion de la croûte qui recouvre la verrue séborrhéique sénile, on met à découvert une surface inégale, criblée de petits orifices béants; ceux-ci correspondent aux prolongements que le revêtement épithélial envoyait dans le derme; il se produit une petite hémorragie. Quand la verrue subit la dégénérescence épithéliale, la lésion s'élargit, les bords devienneni saillants, forment autour de l'ulcération ou de la croûte un mince bourrelet au niveau duquel les perles de l’épithélioma peuvent se dessiner d’une facon nette: l’ulcère cancroïdal est constitué et va présenter d'une facon plus ou moins rapide sa tendance extensive.
Traitement.
La guérison des verrues n’est pas toujours facile à obtenir; on les voit souvent repulluler sur place ou à distance après leur destruction.
Quelques traitements internes ont été préconisés comme pouvant amener la disparition des verrues: parmi eux, celui qui compte le plus de partisans est la #24gnésie décarbonatée administrée à la dose quotidienne de 1 à 10 grammes par jour : l'usage doit être prolongé pendant quelques jours ou quelques semaines. La valeur de ce moyen thérapeutique nous paraît avoir été beaucoup exagérée; notre maitre, M. Besnier, déclare n'en avoir jamais retiré aucun résultat
avantageux.
La Zeinture de thuya occidentalis a été conseillée à la dose de LX à LXXX gouttes par Jour.
Les verrues communes sont le plus souvent détruites à l’aide des caustiques acides; tous les caustiques sont bons, acide nitrique, acide acétique cristallisable, nitrate acide de mercure, sulfo-phénol, acide phénique déliquescent, nitrate d'argent, acide chlorhydrique, pâtes arsenicales, päte de Vienne.
Il faut avoir soin de ne pas atteindre la peau normale avoisinantes; pour plus de sûreté, avant d'attaquer les verrues, on protégera la peau saine qui les entoure, en la recouvrant de collodion, de traumaticine, d'une pellicule protectrice quelconque. Il sera souvent bon de décaper la verrue avant de pratiquer l'application du caustique; on pourra l’abraser avec des ciseaux, en faire le raclage, appliquer à sa surface une couche de colodion salicylé ou résorciné. La destruction peut encore être faite par l'application de pointes de feu, soit avec le galvano-cautère, soit avec le thermocautère.
Plenck recommande l'emploi de la solution suivante :
% Sublimé corrosif, . . . . . . . . .
Alun. — Céruse. : . . . : . . . . . . . . } àà 5 grammes. CAMPATE A Le à Min acétique M. s. à.
Les applications de savon noir suffisent quelquefois à amener la guérison des verrues; une mince couche, de l’épaisseur d’un dos de couteau, est étendue sur une flanelle; celle-ci est maintenue jour et nuit sur la région où les verrues existent, ou plus souvent seulement la nuit, suivant les cas; alors le matin, on enlève par un savonnage à l’eau chaude la couche de savon déposée sur la peau; celle-ci est
ensuite saupoudrée avec la poudre de tale ou d'oryde de zinc.
Les applications sont continuées jusqu'à décapage complet; on peut précipiter ce dernier en pratiquant le raclage de la verrue avec un instrument mousse.
Les pommades salicylées au vingtième, au dixième, peuvent amener la guérison de verrues peu volumineuses; on les emploiera surtout sur la face.
Les emplätres renfermant 10 à 20 p. 100 d'acide salicylique agiront d'une façon plus active; on pourra leur ajouter une dose un peu moindre de résorcine. L'emplâtre sera enlevé tous les deux ou trois jours; on pratiquera le raclage de la verrue et on la recouvrira d'une nouvelle rondelle d'emplätre.
Kaposi recommande, dans le cas de verrues multiples de la face, la pâle suivante :
YEleur desonire tn EE RO PTANIIMES
GLYCÉTN EE RETIRE CR RE OD — Acide acétique pur concentré. . . . . . 140 —
Son mode d'emploi est le même que celui du savon noir.
Altschul se sert de bandes de mousseline recouvertes d'une couche d'onquent gris additionné de 5 à 10 p. 100 d'arsenie.
Certains co{lodions médicamenteux amènent assez rapidement la disparition des verrues; le plus employé est le collodion salicylé :
% Acide salicylique. ; + « + + . . + . . l'gramme. Collodion élastique riciné . . . . . . 8 —
Le collodion au sublime :
Z:SUbMÉ ee CO RO AIO Collodion riciné. . . . . . . . 10 grammes.
Dissolvez,
est d'un maniement délicat et exige une grande surveillance, Une couche de collodion est appliquée sur la verrue: elle
est renouvelée chaque fois que la pellicule se détache, jusqu'à guérison.
Le suc des plantes est d’un usage courant dans le vulgaire pour la destruction des verrues; l’euphorbe, la grande chélidoine, le fiquier sauvage sont les plantes le plus habituellement employées.
Les papillomes cornés étendus seront enlevés par le raclage après décapage préalable au moyen du savon salicylé, du collodion salicylé.
Les surfaces dénudées et irritées après l’ablation des verrues seront l’objet d’un pansement antiseptique humide ou sec, suivant l'étendue de la plaie et l'intensité de l’inflammation. Cette inflammation est surtout à redouter à la suite de l’ablation des verrues anciennes dans lesquelles les prolongements épidermiques ont pénétré profondément dans le derme, des verrues péri-unguéales et sous-unguéales.
Il y aura lieu de faire suivre l’ablation des verrues volumineuses et des papillomes cornés d’une cautérisation avec les caustiques chimiques ou avec le cautère actuel.